‹ Sur l'évolution des trigoniesChapitre 3 sur 8 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

De tout ce qui précède il paraît résulter, d’une manière très claire, que le genre Tr'igoma^ très stable durant toute l’époque mésozoïque, n’a réellement commencé son évolution qu’à partir du moment ofi il a émigré de l’hémisphère boréal vers l’hémisphère austral, ou tout au moins à partir du moment oii il s’est concentré dans les mers antarctiques; car il n’est pas encore démontré que des représentants mésozoïques des pectinatæ n’existent pas dans les couches inexplorées des terres australes.

En effet, c’est seulement à dater de l’Eocène que :

t» Les crochets cessent d’être opisthogyres;

2° La dent 2 commence à se diviser en deux lobes réunis seulement par un talon circonflexe ;

3° Les crénelures palléales se développent ;

4° L’impression du muscle antérieur tend à quitter le niveau du plateau cardinal.

Puis, c’est à partir du Miocène que :

1° Les crochets sont opposés et peu saillants ;

2® La dent 2 se divise en deux arêtes orthogonales que relie un épaississement dénivelé et circonflexe;

3® La disparition du plancher cardinal est complète entre les branches 3„ et 3*;

4° L’impression du muscle antérieur est complètement au niveau de la surface interne des valves, dont elle n’est plus séparée que par une arête obtuse;

5® Les crénelures s’étendent à toute la commissure des valves ;

6® L’ornementation devient exclusivement rayonnante, et l’écusson disparaît totalement.

Ainsi Agassiz a été bien inspiré en distinguant le groupe pecimatæ^ mais il a eu tort de le mettre au même rang que ses autres groupes qui n’ont même pas la valeur systématique de Sections: les pectinatæ — dont les crochets ne sont pas opisthogyres comme ceux des vraies Trigonies, dont la dent 2 se divise comme si elle préparait l’apparition future d’une dent 1 non encore existante, dont le muscle antérieur reprend sa place habituelle sur le même niveau que l’autre — constituent un Genre bien distinct de Trigonias. str., pour lequel je propose la dénomination Neotrigonia et dont le génotype est T. pertmatah^\.m\\.\ c’est également à ce Genre qu’il y a lieu de rapporter T. Hoivitü du Miocène, puisque cette espèce ne diffère de T. pectinata, que par des caractères purement spécifiques.

En ce qui concerne les formes ci-dessus décrites de l’Éocène d’Australie, elles se rattachent évidemment à Neotrigonia par leurs crochets et leur charnière ; mais

Annales de Paléontologie, t. VII, 1912.

M. COSSMANN

elles en diffèrent par leur surface externe dont l’écusson rappelle encore celui de Tr'igonïa et qui n'est pas rayonnée sur les flancs, par l’apparition partielle de crénelures palléales, par leur faciès moins arrondi, par leur muscle qui n’a pas encore abandonné complètement le plateau cardinal. Aussi je les considère comme appartenant à une Section distincte de Neotrigoma^ que l’on peut désigner sous le nom Eotrigonia et dont le génotype serait 7'. semïundidata M’ Coy.

Arrivé au terme de cette revue stratigraphique des Genres qui font l’objet de cette Etude, il me reste à en résumer grapbiquement les conclusions sous la forme synoptique d’un tableau phylétique, dans lequel j’ai cberclié à faire parallèlement ressortir l’évolution des véritables critériums des membres de la Famille Tngonïidæ.

On voit, en définitive, par la simple inspection du tableau ci-contre, combien l’encbaînement est facile à saisir en un seul tronc continu, depuis le Dévonien jusqu’à l’époque actuelle : à part deux rameaux divergents {Mgophoriopsis et Remondkt) et en éliminant Myophorïopsïs et Meekia sur lesquels les renseignements précis manquent encore, on suit nettement la formation de la charnière typique qui reste du type lucinoïde en se complétant peu à peu, mais qui tendrait évidemment à devenir ultérieurement cyrénoïde, si dans l’avenir les deux lobes de 2 se séparaient complètement et s’il poussait une dent 1 entre et 3*.

On constate, d’autre part, que le muscle antérieur n’atteint que dans le Trias et pendant l’ère mésozoïque la situation élevée qui caractérise Mgophoria et Trigonia, et qu’à ce point de vue les formes récentes ressemblent au contraire à celles des temps paléozoïques, où les deux adducteurs sont au môme niveau : il y a eu croissance graduelle et dégénérescence beaucoup plus rapide de ce critérium.

Quant à la cicatrice supramusculaire (pédieuse sec. Fischer), d’abord antérieure chez les Trigoniacés anciens, elle passe au côté anal à partir AeTrigonia.

Enfin, l’inclinaison des crochets varie moins régulièrement : opisthogyres chez Schizodus et surtout chez Trigonia, ils sont simplement opposés chez tous les autres Genres, ou du moins à i)cine prosogyres chez M yophorïa. Ce n’est donc pas là un critérium véritablement évolutif; mais il est parfaitement constant dans chaque Genre, tandis que l’ornementation, au contraire, varie dans un même Genre, à tel point, chez Myophorïa et Trigonia par exemple, qu’il ne faut y attacher qu’une valeur purement spécifique, et que je n’ai pu la faire entrer dans le cadre de mon tableau phylétique.

En ce qui concerne lescrénelures sur les faces latérales des dents cardinales, c’est un critérium évolutif au premier chef, qui, à peine soupçonnable chez Myophoria., apparaît très nettement chez Tngoma, pour ne plus disparaître jusqu’à présent. Joint au critérium de perfectionnement graduel de la charnière, il nous autorise probablement à conclure que les Trigonies se sont peu à peu spécialisées pour un habilai dans des milieux de plus eu plus agités, exigeant par suite un emboîtement de plus en plus solide.

Explication des Signes

Y crénelures sur les faces latérales des dents , adducteur antérieur au même niveau que l'autre . id . un peu surélevé .

L id. au niveau du plateau cardinal.

A, P, antérieure, postérieure.

J crochets oplsthoqyres.

crochets opposes.

/\ A dent 2 plus ou moins largement bilobée.

M. COSSMANN

Mais je suis beaucoup plus perplexe au sujet du rôle qu’a pu jouer la surélévation graduelle du muscle antérieur, qui est revenu actuellement à la ])Osition qu’il occupait aux temps paléozoïques : il doit y avoir là un motif concomitant avec les nécessités de fermeture des valves. Si l’on songe en effet que l’élévation du muscle buccal atteint son maximum chez les formes qui sont le plus carénées du côté anal, on peut se demander s’il n’y avait pas, pour l’animal, un effort de contrepoids plus grand à développer du côté antérieur, ce qui aurait motivé la position du muscle adducteur tout auprès du pivot de la charnière?

Ce ne sont évidemment laque des hypothèses contestables, étant donné que l’on ne sait actuellement rien de la biologie de ces rares Mollusques.

Quoi qu’il en soit, si au lieu de chercher à « expliquer », on se borne à « constater », il est permis d’affirmer que la phylogénie des Tnfjoniacea est un des exemples les plus caractéristiques qu’on puisse citer d’une évolution graduelle à longue durée : parmi les Pélécypodes, il n’y a que les Nuadacea et les Solenomya qui aient une telle ancienneté et une persistance comparable. C’est pourquoi il était intéressant d’en rechercher les étapes, et à ce point de vue, notre modeste étude paraît avoir atteint son but.

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Annales de Paléontologie.

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