Eugène à Napoléon 26 avril 1806, A Fiv
s. Eugène à Napoléon 14 octobre 1806, À Fiv, 1684. Cette lettre, qui ne figure pas dans les Mémoires du Prince Eugène, donne de la défaveur de Guicciardi une explication plus plausible que celle de CoraccINI ; d’après ce dernier (p. xcrt), Guicciardi se serait volontairement retiré de la Direction de la Police pour ne pas se plier aux
caprices d’arbitraire de Napoléon. Ce qu’on sait de son caractère ne permet guère de lui attribuer de pareils scrupules d'indépendance.
ras de lui trouver un successeur le fit maintenir en place jusqu'au 19 février 1809, date à laquelle il entra au Sénat lors de la constitution de ce corps. Bien que ses services parussent depuis longtemps suspects, il avait entre temps trouvé le moyen d'obtenir, non seulement la commanderie de la Couronne de Fer, mais encore celle de la Légion d'honneur.
Relégué désormais dans un poste de tout repos, il semblait avoir terminé sa carrière active. Il allait jouer au contraire un rôle prépondérant, quoique discret, dans les événements qui amenèérent, cinq ans plus tard, la chute de la domination napoléonienne, la perte de l'indépendance italienne et le retour des Autrichiens à Milan. Ce fut en effet sur son initiative que le Sénat (17 avril 1814), sollicité par Melzi de demander aux puissances Eugène comme Roi, refusa de voter d'emblée cette motion, à laquelle il substitua une formule beaucoup plus vague, découragea ainsi les partisans du régime, et rendit possible l’émeute du 20 avril, qui détermina le Vice-Roi à abandonner la partie et les Autrichiens à occuper la ville pour rétablir l’ordre. Sans se déclarer ouvertement pour l'Autriche, Guicciardi avait donc travaillé pour elle *.
Il en fut récompensé un peu plus tard par les fonctions de Vice-Président du Royaume lombard-vénitien (1818), puis par le titre de conseiller d'état autrichien (1825). S'il retrouva chez les nouveaux maîtres de la Lombardie la faveur dont il avait joui auprès des anciens, il semble qu'il ait eu d’abord à triompher de préventions trop justifiées par son passé. En 1815, au moment où il venait d’être nommé membre d'une commission chargée d'étudier la réorganisation du pays, un rapport
1. Le rôle joué par Guicciardi dans toute cette affaire a été mis en relief dans une brochure attribuée à la princesse de Belgiojoso, mais signé par LEZAT DE Poxs, Etudes sur l'histoire de la Lombardie dans les trente dernières années. Paris, 1847, pp. 43-61. L'auteur y signale la « sagacité merveilleuse et la finesse extrême » de Guicciardi qu’il aurait été à même d’apprécier. Sous ce titre : Sulla rivoluzione di Milano seguita nel giorno 20 aprile 1814, Memoria storica parut à Paris, en 1814 une plaquette dont la paternité est communément attribuée à Guicciardi, (notamment par CANTÜ, Milano e il suo lerritorio, 1, 375), parce qu’elle représente un essai de justification de son rôle. Toutefois ZANOLI, témoin oculaire des événements qu’elle relate, croit pouvoir affirmer dans son livre (Sulla Milizia cisalpino-italiana, IT, 441) qu’elle est l'œuvre d’un ami de Guicciardi, le sénateur Leopoldo ARMAROLT.
de police envoyé à Vienne s'exprimait en ces termes sur son compte :
« Celui qui prétend en savoir davantage est le conseiller Guicciardi, que le bonheur de l'Allemagne avait fait chasser de la Chancellerie de Bohème et que le malheur de l'Italie a fait prendre dans la Commission. Homme immoral, suffisant, ignorant, à prétentions, ayant un esprit de cabale et point d'esprit des affaires, envieux, soupçonneux, égoïste, tête chaude, intrigant, et qui ne connaît aucunement l'Italie ". »
Guicciardi termina le 14 avril 1837 une vie écoulée sous trois dominations successives, et mêlée à toutes les vicissitudes de son temps. Il appartient à la famille de ces hommes publics, si nombreux à cette époque en Italie comme en France, qui, poursuivant leur intérêt particulier à travers les variations de l'intérêt public, ont servi tous les régimes sans se donner à aucun, su prévoir leur chute pour les trahir au moment opportun, et joué un rôle dans les grandes transitions politiques où ils pouvaient pousser leur fortune : à cet égard, il se rapproche de Talleyrand, et surtout de Fouché, auquel la comparé Stendhal. Il s'en distingue par l'absence des dons supérieurs qui les caractérisaient. Il n’a jamais pu faire illusion ni sur ses capacités, ni sur sa fidélité, aux maîtres qui l’'employaient; mais 1l a eu l'art suprême d'utiliser ses insuffisances comme ütres à l'avancement et l'habileté de surmonter toujours à force de finesse et de patience les préventions dont il était
l'objet.