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CHAPITRE III

En plus d'observations personnelles, on a rapporté ci-dessus un assez grand nombre d'observations françaises, un moinserand nombre d'observations étrangères.

On n'a pas indifféremment rapporté, comme observations personnelles, un ensemble d’observalions où l’agnosie tactile ait élé consignée : on a choisi, dans l’ensemble, un type, assez rare à trouver, où l'absence, ou Lout au moins l'insignifiance, à la main, d’altérations motrices, associée souvent à l’insignifiance, où même au défaut apparent d'altérations sensitives, laissât au premier rang l’agnosie tactile, apparemment au moins indépendante et primitive.

Aux observalions françaises au contraire, on a rapporté tout un faisceau d'observations, les plus importantes in extenso, la plupart fortement résumées, sauf en tout ce qui peut avoir trait, soit à la sensibilité dans son atteinte objecüive, soit à l'identification tactile.

Il n’y faudrait pas voir toutefois une revue bibliographique aspirant à présenter, dans un tableau récapitulatif, l'ensemble des cas français où l’agnosie tactile ait été rapportée. Outre son inutilité pratique,un pareil travail aurait nécessité d’autres recherches, et pris une autre extension. On a tendu plus simplement à des fins plus modestes.

En effet, si, dans la multiplicité des cas disparates ainsi rapportés, on veut bien établir une classification provisoire et grossière, on s'apercevra facilement qu'ilsillustrent, à titre

exemplaire et typique, toutes les séries cliniques où l’agnosie tactile a pu s'observer jusqu'ici — à partir des cas où l’agnosie ressort avec évidence à l'intensité périphérique du déficit | moleur, avec ou sans contracture, et surtout à l'intensité périphérique des altérations sensitives, jusqu’à ceux où l’agnosie, apparemment prépondérante à l'examen superficiel, arrive à tromper ainsi sur sa véritable origine. Les faits ont en eux leur force de conviction, qui passe toutes les plaidoiries. Aussi, dans'chaque série pathologique, | a-t-on voulu, sans toutefois prétendre à paraître complet, rapporter plusieurs cas, souvent très différents (l’agnosie | tactile exceptée) des cas rapportés dans les séries voisines, | mais superposables entre eux. On a préféré leur enseigne- | ment à l'exposé théorique, à propos d'un seul exemple, à bon droit suspect d'exception, des variétés qu’on peut observer | dans l’agnosie tactile, suivant les troubles, variables en inten- sité comme en qualité, qui ressortissent aux maladies varia- | bles propres à la provoquer. Aussi le lecteur, en se reportant | au suffisant abrégé des faits, arrivera-t-1l à prendre d’elle,on | peut dire à peu près nécessairement et par la sourde sug- | gestion des choses, une connaissance autrement étendue, | objective et précise, qu'il n'aurait fait dans une inutile argu- | mentation, libérée du seul détail évocateur et convaincant. On s'est toutefois limité, pour l’agnosie tactile au cours : du tabes, aux seuls cas où la superposition radiculaire agno- sique aux altérations radiculaires de la sensibilité donnait à l'examen du malade un cachet assez spécial. C'est qu’en effet, avec ses troubles étendus des sensibilités articulomusculaires, en particulier l’altération régulière et profonde du sens, ou mieux de la perception des attitudes segmentaires, associés aux troubles variables, mais fréquents, des sensibilités cutanées, le tabes apparaît à première vue comme une sorte de terre promise à l'agnosie tactile. Cépendant, bien qu'on ait volontairement limité la collection d'observalions françaises au recueil incomplet qu'on

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en a pu trouver, on s'est toutefois efforcé d'apporter, la plupart en détail, quelques-uns même in extenso, tous les cas importants, soit qu’ils aient semblé présenter pour le classement des agnosies tactiles une valeur lypique individuelle, soit qu'ils puissent apporter ou qu'ils aient apporté déjà matière à discussion dans l'interprétation pathogénique.

C’est d’ailleurs aux observations du même type important qu'on a réduit la collection d'observations étrangères : ona voulu seulement rassembler dans un tableau rapide, aussi complet qu'il a paru possible, les seuls cas publiés susceptibles de prêter aux divergences interprétatives.

On n’a toutefois pas rapporté sur chaque observation litigieuse, étrangère ou française, chaque interprétation donnée. On estime en effet, en pareille matière, les faits bien observés supérieurs au raisonnement d'autrui, pour arriver à l'interprélation personnelle, en toute connaissance d’un procès où l'observation clinique apparaît seule avec sa valeur objective et précise apte à forcer la convicuon.

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Il faut maintenant s'entendre sur les mots :

Par agnosie tactile, au sens large où, dans les observations qui précèdent, un pareil terme est systématiquement employé, on entend l'incapacité d'arriver, par la seule palpation (by handling it), à reconnaître un objet dans la main.

Il s’agit là d’un fait, indépendant du sujet qui l’observe, objectivement grossier, simple, et par là-même indiscutable.

Il importe toutefois d'apporter quelques restrictions, d’ail-

leurs indispensables, qui limitent avec fruit l’acception qu'il faut réserver au mot.

Il va sans dire, en premier lieu, qu'il faut l'appliquer aux troubles spécialisés de la reconnaissance tactile. Il existe, entre l’agnosie partielle, atteignant la seule identification

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tactile au titre particulier d'identification par le toucher, et J'agnosie générale, atteignant l'identification tactile au titre essentiel d’ entfcatiat. concurremment avec l’identification visuelle, auditive, ou moins souvent olfactive ou sapide, un fossé profond qu'il convient de ne pas franchir. La première, à quelque interprétation qu'on s'arrête en effet, res- sorlit à coup sûr à des troubles spécialisés, d’origine péri- phérique à croire les uns, ou centrale à croire les autres, mais en tout état compatibles avec un système intellectuel à | fonctionnement régulier. La seconde, au contraire, ressortit à des troubles profonds de l’idéalion, dont les altérations | variées retentissent réciproquement les unes sur les autres, aboutissant, par leur inextricable inirication,à rendre infruc- | tueuse toute analyse élémentaire. C’est ainsi qu’on ne saurait établir aucune utile comparaison entre un hémiplégique anesthésique, à parfaite intelligence, incapable d'identifier un objet, quel qu'il soit, avec sa main malade, et quelque paralytique général ou quelque autre dément, sénile ou pré- |coce, incapable d'identifier un même objet avec ses deux mains, sans qu'on puisse arriver à savoir, dans le naufrage où toutes ses facultés ont plus ou moins sombré, à quel trouble, amnésie, inattention, fuite des idées, jugement pathologique ou réticence, 1l faut principalement rapporter son agnosie tactile.

|. Ce n’est pas qu'on n'arrive à trouver des cas où l'agnosie générale ait semblé ressortir moins à la désagrégation des facultés cérébrales qu'à la combinaison d’agnosies partielles, assez étroitement localisées chacune à leur appareil informateur. Une observation de Nodet (1), une observation de Chrétien (2), deux observations de Vorster (3), une observation de Lépine (4), au moins, sont là pour l'attester sans

(4) V. Noper, thèse, obs. I, p. 115.

(2) R. Curérien, thèse, obs. I, p. 75

(3) J. Vorsrer, Arch. fr Psycà., 1898, p. 362. Obs. VII (von Jansen) et obs. VIIT (Redlich).

(4) R. Lérine, Journ. de psych. norm. et path., 1904, p. 163,

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qu'on ait cherché plus à renvoyer à d’autres, qu'il serait toutefois loisible de trouver. On avait autrefois réservé le terme d’apraxie {parapraxie par agnosie de Liepmann) à la désorientation pathologique au milieu p'objets familiers qui suit inévitablement un pareil complexus étiologique. On peut même arriver à concevoir ainsi des apraxies unilatérales, par association d'une agnosie tac tile unilatérale avec une agnosie visuelle d'origine asymbolique. C'est ainsi, par exemple, qu'un hémiplégique anesthésique, en plus atteint de cécité psychique, n’arrivera pas à savoir l'usage et la signification d’un peigne à sa main malade, et qu'il pourra vouloir s’en servir pour manger, tandis qu'il arrivera, par une étude attentive, à sa main saine, à reconnaître l’objet, qu'il emploiera dès lors à sa véritable destination.

Quoiqu'on puisse, à la rigueur, observer des cas où, malgré la complexité des états qu’elle arrive à déterminer, c’est au seul titre d'agnosie spécialisée qu'entre lagnosie tactile, indispensable au résultat, dans l’ensemble étiologique, on a systématiquement écarté les faits du même type au cours du travail actuel. Outre qu'il est difficile ,en effet, d'arriver à faire, en pareil cas, la part d’un affaiblissement intellectuel généralisé, toujours possible, et souvent vraisemblable au cours d'altérations du cerveau nécessairement assez étendues, on reconnaîtra volontiers qu'il s’agit là de phénomènes trop complexes, et susceptibles d'interprétations trop diverses, pour qu'on puisse en tirer primitivement quelque fruit dans l'interprétation des agnosies tactiles.

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Mais cette importante exclusion du champ des agnosies tactiles est encore insuffisante. Il en faut exclure en second lieu l'identification des objets mal connus.

L'identification d’un objet dontil n’a jamais su la signification ni l'usage apparaît avec évidence impossible à tout

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homme aussi normal et sain qu'il soit.On peut laisser un ophtalmoscope aux mains d’un sauvage ,ou même aux mains d'un civilisé, mais on aura mauvaise grâce à s'élonner si l’unporte en décoration son ophtalmoscope à la poitrine, ou si, plus simplement, l’autre en fait un miroir à porter dans sa poche.

À cette extrémité, la précaution peut sembler enfantine. Il faut toutefois savoir qu'elle exagère avec utilité jusqu’à l'exemple absurde, et par là plus frappant, une erreur assez fréquemment commise. On n'arrive en effet à l'identification tactile aisée, sûre et rapide, qu'autant qu’il s’agit d'objets fréquemment palpés autrefois. Il faut avoir acquis, par l’expérience involontaire, inconsciente et toujours répétée à laquelle oblige à chaque instant la vie pratique ou la vie professionnelle, un savoir assez étendu, délicat et précis sur la consistance, ou la forme, ou les dimensions, enfin sur l’ensemble des qualités tactiles particulier à chaque objet, pour arriver à l'identifier sans effort, et comme automatiquement, par la seule palpation. Il y faut aussi l'évocation fréquente, à l’occasion d’actes journaliers, soit qu’on l'ait perdu, soit qu'on l'ait caché, soit qu'on ait à l'emprunter — l'habitude, en un mot, d'y penser.

Il n’est pas toujours suffisant, en effet, pour arriver à l'idenüfication, qu'on sache auparavant à quoi sert un objet, ou qu'on l’ait vu plusieurs fois, ou même assez fréquemment : il faut aussi lavoir palpé. C’est là d’ailleurs un fait objectivement tangible : un coltineur, un terrassier, un maçon, tout à fait sain d'autre part, à condition qu'il soit d'intelligence moyenne et moyennement attentif, arrive difficilement, ou n'arrive pas à reconnaître exactement à sa main saine un dé à coudre, un œuf à repriser les bas, une agrafe, un écheveau, tous objets qu'il a la plupart du temps vus chez lui, mais qu'il n’a personnellement, en tant qu'homme habitué aux gros ouvrages, ni l'habitude de palper, ni l'habitude d’évoquer dans sa mémoire — alors qu'il y reconnaît parfaitement tous ses objets à lui, mètre, fil à plomb, truelle, ou verre à

boire. On peut répéter l'expérience : elle réussit assez souvent, mais plus ou moins suivant l’objet.

Mais — aussi plus ou moins suivant le sujet: à mesure en, effet qu'on s'élève dans l'échelle intellectuelle, il va sans dire qu’un lelexemple va progressivement en perdant sa netteté — jusqu'au sujet suffisamment intelligent qui reconnaît à tous coups les objets les moins familiers, à condition bien entendu qu'il ait pu déjà les voir ou les palper — mais sans aisance, avec hésitation, lentement, après avoir mis en jeu toutes ses facultés tactiles, une attention profonde, et tous ses souvenirs. Au reste, iln’y a là rien qui puisse étonner, quand on veut bien réfléchir aux nuances délicates, inconsciemment perçues dans la pratique qui différencient parfois deux consistances, deux formes ou deux poids.

Il faut marquer cependant entre cette agnosie ou cette hésitation dans la reconnaissance, on pourrait dire physiologique, et l'agnosie vraie, franchement pathologique, un écart essentiel. Par l'exercice attentif en effet la première, avec un train d'allure extrêmement rapide, et pour beaucoup d'objets à la deuxième épreuve, arrive à s'évanouir, la seconde au contraire, inaméliorée, persiste : «... lorsqu'un sujet est privé de la perception stéréognostique, on peut lui mettre le même objet dans la main dix fois, vingt fois de suite, et bien qu'après chaque examen on lui ait montré l’objet et qu'on lui en ait donné le nom, il est aussi incapable de le reconnaître à la vingt et unième expérience qu'à la première (1).»

À l’agnosie tactile éphémère et normale ainsi causée par l'ignorance ou l’insuffisante expérience antérieure, on peut

aussitôt rattacher l’agnosie par hémiplégie cérébrale infanüle. Assez fréquemment,en effet, sans aucune allération des

(1) J. Deserine, Rev. neur., 4909, p. 360.

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sensibilités, superficielle ou profonde, avec une intelligence | à développement régulier, on y peut constater, à la main du | côté malade, une agnosie tactile unilatérale. On en peut trouver, sans aller plus loin, la preuve évidente, aux trois obser- vations de Dejerine (1), à l'observation de Claparède (2), à l’observation de Chrétien (3), aux observations d'Oppen- | heim (#) et de Kattwinkel (5). Par un mécanisme analogue au précédent, l’hémiplégie cérébrale infantile arrive à réaliser l'ignorance tactile essentielle et fondamentale à laquelle on doit avant tout rapporter l’agnosie. Ainsi qu'on a pu voir, à l’état physiologique, les circonstances extérieures empé- | cher qu'un sujet d’ailleurs sain, lout à fait naturellement et | par la force des choses, arrive à recueillir aux deux mains, | sur les qualités tactiles d'objets exceptionnels, des renseigne- | ments qui suffisent à l'identification tactile ultérieure — on peut voir, à l'état pathologique, une hémiplégie cérébrale infantile empêcher qu'un malade arrive à recueillir, à sa main paralysée, sur les qualités tactiles d'objets même usuels des renseignements qui suffisent à la mettre au rang où l’exercice automatique a porté sa main saine. « Pour qu'un sujet puisse se servir de son sens de perception stéréognostique, 1l faut qu'il l'ait d'abord développé par une véritable éducation qui ne s’acquiert qu'en établissant les rapports existant entre certaines notons fournies par les sensibilités superficielles et profondes et la forme des objets. Ce sens n’est donc pas inné ; il n'existe pas chez les petits enfants et fait également défaut chez les adultes qui n’ont pu faire cette éducation (6). » Si d’ailleurs on fait faire à la main paralysée l'éducation qui lui manquait, on assiste au rétrécissement progressif et

(1) J. Deere, Sem. méd., 1899,.p. 250.

(2) E. CLararëpe, Journ. de phys. et de path. gén., 1899, p. 1001, obs. I. (3) R. Carérien, Thèse de Paris, 1902, p 76, obs. IL.

(4) H. Orrenuem, Lehrbuch der Nervenkrankheilen, 1898.

(5) Karrwinxez, Deutsches Arch. für klin. Med., 1898, LXT.

(6) J. DeJERINE, Sem. méd., 1899, p. 250.

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sûr du champ d’agnosie tactile : ainsi l'amélioration remarquable, obtenue par Claparède {1), en six mois, chez un enfant atteint d'hémiplégie cérébrale infantile. Outre l'appui qu’un pareil fait apporte à l'interprétation proposée, la seul au reste apparemment vraisemblable, on voit qu'il assimile à nouveau cette agnosie pathologique à l’agnosie naturelle à tout homme ignorant.

Si toutefois l’une apparaît aussi particulière aux objets d'exception, chez un sujet aux mains par ailleurs averties, l'autre étendue, profonde, el comme enracinée, chez un malade à main par ailleurs ignorante, on conçoit aisément quel écart peut les séparer, et combien disparaître est un jeu pour l'une, et pour l’autre un pénible et durable travail. I] n’y saurait pourtant avoir là qu’un écart d'intensité —mais un rapport d'identité persiste: elles ressortissent, agnosie par ignorance aussi bien qu'agnosie par hémiplégie cérébrale infanüle, à l’insuffisante acquisition d'éléments primitifs, auxquels puisse ultérieurement s'en référer l'identification tactile. Elles ne constituent pas, à proprement parler, un trouble de la reconnaissance : aussi sont-elles incapables d'apporter quelque éclaireissement au mécanisme des troubles de la reconnaissance taclile : c'est pourquoi, d’ailleurs, on a jugé leur élimination nécessaire.

Au reste 1l faut éviter d'attribuer par avance et comme inévitablement à toute hémiplégie cérébrale infantile une agnosie pathognomonique. Les observations de Hoffmann (2) et les expériences, plus récentes, de Cattaneo et Marimo (3) démontrent en effet avec quelle étonnante précocité la fonction d'identification tactile apparaît chez l'enfant. Il suit qu'une hémiplégie doit apparaître au tout premier âge avant d'entraîner l'agnosie tactile. À quel âge exact ? — Il est impossi-

(1) E. Crararèvr, Journ. de phys. et de path. gén., 1899, p. 1004, obs. I.

(2) H. Horrmann, Inaug. Dissert. Strasbourg, 1883.

(3) C. Carrawro et F. Marimo, Ricerche su Ati sensibilità et sul senso stereognostico nella et à infantile, Pediatria, déc. 1902.

ble ici d'apporter quelque précision. Suivant l'intelligence, en effet, el suivant la vie quotidienne, on conçoit qu'une éducation tactile ait sur l’une un retard et sur l’autre une avance — el le plus qu'on en puisse dire, c'est qu’on a vu des enfants à deux ans, ou même à moins, présenter pour les objets simples, à condition qu'ils soient à la portée d’une intelligence enfantine, où pour un jouel compliqué (1), mais habituel, difficile à l'adulte, une identification tactile assez sûre ; alors qu'on en voit d'autres, autrement plus âgés, n avoir encore acquis qu'une identification tactile hésitante et d'étroite excursion. On conçoit aussi qu'il en aille autrement, après l'hémiplégie, suivant l'attention, la mémoire, et le jugement de l'enfant, qui peut négliger, perdre, ou mal utiliser les éléments auparavant acquis, ou cherche au contraire à ürer d'eux un maximum d'informations ; suivant la paralysie qui tantôt prêle et {antôt s'oppose à toute acquisition nouvelle ; et suivant l'entourage, empressé pour l’exereice ou compatissant à l’apathie du membre paralysé. On voit à quels éléments, divers et multiples, ressortit alors l’agnosie tactile: on comprend ainsi qu'elle apparaisse assez variable, intense ou légère, étroite ou généralisée, bien qu'observée quelquefois au même âge, ou plus, après qu'au même âge a débuté l’hémiplégie cérébrale infantile. On trouve aisément, calquées sur l’un ou l’autre type, une assez large diversité d'observations : aussi suffira-t-1l qu'on rappelle ici trois observations de Dejerine (2), une observation de Claparède (3), une observation de Chrétien {#). où l’hémiplégie s'accompagne d’agnosie tactile ; une observation de Claparède (3) et deux observations de Kramer (5), où l’hé-

(l; E. Crararèoe, Journ. de phys, et de path. gén., 1899, p. 1001, obs. Il, 2) J. Deere, Sem. méd., 1899, p. 250.

3) E. Cuararèoe, Journ. de phys. et de path. gén., 1899,p. 1001,obs. Let IT. ) R. Carénien, thèse de Paris, 1902, p. 76, obs. IL.

(3) F. Kramer, Monatss. für Psych. und Neur., 1906, XIX, p. 137, obs. II

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miplégie a laissé le champ plus ou moins libre à l’identification tactile.

En résumé la fonction d'identification tactile est le fruit d'une expérience acquise au cours du travail quotidien, Quand l'expérience initiale à fait défaut, el qu'aucun élément, pour l’une ou pour l'autre raison, n'a Jamais élé classé dans la mémoire, à titre d’étalon constamment révisé, il n'y saurait avoir identification tactile, et partant troubles de l'identification done agnosie tactile. On voudra bien observer qu'une aussi simple constatation ne préjuge absolument rien sur la nature et le lieu des représentations tactiles ainsi primitivement emmagasinées dans la mémoire, et dont ce n’est pas ici l'endroit de discuter.

Aux considéralions qui précèdent on peut emprunter déjà quelques règles d'examen.

Il convient avant tout d'éliminer toute intelligence anormale : il apparaît alors impossible en effet d'arriver à faire sa part, unique, importante, ou secondaire, à l'insuffisance, à l’affaiblissement, ou même au dérèglement des fonctions cérébrales.

On n'oubliera pas en effet qu'un tel examen met à peu près l'observateur à la merci du malade, et qu'il n’a sur sa véracité pour ainsi dire aucun contrôle. Aussi, chez un malade à cerveau d’ailleurs sain, faudra-t-il déjà tendre à supprimer l'erreur, où parfois 1l induit, par indifférence, ou fatigue, ou caprice, ou même hostilité : c’est pourquoi fautil s'assurer, par intérêt ou par curiosité, l’attentive et volontaire collaboration du malade, et réduire au minimum, par la brièveté d'examens plus fréquents, la tension d'esprit et la satiété.

Il faudra s'être aussi garé contre un zèle intempestif. Certains sujets en effet, à la vérité les plus rares, se piquent

d’amour-propre, et cherchent à mettre en jeu leurs autres sens, pour suppléer au toucher qui leur manque : ainsi, dès la ue difficulté qu'ils éprouvent à la main malade, ouvrent-ils brusquement les yeux, ou cherchent:ils, en agilant ou graltant avec l’ongle, à recueillir quelque informaion par l'oreille, ou vont-ils même à passer l’objet à la main saine, le plus souvent d’ailleurs aulomaliquement et sans malice. L'éveil et l'attention des sens voisins contrastent alors étrangement avec cette apathie particulière au côté malade où, malgré la palpation conservée, souvent facile et parfois délicale, la main reste à peu près inerte et semble désintéressée d'un objet qu'il lui suffit d'avoir gardé. M. Brissaud avait altiré l'attention déjà sur cette particulapitér io. Ll ils semblent ne faire aucun effort pour reconnaître les objets. Ils paraissent ignorer ou négliger tous les renseignements que les mouvements pourraient leur fournir (! j. » M. Pierre Marie en avait proposé une interprétaton psycho-physiologique : « La perte d’une fonction par destruction d’un territoire cérébral dont cette fonction dépend semble entraîner avec elle l'ignorance absolue de la possibilité de cette fonction (2). » On peut se demander plus simplement si la constatation, cent fois répétée, d'une agnosie tactile ancrée dans l'esprit, n’a pas conseillé pour longtemps au sujet l'inexécution d'un effort qu'il sait vain — d'autant plus qu'il a vraiment, malgré l’apparente intégrité des mouvements aux cas les plus heureux, un effort léger, mais positif, à faire, à sa main malade, avant d’arriver à palper les objets. Il en peut du reste être ainsi d’un sujet d’ailleurs sain, à qui l'expérience aurait appris sa personnelle incapacité d'élever vingt-cinq ou cinquante kilos à bras tendu : il n'aurait, spontanément, ni malgré l'invitation faite, aucune tendance à s’y risquer, et s'il arrivait, sur une instance plus pressante, à tenter l'aventure, il aurait rapide-

(1) E. Brissaun, Rev. neur.. 1899, p. 894.

(2) P. Mare, Rev. neur., 1899, p. 894. ‘

ment fait d'arrêter les frais d’un simulacre, ébauché par simple complaisance et sans aucune conviction. En plus on voudra bien noter qu'on observe la même indifférence et la même apathie dans les agnosies par névrite, ou radiculite, ou lésion bulbaire, et qu'il est impossible qu'on la rapporte alors à la destruction d’un territoire cérébral.

Quoi qu'il en soit, 1l faut veiller à ce qu'aucun autre sens n'arrive à suppléer la fonction tactile explorée. Il va sans dire, évidemment, qu'on surveillera l’occlusion des yeux, ou mieux qu'on les aura soigneusement bandés avant toute exploration. On aura soin d'exclure aussi des test-objets ceux qui, grattés par l'ongle ou plus ou moins agités, tels qu'une boîte d'allumettes ou qu’un trousseau de clefs, apportent à l'identification quelque élément auditif. Il faudra s’opposer enfin au transfert immédiat à la main saine d'objets que le malade n’essaie même aucunement d'identifier à sa main malade.

Au reste, on pourra laisser parfois systématiquement apparaître ces fautes, en particulier le transfert à la main saine — à pratiquer toujours, à titre méthodique, après palpation suffisante à l’autre main. On élimine ainsi l’agnosie d'origine intellectuelle : la vitesse et la sûreté d'identification qu'on observe en pareil cas sont les meilleurs garants de l'intégrité des fonctions cérébrales. On voit qu'on aura rassemblé le maximum de conditions heureuses quand on aura sous la main, non des agnosies généralisées, mais unilatérales, au reste de beaucoup les plus fréquentes à rencontrer.

Le plus simple apparaît d'expliquer au malade, avant tout examen, qu'on attend, au seul côté qu'on explore et non pas à l’autre, une reconnaissance exclusivement tactile, et non pas une identüfication pour l'identification. On pourra le mettre en garde, à litre préventif, contre les fautes involonlaires ; on n’en corclura pas d’ailleurs qu'on soit dispensé d'y veiller, car l’automatisme est si puissant qu'il arrive encore, en pareille occurrence, à les déterminer. On a ren-.

contré toutefois plusieurs débiles, aux observations desquels 1l a fallu renoncer — faute d'arriver à s'en faire exactement comprendre, malgré toute leur bonne volonté.

Il reste à signaler la dernière précaution : on aura soin d'employer aux explorations les objets les plus communs, et partant les mieux connus — ainsi, sans chercher plus loin, ceux qu'on porte sur soi — canif, montre, clefs, monnaies, portefeuille, etc. ;: on n'oubliera pas qu'on peut les repasser à volonté, sans qu'un agnosique arrive à les reconnaître. Bien qu’en fait, au moins chez un agnosique unilatéral, le contrôle exercé par l’autre main suffise, incidemment on pourra s'assurer, par l'oreille ou par l'œil, s’il en connaît la véritable signification. I faut pourtant savoir qu'il est mauvais d'exposer aux yeux du malade, immédiatement avant l'examen, les objets qui vont y servir : il emmagasine ainsi dans sa mémoire un nombre limité d'images visuelles, et, dans un pareil champ limité d'hypothèses, 1l cherche à deviner plutôt qu'à percevoir. Ce n'est pas d’ailleurs qu'il arrive à des résultats plus exacts,au contraire,il prend souvent alors un canif pour une montre, ou même un livre pour une clef ; mais c'est qu'il n'apporte plus sur les qualités élémentaires des choses les renseignements qu'il est cependant capable d'apporter.

Au premier abord il apparaîtra superflu d'insister, comme

on l’a fait, sur les règles qui précèdent. C’est qu'on pourra

voir, à parcourir l'ensemble des observations rapportées, qu’elles soulignent des fautes assez fréquemment commises contre lesquelles il a paru bon de mettre en garde ici.

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