‹ Sur l'Anatomie Pathologique et la Pathogénie des Anévrysmes Spontanés de l'AorteChapitre 61 sur 73 · CAS XI · texte numérisé non relu

CAS XI

P..., 41 ans, syphilitique. Pas de rhumatisme, d’impaludisme ni d’alcoolisme ; autopsie le 13 janvier 1980. L’aorte descendante est à peu près normale. L'aorte ascendante et la crosses ont très dilatées, épaissies : il y a de très abondantes plaques gélatiniformes ; pas de calcifications. Endocardite

végétante des sigmoïdes.

Les coupes de l'aorte ascendante montraient : adventice très

épaissie, fibreusé, avec des vaisseaux atteints d’endartérite , quelques traînées embryonnaires. Dans un fragment on voit une légère dépression de la paroi ; elle répond à un point où la moyenne eët mince parcourue d’arborisations conjonctivés qui la découpent en îlots contigus. Ailleurs, la moyenne est distontinue, réduite à des tronçons mis bout à bout. Dans les gros tronçons de moyenne, il y a d’abondantes formations fibreuses ; parfois à l'extrémité d’un tel ilot est un amas de cellules rondes.

Dans un autre fragment on voit en un point la moyenne, qui a une épaisseur normale, être interrompue complètement par une sorte de gros bourgeon fibreux-qui vient de l’adventice ; dans la région correspondante, l’adventice est particulièrement dense, parcourue de néo-capillaires abondants.

Nos observations concordent donc pleinement avec les descriptions des auteurs:aortes souvent dilatées, à lésions localisées ; à ce niveau, aspect gaufré dû à la présence à la fois d'abondantesplaques gélatiniformes et de dépressions en godets assez particulières ; souvent il y a un äspect cicatriciel. Les phénomènes dégénératifs peuvent être nuls; ils sont toujours modérés. Cet aspect est surtout caract ristique quand il s'agit de sujets jeunes chez lesquels l'athérome n'a pas encore pu évoluer. Les lésions histologiques ne sont pas moins uniformes : inflammation des trois tuniques, marquée soit par des foyers cellulaires, soit par du tissu fibreux. Cet aspect est surtout remarquable dans la tunique moyenne qui peut être amincie ou même interrompue.

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Or, si l’on se rapporte aux descriptions que nous avons données des aortes anévrysmales, on verra qu'il y a similitude complète. Même localisation des lésions, même aspect de celles-ci (plaques gélatineuses, dépressions en godets etc.)}, mêmes lésions histologiques. D'autre part, de l'aveu même d'Eppinger, ces lésions syphilitiques sont identiques aux lésions décrites par Koester.

L’anatomie pathologique confirme donc pleinement l’origine syphilitique des anévrysmes aortiques en général.

Voici donc comment nous comprenons la question :

La syphilis amène des lésions profondes et localisées des trois tuniques artérielles, notamment des interruptions complètes de la moyenne. Dans une région ainsi affaiblie, la pression ordinaire suflira parfois, (mais plus souvent ce sera une augmentation de tension : efforts, etc.) à amener le refoulement de la paroi aortique; celle-ci se repliera au niveau précisément de ces interruptions de la moyenne, et onaura un anévrysme sacciforme. Si les lésions ne sont pas assez confluentes, ou si les excès de tension occasionnelsne se produisent pas, la paroi ne cède pas ainsi; elle peut seulement se laisser très légèrement dilater; pendant ce temps, les lésions deviennent fibreuses et, dès lors, la dilatation est impossible. C’est ce qu'on voit d'ordinaire dans les aortites syphilitiques. Les lésions intermédiaires entre ces deux formes amènent probablement les dilatations diffuses sans collet, qui coïncident sisouvent avec des

anévrysmes sacciformes.

La syphilis suffit parfaitement à expliquer toutes les lésions, et il nous parait inutile (comme le fait Huchard) de faire intervenir des maladies infectieuses comme cause occasionnelle.

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