Cf. le Comment, de Donat sur le v. 584 sq
la situation d'ischomachos dans YEconomique de Xénophon. Sans doute les Romains avaient souvent un suhurhanum et Caton l'Ancien nous parle de ce genre de propriété ; mais il s'agit ici d'une campagne près d'Athènes.
V. 1027. Lorsque Thrason annonce son intention de faire sa soumission complète à Thaïs, il se compare à Hercule esclave d'Omphale. Qui minus (jnam Hercules seruiuit Omphalae?
Ainsi dans la pièce, toutes les réalités sont grecques. En présence de tous ces éléments helléniques que trouvons-nous de romain? Rien que quelques mots épars çà et là. C'est un usage constant des auteurs de \a.palliata de donner aux dieux non pas leurs noms grecs, mais leurs noms romains. Il est donc question de Jupiter, v. 584, 709, 946; de Cérès, de Liber et de Vénus, pris au sens métaphorique dans le proverbe : si7ie Cerere et Libero friget Vertus^ v. 732; d'Hercule, V. 1025. Cf. des abstractions dans le goût romain : V. 325 Félicitâtes omnes.., et v. 1046 fortunam,,. quae gubernatrix fuit.
C'est également l'habitude, lorsqu'il est question de choses militaires, d'employer les noms latins ; les Romains ne connaissaient pas l'organisation de l'armée grecque et les auteurs ne voulaient pas les dépayser sans nécessité. Nous trouvons dans VEunuque les termes suivants : v. 776 centurio et manipulus, V. 495 et 778 imjierator^ v. 782 principia; ce sont des termes romains pour désigner des choses grecques qui n'étaient pas tout à fait équivalentes, et dont les noms n'auraient rien représenté du tout au public romain. Au v. 782, l'allusion à Pyrrhus, qui a probablement remplacé Alexandre, est bien véritablement une allusion à des faits romains, mais c'est la seule.
On sait que les auteurs de la comoedia palliata
n'emploient pas pour désigner les parties de la ville les noms grecs, mais des mots latins à peu près correspondants : ainsi il n'est pas question de ràyopa, mais bien du forum ^ mot qui ne veut pas dire autre chose que la place publique. Lorsque, à propos du V. 256 sq. cuppedinarii omnes^ Cetarii, lanii^ coqui, fartores^ piscatores^ le Commentaire de Donat dit : « *A{jLapTY,uLx comicum. Nam in palliata Romanas res loquitur », le reproche n'est pas absolument fondé ; c'est en somme simplement la traduction latine de noms de métiers qui étaient très florissants à Athènes. Il en est de même des mois patronus, v. 770 ; pairona^ V. 887. Notons enfin le proverbe : ovem lupo commisisti.
Tout cela est fort peu de chose : ce ne sont que des mots qu'il serait facile de changer sans modifier sensiblement l'aspect de la pièce, tandis que, si l'on voulait supprimer les allusions aux coutumes grecques, il faudrait des remaniements profonds.
Térence a du reste profité d'une liberté dont ont usé les poètes de la. palliata; entre les mœurs grecques et les mœurs romaines, il y avait sur bien des points des ressemblances ; il suffisait parfois de ne pas trop préciser pour qu'on ne sût si l'on avait affaire à un pays ou à un autre : c'est ce qu'on peut appeler les mœurs gréco-romaines, mœurs dont Térence a introduit volontairement quelques traces dans VEunuque. V. 338 sq. Archidémidès recommande à Chaeréa de rappeler à son père qu'il doit l'assister le lendemain en justice comme advocatus (cf. v. 764j ; on se garde bien de nous dire quel genre d'affaire il a et à quel tribunal elle doit se juger : le mot est romain; mais à Athènes aussi on pouvait assister ses amis en justice; v. 759, on nous dépeint la situation du pèregrinus n'ayant point d'amis, point de ressources, incapable par suite de résister à un citoyen : la situation du citoyen vis-à-vis de l'étranger était aussi
la situation d'Ischomachos dans YEconomique de Xénophon. Sans doute les Romains avaient souvent un suburbanum et Caton l'Ancien nous parle de ce genre de propriété ; mais il s'agit ici d'une campagne près d'Athènes.
V. 1027. Lorsque Thrason annonce son intention de faire sa soumission complète à Thaïs, il se compare à Hercule esclave d'Omphale. Qui minys fjuam Hercules seruiuit Omphalae?
Ainsi dans la pièce, toutes les réalités sont grecques. En présence de tous ces éléments helléniques que trouvons-nous de romain? Rien que quelques mots épars çà et là. C'est un usage constant des auteurs de IdLpalliaia de donner aux dieux non pas leurs noms grecs, mais leurs noms romains. Il est donc question de Jupiter, v. 584, 709, 946 ; de Cérès, de Liber et de Vénus, pris au sens métaphorique dans le proverbe : sine Cerere et Libero friget Venus^ v. 732; d'Hercule, V. 1025. Cf. des abstractions dans le goût romain : V. 325 Félicitâtes omnes.,, et v. 1046 fortunam,,, quae gubernatrix fuit.
C'est également l'habitude, lorsqu'il est question de choses militaires, d'employer les noms latins ; les Romains ne connaissaient pas l'organisation de l'armée grecque et les auteurs ne voulaient pas les dépayser sans nécessité. Nous trouvons dans YEunuque les termes suivants : v. 776 centurio et manipulus, V. 495 et 778 imperaio7% v. 782 principia; ce sont des termes romains pour désigner des choses grecques qui n'étaient pas tout à fait équivalentes, et dont les noms n'auraient rien représenté du tout au public romain. Au v. 782, l'allusion à Pyrrhus, qui a probablement remplacé Alexandre, est bien véritablement une allusion à des faits romains, mais c'est la seule.
On sait que les auteurs de la comoedia palliata
LES ÉLÉMENTS GRECS ET LES ÉLÉMENTS ROilAlNS. 93
n'emploient pas pour désigner les parties de la ville les noms grecs, mais des mots latins à peu près correspondants : ainsi il n'est pas question de ràyopà, mais bien du forum ^ mot qui ne veut pas dire autre chose que la place publique. Lorsque, à propos du V. 2S6 sq. cuppedinarii omnes^ Cetarii, lanii, coqui, fartores^ piscatores^ le Commentaire de Donat dit : « *A(jLàpTY,uLa comicum. Nam in palliata Romanas res loquitur », le reproche n'est pas absolument fondé ; c'est en somme simplement la traduction latine de noms de métiers qui étaient très florissants à Athènes. Il en est de même des mots^a/rowws, v. 770 ; pairona^ V. 887. Notons enfin le proverbe : ovem lupo commisisti.
Tout cela est fort peu de chose : ce ne sont que des mots qu'il serait facile de changer sans modifier sensiblement l'aspect de la pièce, tandis que, si l'on voulait supprimer les allusions aux coutumes grecques, il faudrait des remaniements profonds.
Térence a du reste profité d'une liberté dont ont usé les poètes de ls.jmlliata; entre les mœurs grecques et les mœurs romaines, il y avait sur bien des points des ressemblances ; il suffisait parfois de ne pas trop préciser pour qu'on ne sût si l'on avait affaire à un pays ou à un autre : c'est ce qu'on peut appeler les mœurs gréco-romaines, mœurs dont Térence a introduit volontairement quelques traces dans VEunnque, V. 338 sq. Archidémidès recommande à Chaeréa de rappeler à son père qu'il doit l'assister le lendemain en justice comme advocatus (cf. v. 764) ; on se garde bien de nous dire quel genre d'affaire il a et à quel tribunal elle doit se juger : le mot est romain; mais à Athènes aussi on pouvait assister ses amis en justice; v. 759, on nous dépeint la situation du pèregrinus n'ayant point d'amis, point de ressources, incapable par suite de résister à un citoyen : la situation du citoyen vis-à-vis de l'étranger était aussi
privilégiée à' Athènes qu'à Rome; v. 1039 Thaïs se donne au père de Phaedria et de Chaeréa in clientelani et fidem, elle emploie des mots latins; mais c'est une étrangère ou une métèque qui se place sous la protection d'un citoyen d'Athènes. La fronde, v. 780, n'est une arme nationale ni chez les Grecs ni chez les Romains, mais elle était connue des deux peuples, et quant à la commissatio, v. 442, c'était un usage grec qui avait été accueilli dans la société à demigrecque des Scipions.
Malgré sa franchise à mettre en scène des choses grecques, Térence, comme d'autres auteurs, paraît avoir effacé quelques détails d'une couleur trop hellénique. Nous avons vu, page 46, qu'il avait peut-être supprimé un proverbe incompréhensible pour les Romains sans des explications assez longues. Si Perse a traduit exactement le commencement de Y Eunuque de Ménandre, fefi^a^ Chrysidis ante fores extincta cum face canio, il y était question, comme par exemple dans le Curculio de Plante, de l'habitude qu'avaient les Grecs d'aller chanter la nuit devant la porte des femmes à' la mode le TcapaxXauaiôupov. Mais le détail ne paraît pas avoir disparu parce que Térence aurait reculé devant ce qu'il avait de trop spécial : l'auteur a voulu simplement abréger et le trait a été supprimé avec le reste.
Ce qui est surtout grec dans V Eunuque, c'est la morale : la pièce repose sur l'aventure vraiment trop scabreuse de Chaeréa; elle n'est quant au reste ni meilleure ni pire que beaucoup d'autres. Un jeune homme se lie avec une courtisane et finit par obtenir l'assentiment de son père ; un autre conclut un mariage d'une façon vraiment inquiétante; avec l'approbation de Chaeréa, Phaedria se décide à recevoir dans son intimité un rival soi-disant inoffensif parce qu'il est riche et généreux, une sorte de dupe qui paiera pour tout le monde ; c'est bien là l'image d'une
société qui se dissout peu à peu dans le plaisir. Si cette morale ne révoltait pas les Romains, c'est qu'ils la considéraient comme une morale exotique et sans conséquence ou que certains d'entre eux y étaient déjà à moitié gagnés : elle ne tarda pas à faire dans la masse les ravages que quelques esprits clairvoyants avaient prévus.