CONCLUSIONS
Les conclusions auxquelles nous sommes amenés peuvent se ranger en deux groupes parce que les essais faits en vue d’un but pratique ont aussi donné des résultats d’ordre théorique.
A. À ce dernier point de vue les déterminations des limites d’inflammabilité des différents mélanges d’alcools ont permis :
1° D’appliquer la loi de Le Chatelier trouvée pour les gaz. L'extension de cette règle à des vapeurs de combustibles volatils avait déjà été faite par Boussu à des mélanges éthanol-essence et par Nagaï (1) à des mélanges éthanol-éther, ethanol-méthycyclohexane. L'application à la limite supérieure n'avait pas été souvent faite, et nous avons constaté qu’elle cadrait bien avec nos résultats pour l’inflammation descendante. Ceci est en accord avec les observations de White et Price.
2° Les limites d'inflammation du méthanol ont été déterminées ainsi que l'influence de la température.
3° L’action importante de l’eau a été mise en évidence, elle élève beaucoup les deux limites tout en rétrécissant la zone d’inflammabilité.
4° L’anhydride carbonique réduit aussi la zone d’inflammation, mais en élevant la limite inférieure et abaissant la limite supérieure.
5° Par nos essais sur la corrosion, nous avons pu observer une partie du mécanisme de l'attaque des métaux à chaud et à froid et montrer le rôle prépondérant des impuretés.
6° La production du méthylate de plomb par action directe du méthanol sur le plomb a été obtenue. Nous avons pu vérifier que la formule de ce composé était bien Pb (OCHS).
(1) Nacaï, J. soc. chem., Ind. Japon, 1926, t. 29, p. 916; réf. ch. Ind. août 1917, p. 226.
B. Nous répondons maintenant à la question d’ordre pratique qui nous a été posée sur la corrosion des métaux par les alcools :
1° Dans les conditions de nos expériences à chaud nous n’avons pas observé de corrosion imputable spécialement aux alcools. Celle-ci s’est trouvée être du même ordre de grandeur et de la même nature qu'avec l’essence.
2° À froid bien des métaux sont sensibles à l’action des alcools et surtout de l'alcool méthylique, en premier lieu le magnésium est particulièrement altérable. Ü s'ensuit qu’on rencontrerait des difficultés à employer l’alcool méthylique dans les moteurs d’avions ou d’autos comportant des pièces (piston) en magnésium ou alliage de magnésium. [1 peut arriver que l'alcool liquide vienne en contact de ces pièces (arrêt de l'allumage); la détérioration serait alors certaine.
Le stockage du méthanol dans des récipients métalliques peut donner lieu à des mécomptes. Les soudures en plomb et à l’étain seraient particulièrement attaquées. Il est fort probable que la corrosion des différents métaux en contact sera encore plus forte que celle que nous avons observée par suite de la fonction des couples électrolytiques. I serait bon de poursuivre encore les essais de corrosion dans cette voie. Nous avons d’ailleurs en expérience quelques couples métalliques.
Remarquons toutefois que de petites quantités d’eau, telles qu'elles peuvent exister dans les alcools commerciaux, diminuent en général beaucoup l’action corrosive des alcools sur les métaux (exception faite cependant pour le plomb).