‹ Sur l'écriture hiéroglyphique egyptienne. Fragment de l'écloge historique du Dr. Thomas Young, lu à l'Académie des Sciences dans sa séance publique du mois de novembre 1832Chapitre 1 sur 3 · Sur l'écriture hiéroglyphique egyptienne. Fragment de l'écloge historique du Dr. Thomas Young, lu à l'Académie des Sciences dans sa séance publique du mois de novembre 1832 · texte numérisé non relu

Sur l'écriture hiéroglyphique egyptienne. Fragment de l'écloge historique du Dr. Thomas Young, lu à l'Académie des Sciences dans sa séance publique du mois de novembre 1832

...Le mot de hiéroglyphe envisage, non plus métaphoriquement , mais dans son acception naturelle , nous transporte sur un terrain qui a déjà été le théâtre de

(i) Quelques personnes ont pensé qu’au moment où la Chambre des Députés était appelée à statuer sur l’acquisition des manuscrits de Champollion et sur le sort de sa veuve , il pourrait lui être agréable d’avoir sous les yeux une analyse simple et méthodique de la grande découverte de l’alphabet phonétique des anciens Égyptiens, et des vives discussions qu’elle souleva à sa naissance. M. Arago , qui avait eu à traiter ce sujet en écrivant

débats nombreux et animés. J’ai hésité un moment à affronter les passions que cette question a soulevées. Le secrétaire d’une académie exclusivement occupée des sciences exactes, pourrait en effet, sans nulle inconvenance, renvoyer ce procès philologique à des juges plus compétants. Je craignais , d’ailleurs , je l’avouerai, de me trouver en désaccord , sur plusieurs points importants , avec le savant illustre dont il m’a été si doux d’analyser les travaux sans qu’un seul mot de critiqne ait dû, jusqu’ici, venir se placer sous ma plume. Tous ces scrupules se sont évanouis lorsque j’ai réfléchi que l’interprétation des hiéroglyphes égyptiens est 1 une des plus belles découvertes de notre siècle ; que M. Young a, lui-même, mêlé mon nom aux discussions dont elle a été l'objet; qu’examiner, enfin, si la France peut prétendre à ce nouveau titre de gloire, c’est agrandir la mission que je remplis en ce moment, c’est faire acte de bon citoyen. Je sais d’avance tout ce qu on trouvera d’étroit dans ces sentiments; je n'ignore pas que

pour l’Académie des Sciences l’Éloge historique de l’illustre Dr Young, a bien voulu, à la demande des amis de Champollion, extraire de cet Éloge, encore inédit, toute la partie relative aux hiéroglyphes. En la faisant imprimer pour la distribuer aux deux Chambres, les amis de Champollion ne doutent pas qu’elle ne remplisse l’objet qu ils se sont propose: celui de montiei l’originalité d’une découverte dont l’immense importance historique est d’ailleurs suffisamment attestée par les nombreux efforts que firent nos voisins d’outre mer pour en doter leur pays.

le cosmopolitisme a son bon côté; mais, en vérité de quel nom ne pourrai-je pas le stigmatiser si In ’ toutes les nations voisines énumèrent av^bonhemdes decouvertes de leurs enfants, il m’était in, I

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eial , qui ne changerait pas, quand même tous les Chinoi» arriveraient à désigner les maisons, dans la langue parlée , par un mot totalement différent de celui dont ils font usage aujourd’hui! Songez, au surplus, à nos chiffres , qui sont aussi des hiéroglyphes. L’idée de l’unité ajoutée huit fois à elle-même, s'exprime partout, en France, en Angleterre, en Espagne , etc., a laide de deux ronds superposés verticalement et se touchant par un seul point; mais en voyant ce signe idéographique, le Français prononce huit ; l’Anglais eight ; l’Espagnol ocho. Personne n’ignore quil en est de même des nombres composés. Ainsi , pour le dire en passant , si les signes idéographiques chinois étaient généralement adoptés, comme le sont les chiffres arabes, chacun lirait dans sa propre langue les ouvrages qu’on lui présenterait, sans avoir besoin de connaître un seul mot de la langue parlée par les auteurs qui les auraient écrits.

Il n’en est pas ainsi des écritures alphabétiques:

« Celui de qui nous vient cet art ingénieux

„ De peindre la parole et de parler aux yeux » ,

ayant fait la remarque capitale, que tous les mots de la langue parlée la plus riche, se composent d’un nombre très-borné de sons ou articulations élémentaires, inventa des signes ou lettres , au nombre de a4 ou 3o, pour les représenter. A l’atfe de ces signes , diversement combinés, il pouvait écrire toute parole qui ve-

nait frapper son oreille, même sans en connaître la signification.

L écriture chinoise ou hiéroglyphique semble lenfance de lart. Ce n’est pas, toutefois, ainsi qu’on le disait jadis, que pour apprendre à la lire, il fallut, en Chine même, la longue vie d’un mandarin studieux. Rémusat, dont je ne puis prononcer le nom sans rappeler l’une des pertes les plus cruelles que les lettres aient faites depuis long-temps , n’avait-il pas établi, soit par sa propre expérience, soit par les excellents élèves quil formait tous les ans dans ses cours, qu’on apprend le chinois comme toute autre langue; ce n’est pas non plus , ainsi qu on 1 imagine au premier abord , que les caractères hiéroglyphiques se prêtent seulement à l’expression des idées communes : quelques pages du roman : Yu-kiao-li , ou les Deux Cousines , suffiraient pour montrer que les abstractions les plus subtiles , les plus quintessenciées n’échappent pas à l'écriture chinoise. Le principal défaut de cette écriture serait de ne donner aucun moyen d exprimer des noms nouveaux. Un lettré de Canton aurait pu mander par écrit à Pékin, que le 1 4 juin 1800, la plus mémorable bataille sauva la France d’un grand péril; mais il n’aurait su, en caractères purement hiéroglyphiques , comment apprendre à son correspondant que la plaine où se passa ce glorieux événement était près du village de Marengo , et que le général victorieux s’appelait Bonaparte. Un peuple chez lequel la communication de noms propres entre une ville et 1 autre ne pourrait avoir lieu que par

1 envoi de messagers, en serait, comme ori voit, aux premiers rudiments de la civilisation ; aussi , tel n’est pas le cas du peuple chinois. Les caractères hjéroglyphiques constituent bien la masse de leur écriture; mais quelquefois, et surtout quand il faut écrire un nom propre, on les dépouille de leur signification idéographique , pour les réduire à n’exprimer que des sons et des articulations, pour en faire de véritables lettres.

Ces prémices ne sont pas un hors-d’œuvre. Les questions de priorité que les méthodes graphiques de l’Egypte ont soulevées, vont être maintenant faciles à expliquer et à comprendre. Nous allons trouver dans les hiéroglyphes de l’antique peuple des Pharaons tous les artifices dont les Chinois font usage aujourd’hui.

Plusieurs passages d’Hérodote, de Diodore de Sicile, de saint Clément d’Alexandrie, ont fait connaître que les Egyptiens se servaient de deux ou trois sortes d’écriture, et que dans l’une d’elles, au moins, les caractères symboliques, ou représentatifs d’idées, jouent un grand rôle. Horapollon nous a même conservé la signification d’un certain nombre de ces caractères; ainsi, l’on sait que l ’épervier désignait Vame ; \ibis , le cœur; la colombe ( ce qui pourra paraître assez étrange ) un homme 'violent; la flûte , Y homme aliéné; le nombre seize , la volupté; une grenouille , X homme imprudent ; la fourmi , le savoir ; un nœud coulant , X amour; etc., etc.

Les signes ainsi conservés par Horapollon ne formaient qu’une très-petite partie des huit à neuf cents caractères qu’on avait remarqués dans les inscriptions

monumentales. Les modernes, Kircher entr’autres essayèrent d’en accroître le nombre. Leurs efforts ne donnèrent aucun résultat utile, si ce n’est de montrer à quels écarts s’exposent les hommes les plus instruits , lorsque dans la recherche des faits, ils s’abandonnent, sans frein à leur imagination. Faute de données , l’interprétation des écritures égyptiennes paraissait depuis long-temps à tous les bons esprits un problème complètement insoluble, lorsqu’en 1799, M. Boussard , officier du génie, découvrit, dans les fouilles qu’il faisait opérer près de Rosette, une large pierre couverte de trois séries de caractères parfaitement distincts. Une de ces séries était du grec. Celle-là , malgré quelques mutilations, fit clairement connaître que les auteurs du monument avaient ordonné que la même inscription s’y trouvât tracée en trois sortes de caractères, savoir en caractères sacrés ou hiéroglyphiques égyptiens , en caractères locaux ou usuels, et en lettres grecques : ainsi , par un bonheur inespéré, les philologues se trouvaient en possession d’un texte grec ayant en regard sa traduction en langue égyptienne, ou, tout au moins, une transcription avec les deux sortes de caractères anciennement en usage sur les bords du Nil.

Cette pierre de Rosette , devenue depuis si célèbre , et dont M. Boussard avait fait hommage à l’Institut du Caire , fut enlevée à ce' corps savant à l’époque où l’armée française évacua 1 Égypte. On la voit maintenant au musée de Londres, où ' elle figure, dit Thomas Young , comme un monument de la valeur britanni-

que ! Toute valeur à part , le célèbre physicien eût pu ajouter , sans trop de partialité , que cet inappréciable monument bilingue témoignait aussi quelque peu des vues avancées qui avaient présidé à tous les détails de la mémorable expédition d’Egypte , comme aussi du zèle infatigable des savants illustres dont les travaux , exécutés souvent sous le feu de la mitraille, ont tant ajouté à la gloire de leur patrie. L’importance de l’inscription de Rosette les frappa, en effet, si vivement, que pour ne pas abandonner ce précieux trésor aux chances aventureuses d’un voyage maritime, ils s’attachèrent à l’envi , dès l’origine, à le reproduire, ici par de simples dessins ; là par des contr 'épreuves obtenues à l’aide des procédés de l’imprimerie en taille-douce; ailleurs, enfin , par des moulages en plâtre ou en soufre. Il faut même ajouter que les antiquaires de tous les pays ont connu pour la première fois la pierre de Rosette par

les dessins des savants français.

Un des plus illustres membres de l’Institut, M. Silvestre de Sacy , entra le premier, dès l’année 1802 , dans la carrière que l’inscription bilingue ouvrait aux investigations des philologues. Il ne s’occupa toutefois que du texte égyptien en caractères usuels. Il y découvrit les groupes qui représentent différents noms propres et leur nature phonétique. Ainsi, dans l’une des deux écritures , au moins, les Egyptiens avaient des signes de sons , de véritables lettres. Cet important résultat ne trouva plus de contradicteurs , lorsqu’un célèbre savant suédois, M. Akerblad , renchérissant sur le travail de

notre compatriote, eût assigné, avec une probabilité voisine de la certitude , la valeur phonétique individuelle des divers caractères employés dans la transcription des noms propres que faisait connaître le texte grec.

Restait toujours la partie de l’inscription purement hiéroglyphique ou supposée telle. Celle-là était demeurée intacte ; personne n’avait osé entreprendre de la déchiffrer.

C’est ici que nous verrons Thomas Young déclarer d abord, comme par une sorte d’inspiration, que dans la multitude des signes sculptés sur la pierre et représentant soit des animaux entiers, soit des êtres fantastiques , soit encore des instruments et des produits des arts ou des formes géométriques, ceux de ces signes qui se trouvent renfermés dans des encadrements elliptiques , correspondent au noms propres de l’inscription grecque : en particulier, au nom de Ptolémée , le le seul qui dans la transcription hiéroglyphique soit resté intact. Immédiatement après, Young dira que dans le cas spécial de l’encadrement ou cartouche , les signes ne représentent plus des idées, mais des sons; enfin, il cherchera par une analyse minutieuse et très-délicate, à assigner un hiéroglyphe individuel à chacun des sons que l’oreille entend1 dans le nom de Ptolémée de la pierre de Rosette, et dans celui de Bérénice d’un autre monument.

Voilà, si je ne me trompe, dan * les recherches de Young sur les systèmes graphiques des Egyptiens, les

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