II. — Recherches parasitologiques
Ainsi en possession d’un liquide contenant des éléments cancéreux, pensons-nous', et provenant d’un cancer extrêmement infectieux , nous avons cherché à constater la présence des figures parasitaires que l’on a décrites dans les coupes de cancers.
Dans le liquide frais, examiné vivant ou traité par les réactifs usuels, nous n’avons rien vu qui ait les apparences d’un parasite, mais seulement des éléments anatomiques plus ou moins modifiés. D’ailleurs, on sait combien il est difficile de se prononcer par l’examen microscopique seul sur la signification de certaines figures intra ou extra-cellulaires.
La culture en milieux variés et l’inoculation dans le péritoine du cobaye ne nous ont donné, comme on pouvait le prévoir, aucun résultat.
D’autre part, si le cancer est parasitaire, le parasite se trouve vraisemblablement à l’intérieur ou au voisinage des cellules cancéreuses; notre liquide ascitique doit en contenir.
Nous avons eu recours à la méthode suivante, véritable méthode d’auto-culture (1) : par le moyen d’une ponction abdominale rigoureusement aseptique, condition facile à réaliser, on recueille dans des tubes à essai stérilisés du liquide cancéreux. Ces tubes, soigneusement fermés, sont abandonnés dans différentes conditions de température pendant un certain temps. Nous pensions qu’il se produirait, au bout d’un temps variable,
(l) La méthode d’incubation cancéreuse a déjà été employée par Wickham, dans ses travaux sur la maladie de Paget du mamelon (1890), et avant lui par Shattuck et Ballance ( Histologie du cancer et des tissus normaux après une incubation stérile, London path. Society, 15 mai 1888).
des modifications de la structure cellulaire capables de mettre en évidence le parasite supposé, ou bien encore que ce parasite, invisible par nos moyens imparfaits d’investigation optique, subirait par le fait de l'incubation des modifications vitales susceptibles de l’amener à une phase nouvelle et facilement observable de son développement.
Voici quels ont été les résultats de cette incubation cancéreuse à l’abri des germes :
Dix mois après le début de l’expérience, les tubes à culture n’ont pas subi de modifications macroscopiques importantes; les éléments anatomiques sont déposés au fond du tube; la fibrine coagulée forme de longs voiles dans le liquide; il ne paraît s’être fait aucune culture.
Au microscope, on est extrêmement surpris de constater que les éléments anatomiques sont à peine modifiés dans leur forme. Les globules rouges n’ont guère varié : leur hémoglobine cependant a diffusé en partie et ils ne sont plus éosinophiles. Les cellules nucléées, leucocytes et cellules cancéreuses, ont conservé leur forme et leurs contours. Seules les grosses cellules physaliphores sont affaissées. En général, les noyaux se colorent difficilement; on en trouve quelques-uns parfaitement colorables par le bleu de méthylène. Les nucléoles sont intacts. Le protoplasma est colorable.
Fait remarquable, les granulations intra-cellulaires que nous avons rapportées à une variété de graisse sont augmentées en nombre et en volume. Elles sont irrégulières, et rien ne permet de les considérer comme des parasites.
En résumé :
1° Il existe dans le liquide ascitique du cancer du péritoine des éléments anatomiques signalés depuis longtemps, mais que nos recherches permettent de considérer comme des cellules cancéreuses actives, non dégénérées, capables de proliférer. La constatation clinique de ces cellules a une valeur diagnostique très grande.
2° Les éléments anatomiques de ce liquide conservent pendant très longtemps (dix mois au moins) leur forme extérieure et leur structure, quand on les abandonne à. l’abri des germes, en tubes fermés, à l’étuve à 38° ou à la température ordinaire, au contact de l’air.
3° L’examen optique de ce liquide cancéreux, à l’état frais et après une incubation prolongée, ne décèle la présence d’aucun parasite.
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