‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 63 sur 101 · On trouvera son portrait dans COMANDINI · texte numérisé non relu

On trouvera son portrait dans COMANDINI

3. Giuseppe Bossi était un peintre de talent qui fut député à la Consulte de Lyon, membre de l’Institut National et secrétaire de l’Académie des Beaux-Arts à Milan. Avec Carlo-Aurelio Bossi, la confusion est d'autant plus facile que ce dernier était précisément l’un des membres les plus influents du Gouvernement provisoire piémontais, auprès duquel Luigi fut accrédité à partir de 18or.

fameux dont il partagea les épreuves et raconta les événements dans sa correspondance ”.

Après le retour des Français, il fut envoyé à Turin, où il trouva un pays occupé par leurs armées, et un gouvernement national délibérant sous leur contrôle ; presque aussitôt après d’ailleurs, l'annexion militaire (avril 1801) puis politique (septembre 1802) du Piémont à leur République allait effacer même cette ombre d'autonomie. Dans ces conditions, sa besogne diplomatique se réduisait à régler d'infimes questions de frontières, de douanes et de passe-ports; il chercha du moins à la relever jusqu’au rôle d’observateur politique, et adressa à Milan d’intéressantes informations sur les affaires du pays, comme sur les sentiments du parti qui désirait une union avec l'Italie ?. Il conserva après 180$ des fonctions dont l'exercice représentait un anachronisme plus frappant à mesure que le Piémont entrait plus intimement dans les cadres politiques de l’Empire français. Aussi, lorsque le gouverneurgénéral Menou, dont il s'était d’ailleurs attiré l’inimitié 5, eut été remplacé en 1808 par un beau-frère de Napoléon, le prince Borghese, le poste de Bossi fut supprimé *.

Pendant son séjour à Turin, il avait été nommé déjà membre de l’Institut National (6 avril 1803), auditeur au Conseil d'Etat (1805) et chevalier de la Couronne de Fer (1° mai 1806). A son retour à Milan, il obtint de larges compensations à la perte de son poste diplomatique : la place de Préfet général des Archives, qui convenait à ses goûts et qu'il remplit avec distinction, celle d’Inspecteur général de l’Assistance Publique,

1. I ne parvint à Gênes que le rer août 1799, ayant dû passer par Lyon et Marseille, à travers mille difficultés. Lui-même a raconté son voyage dans une lettre reproduite, avec quelques autres par CANTU, Diplomatici, p. 223. Dans la notice assez détaillée qu'il lui consacre dans le même ouvrage (pp. 27, 55-56), Cantü le signale comme ayant pris part à la Consulte de Lyon: il y a là une confusion évidente avec Giuseppe Bossi.

2. Cf. CANTÜ, Diplomatici, pp. 193-211, de larges extraits de sa correspondance.

3. «Le général Menou... disait hier hautement: Quand serons-nous débarrassés à Turin de ce mauvais homme de Bossi? » Lettre du prince Eugène à Napoléon du 11 juin 1805 dans les Mémoires du prince Eugène, 1, 124.

4. Marcacci, chargé d’affaires de Suisse à Milan, annonce cette suppression à la date du 20 juillet 1808. Arch. Berne, Corr. Milan, 555.

un siège au Conseil d'Etat, le titre de comte. En même temps, il s'abandonnait à sa vocation de polygraphe, et jusqu’à sa mort, survenue le 10 avril 1838, il exerça sur les sujets les plus variés les dons d’une incoercible facilité et d’une compétence un peu superficielle. Une histoire d'Italie en 20 volumes, une histoire d’Espagne, des traductions, un dictionnaire géologique, des études d’archéologie et d'histoire naturelle, des poésies diverses furent les fruits d’une activité intellectuelle à laquelle il put se consacrer sans partage à partir de 1814.

Bossi nous est surtout connu par ses écrits. Etait-il aussi estimable comme homme que fécond comme publiciste ? On pourrait en douter en lisant les renseignements que le prince Eugène envoyait sur son compte à l'Empereur, sans en garantir d’ailleurs l’exactitude : « Sa réputation, écrivait le Vice-Roi, est des plus mauvaises : il a été prêtre, toujours dérangé dans ses affaires. M. Khevenhüller l'avait pris comme bibliothécaire et l’a renvoyé pour cause d’infidélité. Au commencement de la Révolution, il fit une banqueroute frauduleuse et se sauva à Venise. » — « Plus j'en prends de renseignements, plus je vois qu'on s'accorde à dire que c’est un homme de moyens, mais qui jouit de la plus mauvaise réputation. ‘ » Il est malheureusement difficile de contrôler à distance ces renseignements sur un fonctionnaire qui d’ailleurs n’a guère fait que passer, au cours d’une longue carrière littéraire, dans le service diplomatique.

GALDI

Galdi devait présenter au milieu du corps diplomatique italien cette particularité d’être aussi étranger au pays quil représentait qu'aux fonctions dont il se vit investi. Tandis que Marescalchi et Tassoni étaient des grands seigneurs, Venturi et Bossi des savants, Scarabelli un ancien officier et que tous

r. Lettres du prince Eugène à Napoléon des 11 et 20 juin 1805, dans les Mémoires du prince Eugène, T, 124 et 170.

étaient nés à l’intérieur des frontières de la Cisalpine, Matteo Galdi venait des Etats napolitains et s'était distingué comme publiciste politique avant d'entrer dans une carrière où il devait porter les qualités les plus brillantes de son ancienne profession.

Né en 1766 au village de Coperchia près de Salerne, destiné d’abord au barreau, il chercha de bonne heure un emploi à une ardente imagination, que secondait une grande facilité de plume, et il fit ses débuts littéraires en écrivant un poème apologétique en l'honneur de la maison de Bourbon, au temps des réformes libérales de Tanucci. La contagion des idées et des exemples qui venaient de Paris le fit changer de sentiment et de langage après 1789. Il attaqua dans des pamphlets d’une extrême violence le gouvernement de Ferdinand et de Marie-Caroline ; impliqué en 1794 dans un complot contre leur dynastie, il ne put échapper aux poursuites qu'en se réfugiant en France, où le manque de ressources le força à s'engager dans l'armée. Parvenu au grade de capitaine, il entra en 1796 à Milan avec l’armée de Bonaparte. Son origine italienne le fit aussitôt appeler à une mission de confiance ; il dirigea, sous les ordres de l’adjudant général Landrieux, un bureau secret institué pour préparer l'insurrection des Etats vénitiens de Terre-Ferme contre la Métropole ’. Il quittait en même temps le métier des armes pour entreprendre une carrière de publiciste plus en rapport avec ses aptitudes comme avec son talent.

I ne tarda pas à s'y distinguer comme le défenseur et le précurseur de l’idée unitaire. En octobre 1796, l'Administration générale (ou gouvernement provisoire) de la Lombardie avait mis au concours la question de savoir « lequel des gouvernements libres convient le mieux à l'Italie. » Alors que beaucoup de ses concurrents semblent pencher pour la solution fédéraliste, Galdi publie à cette occasion une brochure (Necessitä di stabilire una Repubblica italiana), où il préconise la formation, au moyen des territoires conquis par la France, d’une répu-

1. LANDRIEUX, Mémoires (Paris, 1893), I, 321 et Cusani, Storia di Milano, V, 19.

blique unique, destinée à s'étendre ensuite au reste de la Péninsule *. La même conception inspire le programme du Giornale dei Patriotti d'Italia, dans lequel Galdi prêche (20 janvier 1797) « la concorde, le sacrifice des haïnes locales, et la réunion en un seul corps politique des membres séparés de la nation. » Après avoir publié deux brochures d’un intérêt moins actuel, (Osservaxioni sulla Costituzione elvetica et Vicende del Teatro itahano, Milan, 1797) il revint encore sur la même idée dans un ouvrage plus développé (Rapporti politico-economici fra le nazioni hibere, Milan, 1798), qui parut assez important pour être traduit à Paris par Couret-Villeneuve *. S’abandonnant à ce penchant pour la spéculation qui caractérisait ses compatriotes napolitains, et que lui-même portait jusqu'au goût de la prédiction et de la chimère, Galdi y étudie, pour un avenir encore lointain, les rapports futurs de la France et de l'Italie unifiée ; il les associe indissolublement l’une à l’autre par un traité d’alliance perpétuelle dont un aéropage commun de 12 membres, siégeant en Corse, surveillera l'application. Rapprochées par la similitude de la forme politique, ces deux nations se partageront la maïtrise de la Méditerrannée, le monopole du commerce du Levant, la colonisation même de l'Afrique du Nord etgrouperont autour d'elles l'Espagne, la Hollande et la Turquie dans une ligue contre les grandes puissances, prélude de la paix perpétuelle qu'elles feront régner en Europe.

Tout en s’abandonnant à ces rêves d'avenir, Galdi se trouvait forcément mêlé aux luttes des partis, très ardentes sous la première Cisalpine, et entraîné à des polémiques de presse dont la violence répugnait à son caractère. Il éprouva bientôt le dégoût de cette existence et chercha à s'y soustraire en sollicitant un poste à l'étranger. Il obtint (janv. 1799) celui d'Agent diplomatique de la Cisalpine à la Haye’. Il ne devait pas y

r. Voir sur cette brochure d'ANCONA, Varietà storiche e letterarie, I, 316.

2. Paris Baudouin, 1er prairial an VI. Un exemplaire de cette brochure se trouve inséré Aff. Etr. Corr. Lomb., 56.

3. Rivaud (ambassadeur français à Milan) annonce cette nouvelle à Serbelloni (ambassadeur Cisalpin à Paris) dans une lettre datée du 10 pluviose an VII-29 janvier 1799. (Arch. Vienne, 44). C’est donc par suite d’une erreur de date que les éditeurs des lettres de Monti ont classé à l’année 1797 (décembre) la lettre par laquelle

rester moins de dix ans, car il y était protégé par son éloignement même contre les révolutions et les changements de personnel dont son pays était le théâtre.

Il y trouva l’occasion de taire apprécier ses talents. Dans ses notes, il était représenté par son chef hiérarchique comme peu agréable au gouvernement batave, qui se souvenait peutêtre de ses antécédents, mais comme servant bien et écrivant des rapports qui pouvaient passer pour des modèles ". Le publiciste politique survivait d’ailleurs en lui dans le diplomate, et tout en remplissant les devoirs de sa charge, il n’oubliait pas ses études de prédilection. Outre sa correspondance régulière, il adressa au ministre des Relations extérieures à Milan (1805) un vaste mémoire où l’on retrouve ce goût pour les grandes conceptions et ce don de seconde vue qui semblaient, bien plus que le souci des réalités courantes, la véritable marque de son esprit *.

Ce mémoire était divisé en quatre parties : 1° sur la marine italienne ; 2° sur là maîtrise de la Méditerranée: ; 3° surlles colonies en Egypte, en Syrie et dans l’Archipel; 4° sur la diffusion de la civilisation dans les pays orientaux. Il y. proclamait la mission maritime de Flltalie et, revenant à son projet favori, lui assignait la tâche d'ouvrir à la colonisation et au commerce, d'accord avec la France, toute l'étendue de côtes comprise entre la Syrie et le détroit de Gibraltar. C'était là le programme qui devait être formulé, plus ou moins expressément, par Mazzini et trouver une réalisation partielle un siècle plus tard.

En 1808 la suppression de sa Légation força Galdi à quitter la Hollande. De retour à Milan, il y fit imprimer encore deux ouvrages où 1l résumait les observations recueillies au cours de sa mission : 1° Saggio sul commercio d'Olanda et 2° Quadro pohtico delle Rivoluxioni delle Provincie Unite della Repubblica

ce dernier apprend à son ami Costabili la nomination de Galdi (Mon, Leitere, I, 270). — Avant son départ, Galdi avait retracé dans une lettre à Cacault (Af. Etr. Corr. Lomb., 55, fo 83) un intéressant tableau de la situation générale de l'Italie.

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