‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 52 sur 101 · Bollettino delle Legot, 1802, p · texte numérisé non relu

Bollettino delle Legot, 1802, p

avec distinction dans sa ville natale. L’à propos avec lequel il sut, lors de l'invasion française, attirer sur lui l’attention de Bonaparte, décida de sa carrière politique. Le 15 octobre 1796, ce dernier passait à la Mirandole pour se rendre au siège de Mantoue. Les notables de la localité tardant à aller le saluer, Luosi prit l'initiative de l’aborder en français et de se mettre à sa disposition. Interrogé aussitôt sur la topographie des environs de Mantoue, ainsi que sur l'administration et les dispositions du pays, il frappa son interlocuteur par la netteté de réponses auxquelles il -avait eu l’art de mêler de délicates flatteries personnelles ‘. Pour ne pas laisser s’effacer cette impression favorable, il se rendit aussitôt après à Milan, où il rentra en relations avec le général en chef et gagna par de petits cadeaux les bonnes grâces de sa femme.

La formation d’une grande République dans le bassin du Pô lui fournit bientôt l’occasion de recueillir le fruit de ses démarches et d'exercer ses talents sur un plus vaste théâtre. Nommé d’abord'député au Corps législatif, il reçut en même temps le ministère de la Justice (30 juin 1797) qu'il échangea contre un siège de Directeur (31 août 1798), lorsque le personnel politique de la Cisalpine fut renouvelé une première fois par lambassadeur français Trouvé. — Deux mois plus tard (19 octobre), à la suite d’un coup d'état en sens inverse du premier, le général Brune le mit en demeure d'abandonner ses fonctions. Sa dignité lui eût commandé de protester contre cette brutale sommation ou au moins de n’y obéir que par la force. IT eut la faiblesse d’y souscrire contre la promesse de retrouver son ancien portefeuille ministériel, et la déception de voir ensuite lui échapper la compensation offerte’. Mais quelques

1. Cette conversation est rapportée tout au long, sous le numéro XI, dans la série des petits mémoires manuscrits qu’un certain Altimani de Novellara, près Mirandole avait rédigés sur l’histoire de sa ville natale pendant la période française, et qui se trouvent maintenant à la Bibliotheca Estense de Modène. Toutefois la précision excessive de certains détails rend cette relation d’autant plus suspecte que l’auteur n’assistait pas à la scène, et n’était qu’un témoin de seconde main. Il m’a donc paru prudent de ne pas la reproduire, malgré l'intérêt qui s'attache aux moindres entretiens de Napoléon, et de n’en retenir que le sens général.

2. David (secrétaire de Légation française à Milan) à Talleyrand, 10 brumaire an VII- 31 octobre 1798. Af. Etr., Corr. Lomb., 56, fo 543.

semaines plus tard (14 décembre), quand un nouveau revirement de la politique française eut provoqué l'envoi à Milan de l'ambassadeur Rivaud, chargé de reprendre l'œuvre de Trouvé, Luosi rentra naturellement dans le Directoire cisalpin, avec lequel il devait fuir Milan devant l'invasion autrichienne et aller passer plus d’une année dans l'exil de Chambéry.

Il n'avait pu se mêler aussi activement aux luttes des partis sans s'exposer à leurs attaques. Dans un mémoire imprimé à Paris en 1799, un agent français, Mengaud, ne voyant dans Luosi qu’un protégé de son ennemi Rivaud, le dénoncçait comme « aristocrate par système, gonflé de varité puérile », laissant mourir son père de faim pendant qu'il vivait dans l’abondance à Milan, jouant le rôle de mari complaisant, homme d'une extrême immoralité: : portrait dont l'esprit de parti avait évidemment noirci les couleurs, mais dont certains traits répondaient à la réalité.

Après être rentré en Lombardie à la suite de l’armée française, Luosi bénéficia très largement des réparations accordées aux serviteurs fidèles de la cause révolutionnaire. D'abord membre de la Consulte législative constituée après Marengo pour régir provisoirement le pays (22 juin 1800), il était envoyé l'année suivante à l'assemblée de Lyon, où il fit partie de ce Comité des Trente, qui présenta aux députés la candidature de Bonaparte à la présidence *. Il entrait aussitôt après (26 jan- Vier 1802) 4 la Consulte d'Etat. En 1805, 1l se voyait à quelques jours d'intervalle appelé, d'abord au Conseil d'Etat comme président de la section de Législation (9 mai), puis au ministère de la Justice (9 juin) qu'il avait précédemment occupé sous la Cisalpine et qu'il conserva cette fois jusqu'en 1814. À ce titre il ajouta successivement ceux de grand dignitaire de la Couronne de fer (16 avril 1806), de commandant de la Légion d'honneur, de comte du Royaume, de membre

1. Tableau des événements politiques el militaires arrivés dans la Cisalpine depuis un an par MENGAUD, Paris, prairial an VII, note 8.

2. Dans les listes de présentation aux emplois publics dressées par cette Commission, Luosi est proposé (par 15 voix contre 8) pour le Ministère de la Justice, qu'il devait occuper plus tard (CODRONCHI, op. cit, p.735).

du Sénat (7 février 1810) et de membre de l’Institut (25 décembre 1810). Aucun peut-être des hauts fonctionnaires italiens n'avait, à part Prina, accumulé sur sa tête un aussi grand nombre de dignités, exercées sans interruption pendant un plus long délai.

Sa valeur personnelle justifait-elle la persistance d'une faveur aussi éclatante ? Ses mérites de jurisconsulte semblent, au témoignage de ses contemporains, hors de conteste et hors de pair. Destiné à exercer ses fonctions dans une période d'intense activité législative, alors qu'il fallait traduire et adapter en hâte à l’Italie les codes français que Napoléon avait décidé d'y introduire, il s’acquitta de cette tâche difficile d'une façon aussi satisfaisante que le permettaient les circonstances et mérita notamment des éloges par sa rédaction du Code criminel, reconnue pour son œuvre propre.

L'homme ne paraît malheureusement pas avoir été chez lui à la hauteur du magistrat. Il affigeait ses amis par une nonchalance trop habituelle, faillit encourir en 180$ la disgrâce impériale par des histoires de femmes ?, et s’attira les railleries des Milanais par des dépenses disproportionnées à ses ressources. Lors d’une fête somptueuse donnée au ministère de la Justice en 1807, un mauvais plaisant écrivit sur la porte cette épigramme : « Luosi ne fait pas ce qu'il doit, mais doit tout ce qu'il fait *. » Il affectait enfin des raffinements de mise analogues à ceux qui faisaient alors en France la réputation et le ridicule de Cambacérès, et défrayait la chronique scandaleuse par ses écarts de conduite. D’après un rapport de police adressé après la Restauration au gouvernement autrichien, il avait conservé à plus de 50 ans toute la coquetterie de la jeunesse, passait plusieurs heures par jour à sa toilette, était devenu par ses histoires galantes la fable du public’, et employait

1. Lettre de Francesco Valdrighi à son frère Luigi du 10 mars 1804 (Archivio di Stato de Modène, dossier Valdrighi).

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