‹ Sur l'existence de races physiologiques dans les espèces végétales à l'étatChapitre 4 sur 8 · REPORT SOB I.E JARDIN EXPÉRIMENTAL DE M. JORDAN · texte numérisé non relu

REPORT SOB I.E JARDIN EXPÉRIMENTAL DE M. JORDAN

GUaifi.

Le cahier du Bulletin de la Société botanique de France relatif à la session tenue à Lyon, en 1876, vient de paraître. Il renferme, au milieu de récils d'herborisalionsd'un intérêt local, un rapport de M- Vivien-Morel sur les cultures expérimentales de M. Jordan, objet qui touche aux questions difficiles de la science et sur lequel on manque, jusqu'à présent, de renseignements détaillés. Peu de botanistes ont vu et aucun, probablement, si ce n'est le propriétaire, n'a examiné de près ces cultures dont on parle depuis longtemps. C'est donc, en quelque sorte, un événement que la visite de plusieurs des membres de la Société botanique au jardin de la cité Lafayetle, le 6 juillet 1876. Les détails contenus dans le rapport sont très-dignes d'attention, car tout en réservant son opinion sur les méthodes et les raisonnements, chacun est bien aise de savoir comment les expériences sont conduites.

« Ce n'est pas chose commune, dit M. Vivien-Morel, que soixante mille plantes réunies dans un espace restreint, représentant presque tous les genres de Phanérogames de France en nombreux exemplaires, et provenant des localités les plus diverses, depuis les bords de la mer, jusqu'aux plus hauls sommets des Vosges, des Alpes, du Jura et des Pyrénées. Tout cela parfaitement en ordre, étiqueté, numéroté et rapproché pour juger rapidement des différences entre les espèces affines, dont le plus grand nombre est cultivé depuis de longues années. »

Rappelons ici, pour l'intelligence du texte, que ne s'est pas servi des termes usités depuis Linné races, variétés, sous-variétés, variations, qui paraisse dre à toutes les idées et tous les faits possibles. L qu'il appelle espèces affines sont des formes voisin tantes dans la culture et même héréditaires. Soi pas lu dans le rapport qu'elles aient été soumises à épreuve de savoir si elles se fécondent mutuellemt nent des produits fertiles. C'est cependant là ce qui un groupe de formes voisines et héréditaires doit ô race ou espèce. En cas de fécondation et fécondit des espèces, dans le sens linnéen ; en cas conlrair des races d'une seule espèce. Par exemple,dansleg turelleplus connu des deux règnes,le genre Hor, pie juif conserve, depuis des milliers d'années, cerl malgré tous les changements de climat et de régi les individus qui le composent peuvent s'unir avec et avoir des descendants, ee qui fait que personne de les appeler une espèce'. Entre une fécondât: et continue et la non-fécondation ou non-continuité guère de milieu, donc l'expression d'espèce affine pas motivée. Nous ne voulons pas nous étendr principes de M. Jordan. On les eonnaît bien plus jardin, et nous préférons donner quelques détails : ei d'après le rapport que nous avons sous les yeux.

Sa surface est d'un hectare seulement. Il est carrés, qui forment 400 plate-bandes. La plupart vidus cultivés sont dans des pots, dont la terre a éti avant d'introduire les plantes ou les graines, afin d' mauvaises herbes. On tient à part, pendant ui i de diverses localités, pour qu'

1 M. de Qualrefages, dans son volume récent sur YEtpèc insiste sur la facilité et la fécondité des croisements entre l< de toutes les couleurs et il en tire la conclusion qu'ils fo

seule espèce.

prennent bien ; ensuite elles sont arrangées de la manière suivante. Les formes de la même espèce, ou du même genre, s'il est monotype, ou de la môme section, s'il est divisé en sections, sont rapprochées, savoir: 1° celles de la môme localité, 2° les semis de ces formes, 3° les formes des localités les plus voisines, en commençant par celles des départements voisins et s'éloignant ensuite. Chaque pot contenant sa plante est pourvu d'un numéro et d'une étiquette. Un registre topographique permettrait de rétablir Tordre en cas de perte, et un autre registre contient l'indication des origines et des dates d'introduction.

Par exemple, t une centaine de pots présentent les formes les plus curieuses du Saxifraga oppositifolia L. On ne se Aouie guère, dit M. V. M., lorsqu'on récoite Gelte plante dans ses stations naturelles, sur les plus hauts sommets du Jura, des Alpes, de l'Auvergne et des Pyrénées, de l'étonnante diversité de formes dont cette espèce linnéenne est la réunion ; c'est pourtant ce que l'examen de la collection démontre avec la dernière évidence. » D'autres groupes de saxifrages, dont on fait ordinairement des sections (Aizoon, Muscaria, etc.), sont représentés par un grand nombre d'individus de diverses localités françaises, et vu leur permanence dans la culture sont des espèces, en partie, nouvelles, ou plutôt des espèces affines de M. Jordan. Le Betonica officinalis L. • comprend de nombreuses formes, la plupart très-différentes. » L'auteur du rapport cite neuf espèces affines que MM. Jordan et Foureau ont publiées d'après ces formes, sans nous dire si elles n'ont pas des transitions qui motiveraient une réunion et si elles sont impropres à se féconder mutuellement. Les Santolina, les Sempervivum (qui occupent , 4000 pots !), les Hyssopus, Galium, Air a, Taraxacum 9 eic, sont représentés aussi par un grand nombre de formes. Quelques arbres ou arbustes, comme les chênes, les vignes, sont en pleine terre, mais il aurait fallu plus de place pour en augmenter le nombre.

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C'est assurément une chose admirable que ces cultures de M. Jordan I Elles montrent la multiplicité de formes voisines, qui seraient plus nombreuses encore si l'on avait fait venir des pieds de pays autres que laFrance. Elles constatent aussi la durée de ces formes sous les conditions qui leur sont imposées.

L'auteur du rapport en déduit comme une nouveauté (p. clx) que les anciennes espèces sont des groupes, mais si Ton compare plusieurs des espèces de Linné avec les phrases de Tournefort ou de Bauhin qu'il leur rapporte, on ne peut pas douter que le groupe appelé espèce par l'illustre Suédois ne fut, dans sa manière de voir, une association de formes voisines. Les cultures de M. Jordan pourraient servir à constituer mieux qu'on ne Ta fait jusqu'à présent ces groupes spécifiques linnéens, en tenant compte des transitions entre formes voisines qu'on ne saurait trop observer. S'il était possible d'ajouter des expériences sur la fécondation muuelle de ces formes et la fertilité de leurs produits, les espèces seraient constituées au moyen des deux bases de la forme et de l'affinité des organes intérieurs qui se mélangent dans la fécondation. Malheureusement ce sont des expériences délicates, qui exigent des procédés particuliers de culture, et M. Jordan a déployé une si grande persévérance dans l'étude des formes que lui demander une autre série de

i N travaux d'un genre difficile serait une exigence vraiment

déplacée.

! Alph. DC.

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