‹ Sur l'écriture hiéroglyphique egyptienne. Fragment de l'écloge historique du Dr. Thomas Young, lu à l'Académie des Sciences dans sa séance publique du mois de novembre 1832Chapitre 2 sur 3 · IO · texte numérisé non relu

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trois points culminants. Personne, a-t-on dit, ne les avait aperçus , ou du moins ne les avait signalés , avant le physicien anglais ! Cette opinion , quoique généralement admise, me paraît contestable. Il est, en effet, certain que dès l’année 1766, M. de Guignes, dans un mémoire imprimé , avait indiqué les cartouches des inscriptions égyptiennes comme renfermant tous des noms propres. Chacun peut voir aussi, dans le même travail, les arguments dont s’étaie ce savant orientaliste pour établir l’opinion qu’il avait embrassée sur la nature constammentphonétique des hiéroglyphes égyptiens. Young a donc la priorité sur un seul point : c’est à lui que remonte la première tentative qui ait été faite pour décomposer en lettres les groupes des cartouches , pour donner une valeur phonétique aux hiéroglyphes composant dans la pierre de Rosette le nom de Ptolémée.

Dans cette recherche, comme on peut s’y attendre, Young fournira de nouvelles preuves de son immense pénétration; mais égaré par un faux système, ses efforts n auront pas un plein succès. Ainsi , quelquefois , il attribuera aux caractères hiéroglyphiques , une valeur simplement alphabétique ; plus loin , il leur donnera une valeur syllabique ou même dissyllabique, sans s’inquiéter de ce qu’il y aurait d’étrange dans ce mélange de caractères de natures différentes: Le fragment d’alphabet publié par le docteur Young , renferme donc du vrai et du faux, mais le faux y abonde tellement, qu’il sera impossible d’appliquer la valeur des lettres dont il se compose à toute autre lecture qu’à celle des deux noms

propres dont on les a tirées. Le mot impossible s’est si rarement rencontré dans la carrière scientifique de Young, qu’il faut se hâter de le justifier. Je dirai donc que depuis la composition de son alphabet, Young luimême croyait voir dans un cartouche, sur un monument égyptien, le nom d'Arsinoé , là où son célèbre compétiteur a montré depuis , avec une entière évidence, le mot autocrator ; qu’il crut reconnaître Éverg'ete dans un groupe où il faut lire César!

Le travail de Champollion, quant à la découverte de la valeur phonétique des hiéroglyphes , est simple, homogène, et ne semble donner prise à aucune incertitude. Chaque signe équivaut à une simple voyelle ou à une simple consonne. Sa valeur n’est plus arbitraire: tout hiéroglyphe phonétique est l'image d’un objet physique dont le nom, en langue égyptienne, commence par la voyelle ou par la consonne qu il s’agit de représenter.

L’alphabet de Champollion une fois modelé sur la pierre de Rosette et deux ou trois autres monuments, sert à lire des inscriptions entièrement différentes ; par exemple le nom de Cléopâtre , sur l’obélisque de Philœ, transporté depuis long-temps en Angleterre, et où M. Young, armé de son alphabet, n’avait rien aperçu. Sur les temples de Karnac, Champollion lira deux fois le nom d’ Alexandre ; sur le zodiaque de Denderah, un titre impérial romain; sur le grand édifice au-dessus duquel le zodiaque était place , les noms et surnoms des empereurs Auguste, Tibère,

Claude, Néron, Domitien, etc. Ainsi, pour le dire en passant, se trouvera tranchée, d’une part, la vive et éternelle discussion que l’âge de ces monuments avait fait naître ; ainsi, de l’autre, sera constaté sans retour, que sous la domination romaine , les hiéroglyphes étaient encore en plein usage sur les bords du Nil.

L’alphabet qui a déjà donné tant de résultats inespérés, appliqué, soit aux grands obélisques de Karnac , soit à d’autres monuments qui sorrt aussi reconnus pour être du temps des Pharaons, nous présentera les noms de plusieurs rois de cette antique race ; des noms de divinités égyptiennes ; disons plus : des mots substantifs, adjectifs et -verbes de la langue copte. M. Young se trompait donc , quand il regardait les hiéroglyphes phonétiques comme une invention moderne ; quand il avançait qu’ils avaient seulement servi à la transcription des noms propres, et même des noms propres étrangers à l’Egypte.

M. de Guignes, et surtout M. Étienne Quatremère, établissaient, au contraire, un fait réel, d’une grande importance, que la lecture des inscriptions des Pharaons est venue fortifier par des preuves irrésistibles, lorsqu’ils signalaient la langue copte actuelle, comme celle des anciens sujets de Sésostris!

On connaît maintenant les faits. Je pourrai donc me borner à fortifier de quelques courtes observations la conséquence qui me paraît en résulter. Les discussions de priorité, même sous l’empire des préjugés nationaux, ne deviendraient jamais acerbes , si elles pouvaient se

résoudre par des règles fixes ; mais ici, la première idée est tout; là, les détails offraient les principales difficultés ; ailleurs , le mérite semble avoir du consister moins dans la conception d’une théorie que dans sa démonstration. On devine déjà combien le choix du point de vue doit prêter à l’arbitraire , et combien cependant il aura d’influence sur la conclusion définitive. Pour échapper à cet embarras , j’ai cherché un exemple où tout le monde fût tombé d’accord; dans lequel les rôles des deux prétendants à l’invention , pussent être , à très-peu près , assimilés à ceux de Young et de Champollion. Cet exemple, j’ai cru le trouver dans les interférences (i) , même en laissant entièrement de côté , pour la question hiéroglyphique, les citations empruntées au mémoire de M. de Guignes.

Hooke, en effet, avait dit, avant Thomas Young , que les rayons lumineux interfèrent, comme ce dernier avait supposé avant Champollion que les hiéroglyphes égyptiens sont quelquefois phonétiques. Hooke ne prouvait pas directement son hypothèse; la preuve des valeurs phonétiques assignées par Young à divers hiéroglyphes,

(i) On appelle du nom d 'interférence une action des rayons de lumière, extrêmement bizare , en vertu de laquelle deux de ces ravons peuvent, dans le point de leur croisement , tantôt s’ajouter, tantôt se détruire complètement. Par voie d’interférence le physicien arrive donc à un résultat presque incroyable : à produire une obscurité totale en ajoutant de la lumière a de la

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