‹ Sur l'administration de M. Necker par luiMemeChapitre 4 sur 10 · II · texte numérisé non relu

II

diligence égale à celle des couriers de la pqfte. Deux officiers qui avoient reçu l'ordre fecretde nous fuivre , donnèrent à leur retour la même relation de notre voyage.

Voilà pourtant quelle étoit la conduite de ce Miniftre , qui, fous le$ traits jnenfongers des écrivains du temps préfent , paroilToit un homme livré à la politique la plus inquiète , & k l'ambition la plus opiniâtre. Cependant , avant fa di%race , lui feul au milieu de la Cour ne voyoit pas la marche de fes ennemis, lui feul ne pouvoit croire au fuccès de leurs intrigues , &c au moment où il eft inftruitde la détermination du Roi y loin de chercher à faire effet , loin de vouloir jouir d'un moment d'intérêt de la part de perfonne , il s'éloigne axgc autant de célérité que de myftère, non pas feulement de la Cour , non pas feulejtnent de la Capitale , mais du royaume , mais du pays auquel il avoit confacré fes travaux & fa vie. Un tel ambitieux f un pareil politique , n'eft pas ^lu moins du genre ordinaire. , %

. C'eft après «avoir traverfé toute l'Ai-

lemagne pour me rendre k ma Terre aux pieds du Mont- Jura , qu'arrivé à * Baie , je reçus les deux lettres dont tout le monde a connoiflance , Pune du Roi , l'autre de PAffemblée Nationale , pour m'inviter à venir reprendre ma place au timon des affaires, L'efprit encore agité , Pâme émue des événemens auxquels je venois d'être fournis , ne formant plus de vœux que pour la retraite , & embelliffant déjà mon nouvel avenir de toutes les dépouilles du pafle , je fus comme étourdi , je Pavoue , en confidérant le changement fubit de toutes mes perspectives , & en voyant le cours rétrograde que je dcvois donner à mes penfées. Je ne balançai point cependant ; il m'étoit , aifé d'appercevoir que j'expofois ma réputation k de nouveaux hazards , au moment même où des .événemens indé* pendans de moi Pàvoient mife en fureté :

mais un principe de morale , une idée ' de devoir me déterminèrent ; & bientôt fournis plus que jamais k mon fidèle amour pour la France , je crus que ce fentiment feul m'avoit entraîné,

Ceft néanmoins k des cofiidérations

perfonnelles , que Ton a pris foit) d'attribuer le plus généreux facrifice , eelui qui ni'engageoit à venir me placer au milieu des dangers d'une guerre inteftine, à me rapprocher feiemment des horreurs de la famine , à me mêler , à • me reprendre avec une ame douce & fenfible à des événement déjà marqués par des traits de férocité , & des inclinations fanguin aires . Hélas ! je n'euffe jamais penfe qu'après m*être éloigné de la France avec tant àt fagefTc & de réfignation , qu'après y être revenu avec tant de dévouement , tant d'ardeur, tant de zèle, tant d'oubli de moi-même , ce feroit à la révolution d'une feule année , ôc d'une année dont j'ai pu compter tous les jours par de nouveaux fervices , que j'aurois à verfer de8 laones amères fur Tinjuttice & l'ingratitude de ceux à qui je n'ai jamais demandé qu'un fentiment d'affe£Hon , en retour d'un abandon fans égal.

Reprenons cependant la fuite de ma conduite , & retraçons triftement mes derniers fouvenirs. Je reviens en Françc , & dès mes premiers pas, à la vue des'

excès auxquels on fe livre, je cherche h calmer les efprits, je m'arrête par-toutfur ma route , & en employant les exhortations, les recommandations les plus preffàntes , je m'efforce de répandre un efpric de paix & des fentimens plus doux , & je me fers de l'intérêt qu'on me témoigne pour infpirer l'horreur de ; . l'injuftice & de la violence. J'eus fouvent le bonheur de faire impreflion , & les promeffes que je demandai, les engagemens que je reçus, fe confondirent au fond de mon cœur avec les bénédidions dont on m'accompagna».

Ah ! que je fentois alors avec délices le doux empire de la vertu ! que fa domination me ffcmbloit belle ! qu'elle honoroit à mes yeux le peuple qui s'y montroit docile !

• Je rencontre fur ma route , un grand nombre de François , que les événémens de Paris , que les affaflinats commis près de l'Hôtel-de- Ville avoient glacés d'horreur & d'effroi , & qui s'en alloient chercher une autre contrée. Je les apprends moi-même alors , ces fcènes fanglantes ^ Se mes yeux mouillés de larmes fe retour* nent vers Baie Il a'étoit plus temps !

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Je lève mes regards vers le Ciel , & j'm* voque ardemment fon appui pour réuffir à détourner un peuple égaré; de fes aveugles barbaries , pour réufîir à le ramçner k desfentimens d'humanité, pour réuffir à effacer la tache que fes criminelles violences impriment au câra&ère de la Nation.

Occupé de mes penfées , je pris fur moi dans ma route , de faire fufpendrc les ordres donnés pour conduire à Paris un prifonnier ( i ), l'objet de l'attention publique , & qui n'eût pas échappé dans cet inftant à l'effervefcence populaire.

Son innocence a depuis été prononcée par les Tribunaux ; ainfi en le garantit fant des premiers excès d'un peuple encore agité , j'ai préfervé ce même peuple d'un nouveau fujet de remords. Cepen* dant cette mefureiqu'une douce confiance m'avoit infpirée , cette forte de hardiefle de ma part que j'avois befoin d'expliquer & de défendre , fut le principal objet de mon difcours du 30 Juillet à PAffemblée de l'Hôtel-de-Ville. Heureufe & grande

journée pour moi ! bejfcà & mémorable

6) M. de Bewayal.

Diai

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époque de ma vie ! oix après avoir reçu les plus touchantes marques d'afFeftionde la part d'un peuple immenfe , j'obtins de ces nombreux Députés raflemblés à PHôtel-de- Ville , & de lui-même enfuitç , avec des cris de joie , non-feulement l'entière liberté du prifonnier que j'avois dé.

fendu , mais une amniftie générale , un oubli complet des motifs de plainte & de défiance, une généreufe renonciation aux fentimens de haine & de vengeance dont on étoit fi fortement animé , enfin une forte de paix & de réunion avec de grand nombre de citoyens , qui , les uns avoient déjà fui de leur pays , les autres étoient prêts à s'en éloigner. Cette honorable détermination , devant laquelle tout fembloit s'être purifié , devant laquelle le paffé n'exiftoit plus , cette honorable détermination futie prix de mes larmes; je Pavois demandée au nom de l'intérêt que finfpirois en ce moment ; je Pavois demandée comme une reconnoiflance de mon dernier facrifice ; je Pavois demandée commela feule & unique récompenfe à* laquçlw je voulois jamais prétendre. Je me profternai , je m'humiliai

de toutes les njanières pour réuflîr ; je fis agir enfin toutes les puiflances de mon ame, & fécondé de l'él^uence d'un citoyen généreux & fenfible ( i ), j'obtins l'objet de mes vœux, & cette précieufe faveur me fut accordée d'une voix unanime , & avec tous les élans d'enthoufiafme & de bonté qui pouvoientme la rendre plus chère. Peuple François que vous fûtes grand ce jour-là ! combien les fentimens de magnanimité que vous fîtes paroître vous rendoient dignes de la Liberté & vous élevoient à fa hauteur !

combien vos diverfes impreflions , vos mouvemens fucceflifs rappelloient à l'Europe attentive , ce qu'il y eut long-tems de fi beau dans le mélange heureux de vos mœurs douces & de votre ardent cara&ère ! Aufïï , non pas pour moi , dont le triomphe a été de fi courte durée , mais pour vous , honnêtes & bons citoyens qui rempliffiez les falles de l'Hôtel- de- Ville . pour vous, pour votre honneur , & pour placer vos noms en dehors , & bien au-delà de ces fcènes d'horreur donc

C i ) M. de Clermont-Toanerre,' * ; «

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un jour la poftérité fera # des reproches k notre génération , qu'il me foit permis à tous ces ritrU de tranfcrire ici la délibération de l'AfTemblée générale des Ele&eurs choifis par la Commune de Paris.

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