LOGE
$ 2, — Kératites non suppuratives profondes.
La principale manifestation d'une lésion profonde non suppurative de la cornée est la kératite interstitielle. Nous n'ignorons pas le rôle capital que joue la syphilis dans la production et la marche de cette maladie. Aussi est ce surtout au traitement mercuriel que dans la plupart des cas l’on devra avoir recours. Toutefois, ici encore, le collargol, par son action catalytique trouve son emploi. Il ne faudrait pas attendre de ce médicament plus qu'il ne peut donner, comme on a eu trop de tendance à le faire surtout lors de son apparition. Mais enfin, comme à la lésion cornéenne coïncide toujours celles du tractus uvéal et que par là-même le malade éprouve des douleurs et de la photophobie, l'emploi de l'argent colloïdal en solution à 20 0/0 se trouve indiqué et ne peut qu'aider avantageusement au traitement. De plus, par la leucocytose intense qu'il provoque, il pourra être un adjuvant utile pour combattre l'inflammation qui accompagne toujours l'affection.
Feilchenfeld (loc. c.) l'a employé avec succès dans un certain nombre de Kkératites interstitielles parenchymateuse et dans des cas d'infiltration de la cornée. Dans les cas graves, il appliquait en frictions plusieurs fois par jour, dans le sac conjonctival, la pommade seule où mêlée avec de la vaseline dans le rapport de 1 à 2 ou 3. Toutefois, il fait remarquer
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qu'on devra en éviter l'emploi dans la Kkératite récente.
$S 8. — Kératites suppuratives ou ulcères infectieux de la cornée.
On a beaucoup parlé de l'action du collargol sur les ulcères de la cornée et dans les kératites purulentes. Disons tout de suite qu'il résulte de l'ensemble des faits rapportés et examinés consciencieusement que l'argent colloïdal est un bon antiseptique, susceptible dans la grande majorité des cas de rendre de grands services, mais qui parfois doit être employé concurremment avec d'autres remèdes. Le collargol est en effet un bon antiseptique, mais néanmoins son pouvoir bactéricide est faible. Aussi Netter et Salomon (1) pensent qu'indépendamment de cette action, il faut faire intervenir, pour expliquer l'action empéchante de l'argent colloïdal ; son pouvoir catalytique, analogue à celui des ferments. Il ÿ a aussi probablement accroissement du pouvoir défensif local de l'organe visuel par la production d'une leucocytose polynucléaire plus abondante et conséquemment une action antitoxique plus marquée. Il est agressif contre lies microbes pathogènes dont il empêche surtout le développement." Aussi le collargol doit se montrer
(1) Netter et Salomon. — L'argent colloïdal, Presse médicale, février 1903,
assez actit dans les ulcères cornéens où son action catalytique et ses propriétés antiseptiques peuvent s'exercer avec fruit.
Le docteur Leloutre, dans la Clinique ophtalmologique de Paris (10 mai 1903), cite trois cas d'ulcères infectieux de la cornée, traités par les frictions générales à la pommade au collargol répétées 4 à 5 fois par jour, sur le pourtour de l'orbitre et sur diverses parties du corps. Il a obtenu par ce moyen une guérison rapide.
Feilchenfeld, en 1904, l’a également emplové dans les ulcères de la cornée et ce traitement lui a donné de bons résultats. Avant lui, Wolffberg (1) avait mis le collargol en usage dans la méso kératite. Toutefois il l'associait à l'atropine dans la proportion de o gr. 05 sur 10 gr. de pommade.
Vaucleroy (2) eut à traiter un vaste ulcère de la cornée avec hypopion, datant de trois semaines. Cet ulcère avait été causé par du sable que le malade, maçon de son état, avait reçu dans l'œil et qui s'était aggravé à cause d'une blennorrhée du sac lacrymal. On a pratiqué une fois par jour des frictions autour de l’orbitre avec une pommade au collargol et l’on en mettait un peu autour des paupières. En quatre jours, le pus avait complètement disparu. Dans plusieurs autres cas où il y avait à craindre de la panophtalmie
(1) Wolffbery. — Wochenschrift für Therapie und Hygiene des Anges, 1902, n° 50.
(2) Vaucleroy. — Presse médicale belge, 10 juillet 1904.
et dans un cas de suppuration avec ténotomie l’auteur a vu les accidents s'amender et disparaitre à la suite de l'emploi du collargol.
Enfin, notre maitre, le professeur de Lapersonne, a traité par ce moyen des ulcères infectieux de la cornée (instillations de collyre à 5 0/0 deux ou trois fois par jour). Il n'observa jamais d'infiltration argentique et la marche de l'affection était très favorablement influencée. Parfois, vu l'extrême gravité de la maladie, l’auteur dut se servir aussi du galvano-cautère, de la transtixion de Sœæmisch, de la pommade iodoformée et de l’atropine, ce qui devait aider peut-être dans une certaine proportion à la guérison de l’affection. Néanmoins l’action du collargol comme adjuvant précieux est indéniable et à ce titre doit-on considérer cet agent comme tout indiqué dans les ulcères de la cornée.
La question que s’est posé le professeur de Lapersonne est la suivante :« Ne devait-on pas craindre avec « lui les précipités argentiques, les dépôts chimiques « dans l'épaisseur de la cornée qui se produisent avec « Je nitrate d'argent? Le collargol n’ayant pas deten- « dance à se précipiter 1l était à prévoir qu'il n'aurait « pas à cet égard les mêmes inconvénients. Et de fait « l’expérience nous a montré qu'il pouvait être impu- « nément continué lorsque la cornée était ulcérée. « Bien mieux les ulcérations se guérissent très rapide- « ment et ne laissent qu'un nephelion insignifiant.
« Partant de ce fait nous avons ainsi traité depuis « un an toutes les kératites purulentes : abcès de la « cornée, ulcères serpigineux à pneumoccoques,ulcères
de Sœmisch, keratites à hypopion : mêmes résultats favorables pour les complications des plaies sclérocornéennes et les suites des conjonctivites à gonnocoques, à streptocoques et même à bacile de Lœæffler. « Non seulement l'application du collargol n'est pas douloureuse, mais elle a une action immédiate sur la photophobie et sur les douleurs qui diminuent rapidement. Il est beaucoup plus apprécié par les malades que les injections sous-conjonctivales de cyanure et de sublimé, qui faites sur un œil enflammeé sont très douloureuses.
« En quelques jours on voit l'ulcère se déterger, l'hypopion diminuer puis disparaître et la réparation se fait régulièrement. L'application du collargol peut être continuée impunément jusqu'à cicatrisation complète. Il est bien entendu que ce traitement n'empêche ni la cautérisation au galvano-cautère, si l'on est appelé à traiter l'ulcère au début, ni l'incision de Sæmisch, si l'hypopion est déjà trop abondant. Il faut en même temps traiter les voies lacrymales qui sont très fréquemment le point de départ de l’infection cornéenne. »
En résumé en présence d’une kératite ulcéreuse ou
d'une plaie infectée de la cornée, voici le traitement. qu'applique le professeur de Lapersonne.
« 1° Le malade est examiné au début.
« Deux gouttes de collyre au chlorhydrate de cocaïne à ogr. 40 pour 10. lavage de la conjonctive avec
« cyanure d’Hg à 1/5.000. Toucher légèrement la sur- « face et les bords de l’ulcère avec le galvano-cautère.
DER Et
Mettre deux gouttes de collyre au collargol à 1/20, deux ou trois fois par jour. Le soir pommade à l'iodoforme à 1/10. Bandeau flottant.
« Si la pression sur le sac lacrymal est sensible, ramène du pus ou du muco-pus, traiter la dacryocystite par l'opération de Stilling, incision des canalicules lacrymaux et du canal nasal avec passage de sondes de Bowmann n° 5. Dès le 4° ou le 5° jour on fera dans les voies lacrymales, après le cathétérisme, des injections avec la solution au collargol à 1/50. La péricystite demande une intervention plus complète, et c'est alors l'ablation du sac qui est indiquée.
« 2° Ulcère étendu, entouré d'un croissant d'infiltration, l'hypopion occupe plus du tiers dela chambre antérieure ; les douleurs sont très vives.
« Emploi du collargol toutes les deux ou trois heures. A la cocaïne, au cyanure, à l'iodoforme on associera l’atropine à petite dose deux fois par jour, une goutte de sulfate neutre d’atropine à o gr. 02/10 en raison des complications iritiques, tout en surveillant journellement la tension intra-oculaire. Mais il faut surtout cautériser profondément l'ulcère en ouvrant au besoin la chambre antérieure. Mieux encore on fera l'incision de Sæmisch, c'est-a-dire, la transfixion de l'ulcère au moyen ducouteau de Grœæffe,en ayant bien soin de dépasser les limites de l'infiltration et en essayant de débarrasser la chambre antérieure du caillot purulent qu’elle contient. Aussitôt après on baignera l'incision avec le collargol, et l'on mettra
« un pansement occlusif qui sera renouvelé deux ou « trois fois par jour.
« 3° Période de réparation. — Cesser l'atropine pour « éviter l'hypertension. Elle devra être remplacée im- « diatement par des myotiques, tels que, pilocarpine « ou éserine à 1 v/o. Enlever le bandeau occlusif dès « que la chambre antérieure est reformée. Et l’on continuera le collargol jusqu'à guérison complète. » La seule objection que l'on (Darien) ait pu faire au professeur De Lapersonne au sujet du traitement qu'il indique dans les ulcères de la cornée, c’est que l'action du collargol se trouve associée à de nombreux médicaments et même à l’action de plusieurs opérations, nécessaires, il est vrai. Si tout cela atténue un peu la valeur de la médication del’arsent colloïdal dans l'affection qui nous occupe, 1l n’en est pas moins vrai que le collargol est un bon agent antiseptique et antitoxique; on peut lui attribuer une bonne part des succès qui ont couronné les tentatives du professeur De Lapersonne et nous ne devons pas oublier qu'il est un adjuvant de premier ordre dans le traitement de l’ulcère cornéen.
Nous-mêmes, dans le service du docteur Rochon- Duvigneaud, nous avons pu apprécier sur de nombreux malades les bienfaisants effets de cette médication. Et comme nous avons, dans plusieurs cas, employé le collargol sans l’adjonction d'aucun autre médicament, à l'exception toutefois des lavages au cyanure de mercure, nous pouvons en conclure que le collargol est un bon agent modificateur de la cornée et que, à ce titre, on doit généraliser son emploi le plus possible dans le
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traitement de cette affection. Nous devons cependant faire des réserves dans les cas graves, où son emploi exclusif attirerait de graves mécomptes et où l’on doit lui adjoindre d’autres méthodes thérapeutiques plus directes.
En résumé, l'argent colloïdal en solution à 1/20 qu'on l’emploie en instillation où en badigeonnage sur les conjonctives, est un moyen d’une efficacité incontestable, que nous avons entre les mains pour juguler une maladie malheureusement trop fréquente.
Nous allons citer à l'appui de la thèse que nous venons d'indiquer, les observations publiées, en 1908, par le docteur Leloutre, celles que nous-mêmes avons prises aux Enfants Malades avec l'obligeance du docteur Rochon-Duvigneaud. Ajoutonsicique notre maitre, le professeur de Lapersonne, a toujours employé avec succès le collargol en instillations, dans ces affections, à l'Hôtel Dieu de Paris, dans son service de Clinique ophtalmologique.
Il résulte donc de l'ensemble de ces observations que le collargol est un excellent médicament dans le traitement des affections suppuratives de la conjonctive et de la cornée, non seulement par son action anti septique et catalytique, mais aussi par ses propriél s de ne pas déposer de combinaisons argentiques su: la cornée ulcérée, comme nous l’avons déjà vu à propos du nitrate d’argent dans le traitement de la conjonc'ivite gonnorrhéique.
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