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Sur Girodet

Je connaissais Girodet depuis près de trente ans : j’ai toujours admiré son talent et estimé son beau caractère. Il était au nombre de ces dignes et célèbres amis que la mort m’a, en grande partie, enlevés, et il en était presque le dernier. Lalande, Mentelle, Gudin, Breguet, Langlès, et beaucoup d’autres, ont successivement disparu; mais Girodet semblait devoir parcourir encore une longue carrière. En apprenant sa mort si inattendue et si douloureuse, j’ai senti à l’instant le besoin de joindre mes regrets à ceux que ce triste évènement a fait éclater de toutes parts, et j’ai fait les vers que l’on va lire.

Je dis de Girodet ce que j’en pense, ce que j’en ai toujours pensé, ce que l’amitié et la justice m’inspirent. Si je parle des critiques dont ses ouvrages ont si souvent été l’objet , ce n’est

pas pour en réveiller le souvenir; c’est parce que la douleur qu’elles lui causaient est, en quelque sorte , un trait historique de son existence , et que, toute ma vie, je me suis élevée contre l’injustice ou la légèreté de la plupart des hommes , qui, par un sentiment dont ils ne se rendent pas compte, se plaisent à porter le chagrin et le découragement dans l’ame de ceux qui, comme Girodet, ne craignent pas de laisser voir leur supériorité.

C’est loin de Paris, que j’avais quitté peu de jours avant la mort de ce grand artiste, c’est sur les bords du Rhin , où le nom de Girodet n’est pas moins célèbre qu’en France, que j’ai fait paraître d’abord ce dernier hommage de l’amitié au génie. Je l’offre aujourd’hui à ses amis, à ses nombreux admirateurs, et j’ose croire qu’ils n’y trouveront pas un mot qui ne soit l’expression de leurs propres sentiments

C) La première édition de cet ouvrage a paru à Aix-la-Chapelle.

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