‹ Sur l'administration de M. Necker par luiMemeChapitre 6 sur 10 · V MOREAU DE S. MÉRY · texte numérisé non relu

V MOREAU DE S. MÉRY

v De la Vigne , APréfidens

» Duveryer, j> Bertholio , » Garnier , ^Secrétaires.

» Desroche, » Deliesse ,

7e voudrais avoir aflez d'efpace pour tranfmettre ici les noms de tous ceux, en fi grand 1 nombre , qu^rttcipércnc a

cet a&e mémorable. Je ne vous oublieroia point , vous qui m'avez fait jouir pendant un moment dç délices d'un fiècle , vous mes feuls bienfaiteurs , vous à qui je regrette amèrement de ne pouvoir rendre un hommage égal à ma reconnoiffance.

Ah ! que je fus heureux ce jour-là! chacun de ces inftans font gravés dans ma .

mémoire» &je ne puis encore aujourd'hui me les rappeler fans émotion \ j'avois obtenu le retour de la paix, je Pavois obtenu fans aut^î moyen que. le langage de la raîfon & de la vertu : cette idée me faifïif foitpar toutes les affe&ions de mon ame, &: je me crus un moment entre le ciel Se la terre. ! que j'étois heureux en retournant à Verfaille^ ! Mon dernier facrifice, les dangers auxquels je m'étois expofé , ceux que je courois encore , tout étoit oublié. Les acclamations du peuple, dont je fis une féconde fois la douce épreuve , je les écoutois avec plus de charme ; il me fembloit que tout-à-coup elles avoient pris une autre nature ; il me fembloit que , pareilles à ces airs purifiés qui s'élèvent jufqu'aux plus ' : . haute*

hautes régions, elles pouvoient s'approcher

•des demeures cëléftes ; & je les foivois plus

long-tems de mon ceour & de mà penfée.

Mais hélas ! je l'ai die , cette félicité , cettè

joie trop fublime fut de courte durée : ellè

pafla comme un fonge, & avec elle s'évfc-

toouiréhc mes plus précieufes e'fpérarrcës.

Dès la nuit même de ce jour mëmorablé

tout fut changé. Les chefs de ladémbcrâtïè

curent d'autres penfées ; nuls ne vduloient

fencore àc bonté - 9 ni d'oubli , ni d'amnirtiej ils avoient befoin de toutes les paflions du

peuple, ils avoient b«efoin fur-tout de fes défiances , & ils ne vouloient de plus à aucun prix qu'un événement important pût être rapporté k mes vœux & à mon influence.

On aflembla donc les diftriâs ; & l'on fut fes animer contre une délibération que leurs repréfentans, que les anciens éle&eurs nommés pàr eux , qu'une affemblée générale dè l'hôtel-de-tfille avoient adoptée d'une voix unariime, & que le premier voeu du peuple avoit ratifiée. L'affcmblée nationale étoit mon tfpérance datas cette malheureufe contrariété /mais elle àceùeillit l'opofition des

cKftrifts, & je vis renverfer de fond ert comble l'édifice momentané de mon bonheur. A quoi cependant ce bonheur s'étoit~ il attaché ? k retenir au milieu de nous ceux qui par leurs richeflfe &c par leurs dépenfes entretiennent le travail et encouragent Pinduftrie , à voir les idée* de perfécut i on et de vengeance remplacées par un fentiment de confiance & de magnanimité ; à prévenir cette ex Opération , fuite inévitable des crâintes & des alarmes que Ton dédaigne de calmer ; à préferver la nation françaife de ces êffrayans tribunaux d'inquifition , conu fous le nom de comité des recherches ; à rendre enfin la liberté plus aimable , en lui donnant un air moins farouche , & en montrant comment elle peut s'allier aux fentimens de douceur , d'indulgence & de bonté, le plus bel ornement de la nature humaine & fon premier befoin. Ah ! con> bien de malheurs n'auroient pas été -prévenus, fi la délibération prife à Thoiel-deville navoit pas été dénuite , fi le premier veu du peuple , fi ce faint mouvement n'avoit pas été méprifé : on n'a jamais

Voulu fairelfassai de ce que pouvoient aufl^ les grandes vertus ; on croie les remplacer touces par le mot vague et mal entendu de patriotisme ; mais ce sentiment généreux, ce n'est pas uniquement à l'énergie des opinions dominantes, ce n'est pas sur-tout à lçur exagération que je l'applique ; il consiste bien plus , je le crois , dans la justice envers tçus , dans l'amour envers tous , et dans ces ménagemens mutuels qui doivent s'établir entre les forces et les prétentions politiques , comme entre les intérêts particuliers. C'est ainsi que se fonde le bonheur général ; c'est ainsi que s'élève , sur une base solide , le grand édifice de Tordre social. \ Un mot encore sur moi^relatif àl'assembléede l'hôtel-de-ville, et a la demande que je formai Je me serois trompé dans mes veux, je me tromperois encore aujour* d hui dans mes regrets , que j'aurois au moins le droit d'être affeâé d'une grande

injustice. . %

Celui qui consacra les premiers momens de son retour , le premier essai de ses forces à défendre d'une oppression rigoureuse le

^nème^pêtfci qtti Pavoic éloigné dit royaume h'ëft piàs J m6ins resté l'objet de fa perfévérante inimitié.

Et-pkr une fatalité Singulière y la même pëtfdrine n'a pu fe faire pardonner auprès fl'nn iîitrebord , d'avoir pris intérêt à cette ôppreflion , & d'avoir pu quelques momens associer k fes fentimens les repréferïtans flii peuple & le peuple lui-même. '

Ce fut alors que dans un comité partifctiïtérytes chefs du parti dominant prirent la réfbhition formelle de me dépopularifer:

je tnc ^rs ici de leur expreflion même.

Noble & vertueux projet, auquel ils ont été fidèles par toutes fortes de moyens, au- ^aël ifs fe font dévoués avec l'opiniâtreté h. 'plus soutenue, & qu*à Paide de tant de Jmàhœuvres , à force d'écrits menfongers J , ih ont conduit péniblement h la plus heufcéufe fin. Heureufe ! mais pour qui? eft-ce 'ipoUr l'état , dônt lia -profpérité fut l'objet confiant de mes travaux ? eli-ce pour la ïrahce , \ qui je m'étèis uni par tant d'à- 'rftour ? est-ce pour le peuple , dont je fui ^tte ; mà % vie fe^plus courageux défenfetir?

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premiers fondemens? eft-ce pour le roi.^ qui n'eut jamais, un serviteur plus fidèle ?

est-ce encore ? mais jp n'étendrai, pas^

glus loin ces questions; car a les adjres,.

serois-je en ces tems de factions? yn homme alors n'efl; lien, à moins qu'il ne puiflb, encore servij: d'hojocauste entre les mains <Jes méçhans ; mais ils ont consommé moa sacrifice, & je nesuis plus bon même pour cet usage. Je parle donc à l'Europe, je parle aux tems à venir ; c'est eux seuls que j?ose interroger, & c'est eux seuls qui pourront un jour aie répoadre. . . ; ; ; -

C'est ainfi toutefois qu'après un mouvement généreux, qu'après une a&ion où.

plus que jamais j e m'étois détaché de moimême pour m'unir^ux autres ôç k la chose publique , je me suis trouvé délaissé par l'un & Paytre parti. Je n'ai plus pour refuge quç le souvenir d'une conduite pure et sans.

ta<&e ; mais le tems accroît le prix de ce consolant; souvenir, puisqu'il vous avance yçi;$ ^ bprds de ce grand abîme où. se pç&ffiOtfth Pwffe rive un. tribunal inconnu^

jtaais formidable, dont la confcience eft la première image. - - - 1 Je reprends la marche que je me fuis prefcrite , & en cherchant les époques marquantes de mon miniftere, celles dont jedois ici rappeler le fouvenir , il m'en coûte toujours infiniment de ne pouvoir m'a rrêter fur une quantité de détails qui fe préfentenc à ma penfée comme autant de ferviceç journaliers , comme autant d'aftions honnêtes & patriotiques , tk comme autant de droits* à la reconnôissance publique. On doit me pardonner de m'expliquer ainsi ; c'est d'un moi que je parle & non pas de moi; car loin des hommes, au pied des hautes montagnes , au bruit d'une onde monotone qui ne préfente d'autre idée que la marche égale du tems, et fans autre afpeft qu'une longue folitudc, une retraire silencieuse que bordent déjà les ombres d'une éternelle nuit .je n'ai plus de rapport avec ce miniftre naguère emporté par lesévénemens, agité par les paffions du monde , et fans cesse aux prifes avec l'injuftice ; je n'ai plus de rapport avec lui que par les émo-*

rions d'une ame fensible ; maïs tous les liens tjui tiennent à l'amour-propre,kla recherche du pouvoir , au désir de la g!oi;e , aux veux épars de l'ambition,tous ces liens font rompus. Je puis le traicer en étranger ce miniftre ; je puis professer aujourd'hui mon opinion fur la conduite qu'il a tenue , fans m'aftreindreà ce code de menfonges & de demi-vérités, où par égard pour les diverses vanités , on a preferit l'obligation de parler de soi tout autrement qu'on ne pense. Ces conventions, ces dépouilles mondaines, on peut les laiser lk,lorsqu'éloigné des hommes on ne vit plus que sous ses propres lois.

J'ajoute un mot pour répondre à un reproche que j'ai peut-être mérité. L'on a trouvé que dans plufieurs de mes éçrits j'a vois trop foulent parlé de moi ; mais c'eft prefque toujours pour me relever de l'oppreflion que je l'ai fait ; & , je ne fais pourquoi , la fonâion de libérateur , on n'aime la confier qu'à foi-même.

Je fuis, comme on le voit, le mouvement de mes penfées , bien plus que la trace méthodique de mon fujet. J'y reviens cepen-

dant. Mon premier soin ,.çn repmm md»

ppste k la fin de juillet 1759, fjïifcde répons dreà la confiance du roi , enlui proposant:

des personnes convenables pour regaptk te çjiinist^re. Trois des hommes Icsplus, marquant dans le précédant , M V M ontmonij 9 M. de la Luzerne & M. de Saint-Priest , ^vpieçt déjà été rappelles p# sa majesté , et la naçion avoit applaudi^, çettç dçtçnpiination. Je dirigeai les regards à\x m.oparque vers quatre aucres personnes & le rpî voulut bien confier ajux upes dçs. dçpartemens , et admettre les autres, dans spn conseil. Trois étoient mçmbpe dç ^semblée nationale, ét joignoieat à, des- qualités distinguées, le mérite de s'être njontiiés populaires et partisans déclarés des principes de 1% çorçstitutiop , d^ns. ljç sçns.dt* moins, ou çes principes: avoient été d ? aboc4expliqués et entendus, La quaurienaç per&onnç que j'indiquai ^1 roi . et qui IuLétoit particulièrement connue, ce fut M. le maréchal de Çe^Hvau ; il avoit été du. comite.de Mfcn- 4 Passerpblée des notables, , et la justesse de son esprit , la générosité de son

caractere^çqçagerent à partager pQpiniqr* de k majorité de ce comice en fayeug dq doublement du tiers. Cette circonstance & la réputation honorable qu'il avok à foiitenir , rendirent agréable à la nation sqii introduction dans le ministère; & lorsque le roi donna connoiffançe h Paiïemblée de la nouvelle composition de fou confeil,eIle yiiit reçue avec degrands apçlaudifîemens.

Le temps eft venu où le parti dominant dans PaiTemblée nationale , celpi qui entraîne Popinion du peuple , a conçu des défiances, a élevé dçs plaintes contre une partie de ces mêmes miniftres dont oqi avoit autrefois exalté les principes, politiques^ comme ce mécontentement a principalement éclaté depui s que j acquitté Padminiftration > je ne fcrois pas en état d'eatrer à cet égard daps ^uçunp çontroverfè précife. Je v puis feulement faife obferver d'une maniçre générale que fQUv,en$ lç%autres paroiflent changés , quand c'efi nous essentiellement qui le fomtncs^Les idées que Pon s'étoit faites de la révolution oof fubi gradueHewenç <fc gra^s altérations ,

ou plutôt ont re^u de grands fupplémens ainfi les perfonnes dont les principes n'ont pas varié dans une proportion pareille,ont paru nécessairement k quelque diftance der opinions du jour , & comme c'eft conftamment d'un même terme , de celui de conltitution, dont on s'eft fervi r our exprimer & les premières & les fécondes idées, & les anciens & les nouveaux principes, plusieurs patriotes fe font trouvés un peu hors de la ligne commune, par cela même qu'ils avoient moins varié. Et l'on nepourroit pas répondre que les hommes dont jufqu'à ce jour les opinions fur la liberté ont été en avant de toutes les autres , venant à être passés à leur tour par leurs compagnons politiques, ne fussent aceufés d'avoir changé , & ne fussent cités comme n'étant plus dans le fens de la révolution; -

C'eft une grande fource de confufion que la sixité des mots, quand les élémens des idées attachées à ces mêmes mots essuient .une grande variation.

Depuis mon retour auconfeil , au mois

«Je juillet 1789 , ma vie a été remplie par de grandes sollicitudes & des agitations continuelles. La rareté des subsiftances continua d'occuper une grande place parmi mes peines ; mais je traiterai cette partie de mon adminiftration la dernière; elle remonte fort au-delà de l'époque que je viens de dessiner , ik je dois la présenter dans son ensemble. , . „ . J'ai déjà entretenu des finances d'une manière générale, ainsi que de mes travaux & de mes soins pour les conduire à bon port.L'assemblce^nationale n'étoit pas preffée d en entendre parler, elle ne vouloir pas s'associer avant le tems à des circon (lances difficiles ; il lui paroissoit auffi qu'elle ne devoit pas se mpntrer k demi dans la plus importance des affaires publiques; elle avoit le dessein de s'en emparer en entier ; mais elle ne pouvoir le faire à propos qu'au moment rù iufPsamment ancrée dans l'opinion publique , elle auroit l'appui nécessaire pour déployer avec sûreté les plus grands moyens.

- Je ne cherchai donc son secours qu'à l'inftant d'un besoin absolu , & je m'en

f Mo ) ^ trouvai pas bien la première fois que j'en fis usage ; car lui ayant proposé d'autorifer on emprunt de trente millions à cinq pour cent, elle en fixa l'intérêt à quatre &demi, & par cette déposition très- légèrement réfolue , le succès de l'opération fut manqué. Je ne montrai ni humeur ni dépit , & je me dominai dans cette occasion , comme dans plusieurs autres , n'ayant qu'un but , celui de faire le mieux possible avec les moyens donnés, & en écartant comme étrangères , toutes les impreflions qui m'étoient; personnelles.

Ce fut par une suite de ce dévouement que je pris sur moi de proposer la contribution patriotique, & que je me soumis à l'espèce de responsabilité qu'on m'imposa ♦ en adoptant un projet conseillé & nécessité par la situation des affaires. L'assembJee avoit contrarié le crédit , en faisant échouer le premier emprunt entrepris sotis son autorité ; l'assemblée en même tems laissoit tomber lès impôts établis, & néanmoins on lui proposoit comme une chofe juste , de rendre le miniflre ga-

rant du succès des dispositions destinées à remplacer ces ressources. Je voyois de près le terme de mon influence sur l'administration des finances; ainsi j'aurois été bien excusable si j'en avois remis le destin à l'assemblée nationale, au moment où , pour la première fois danç le cours de deux ministères , je me trouvois obligé de parler aux peuples de sacrifices j &quoiquela contribution patriotique,telle que je Pavois conçue , fut aufli adoucie que la nature de l'objet le permettoit, cependant* de tous les devoirs du ministère, c'est celui qui m'a le plus coûté ; et ce fut avec un sentiment bien vrai que je dis en m'adressant à l'assemblée nationale :

99 C'est un malheur sans doute, et un grand malheur que d'être obligé de conseillers le recour à une contribution considérable; je le reconnois pour la première fois, et j'en éprouve toute l'amertume:

aussi après m'être assujetti de moi-même et par devoir à cette peine sensible , tout ce qui pourroit me venir des autres, ppijpion, jugement , censure, je Iç redoucç

( Ua )

moins. Mon amc , trop fortement préoccupée de fes propres regrets , eft moins fou mise aux atteintes de toutes les confît dérations extérieures ? u :

Ces paroles exprimoient exa&ement c6 que je penfois : ma vie /depuis quelque tems, étoit un enchaînement de facrifices, & Payant une fois confédérée fous ce rap* port, je ne vis que la chofe publique , jè

m'oubliai moi-môme , & mes calculs s'a^ grandirent de toute la part que les hommes

font dans l'habitude de fe faire. - - • - -

L'époque où l'affemblée nationale jugel qu'elle pourroit bientôt fans inconvénient s'emparer en entier de l'adminttt ration du trélor public, fut le moment où elle créa pour quatre cents millions de billets-monnoie , avec l'intention d'augmenter cette quantité dans la proportion des befoins.

Dès-lors , en effet, les combats contre les difficultés ne furent plus les mêmes; la neceffité de fuffire à de grandes dépenfes avec des revenus infufftfans ne fubfifta pluà j ôèla-direftion des affaires fut toutà-coup^ffrarxchie de fes principalcsentraves.

C'eft tin bon tems pour l'adminiftration ~ s que celui où , à l'aide d'une fomme illimitée de billets-monnoie, on peut non-feulement fatisfaire k tous les befoins connus & inconnus , mais avoir encore des fonds prêts au jour & à l'heure dont on a faiç choix. Il fuffit alors de départir aux uns la papeterie , aux autres l'ettampiUe , aux ?utres la gravure & l'imprimerie , pour aflurer le fervice du tréfor public , & procurer à fes adminiftrateurs un calme doux & un repos heureux. ; '

Quoi qu'il en foie , en ne traitant point fie la moralité de deux grandes difpofitions de l'assemblée nationale , l'une l'invafion des biens de l'églife , l'autre l'acquit des dettes de l'état avec des billets auxquels on n'ouvre d'autre iïfue qu'un achat de domaines fonciers , il est certain que la réunion de ces deux moyens eft la plus grande, la plus vaste, la plus a&ive opération de finance dont on puifle avoir l'idée ; &c j 'ajouterai qu'il falloit abfolument une reffource d'un genre extraordinaire, pour tirer le$ finances de la détresse où les avoient

plongées, et le dépérissement des impôts existant , et les lenteurs apportées k leur remplacement, et les hafards inséparables d'un système complet cPinhovation. On doit observer cependant que le retard du remplacement des impositions a produit dans les provincfcsun contentement trèsfevorable à la révolution ; le peuple a confondu ^dans la coriftitution la libérationdes impôts qui lui étôient onéreux , et la difrrittotioh de tons ; et lorfqu'il devra payer les contributions nouvelles , peut-être que par rëa&ion, cette même cohftitution qu'il aura appris à aimer, lui rendra son fardeau plus supportable* Ainsi , toujours-là mbra- Rtë à part , et cette réserve est grande , il y a darrs la conduite de l'assemblée nationale tm grand déploiement politique > et quoique sa marche n'ait été conçue ni pré*

parée dans son ensemble , et qu'elle ait été amenée par Penchaînememdes circbnstânces , c'est le résultat probablement qfci restera seul dans la mémoire. .

L'assemblée nationale eût peut-être bouleverse tout du premier abord, si elle eut

, décrété

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décrété l'émission de dix-neuf cens million!

de nouveaux billets , comme on le lui pro* posoit. Elle s'est réduite à huit cens ; & si j'ai contribué par mes. observations à cet acte de prudence et de modération , c'est undernier service que j'ai rendu. Sans doute, plus l'assemblée eut mis à la fois des billets en circulation & plus on eut élevé le prix des domaines nationaux , plus on eût fait monter les effets publics ; mais aucun de ses avantages n'eût été bien légitime > puisque tous aurôient été l'effet , ou des craintes de ceux à qui l'on auroit délivré la nouvelle monnoie en paiement , ou de la nécessité où ils se seroient trouvés de réaliser cette monnoie d'une seule manière , & pour rendre cet te vérité sensible aux hommeslesplus ignoransou les plus distraits , portons pour un moment l'hypothèse à l'extrême^ & supposons une création de papier - monnoie supérieure , soit en fait, soit en opinion , à la valeur des bhns qui doit servir à le* éteindre ; dès cet instant , chacun certain qu'une partie de ce papter- monnoie porte à faux, ou en conservant du moins l'inquié*

tude , aufoit la plus grande peur de festef en définitif propriétaire de cette partie ; & il en résultèrent un tel empressement de réaliser une pareille monnoie , que tous les objets d'échange s'élèveroient peut-être à un prix deux ou trois fois plus considérable que leur juste valeur. Il y a toujours deux points de Comparaison dans les marchés , la chose qu'on achète , & la chose qu'on donne en paiement , & plus la valeur de cette dernière baisse dans l'opinion, plus la valeur de l'autre doit augmenter.

On dira peut-être que le prix des billetsmonnoiesnepeutjamaisêtreestiméau-dessus du cours où on peut les convertir en argent sur la place. Cette observation n'est pas juste; car le cours dont on veut parler, n'est applicable qu'aux transactions limitées, oc* casionnées parla circulation journalière des dépenses. Il n'y a pas défense de chercher à convertir des capitaux en numéraire effectif ; mais il seroit moralement impossible d'effectuer ce projet, non seulement parceque le prix de l'argent hausseroit sensiblement, si l'on vouloit en rassembler de fortes

sommes , mais aussi parce que Ton à'exposeroit à des dangers personnels ^i Ton Se Kvroit à une pareille spéculation. Ge seroit donc line véritable fiction que de prendre le cours des assignats sur la place pour la iiiesure de préjudice occasionné aux personnes qui sont forcées de recevoir ces billets en palemeht de leurs créances sur Pétat, ou sur les particuliers autorisésà s'ac-^ quitter dë cette mahière.

On doit conclure de ces différentes ob* sêrvations , que si l'on borne Ses vues à hausser le prix des biens nationaux, il faut alors multiplier sans retenue la monnoie des assignats ; car plus elle abondera , et plus il y aura de concurrence entre ceux cjui chercheront à s en défaire pour acquérir en échange des biens réds ; mais si l 'on se fait un scrupule de rabaisser soi-mêmo tfop fortement la Valeur de la monnoie qu'on donne en paiement , si l'on se fait un sdrupule de profiter des enchères qui sont l'effet de la nécesjshé où chacun se trouve s de se précipiter vers la seule issue ouverte aux pâpiers-monnoie , dont les # créancier» de

l?&at & les créanciers de ces créanciers ont été contraints de se contenter, on doit alors apporter à rémission des assignats une sage mesure. » Il ne faut pas, disois-je dans mon mémoire à rassemblée , il ne faut pas qu'un état se transforme en joueur à la baisse , et profite de la peur pour faire fortune. « Je crois toujours cette image & cette réflexion parfaitement justes.

La ressource provenant de la vente des biens nationaux doit être immense ; et avec la dixième partie d'un pareil secours , j'auroi^cru pouvoir , en d'autre tems > affranchir les finances de tout embarras , & élever le crédit au plus haut degré.

j Je trouve donc que l'assemblée nationale n'a pas le droit de prendre un ton si dédaigneux & si triomphant à l'égard des autres, quand elle parle de l'état des finances: mais c'est plutôt à son comité des finances que es reproche doit s'appliquer. Il semble faire un tort à l'ancienne administration de n'avoir pas su éteindre , comme lui , toutes les anticipations , de n'avoir pas liquidé la dette, arrière §n son entier , de n'avoir pas

Digitizecf by

remboursé les offices des magistratures, etc. etc. et pour n'avoir pas fait tout cela , il a la bonté de l'accuser de stuveur dans son dernier rapport ; mais avec la permission de Monsieur le comité , ce n'est pas dans les ressources d'un nouveau système de contribution , que l'assemblée a trouvé les capitaux nétessairespour tous cfes remboursemens puisque au j ourd'hui encore la grande moitié des revenus de l'état anéantie.

| Ce n'est pas non plus au moyen de la ré»

duction des dépenses proprement dites (i) qu'elle est parvenue à ce but, puisque cette réduction , distraction faite des dépenses nouvelles , ne s'élève pas à plus de quinze millions. »

L'unique ressource dérive donc, et de la °

(i). J'appelle les dépenses proprement dites - } toutes celles qui concernent le service public ; car on ne peut pas considérer comme des économies , les retranche mens qui ' ont lieu, par le simple transport , à U charge des dcparteuiens , de certaines dépenses payées autrefois du produit des contributions générales ; on ne peut pas non plus considérer comme des économies administratives les extinc • tions d'intérêts qui ont eu lieu par l'effet cUs remboursa-:, mens exécutés en assignats.

prise de possession des biens du clergé , & des assignats fournis sur le produit dç leur vente.

Est-ce une preuve de stupeur de la part de l'administration, de n'avoir pas entrepris une pareille opération ? Il est des traits d'activité qui n'appartiennent pas à tout lç monde. * ; • - Le Comité des finances , toujours avec l'intention défaire valoir l'administration de l'assemblée aux dépens de qui il appartiendra , m'oblige encore à relever deux assertions de son dernier mémoire.

* On y récapitule les dépenses qui doivent être acquittés à l'avenir , par des impositions particulières à chaque département ; et pour adoucir ce tableau , on met en parallèle les charges auxquelles les provinces étoient autrefois obligées de pourvoir, et l'on finit ainsi cette dernière récapitulation ; » les dépenses ordonnées par les intendans > çubdélégués , etc, dépenses exemptes de toute responsabilité , et dont Ja somme étoit incalculable pour cela même qu'elle étoit arbitraire, ç

Le comhé n'a donc pas voulu se souvenir d'une loi dont f aî déjà parlé : d'une loi connue de toute la France , & rendue sous mon premier ministère; d'uneloi, suivant laquelle taille y le seul impôt susceptible d'accroissement arbitraire avoit été fixée d'une maniSffe immuable , & ne pourvoit plus recevoir aucune extention sans l'autorité d'un édit enregistré ; ensorte que depuis cette époque , lorsqu'il y a eu quelques dépenses extraordinaires dans les provinces , l'on y a pourvu des deniers du trésor royal. Il eût été bien au comité des finances,de rappeler une disposition si honorable pour le règne du roi , et il n'auroit pas dû présenter comme un tort , un abus réformé depuis si long-tems ; il n'auroit pas dû grossir dans l'imagination cet abus prétendu , en y donnant le nom àïincalciilable. Les seuls objets quipouvoient encore entraîner unç imposition , c'étoient les dépenses particulières à une paroisse , pour la réparation d'une fontaine , d'un presbytère , &c. dépenses de peu d'importance , & qui subsisteroit dans le nouvel ordre des

Digi

choses. Mais jamais elles n'ont eu lien, que sur la demande même de la communauté ; & c'étoit après l'approbation éclairées des administrations provinciales que le roi con-. sentoit à les autoriser. L'imposition pour les chemins,en remplacement de la corvéo, étoit soumise à la même^règle ; & les noms d'intendans & de subdélégués n'étoient applicables , dans aucun sens , au dernier / état de l'administration publique dans les provinces. Aussi la seconde asssertion que je relève , c'est d'avoir dit dans le même rapport y en parlant des rôles formés pour cet impôt des chemins , & pour les frais de collecte , &c. « Ces rôles étoient odieux , * puisque souvent le plus injuste arbitraire présidoit à leur confection, et qui étoit interdit à tous les citoyens d'en suivre & d'en surveiller l'emploi. Aujourd'hui tout est public f aucune reddition de compte ne peut' être refusée , le peuple est juge suprême , k responsabilité est sa sauve-garde; la nation fondera son économie désormais sur fcs moyens à l'aide desquels le despotisme • kruûwit autrui*. G* discours est discon-

venable , au moins par les erreurs dont ii est rempli ; car la contribution pour les chemins n'avoit aucun rapport avec les impositions générales , c'étoit l'affaire particulière de chaque communauté , & elles en formoient les rôles , elles en régloient la répartition sous l'inspection dts admi* nistrations provinciales : ainsi la plus grande publicité accompagnoit ces sortes d'opérations. *

C'est toujours au-delà du dernier ordre des choses que le comité se transporte pour former ses comparaisons ; elles doi^ vent sans doute répondre d'avantage au but qu'on se propose , en ne tenant compte ni de la loi sur la taille , ni de l'établisse^ ment des assemblées provinciales , & err laissant à l'écart ainsi deux grandes dispo^ aitions de bienfaisance publique y assurées par le roi. Il n'y avoit qu'à remonter à Pha*ramond , on eut fait un rapprochement entre le passé & le futur; dont l'éclat auroit* été plus grand encore.

Les deux erreurs que je viens de-repro* «her au comité des finances , peuvent âké-

Di

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