‹ Sur l'emploi du collargol dans les affections des membranes externes de l'œilChapitre 17 sur 34 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

L'enfant est dans un état général précaire et nettemen scrofuleux.

On avait commencé par instituer un traitement à la pommade à l’oxyde jaune et au collyre à la cocaïne pour diminuer les douleurs.

Puis le 1$ avril, c'est-à-dire 10 jours après, on substitue à ce traitement des instillations de collargol en collyre à 10 °/,, répétées trois fois par jour. Pansement occlusif de l’œil dans l'intervalle. Lavages à l’oxycyanure.

19 avril. — Photophobie à complètement disparue. Le blepharospasme persiste en partie. Les phlyctènes sont un peu aflaisées. La tendance à s'ulcérer semble être arrêté. En somme amélioration, on touche néammoins l'ulcération au galvano-cautère.

23 avril. — Amélioration, la vascularisation de la conjonctive a un peu diminué. L’ulcération se cicatrise.

29 avril. — L'’ulcération est presque complètement cicatrisée. Les phlyctènes se sont affaisées Le blépharospasme a disparu. Collargol et bandeau flottant.

Le 6 mai, guérison complète. On conseille à la mère de l’enfant de lui instiller encore tous les soirs quelques gouttes de collargol.

$ 2. — Ophtalmie gonnorrhéique.

Nous étudierons d'une façon toute spéciale l’action thérapeutique de l'argent colloïdal sur la conjonctivite blennorrhagique, autrement dit, sur l’ophtalmie gonnorrhéique. On peut dire que cette action thérapeu-

TR - ST 2e

27 gr |

KEFY "RM

tique a fortement préoccupé les auteurs, désireux qu'ils étaient de trouver un remplaçant au nitrate d'argent, corps aux propriétés éminemment appréciables dans cette affection mais qui a l'inconvénient de provoquer des précipités chimiques et des dépôts argentiques sur la cornée ulcérée.

Or si l'on remarque qu’heureusement dans beaucoup de conjonctivites blennorrhagiques la cornée ne présente pas d'ulcérations, si toute‘ois cette maladie est soignée à temps et prise dès le début, nous en viendrons à dire que le nitrate d'argent en installations dans l'œil, est le traitement de choix pour enrayer la marche de cette affection.

Ajoutons que même dans le cas d'ulcération de la cornée, nous devons toujours avoir sous Ja main un traitement qui a fait ses preuves. Surtout si l’on a soin d'enlever et de neutraliser l'excès de nitrate au moyen de la solution physiologique.

Ces réserves faites, abordons l'action du collargol, sur la marche et le développement de cette affection si grave en elle-même et que le médecin oculiste rencontre souvent sur son chemin.

L'un des premiers Wolffberg, au moyen de frictions avec la pommade de Credé a obtenu des résultats très encourageants, dit-il, dans le traitement de l'ophtalmie blennorraagique. En 1903, il cite un cas de conjonctivite gonnorrhéique, qu'il traita par les applications de glace, par l'atropine, l’oxycyanure et dans lequel l'emploi de ces médicaments n’amena aucun résultat appréciable. Il se servit alors du collargol. En un quart

EE à

d'heure, dit-il, le gonflement de la conjonctive avait diminué, le chémosis était moindre, la cornée éclaircie, l'infiltration cornéenne limitée, etla secrétion purulente tarie. Il effectua des frictions avec l'onguent de Crédé toutes les demi-heures d’abord, puis toutes les heures et enfin toutes les trois heures seulement. Quatre jours après, l'œil était guéri.

En 1904, Dauber (1) admet que la solution colloïdale d'argent à 1 o/o constitue un excellent médicament pour prévenir la blennorrhée des nouveau-nés. Sur 5130 enfants, traités par ce moyen, 17 seulement, c'esta-dire 0.33 o/o, ont été atteints par la maladie. On n’a observé pour ainsi dire jamais de cas graves; ce n'est que rarement que l'on a vu se produire des phénomènes d'irritation.

Le docteur Meyer avait employé également avec avantage les solutions de collargol à 5 0/0, dans le traitement de l’ophtalmie blennorrhagique des adultes, pendant plusieurs années en Chine. Dans les cas graves il pratiquait le bain d'œil au collargol, suivi du massage, puis 1l appliquait un pansement humide au collargol changé trois fois par jour. Une fois la suppuration tarie, 1l complétait le traitement au moyen des astringents ordinaires.

Legrand, dans sa thèse inaugurale du 21 Juillet 1904, dit que dans l’ophtalmie des nouveau-nés, le collargol est préférable au nitrate d'argent; son action est aussi

(1) Dauber. Münchener medizinische Wochenschrift. Année 1904, n° 7.

ETS UC

intense que l’ancien sel d'argent, ne provoque pas la grande réaction que l'on observe avec l'ancienne méthode de Crédé et n'endommage pas la cornée.

Dès que furent connues les expériences de Crédé sur le collargol et son pouvoir antiseptique, les frictions d'onguent au collargol s'établirent et prirent le pas sur les frictions mercurielles si employées en oculistique.

Connaissant la parfaite solubilité du collargol dans l’eau distillée, on instilla directement le collargol sur les conjonctives.

Dès le début de l’année 1903, le docteur Bonnaire se servit du collargol en solution à 5 0/0 pour traiter les Ophtalmies purulentes des nouveau-nés. Toutefois, il faisait une distinction dans le traitement qu'il employait chez les enfants venus à terme bien portants et chez les débiles ; chez ces derniers il n'employait qu'une solution à 2 0/0.

Parmi les cas d’ophtalmies traitées, les uns ont été dès le premier jour cautérisés par une goutte de nitrate d'argent neutralisé par l'eau salée. Enfin dans nombre de cas, le collargol a été employé seul et d'emblée.

Dès le début de l'affection, alors qu'il y a de l’œdème de la paupière, une conjonctive rouge, fortement enflammée, ecchymotique alors que la sécrétion purulente s'établit, il faut employer le collargol, dit cet auteur. Aucun phénomène de réaction ne se produit; parfois cependant il y a un peu d'hypersécrétion.

En quelques jours la conjonctive reprend sa couleur normale, la sécrétion purulente se tarit et l'enfant

Re

ouvre l’œil malade spontanément. Dans les cas simples avec conjonctivite peu intense, deux jours sont suffisants pour amener une guérison complète.

Pour que le collargol soit efficace, il est de toute nécessité que la solution soit portée dans les culs-desac conjonctivaux. Après avoir retourné la paupière, verser deux ou trois gouttes de collargol sur la conjonctive, et une fois les paupières revenues sur ellesmêmes, masser légèrement pour que le collargol soit bien en contact avec toute la surface enflammée. Il vaut mieux porter le collargol directement dans le culde-sac, soit à l’aide d’un laveur oculaire, soit encore en se servant d'un petit pinceau; mais ce dernier présente l'inconvénient de retirer une partie du collargol en même temps.

Darier, dans la séance du 3 avril 1903 de la Société d’ophtalmologie de Paris, relate des résultats qu'il a obtenus dans la conjonctivite gonnorrhéique.

Rochon-Duvigneaud et Valude font remarquer qu'ils n'ont eu que des insuccès en employant l'argent colloïdal dans cette aflection.

Nous trouvons également dans la thèse de Druais (23 juillet 1903) une observation que nous relaterons plus loin et qui montre que dans un cas d’ophthalmie purulente, traité par des applications d’une solution de collargol en instillations et en irrigations, on n’a pu obtenir qu'une amélioration notable, mais toutefois avec persistance de la sécrétion purulente. Cette dernière n’a pu être jugulée que par des instillations au nitrate d'argent à 3 0/0 au début et plus tard à 1 o/o.

L'an dernier enfin en 1905, le docteur Demets d’Anvers a recommandé avec enthousiasme l'emploi du collargol en collyre à 2 et 4 0/0, comme traitement de lophtalmie purulente, Il reproche en eftet au nitrate d'argent une causticité trop violente et dangereuse, surtout entre les mains de praticiens peu expérimentés qui ne sauraient, au contraire, causer des dommages à leurs malades. s'ils se contentaient de prescrire l'inoffensif collargol.

Le docteur Demets en traitant l'argent colloïdal en solution d'inoftensif a peut-être été plus près de la vérité qu'on a voulu le croire tout d’abord. Bon nombre de médecins et d'oculistes reviennent dans la pratique à la vieille méthode de traiter la conjonctivite blennorrhagique par les instillations de nitrate d'argent.

C'est qu'en effet le collargol tout en étant antiseptique et tout en étant une arme de lutte précieuse contre les microbes et leurs toxines, le collargol, disonsnous, est un antiseptique faible, beaucoup plus faible que le nitrate d’argent. De plus. ce dernier joint à ses propriétés bactéricides une action caustique qui trouve sa place toute indiquée dans le traitement de l'ophtalmie gonnorrhéique.

Quel est en effet l'agent doué de propriétés antiseptiques dans les solutions de sels des métaux lourds ? Or, personne n'ignore que l'efficacité antimicrobienne de ces sels doit être attribuée au métal lui-même. C’est ainsi que les sels d'argent, en solution colloïdale, protéique ou simple, sont redevables à l'argent lui-même de leur pouvoir antiseptique.

He pee

Notons à ce sujet que ce pouvoir sera d’autant plus élevé que le sel renfermera une plus forte proportion de métal. Or, dans le nitrate d'argent, l’argententreen proportion environ de près de 90 0/0, au lieu que dans l'argent. colloïdal de Crédé, le métal n'entre que dans une proportion de 30 à 35 o/o. Nous voyons donc ainsi que le pouvoir antiseptique de ces deux solutions est dans la proportion de 1 à 3, c’est-à-dire que le collargol est environ trois fois moins antiseptique que le nitrate d'argent.

Par là même la toxicité de l'argent colloïdal se trouve notablement diminuée. C’est pourquoi pendant un certain temps, il a passé pour un sel non toxique. Nous savons toutefois à l'heure actuelle qu'il n'en est rien et que pour avoir une toxicité minima, l'argent colloïdal n’est pas pour cela inoffensif à tout point de vue. L'expérience de Jousset sur le lapin, que nous - avons rapportée au début de ce travail, met ce fait en pleine lumière.

Partant de l'énoncé de ces faits et considérant que la lutte que nous devons livrer à l'ophtalmie gonnorrhéique, est une lutte sans trêve ni merci, nous devons dès le début faire œuvre contre elle de nos meilleures armes.

Or, quel estle meilleur médicament à l'heure actuelle à opposer à cette dangereuse affection, si ce n’est les instillations au nitrate d'argent en solution suivant le cas à 3, 2, ou 1 0/0. Cet antiseptique, en effet jusqu'ici d'un usage courant en thérapeutique oculaire pour combattre l’aflection qui nous occupe, a obtenu tous les

rires

suffrages par les résultats merveilleux qu'il a donné. Ajoutant ses propriétés caustiques à ses propriétés antiseptiques, il est le médicament qui offre au médecin le plus de chance de succès, et surtout dans les cas graves, cest le premier qui doit venir à l'esprit du médecin oculiste et le premier aus:i qu'il doive employer.

En effet, Scrini, dans son remarquable précis de thérapeutique oculaire, dit : « Le nitrale d'argent a « régné d'une facon inconteslée dans la thérapeutique « oculaire pendant de longues années.

« Ces derniers lemps, les progrès de la chimie ont « fail naître des corps nouveaux, qui ont essayé de le « délroner.

« À ces produils destinés à le supplanter, mais quia « leur lour sont remplacés par d'autres, on attribue « comme avaniage une aclion plus puissante en ce « gu'elle serait plus profonde, une innocuilé plus « grande, el une indolence à peu près complétle dans « leur application. Il faut bien dire que l'usage du « mitrale d'argent est douloureux et que mal mani « 2] peul entraîner des accidents sérieux. Mais malgré « cela, 1l resle le médicament de choix, et dans les « cas graves, les ophtalmies purulentes notamment, « c’est a lui que l'on a el que l'on doitavoir recours. »

Est-ce à dire que l'emploi de l'argent colloïdal doive être délaissé au profit de ce sel et que toujours on doive faire abstraction de tout autre mode de thérapeutique ?

Nous savons qu'en médecine, autant et plus qu'en

A "hi

Page 1