IO
.pas le peu de mots d'encouragement qui j'accompagnoien t.
- « Les trois Ordres , par un acte de con- » fiance libre & volontaire, s'en rapporteu roient les uns aux autres pour la vérifica- » tion des pouvoirs , fur lefquels aucune » difficulté ne s'éleveroit , & ils fe commuât niqueroient leurs a&cs de vérifications, » pour en faire un examen rapide.
» Ils conviendroient de plus :
. "Que les conteftations, s'il en furvenoic, » feroient portées à l'examen d'une com- » miffion compofée des trois Ordres ; : » Que ces Commiffaires fc réuniroient à w une opinion ; * l! f ' ;
« Que cette opinion feroit portée aux » Chambres refpeâives ; * - • •
» Que fi elle y étoitadoptée , tout feroie » terminé ;
r « Que fi au contraire "les décifions des u Ordres étoient en oppofition fur cet ob- » jet ; que fi encore elles ne paroifToient pas » fufceptiblcs de conciliation , l'affaire fen roit portée au Roi v qui rendroit un j v -
y . ;$r ; Tioî )
» v^u'on ajoute encore , Ci Tort veut, que » ces conventions fur la vérification des -» pouvoirs n'auroient aucune liaifon avec » la grande queftion de la délibération par wtêce ou par ordre; que Ton ajoute en- » core que la marche adoptée pour cette »> tenue d'Etats , feroit reprife dans le cours » de la feffion , afin de confidérer fi un meilw leur ordre de chofes devroit être adopté m pour l'avenir ; qu on réunifie au fond de » cette propofition les précautions qui pa- » roîtroient convenables ; mais qu'on adopte » enfin ce moyen de conciliation, ou tout » autre , &c que le Roi ne refte pas feul , au » milieu de fa Nation, occupé fans relâche » de l'établifTement de la paix & de la con- » corde. Quels véritables citoyens pour- » roient fe refufer à féconder les intentions m du meilleur des Rois , &c qui voudroit
charger fa confeience de tous les malheurs » qui pourroient être la fuite de la feiffion m qui fe prépare au premier pas que vous V faites , Meifieurs , dans une carrière où » le bien de l'état vous appelle, où la Na- » tion eft impatiente de vous voir aller en
Di
(ioi)
w avant, Se où les plus grands dangers vous 33 environnent? Ah , Meilleurs , Iops même m que vous pourriez arriver à ce bien par la » divifion des cœurs & des opinions, il fem roit trop acheté. Le {loi donc vous invite m à prendre en confidération fa propofition , w & il vous prefle de tout fon amour de w l'accepter & de lui donner ce contente- *3 ment »,
On a peine à comprendre comment une propofition fi raifonnable, une propofition préfentée de cette manière, une propofition où le Roi nintervenoit que dans la mefure indiff>enfable pour concilier les efprits; on a peine , dis je, à comprendre comment une telle propofition ne fut pas acceptée.
Que les Députés des Communes, inftruits déjà de la force dont les avoit inveftis l'opinion publique, aient vu avec plaifir le refus de la Noblefle & du Clergé, on le conçoit aifément; mais que ces deux Ordres n'aient pas fenti la convenance de donner l'exemple de la déférence pour les vues conciliatrices du Roi , déférence qui , dans cç t momçnt-là &• dans ce moment
( îc 3 )
précis, auroit entraîné celle des Communes, oA ne peut véritablement expliquer une telle impolitique. Combien de motifs n'auroiefit-ils pas eus pour fe conduire différemment ! Ce fut alorsune véritable pointillerié qui les arrêta ; mais cette pointillerié ne fut pas moins la caufe de la rupture des conférences , fie à cette circonftance*, une grande fuite d'évènemens peu être rapportée.
Les hommes aflèmblés pour les affaires publiques, offrent le fujet deplufieurs réflexions. Je crois que des intermédiaires réunis pour traiter enfemble, peuvent diffi* cilement s*accorder, lorfqu'ils font euxmêmes les repréfentans d'autres intermédiaires , & tels font les Commiffaires nommés par des Députés de la Nation; il faut quelque part un point d'unité pour tout fentir ; il Je faut en négociation, ou dans le mandataire, ou dans le commettant, afin de faire raifonner dans un centre les confidérations lointaines , les idées encore va»
gues , &c toutes les penfées qui tiennent k l'avenir; conditions néceflaircs pour ramener la paix entre les paffions rivales, puif-
(io 4 )
que ce n'eft jamais par leurs intérêtsdumomentqu'elles peuvent ferencontrerfic s'unir.» . Cette obfervation, & plufieurs autres, m'ont fait connoître l'inutilité de la plupart des conférences avec un certain nombre de Députés ; il faut être au milieu d une affèmblée délibérante en dernier reflbrt , pour cfpérer d'influer d'une manière efficace fuc
. les opinions ; il faut avoir à combattre avec les pallions générales , les feules dont on
% puiffe faire une attaque régulière, les feules avec lefquelles il foit honorable de fe pren-> dre, les feules avec lefquelles l'efprit & le génie peuvent traiter dignement.
Telle eft la pofition des Miniftres An* glois , & telle fera fans doute à l'avenir celle des Miniftres de France, à moins qu'on ne veuille les réduire à. la qualité de Commis de l'Aflemblée Nationale, & qu'ils n'aient la douce humilité de s'en contenter*
Pour moi, j'ai été fournis à toutes les difficultés de pofition dont il eft poffiblede fe Former l'idée ; nul exemple dans le patte ne pouvoit m'aider; & mes rapports, mes devoirs, la fituation des affaires, &. la difpofi-
fio 5 )
tion des efprits, préfentoient l'image.dun commencement. Placé entre le Trône 8c la Nation, entre le diferédit des anciens principes 6c l'orgueil des opinions naiffantes „ entre les vieilles mefures de la politique Se la nécciîité d'une nouvelle fageOe, entre le joug impérieux des habitudes & la fougueufe révolution des efprits, entre la feience fixe du palTé 8c la mobile fucceffion des évènemens les plus imprévus, enfin entre les obligations du temps prélent ÔC les vertus éternelles, je puis dire que dans une . pareille fituation , & au milieu des plus ardentes pallions, au centre de toutes les inimitiés & de toutes les haines , il y avoitoccafion chaque jour de faire quelque faute, & quelque faute d'un genre éminent. C'eft une réflexion que j'ai fouvent faite avec les antres Miniftres du Roi ; 8c quoique mon caractère foit malheureufement inquiet, quoique toute ma vie j'aie porté mes regards en arrière pour me juger encore dans les chofes paflees, quoique mon efprit fe foit ainfi chargé de toute la partie des remords dont ma confcicnce n'cut jamais que
foire, néanmoins ,& à mon propre étonne- é ment , je cherche en vain à me faire un reproche. Les autres peuvent penfer différemment, non feulement en raifon de leur efprit de parti, mais aufli parce que feul j'ai connoiffance des difficultés fans cefle renaiflantes dont j'étois environné j feul j'ai le fouvenirdetous lesménagemensque des ci rco nftances con nues & inco n n ues a voient rendus néceflaires. Ce font toutes ces particularités de pofition qui échappent à l'attention de la plupart des fpettateurs des évènemens; ils fe donnent rarement la peine de les fuivre, & de les rapprocher de l'action principale. Les hommes médiocres l'eiïaieroient d'ailleurs vainement; ils ne peuvent confier à leur petite capacité qu'une idée fimple, ou tout au plus à la fois un principe &c un réfultat ; l'efpacc immenfe des intermédiaires eft pour eux ur> pays perdu.
Je ne veux retracer que les circonftances marquantes de mon fécond Miniftère , & je dois encore le faire avec concifion; car au
milieu des intérêts actifs dont on cft occupé, on a peu.de temps à donner aux chofes paiïecs;& cette dernière réflexion me décourageroic abfôlumcnt, fi c'étoit uniquement pour le moment préfent que j'avois entrepris d'écrire.
; Le débat fur la vérification des pouvoirs continuoitàdiviferlestroisOrdrcs, & déjà fe joignoit à ectteconteftation tin choc plus violent encore, celui qui naiflbit du vœu des Communes pour une feule Chambre Nationale, 8c des réclamations de la Noblciïe & du Clergé pour le maintien des délibérations par Ordre féparé. Toutes les efpérances de conciliation étoient perdues, les efprits s'aigriiïbient de plus en plus, &: 1rs affaires de l'Etat demeuroient fufpcnducs.
Les bons citoyens s'inquiétoient d'une pareille ftagnatiôn , & parmi les gens de parti , les uns cfpéroicnt que l'accroi dément des difficultés amèneroit la dilTolutiondesEtats- Généraux , les autres, que cet état de confufton ferviroit de prétexte aux moyens décififs dont on étoit impatient de faire ufage, pour changer en entier la Conftitution. 1
( io8 )
Le filence & Pinaction du Monarque , en pareille circonftance, aaroient manqué de convenance %dc dignité. Le Roi ne pou* voit refter indiffèrent aux dangers donc l'Etat étoit menacé ; il avoit inutilement employé Pentremife de fes Miniftres pour ouvrir des voies de conciliation , & il étoic temps qu'il parût d'une autre manière. Je crus qu'il le feroit avec fagefle , fi, en réfervant aux deux premiers Ordres le droit de.
délibérer féparément fur les difpofîtions qui leur étoient particulières &c perfonnelles , il les obligeoit à fe réunir aux Communes pour traiter tous enfemble des intérêts généraux dp la Nation, & nommément de Porganifation future des Affemblées Nationales. Je penfois qu'en même temps le Roi devoit , & pour le bien de PEtat , & pour fa propre politique, confirmer d'une manière authentique fon acquicfccment à toutes les grandes difpofitions annoncées dans le Réfultat du Confcil du 27 Décembre 1788, qu'il devoit encore étendre plus loin fa déclaration , & aller ainli au devant des vœux delà Nation. J'avois compris entre autres,
dans cette nouyelle profcffion de fes vues bienfaifantcs , l'admifîion de tous les citoyens aux emplois civils & militaires , la deftru&ion des droits de fertàtude , à l'imitation de ce qu'il a volt ordonné dans fes propres domaines, l'autorifation des rachats à prix d'argent , & quelques autres objets d'un genre fcmblable, mais toujours en obfervant les règles de la plus cxa&ejuftice envers les propriétaires. Enfin le Roi, en parlant de la Conftitution nôu- -velle,s'exprimoit uniquemenr fur la convenance & la néceffité du maintien de deux Chambres, & s'en rapportoit d'ailleurs aux viics qu i lui feroient préfentées par l'Afr £emblée Nationale. '
- Il fëfultoitdç l'enfemble de mes idées, que le-Roi, en confervant tout ce qui appartenoit à fa dignité, & en devançant avec prudence la loi delà néceifité, rendoic le mouvemcnrauxEtats-Généraux,fervoitlcs
deux premiers Ordres en leur donnant le moyen de renoncer honorablement au fyft terne abfolu qu'ils avoient embra(Té& que les circohftanees ne leur permettaient pa$
-d'avoir montré tant d'irritation contre un projet qu'ils auroient trouvé bien fage avec plus de prévoyance. Je n'eus qu'un moment d'efpérance ; ce fut celui où je fis l'ouverture au Confeil de l'enfemble de mes idées , & où le Roi lés écouta favorablement; car bientôt je fus attaqué de toutes Jes manières. On convenoit univerfellement de la néceffité d'une démarche de la j>art du Roi , mais on la vouloit dans un efprit bien différent ; & de degrés en degrés, en paroiflant conferv.er une partie de mon projet, on en retrancha tout ce qui compofoit Ton eflence , tout ce qui pouvoir le rendre agréable aux Communes. On prit encore çà 8c là quelques-unes de mes phrafes, en commençant & en finiiïant ; mais, par une fingularité remarquable, le ton un peu ferme & relevé , qui avoit de la convenance , lorfque le Monarque preferivoit aux deux premiers Ordres de le réunir avec les Communes , pour travailler enfin à l'œuvre du bien public , on le crut également applicable à une démarche dont l'efpm étoit abfolument différent , Se ce fut une grande gaucherie.
f Je défendis mes idées, & je combattis lès nouvelles avec la plus grande fiirce; je réfiftai courageufement àl'opi nion des Princqs . appelés à cette difcuflion ; 6c après avoifc Honfervé jufqu'au dernier moment lefpoir -de faire triompher la raifon, je réfléchis ^nfinau parti qu'il me rcftoit à prendre perfonnellement , & après Un mûr examen, fciprès divers combats intérieurs , que la gra<- -vké de lacirconftantfe automfoit, je necruç çfâ^ pduVôiriiqnorablcment ni nie rendre à h féancedu^Jain, ni refter plus longr temps' dans'le Miniftère. La pofition où je me trouvais étoit aufli pénible quembar* raflante , .& je^dois avouer que la matinée de cq jour mémorable, mes agitations du* rolent encore; & fi je ne donnai pas con^ noiffance,au Ro,i de ma détermination fi* nalc, c'eïV que»j« craignois de recevoir lia ô^drepofirifv âtiiYuel j'auroîs été dans KliH fèffMlkëéUfo&b : *0 es: y.: ..\ On fe fouvient du mouvement général qn excita dans les Commîmes & <kns Paris^ h démarth'e du Roi & fà déclaration à VAffcfflMte èïat-ioBale. Ct>l*tf qui avoiene
. conféillé
mouvement k mon abfence de l'aflenv.
blée;mais une telle infinuation ne pouvok avoir aucun fuccès auprès des perfonne* éclairées. Ce n'eft pas une circonftance particulière qui détermine les opinions dans les grandes affaires ; le projet du 23 Juin échoua par les mêmes motifs qui m'avoient fait préjuger cet événement, & ni moi, ni perfonne n'auroit jamais pu foiftenir un pareil ouvrage. Je dirai plus :
ce fut par moh abfence de Paflemblée que l'irritation des Communes & le mécontentement du public furent un peu tempérés, parce qu'on fut promptement instruit de cette manière qu'une partie du Miniftère n'avoit point adhéré aux déterminations prifes dans le Confcil j & les marques de bonté que le Roi me donna dès le même jour , m'ayant décidé à garder ma place , on fe rafïura bientôt fur les difpofitions de fa Majefté ; & ce fut par ma conduite en cette occafion , que je confervai le moyen de fervir encore le Roi & la Nation.
Je refiftai aux confeils de plufieurs perfonnes éclairées, qui, plus au fait que moi de la Cour & de fes intrigues , me pref-
(ii4)
(oient de me retirer , en m'aflurant que je ne tarderons pas à être la vi&ime du crédit des perfonnes dont les confeils l'avoient emporté fur les miens , dans une occafion fi grave & fi importante.
Je réfiftai de même aux infinuations de ceux qui confidéroient ma retraite comme l^époque d'une grande révolution, &cherchoient à me faire entendre gue cette détermination de ma part ne tarderait pas à être fuivie d'un triomphe éclatant.
On renouvella-, mais encore vainement, ces même tentatives auprès de moi , lorfqu'on eutconnoiflance de l'inutilité de mes efforts pour obtenir le renvoi des Miniftres dont l'oppofition à mes projets s'étoit ouvertement fignalée. Mes amis imitées me rendront la jufticé que je connoiflbis parfaitement les dangers dont j'étois environné; ces dangers même n'étoient pas nouveaux, car depuis longtems je vivoisau milieu d'inquiétudes de tout genre- Je voyois de plus la crise ex- , trême où nous nous trouvions pour les fubfiftances , & je la voyois telle qu'en rcntirant chez mol le ix Juin au foir ,
futvi des acclamations de la multitude, je dis avec émotion à un petit nombre d'amis raflemblés dans mon cabinet : Je rtfle.
Mais vous voye^ ce peuple , & les bénédictions dont il m'accompagne : ehriien , avant quinze jours , peut-être , c'ejl à coups de* , pierres qu'il me fuivra. Cependant, malgré mes craintes, & malgré toutes les con* venance.? que le parti de la retraite me préfentoit alors , j'écartai cette idée avec obftination. Je croyois être néceflaire k la circonftance ; & en fituation encore de rendre des fervices à la chofe publique.
• • • Je ne tardai pas en effet à profiter du renouvellement momentané de mon crédit, pour engager Sa Majefté k écrire à la Nobleffe & au Clergé, la lettre qui décida la réunion des trois Ordres ; mais il n'étoit plus tems d'apporter k cette difpofition la mefure & la convenance dont j'avois eu l'idée avant la Séance Royale.
L'agitation des efprits , les mouvemens populaires , les circonftances connues de tout le monde , celle dont on n'eft inftruic quç par des moyens particuliers, unvjéri* table état de crife enfin , préfent encore &
( ué )
ma penfée , rendoit indifpenfable la réunion des Ordres ; & fi le plus grand nombre des Députés du Clergé & de la Nobleffe euffent voulu manifeiter leurs fecrêtes penfées, ils feroient convenus que % dans lapofition fingulière où ils étoient, le Roi ne perdoit pas leurs-intérêts de vue , en les décidant , d'une manière honorable pouf eux, à une démarche inévitable.
t Quoiqu'il en foit, cette réunion qui <devoit être l'époque du commerce des travaux des repréfentans de la Nation , cette réunion quiprévenoit les plus grands malheurs cette réunion enfin fi défirée de tous les bons citoyens , fut célébrée par trois jours d'illuminations à Verfailles , & à & Paris dans le refte de la France , & Ton ne vit par-tout que des fignes éclatans d'allégrefle.
C'eft ainfi cependant que fi l'on vouloit fixer fon attention fur ma conduite, on me retrouveroit dans toutes les circonftances auxquelles la Nation avoit attaché fes vœux, & dans toutes les décifions ' encore d'où dépendokle maintien ou le 'retour de la tranquillité générale.
- Je commençois cependant k me livrer fans défiance & avec une ardeur fans mefure aux devoirs donc j'avois contra&é le nouvel engagement , & je me croyois , je dois l'avouer , fi nécet faire aux affaires publiques , que je fus étonné plus que perfonne de la détermination prife par le roi Je n Juillet.
Jamais , il eft vrai , je n'eus la fcience des intrigues , jamais je n'y fus entendu. J'avois mis ma force ailleurs & j'ai toujeurs dédaigné de fuivre de mes regards ces fentiers détournés', où des hommes corrompus vont concerter la défaite d'une homme de bien , & préparer la ruine du Miniftre dont le caractère les importune. J'aurois rougi d'etudief avec inquiétude le fecret de ces artjfices, & je n'en avois pas le loifir.
Je ne rappellerai point les événemens qui fuivirent ma retraite du Miniftère, . i4s font connus de toute l'Europe ; je ne • m'attendois pas à un mouvement de*ce genre , mais il me fuffifoit de croire î la poffibilité d'une fehfation remarquable , pour éviter foigneufement tout ce qui poifVoit l'exciter ou l'accroître. Je fui
Di
donc uniquement occupé de remplir fidellemenc l'ordre que le Roi m'avoit donné de m'éloigner fans ^éclat. Je reçus cet ordre après, trois heures , & je fis de tels efforts pour me contraindre auprès des perfonnes que j'avois à dîner qu'aucune ne s'apperçut des fentimens qui me déchiroient. Au fortir de table , je fis confidence Mme. Necker feule des ordres que j'avois reçus , & à cirçq heures & demie * nous montâmes en voiture > avec nos habits de fociété, fans aucun préparatif & fans aucun genre de précaution. Nous marquâmes un but de promenade, félon notre fréquente habitude r ôc k deux cens pas nous fîmes route vers la première pofte , après nous être arrêtés un moment pour <demander*k nos gens s'ils vouloient nous fuivre hors du Royaume. Ma fille & mes amis les plus intimes n'eurent connoilTance de notre route que le jour fuivant. Nous voyageâmes jour &c nuit : nous ne nous arrêtâmes nulle part ,.&Mme. Necker , malgré la foiblçlfe de fa fanté , ne m'ayant montré que du courage , nous fîmes la route de Verfailles à Bruxelles avec- une