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Sur l'enseignement de la botanique

Dans (leux puEjlications précédenles j’ai plaidé la cause de l’enseignement supérieur de la botanique, gravement compromis à la

Faculté des siûences et au Muséum d’histoire naturelle, et par la suppression des chaires de Jussieu et par ia création de chaires nouvelles

dans des vues particulières. L’un de ces deux grands établissements,

* menacé a diverses reprises dans ses anciens privilèges, est, en ce moment même, l’objet d’un remaniement-; puissent les suites en être favorables a la cause qui nous préoccupe a juste titre! Aujourd’hui, mon dessein est uniquement d’appeler l’attention de la Société sur l’enseignement de ia botanique dans les lycées et les pensions, soit civiles, soit ecclésiastiques, et sur quelques-unes de ses conséquences.

Nous devons d’abord nous garder d’un travers trop commun chez les personnes adonnées a une étude de prédilection, c’est de s’en exagérer l’importance, et, par suite, de lui accorder trop de développement dans l’ensemble (l’iin plan d’éducation. Telle est la source de certaines exigences, trop appuyées, il faut en convenir, par la tendance industrielle de notre époque, qui ont fait naître ce qu’on a appelé la bifurcation des études, grande erreur administrative d’un homme de mérite % système faux dans son principe et confus dans son application, d’où est résultée une atteinte déplorable aux éludes littéraires classiques, base véritable de toute instruction, honneur et charme de la société polie. Sans être un détracteur des sciences, on peut regretter que leur invasion dans nos collèges ail été a ce point favorisée; le programme du baccalauréat qui en résume les cours est devenu une sorte d’encyclopédie, et l’on peut, en détournant un mot bien connu de Beaumarchais, se demander si, vu le savoir qu’on exige de nos enfants, il y aurait beaucoup de maîtres qui fussent vraiment

’ Voy. SéancP-f’ de. la Société Botanique de France des 25 mars 1855 et 27 mars 1857.

ha publicaticin de ces écrits a précédé celle des numéros corrélatifs du Bulletin et je les ai distribués à part a tous les membres de la Société.

- Arrêté du Ministre de l’Instruction publique relatif au Muséum (mai 18^) ^ Feu M. Foi'toui.

‘2 SUR l/ENSRIGISEMENT DE LA R0TAiSIO[ E. .

(lignes d'être bacheliers. Dans l’innovation dont je me plains, les sciences mathématiques se sont attribué la plus large part : il importerait, ce me semble, de la restreindre. La première jeunesse a évi déminent moins d’aptitude aux sciences malliématiques qu’aux sciences naturelles; toutelbis nous n’avons pas la prétention de faire augmenter le lot qui nous a été fait, grâce à l’intervention de M. Brongniart; nous saurons nous en contenter, sauf quelques modifications de détail.

D’après le plan d’études et les programmes d’enseignement des lycées, arrêtés parle ministre de l’instruction publique, le 30 août 1852, l’histoire naturelle, comprenant les deux règnes organique et inorganique, est bornée, pour les élèves de la section des sciences, â la troisième et a la rhétorique, et, pour les élèves de la section des lettres, â la rhétorique seulement : ainsi, dans la section des sciences, les deux parties de l’enseignement de l’histoire naturelle sont séparées par tout l’intervalle de la classe de seconde. Il y aurait, a juxtaposer ceg deux parties en les faisant correspondre aux classes de troisième et de seconde, le double avantage d’augmenter l’efficacité des leçons par leur rapprochement même, et de soulager d’autant l’année de rhétorique, qui devrait être principalement consacrée â former le goût des élèves, a les familiariser avec les procédés de la composition littéraire, â étendre les connaissances déjà acquises dans l’histoire et les langues vivantes. Aussi peut-on remarquer dans la section des lettres que l’histoire naturelle, bornée a l’année de rhétorique, y a peu (le faveur, parce qu’elle arrive trop tard, et parce que les élèves n’en opt pas, comme dans l’autre section, appris les éléments dans une des classes précédentes. Ces divers motifs me détermineraient, si la bifurcation en général devait durer, à en affranchir du moins l’histoire naturelle, par conséquent â la faire entrer, pour les classes de troisième et de seconde, dans le programme commun aux deux sections. En ce qui concerne la botanique, le cours de troisième, devenu ainsi obligatoire pour tous les élèves, continuerait a être purement descriptif, a traiter des notions générales et des principes de classification; l’histoire des principales familles y amène l’exposé de quelques applications qui d’ordinaire captivent l’attention des élèves. Le cours de seconcle, substitué a celui de l’année de rhétorif[ue, traiterait plus particulièrement de l’organographie et de la physiologie. Ils seraient composés chacun de dix leçons; c’est le nombre actuel. Les leçons de révision de l’histoire naturelle dans l’année de logique (section des sciences) deviendraient obligatoires pour tous les élèves comme les cours de troisième et de seconde.

Vingt hîçons en deux années, suivies a une année d’intervalle d’une

SUR I/KNSEIGNEMENT DE LA ROTAiNlQUE. ô

courte révision, laisseraient de trop faibles traces dans l’esprit des élèves, si le professeur n’y pouvait pas joindre d’autres moyens d’instruction. Chaque lycée devrait être |)ourvu d’un herbier a l’accroissement duquel les élèves concourraient eux-mêmes, d’une petite collection de tiges, fruits, etc., et surtout de grandes figures non théoriques, c’est-a-dire se rapportant a des végétaux déterminés, pour l’étude des parties élémentaires qui constituent le tissu végétal; il faudrait y joindre quelques bons livres élémentaires , le Généra d’Endlicher, constamment ouvert a côté de l’herbier, et un microscope.

Le complément indispensable de ce plan se trouve dans les herborisations à des jours marqués. Le programme officiel les recommande spécialement. Avec quel avantage, pour l’agrément et la santé des jeunes gens, ne remplaceraient-elles pas ces tristes promenades sur les quais et les boulevards, où on les voit traînés par un maître d’étude ennuyé qui n’a rien a leur dire, sa charge consistant surtout dans le soin de les maintenir en rang et de les préserver des accidents de la foule et des voitures! Sous tous les rapports, il est bien a regretter qùe les grands collèges soient entassés dans le centre des grandes villes; une administration vraiment paternelle devrait, au risque d’un peu de gêne pour le personnel du corps enseignant, s’appliquer progressivement a les reporter vers la circonférence. Situés comme ils le sont aujourd’hui, ils se prêtent difficilement aux herborisations; à Paris, quelques professeurs, et il faut les en féliciter, y suppléent par des visites au Jardin des Plantes. Plusieurs lycées de province, s’ils ont a leur portée de moindres ressources dans les jardins et les musées, sont plus favorisés dans leurs communications avec la campagne, et les professeurs en profilent sans doute. La situation est plus satisfaisante encore pour quelques grandes pensions de France, comme Juilly, Sorrèze, le petit séminaire d’Orléans, dont je parlerai tout a l’heure, et surtout pour certaines pensions de la Suisse. Chaque année, ’a l’époque des vacances, une troupe alerte, le sac sur le dos, le bâton de montagne a la main, part, sous la conduite d’un maître, qui est comme le frère aîné de ses élèves, pour l’un de ces voyages, a petites journées, dontTôjtfer nous a retracé les joyeux incidents. Plusieurs des jeunes touristes herborisent avec soin; il n’en est aucun qui ne rapporte dans son album quelque jolie petite plante de montagne, des gentianes, des saxifrages, des véroniques, le rhododendron, etc., comme souvenir de cet heureux temps. Désormais, la botanique a plus ou moins marqué sa place dans l’existence de chacun d’eux, et le souvenir des jouissances quelle procure ne s’effacera jamais.

L’expérience des lycées a appris, en ce qui concerne les sciences.

SL'lî L’ElSbElGMiMLlNT UE LA iiOTAiNlOUE.

ijiie les élèves ne s’appliquent guère qu’aux cours qui ont, si je puis m’exprimer ainsi, leur sanclion, soit dans le concours général, soit dans le baccalauréat ès sciences. A l’égard du concours, les classes d histoire naturelle devraient participer à ce grand moyen d’éniuia tion, et, pour les y bien préparer, il laudrait, aux examens indicpiés par le plan d’études, joindre les compositions écrites: ces dernièies lèraienl aussi partie des épreuves du baccalauréat ès sciences.

Je n’ai, comme on vient de le voir, proposé qu’un bien petit nombre d’amendements au plan d’études actuel. L’ensemble de ces moyens est sulfisant, soit pour donner à tous ceux qui prétendent au titre d’homme bien élevé une teinture sulfisante de la botanique, soit pour déterminer ciiez ceux qui voudront s’y appliquer davantage une véritable vocation scienlilique. Tel est le double but que doivent se proposer les professeurs, soit a Paris, soit en |)rovince, et (jii’a déjà atteint, au lycée Napoléon, l’un de nos plus laborieux et ingénieux confrères, ]\1. Bâillon; sa méthode, dans les limites imposées par le plan d’études, peut être citée pour modèle.

Bientôt, je l’espère, un second exemple pourra être proposé a l’imitation par l’un des établissements les plus remarquables <lu régime ecclésiastique, le petit séminaire d’Orléans. La il n’y avait pas a craindre que la bifurcation vînt compromettre les études littéraires classiques; grâce au docte évêque de ce diocèse, elles y sont |)ortées à un degré qui ne le cède en rien aux lycées les plus renommés. 11 suftit d’en donner pour preuve la solennité qui a précédé, l’année dernière, la distribution des prix; on y a vu représenter avec un plein succès, par les élèves, une tragédie tout entière de Sojibocle, OEdipe à Colone, avec les chœurs, musique de Mendelsohn. ]\igr Dupanioup avait appelé a cette solennité les juges les plus conqaétents parmi ses confrères de l’Institut, MM. Patin, Villemain et Saint-illarc Girardin, Lenormant; leurs applaudissements ont dû être, pour les jeunes acteurs et pour les maîtres, une bien Batteuse récompense. Ce jour-la même, Mgr Dupanloiip m’a lait l’honneur de me demander (juelques indications sur les moyens de compléter, sous le raj)port de riiistoire naturelle, le programme d’enseignement du petit séminaire, et voici ce qui s’y pratique aujourd’hui. Le cours correspond aux classes de seconde et de philosophie, laissant ainsi l’année de rhétorique tout entière aux études littéraires et hislori(jues, comme je l’ai demandé ci-dessus pour les lycées. Si, par suite de combinaisons obligées dans la distribution des autres cours, les deux années d'histoire naturelle ne se suivent pas immédiatement, cet inconvénient est compensé par les facilités dont l’établissement est pourvu d’ailleurs, ainsi qu’on va en juger, et parle nombre des leçons. En effet, le cours de chacune des deux années est divisé en trois trimestres ; l’hiver est

pour ia géologie, le prlnlemps pour la botanique, l’été pour la zoologie; le programme est celui du baccalauréat. Il y a dans cbaque semaine une classe de une heure et un quart, précédée ou suivie d’une étude de même durée. Les compositions ont lieu une fois par mois, et les examens trois ibis par an. L’histoire naturelle a son rang dans le concours de lin d’année. Un herbier, où toutes les familles sont représentées et qui comprend cinq à six mille plantes, toutes nomméesr empoisonnées au sublimé corrosif et fixées sur le papier par des bandejettes', a été extrait de ma propre galerie et installé dans celle que M. le supérieur a fondée.

Le petit séminaire d’Orléans est situé, comme sous l’aile de l’évêque, au milieu du beau parc de la Chapelle attenant a sa maison de campagne. Un jardin botanique, spécialement consacré aux plantes indigènes, et accessible aux élèves dans les heures de récréation, a été planté au printemps de cette année, d’après les-conseils de notre confrère, M. Jullien-Crosnier, ancien conservateur du jardin botanique d’Orléans. Les plantes d’ornement le plus généralement répandues sont cultivées dans les anciens parterres de l’établissement. Les espèces ligneuses se trouvent représentées dans le parc, qui contient beaucoup d’arbres isolés d’essences variées. Il subira, pour attirer l’attention sur ces espèces, d’en pourvoir un certain nombre d’étiquettes solides, comme cela est déjà exécuté pour les plantes des deux jardins. Des herborisations fréquentes dans la campagne, sur les bords de la Loire, dans la Sologne voisine, etc., ajoutent à l’attrait de cet enseignement. Le tout est placé sous la direction d’un jeune ecclésiastique, instruit et zélé, M. l’abbé Boisbourdin. On ne saurait, ce me semble, réunir plus de conditions de succès.

Les établissements ecclésiastiques d’instruction secondaire, qui se développent de plus en plus, grâce à la liberté dont ils jouissent et à l’impulsion éclairée qu’ils reçoivent de l’épiscopat, sont appelés à propager efficacement dans la société la culture des sciences. En effet, ils préparent h la lois pour le monde un fort grand nombre de jeunes gens, appartenant à des familles distinguées, qui recherchent, dans ces établissements, des garanties particulières, et pour le sanctuaire la majeure partie de ses recrues, â cause des conditions économiques qui mettent une excellente éducation â la portée des familles pauvres. Or les cours d’histoire naturelle des petits séminaires en appellent nécessairement d’autres plus étendus, plus approfondis, dans les grands séminaires. Dans plusieurs de ceux-ci, l’histoire naturelle est déjà professée avec distinction, et elle doit

* Les étiquettes portent uniformément ce titre : décima herbarii Jaubertiani excerpta inhonorem lievmi Epücopi Aurelianensis, oplimi sludiorura patroni

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