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Cgejy est donc fait, Girodet a vécu!

Sa noble carrière est finie.

Le héros des beaux arts, le peintre du génie,

Par le trépas tout à coup est vaincu.

Quand de ses plus beaux feux son ame était remplie

Accourez, accourez, ennemis du talent!

Vous qui, de ses succès lui faisant un supplice, Dans son cœur avez si souvent Porté le désespoir, enfant de l’injustice! Accourez, vous pouvez le braver à présent.

Vous n’avez plus, certains de la victoire,

A craindre son regard si prompt, si pénétrant,

Ni son pinceau vengeur, instrument de sa gloire. Accourez ! vous pouvez offenser sa mémoire ,

Sans redouter son juste emportement;

Le voilà sans pouvoir, sans voix, sans mouvement!...

Mais que vois-je ? sa mort a désarmé l’envie.

Elle se tait, muette de terreur.

O du talent invincible grandeur!

O triste et beau destin de l’homme de génie !

On afflige, on outrage, on désole sa vie;

S’il succombe, on conçoit ses superbes travaux;

On est frappé de sa mâle énergie.

Au sein de l'éternel repos,

Il n’a plus d’avenir, il n’a plus de rivaux;

La passion se tait, la vérité s’élève,

Et l’œuvre de sa vie à son tombeau s’achève.

Déjà partout l’éloge est répété :

La douleur, la justice ensemble ont éclaté.

Girodet plein de feu, de savoir, d’existence,

Girodet, dans sa course à l'instant arrêté,

Semble dans les beaux-arts laisser un vide immense. Leurs temples sont muets, Paris est confondu;

Le trône même a répondu Par de nobles regrets aux regrets de la France.

On se redit: « Nous l'avons donc perdu « Ce brave qui du goût embrassait la défense ! »

Ses élèves, ces fils par son cœur adoptés,

Orphelins du génie et sans guide restés,

Déplorent à-la-fois sa fin et sa souffrance.

Où vont-ils? . ô beau feu de la reconnaissance!

D’un saint amour chacun d’eux agité,

Vers ses restes éteints s’élance,

Et sur leurs bras tremblans, dans un morne silence, A son dernier asile en pleurs ils l’ont porté.

C’est-là que l attendait sa plus belle victoire!

Amitié, talents, dignité,

Là, tout se réunit pour célébrer sa gloire,

Pour honorer, pour venger sa mémoire;

Et, dans l’instant terrible où tout est consommé,

Où le mérite seul pèse dans la balance,

Le triomphe public devient sa récompense,

Et le grand maître est enfin proclamé.

Muses, couronnez-le! . . . mais nous, que faut-il faire, Nous, ses amis, qui ne le verrons plus;

Qui connaissions ses paisibles vertus,

Son esprit éclairé, son ame libre et fière?

Ab! regrettons l’ami qui du destin prospère.

Sans le savoir, avait tout obtenu,

Et qui , dans sa pénible et trop courte carrière,

A brillé d’un éclat qu’à peine il a connu!

Combien de fois, dans nos simples soirées,

Il nous a peint son tourment renaissant,

Les haines, les traits du méchant,

Qui troublaient de son art les voluptés sacrées! Sans doute, le mépris l’eût vengé dignement;

Il aurait confondu l’injustice cruelle:

Mais une ame de feu peut-elle Contre de lâches coups s’indigner froidement,

Et l’excès d’une ardeur si puissante et si belle

Ne fut-il pas toujours le défaut du talent?

Naguère encore il nous disait ses peines.

L’astre du jour vingt fois a terminé son cours;

Il était là, blessé par des critiques vaines;

Mais les mêlant à de sages discours.

La mort le menaçait; sa nouvelle victoire Lui faisait redouter de pénibles combats,

Et quand nous l’admirions, hésitant à nous croire ,

Il se créait des torts qu’on ne lui cherchait pas.

O rare et noble modestie!

De lecole il était le héros et l’appui,

Et pour lui prouver son génie,

Il fallait s’emporter et lutter contre lui.

Mais qu’entends-je? quel bruit? une foule enivrée A répété son nom!... qui vient frapper mes yeux?

Quels sont ces tableaux précieux Que l’on porte avec soin dans l’enceinte sacrée.

Où brillent des beaux-arts les monuments nombreux? C’est Atala; c’est la sublime Scène;

Endymion , plus beau peut-être encor.

Des arts c’est le nouveau domaine ;

De la postérité c’est le nouveau trésor.

Suspendons nos regrets, ne songeons qu’à sa gloire, Amis ; le voilà donc au temple de Mémoire ,

Ce temple objet de tous ses vœux !

L’avenir, libre et d’envie et d’offense,

Le verra donc près du maître fameux Qui de son beau génie enflamma son enfance ! Français, applaudissez ses travaux glorieux! Étrangers, sur un peuple et juste et généreux,

D’un grand talent admirez la puissance !

Et toi, qui tant de fois, d’un œil observateur, Contemplas de ces murs la richesse sublime, Girodet, que ton ombre, en ce jour de splendeur,

Et se console et se ranime !

Qu’elle entende nos chants de joie et de douleur,

Et qu’à ce transport unanime Elle tressaille de bonheur!

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