‹ Sur l'existence de races physiologiques dans les espèces végétales à l'étatChapitre 5 sur 8 · Alph. DE CANDOLLE · texte numérisé non relu

Alph. DE CANDOLLE

Les expériences que j'ai publiées en 1872, d'abord d'une manière abrégée dans le Bulletin de- la Société botanique de France (vol. XIX, p. 177), ensuite in extenso ' dans les Archives des Sciences physiques et naturelles (juin 1872), ont été reprises, sous une forme à peine différente, mais avec d'autres espèces végétales, par MM. Naudin et Radlkofer. Leur mémoire * a paru dans les Annales des Sciences naturelles au mois de juillet 1877. Je De sais par quel hasard il ne contient aucune mention de mes recherches, quoique la méthode et le but soient semblables. Le rapprochement des résultats auxquels nous sommes arrivés, les uns et les autres, n'est cependant pas sans quelque ilêprpt, puisque la question des modifications de l'espèce paf* \ép climats est très-grave, et que les observations, encore peu nombreuses, sur des plantes spontanées, sont les seules d'où jon puisse tirer des con-

1 Tentatives^ (inexpériences sur la question des modifications dans les espèces végétales à la suite d'un effet prolongé du climat.

* Recherches au sujet des influences que les cbanM^nts de climat exercent sur les plantes* ^^

clusions \ Je vais donc réunir les deux séries d'expériences sous une forme abrégée, et après en avoir indiqué les résultats, j'ajouterai quelques réflexions sur la nature des diversités physiologiques dans les végétaux de forme semblable et sur l'état de la science dans les questions d'origine des diversités successives, soit de configuration, soit de végétation.

La méthode proposée et suivie par moi, en 1872, consiste à semer, dans une même localité, des graines de la même espèce, provenant de pays éloignés, et dont les prédécesseurs ont vécu, par conséquent, depuis des milliers d'années, sous des conditions différentes. J'avais choisi douze espèces répandues dans la plus grande partie de l'Europe, mais n'ayant pas de ces formes plus ou moins distinctes dont quelques auteurs font des espèces. Après avoir obtenu des graines de la plupart de ces plantes venant d'Edimbourg, Moscou, Montpellier et Palerme, je les avais semées le même jour à Genève. Malheureusement quelques-unes n'ont pas levé, et celles du Sisymbrium officinale ont montré, dans chaque lot d'origine différente, des diversités extraordinaires dans la forme ou la grosseur des graines et ensuite dans la manière de végéter*,

1 II est bien démontré, par Jes publications de M. Witmack et de plusieurs autres agriculteurs, que les céréales du nord semées dans le midi, ou inversement, se comportent, par hérédité, d'une manière différente, mais dans toutes les espèces cultivées l'homme a exercé une sélection, volontaire ou involontaire, qui complique l'effet des

causes naturelles. { .

2 Cette diversité des graines et des jeunes plantes du Stsymbrtum officinale fait présumer qu'il y a, dans quelques espèces, pour d'autres organes que les fleurs, des dimorphismes ou trimorphismes analogues à ce qu'on voit pour les organes floraux dans les plantes dioïques et dans les esntes sur lesquelles M.- Darwin a fait ses observations bien connues.

de sorte que sur les douze espèces il en est resté seulement deux qui aient donné des résultats comparables.

Senecio vulgaris.

La germination et la première végétation des semis de graines des quatre localités n'ont pas offert de différences sensibles, mais les capitules de fleurs se sont développés plus vite chez les individus originaires d'Edimbourg et de Moscou que chez ceux de Montpellier et surtout de Païenne.

Une seconde génération a été élevée dans le jardin botanique de Florence, au moyen des graines que j'avais envoyées à mon regrettable ami Philippe Parlatore. La levée a varié plus qu'à la première génération (Moscou le 5 octobre, Palerme le 22). En comptant du jour du semis ou du jour de la levée jusqu'à Ia*floraison, les pieds originaires de Palerme ont toujours été les plus tardifs, mais ceux d'Edimbourg et de Moscou n'ont pas conservé la précocité de la première génération relativement aux

individus originaires de Montpellier.

Trifoljum repens.

J'ai pu comparer des graines de deux origines seulement, Moscou et Palerme. Les premières ont levé 24 heures plus tard. Dès l'abord on remarqua des différences de végétation bien frappantes. « Les pieds de Palerme étaient vigoureux, élevés, à larges feuilles, tandis que ceux de Moscou étaient chétifs., bas et à feuilles moins développées. L'un de ces trèfles aurait pu être fauché, l'autre est resté aussi petit que s'il avait été piétiné au bord d'une route. » Les uns et les autres ont fleuri en même

temps. Un second semis des mêmes graine suivant, a donné presque les mêmes résuli site de stature, eu particulier, a été aussi floraison a été de deux jours plus tardive ] de Païenne.

Je passe aux observations de mes deux frères.

M. Naudin a semé à Collioare (Basses-I espèces venant : 1° de la localité même nicli. Deux n'ont pas donné de résultats, germination ou autre accident. Le Solanu.

donné qu'un seul individu pour chaque l< sylvestris un seul pour Collioure; par cons mieux n'en pas parler. Le Dancus Carota pas été observé jusqu'à la fin. Le Capsella me paraît devoir être éliminé, parce que cette plante sont nombreuses et ont et par plusieurs botanistes comme des espèc Toutes ces défalcations faites, il reste deui ont donné les résultats suivants '.

A Collioure.

Calendula arvensis.

Germination presque semblable dans les veloppement ultérieur chétif pour les pi( de Collioure, rapide et vigoureux pour ce Floraison simultanée; maturation égalemei originaires de'Munich avaient, avant la florj septuple de celui des plantes originaires dt

1 Je supprime les dates qu'on peut trouïer dar MM. Naudin et Radlkofer.

SONCHUS OLERACEUS.

Les graines de Munich semées à Collioure lèvent un mois plus tard que celles de Collioure. Les premières donnent des individus inégaux, assez vigoureux ; les secondes des individus inégaux et chétifs. La floraison de ces dernières est un peu plus tardive. Le poids, au moment de la floraison, a été de moitié inférieur à celui des individus originaires de Collioure.

A Munich.

La contre-partie de ces expériences a été faite par M. Radlkofer, à Munich, sous des conditions de température et d'humidité très-différentes. En éliminant trois espèces qui n'ont pas levé dans les deux lots à la fois, on a pu faire les comparaisons suivantes.

Calendola arvensis.

Germination presque simultanée pour les graines de Munich et de Collioure. Développement semblable jusqu'à la floraison. Les pieds originaires de Collioure ont fleuri deux jours plus tôt que les autres. Fin de la végétation semblable.

SONCHUS OLERACEUS.

Les graines de Collioure germent deux ou trois jours plus tôt. Elles donnent des individus qui grandissent davantage. Avant la floraison ils ont une taille deux fois plus forte que ceux des graines de Munich. La floraison est de trois jours plus hâtive. La végétation est arrêtée, dans les deux lots, par la gelée.

Ainsi, comme pour le Calendula, l'expérience faite à Munich, sur les mêmes graines qu'à Collioure, n'a pas donné exactement les mêmes différences. C'est assez singulier, puisque, à Collioure et à Munich, les graines des deux origines étaient soumises aux mêmes conditions, autant du moins qu'on pouvait le supposer.

Les espèces suivantes, qui n'avaient pas réussi à Collioure, ont donné des termes de comparaison à Munich.

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