‹ Sur Gthe [microform]Chapitre 28 sur 28 · Gœthe, Pater Brey · texte numérisé non relu

Gœthe, Pater Brey

SUR GOETHE

mouchoir, les cheveux sont pour moi ce que mes jarretières sont pour toi. » N est-il pas vrai que de tels personnages, qui ont vécu en chair et en os, ne le cédaient guère en extravagance au fantastique Oronaro, le prince amoureux de Mandandane ^? N'est-il pas vrai que s'ils eussent été princes comme lui ils auraient voulu aussi transporter en tout lieu à leur suite une nature artificielle, clair de lune, chants de rossignol, bocages, ruisseaux murmurants, emballés dans leurs caisses de voyage, et qu'il leur eût fallu, ainsi qu'à lui, un directeur de la nature, chargé de leur tenir prêts à toute heure du jour et de la nuit, des points de vue romantiques? Mais il ne s'agit ici que de la popularité légitime de Werther et non des folies qui s'y sont mêlées. Pour revenir à mon vrai sujet, vous me permettrez de vous rappeler une dernière circonstance. Werther fut longtemps le livre favori de la famille Bonaparte. Le roi Louis fit paraître à Gœtz (1814) un roman werthérien : Marie- ou les Peines de Vamour, et il n'est pas malaisé de retrouver encor<; la trace de louvrage de Gœtlie dans le

i. Goethe, le Triomphe de la sensibilité.

roman de Stellina, que Lucien avait publié quinze années auparavant (1799). Pour l'Empereur, il avait lu sept fois Werther dans sa jeunesse. Il le possédait à fond \ et c'était l'un des livres qu'il avait emportés avec lui en Egypte. Une seule chose le choquait dans l'amant de Charlotte : c'est qu'il était ambitieux ^ Lui-même le déclara plus tard à Gœthe dans le temps qu'il faisait le partage de l'Europe avec Alexandre et qu'il donnait à Talma un parterre de rois.

Je m'arrête sur ce trait; il n'est peut-être pas le moins curieux dans l'histoire de Werther Si M. Morin prend la peine de me lire, il se repentira bien de sa phrase dont le résultat a été d'infliger une aussi longue dissertation à vos lecteurs.

Je vous prie. Monsieur, de vouloir bien lui transmettre mes excuses et d'agréer l'assurance de ma parfaite considération.

Votre tout dévoué collaborateur,

J.-J. Weiss.

1. « II tourna alors la conversation sur Werther, qu'il devait avoir étudié d'un l.out à l'autre. >. Gœthe, Annales, oct. 1808.

2. Sur ce point vivement controversé en Allemagne, voir la dissertation roncluante de X. S. Sklower : Entrevue de Napoléon /" et de Gœthe (Paris, Le Doyen, 1853).

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