‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 53 sur 101 · Chronique MANTOVANI, 18 février · texte numérisé non relu

Chronique MANTOVANI, 18 février

4. Rapport de police (anonyme) du 4 août 1814. Arch. Vienne, Int., 1764.

$s. On trouvera un échantillon dans les Memorie del conte Leopoldo Cicognara, publiés par MALAMANI, [, 283.

LA CONSULTE D'ÉTAT m7

comme secrétaire et factotum un ancien prêtre, Compagnoni, dont l'esprit dépassait la moralité.

En 1814, il garda un instant ses fonctions sous le gouvernement provisoire qui succéda d’abord à la Vice-Royauté d'Eugène de Beauharnais. N'ayant pas réussi à se les faire confirmer par le gouvernement autrichien, il se retira de la vie publique et vécut dans la retraite à Milan, où il ne devait mourir que le IT octobre 1830.

Deux notices biographiques lui ont été consacrées : l’une par son ami Compagnoni sous ce titre : Brevi Memorie sulla vita e sui fatti di Giuseppe Luosi (Milan, Società tipografica dei classici italiani, 1831). et l’autre, un peu postérieure, par son compatriote modénais Pellegrino Papotti (Notizie sulla vita e fait del conte G. Luosi della Mirandola, Modène, Tipografa camerale, 1836).

MOSCATI

Sans jouer jamais un rôle politique important, Moscati ne cessa d'occuper les plus hauts emplois de l'Etat, non seulement sous la République italienne, mais encore pendant toute la durée de la domination napoléonienne en Italie. C'était exclusivement un savant, que rien ne destinait à devenir un homme d'Etat, et dont les succès politiques s'expliquent par la sincérité de ses convictions démocratiques, par son attachement personnel à Bonaparte, enfin parle lustre que sa réputation pouvait apporter au régime.

Fils lui-même d'un célèbre anatomiste, Pietro Moscati, né à Milan en 1739, suivit d’abord la carrière paternelle et, après de fortes études médicales à Padoue, Pavie, Bologne et Pise, obtint à l’âge de 30 ans une chaire dans la première de ces Universités. En 1772, il passa comme chirurgien au Grand Hôpital de Milan, dont il devint le directeur en 1785, et où il acquit la réputation de l’un des premiers praticiens de son temps. Destitué de son poste pour ses idées libérales ’, il se trouvait au moment de la

1. Rora, L'Austria in Lombardia e la préparazione del movimento democratico cisalbino (Milan, 1911), p. 176.

Révolution tout disposé à en adopter les principes. Lors de l'invasion, il sut gagner l'estime de Bonaparte, qui témoignait des égards particuliers aux représentants des sciences ou des lettres italiennes, et entra à ce titre dans le premier Directoire de la République Cisalpine, formée en juillet 1797. Il n'occupa d’ailleurs ces fonctions que d’une manière éphémère : dès le 13 avril 1798, il était contraint de se retirer, sur les sommations du général Brune, commandant de l’armée d'occupation, probablement pour avoir adressé à Paris des représentations au sujet de l'énormité des charges financières imposées à son pays. Quelques jours auparavant (17 mars), il avait précisé, dans une lettre à Merlin de Douai, le principe de sa conduite, et les raisons de son attitude politique : « Médecin de profession, assez connu en Italie, je me suis mêlé du gouvernement à cause de l’attachement, je dirai même de l'admiration que j'avais conçue pour le général en chef Bonaparte. »

La part que Moscati avait prise au mouvement et au gouvernement révolutionnaire lui valut d’être compris, lors de la réaction austro-russe, dans les persécutions qui atteignirent beaucoup de patriotes. Arrêté l’un des premiers, il fut déporté avec eux aux bouches de Cattaro, puis à Peterwardein et rendu à la liberté après le traité de Lunéville.

La dureté de ce traitement immérité 2ppelait des réparations : elles ne furent pas ménagées à Moscati. Se trouvant encore en captivité, 1] avait été inscrit dans la composition de la Consulte Législative provisoire instituée à Milan après Marengo : il se vit ensuite convoqué à Lyon d’où il revint avec le titre de Consulteur d'Etat (26 janvier 1802). Il sembla d'ailleurs n’apprécier guère que le côté honorifique de ses nouvelles fonctions et réserver pour son ancienne profession toute l’activité d'un esprit que l’âge commençait à éprouver. D'une part, il fut appelé en consultation à Vienne au chevet de l’archiduc Charles par l’archiduc Ferdinand, l’ancien gouverneur de la Lombardie autrichienne. D'autre part, Marescalchi, appréciant son rôle politique, lui reprochait de n'avoir « pas une once de cervelle » et

1. Lettre à Merlin de Douai du 27 ventôse an VI-17 mars 1797. À Fin, 71.

de se laisser gouverner par un amour-propre presque maladif'. Lors des négociations préliminaires à la transformation de la République en royaume, il joua comme Consulteur un rôle assez équivoque, votant toutes les motions demandées par Napoléon, mais se vantant auprès de l’envoyé autrichien de l’indépendance de son attitude *.

Il n'eut d’ailleurs pas à se plaindre du nouveau régime, dont l'avènement fut pour lui l'origine de nouvelles faveurs. Nommé membre du Conseil d'Etat en mai 1805, il fut aussitôt après (7 juin) appelé à des fonctions qui semblaient lui convenir particulièrement, et il devint le premier titulaire de la Direction générale de l’Instruction Publique instituée auprès du ministère de l'Intérieur. Il n'occupa d’ailleurs ce poste que deux ans, son âge avancé lui ayant commandé la retraite en 1807. S'il se retira pour toujours de la politique active, il vit s'accumuler sur sa tête les distinctions honorifiques. Grand dignitaire de la Couronne de Fer dès le 16 avril 1806, bientôt après Commandant de la Légion d'Honneur, comte du Royaume (1808), sénateur (19 février 1809), Membre de l’Institut National réorganisé (25 décembre 1810), il reçut d'un pouvoir qu'il servait avec conviction des faveurs dont il devait avoir l’occasion de se montrer reconnaissant. Lors de la fameuse séance du Sénat (17 avril 1814) où se décida le sort de la Lombardie, il se joignit à ceux de ses collègues qui auraient voulu conserver

1. Lettre de Marescalchi à Melzi du 7 avril 1803. (Arch. Vienne, 8). Moscati s’était d’ailleurs toujours distingué par la singularité des doctrines qu’il professait, si on le sortait de sa spécialité. En 1770, il avait lu à une séance inaugurale de l'Université de Pavie une dissertation qui fit grand bruit et où il préconisait pour l'espèce humaine le retour à l'habitude de marcher à quatre pattes! Voir sur ses excentricités, CUSANI, Storia di Milano, IV, 207 et 211.

2. Le 18 mai 1804 la Consulte d'Etat Italienne avait décidé en séance secrète de céder aux suggestions venues de Paris et d'offrir le trône de Lombardie à Napoléon, mais moyennant certaines garanties financières et politiques. Quelques jours apres, Moscati rencontrant l’envoyé autrichien à Milan, le baron de Moll, lui faisait, au moins à en croire ce dernier, d’assez singulières confidences sur les incidents de cette séance : « Si je pouvais parler, lui déclarait-il, vous vous persuaderiez que nous avons tenu un langage dont un ministre autrichien n'aurait pu que se réjouir. D’ailleurs, les désirs de l'Autriche ne peuvent en cette circonstance être bien différents des nôtres. Les admirateurs les plus zélés de Napoléon ne peuvent nier sa nullité en matière de finances et les énormes frais de son système d’administration sont de nature à effrayer. » Dépêche de Moll du 12 juillet 1804. Arch. Vienne, Corr. Milan, 1804.

l'indépendance du royaume d'Italie sous le sceptre d'Eugène. Après la ruine de ses espérances, il se confina dans une retraite studieuse, adonné tout entier aux études qui avaient fondé sa réputation de savant, mais fidèle à ses anciennes convictions d'homme d'Etat. D’après un de ses biographes, il avait dans son cabinet de travail, au-dessus de sa cheminée, un magnifique portrait de Napoléon, avec cette inscription en lettres d’or : Erit ille mihi semper Deus *. Il vécut jusqu’à 85 ans, entouré de l'estime publique, et mourut à Milan le 18 janvier 1824, laissant à ses contemporains le souvenir de l’un des meilleurs médecins de son temps. Sa carrière politique avait surtout servi à illustrer par un exemple éclatant le prix que Napoléon attachait à entourer son trône des grands noms de la science italienne.

PARADISI

Giovanni Paradisi, le plus éminent sans conteste des membres de la Consulte, semble avoir joué dans la République Italienne, puis dans le royaume d'Italie, un rôle moral supérieur à ses fonctions officielles. Sans être jamais ministre, ni occuper même les plus hautes charges de l’Etat, il exerça par la supériorité de son esprit, la variété de ses aptitudes et l'habileté de sa conduite une influence qui fit de lui l’un des personnages les plus représentatifs du régime français, et lui valut une renommée plus durable que celle de beaucoup de ses collègues.

Ses débuts dans la vie furent d’ailleurs facilités par la réputation de son père, Agostino, connu déjà comme poète. Luimême, né à Reggio le 15 novembre 1760, se distingua dès sa jeunesse par des dispositions également précoces pour l'étude des sciences et pour celle des lettres. Cette universalité de connaissances lui permit à la fois de publier un recueil de vers estimés et d'occuper une chaire de géométrie.

L'invasion française va l’arracher à ses travaux et tourner désormais vers la politique l’activité de son esprit. On le voit

Page 1