Thibierge. Gaéelté des hôpitaux, 31 janv
Ha
myxædèmes spontanés frustes, comme il y a des myxæœ- dèmes opératoires frustes? Tout le monde connaît, pour les avoir rencontrés dans la rue, des sujets généralement au-dessous de la moyenne, au teint pâle, à la lèvre inférieure un peu pendante, dont le système pileux de la face est réduit au minimum, qui n’ont jamais eu de barbe; il en est dont l'intelligence est manifestement au-dessous de la moyenne, qui sont des « crétins » au lycée et le restent dans la vie; d’autres peuvent avoir Ka culture intellectuelle très-développée ; quelques-uns sont d’une fatuité révoltante ; la plupart de ces dégénérés d’espèce particulière n’ont pas de descendance. Ne sont-ce pas des myxœdémateux”? Nous ne le savons au juste : il ne nous a pas été donné d’examiner médicalement de sujets répondant au type que nous venons d’esquisser et de rechercher chez eux l’état du corps thyroïde qui pourrait seul permettre un diagnostic ferme. » L’occasion est venue et M. Thibierge a publié depuis (1) l'observation d’un - cas lui permettant de mettre en valeur « les rapports de l'infantilisme avec le myxœdème, et du myxœædème avec le crétinisme. »
Ces sujets en effet, quand-ils ont dépassé l’âge de la puberté, sont des infantiles : ils méritent ce nom mieux que tous les autres attardés de la croissance, car seuls ils ressemblent véritablement à des enfants. M. Brissaud le fit remarquer pour la première fois, alors que le mot
infantilisme, n’avait jamais été prononcé à propos de
1. Thibierge. Société médic. des hôpitaux de Paris, séance du 26 mars 1897. Vivier 4
myxædème, quandil écrivit : (4) « Toutest enfantin chez
le myxædèmateux. Tout reste enfant à un degré qui
correspond à l’âge ou la maladie a commencé. On peut même dire que lorsqu'il débute tardivement, lé myxœdè= me refait à ceux qu'il frappe, une pitoyable premrère enfance, quelque chose comme la torpeur fœtale du nouveau-né. Tout ce qui fait la vie de relation est annulé. L'intelligence retourne dans les limbes, les tissus reprennent leur constitution colloïde, les poils tombent, il n’est pas jusqu’au sexe quine soit, fonctionnellement du moins, ramené à cet état neutre auquel l'embryon seul se résigne en attendant mieux. Les règles s’arrêtent, les appétits vénériens s'émoussent. C’est véritablement /#nfantilisme dans toute l’acception du mot». M. Brissaud a re-
pris et développé cette idée dans une leçon (2) où il sépa-
re les infantiles anangioplasiques des infantiles myxæœdé-
mateux. Æ
Hertoghe (3) aussi a insisté sur ce que la peinture du myxœdème avait été trop poussée au noir, les descriptions des auteurs ayant été inspirées par les cas les plus monstrueux. Les troubles psychiques, particulièrement,
ont été bien exagérés : l’intelligence peut même parfois
1. Brissaud. Leçons sur les maladies nerveuses. (Salpêtrière 1893-94). Paris 1845, XXXe leçons.
2, Brissaud. De l’infantilisme myxædèmateux. Nouv. Icon. de la Salpêtrière, juillet et août 1897.
3. Hertoghe. Nouvelles recherches sur les arrêts de croissance el sur l'infantilisme. Bull. Acad. roy. de med: de Belgique, 30 octobre 1897,
étre trouvée intacte (1). Pour les signes somatiques, ils
sont souvent si discrets qu'il faut une véritable subtilité d'observation pour les-mettre en lumière. Mais, à regarder de près, on ne peut s’y tromper et on les reconnaîtra dans ce signalement de l’infantile puï que nous empruntons à une très remarquable publication de H. Meige (2).
« Face arrondie, joufflue, lèvres saillantes et charnues, nez peu développé, visage glabre, peau fine et de couleur claire, cheveux fins, sourcils et cils peu fournis.
Torse allongé cylindrique. Ventre un peu proéminent.
Membres potelés, effilés de la racine aux extrémités, une couche adipeuse enveloppant tout le corps et mas- : quant les reliefs osseux et musculaires.”
Organes génitaux rudimentaires.
Absence de poils aux pubis et aux aisselles.
Voix grêle et aigre. Larynx peu saillant.
Corps thyroïde généralement petit. |
Un état mental infantile accompagne presque toujours la malformation corporelle. Il concorde, en général, avec celui de l’âge que paraît conserver le corps : légèreté, naïveté, pusillanimité, pleurs ‘et rires faciles, irascibilité prompte, mais fugace, tendresses excessives ou répul-
sions irraisonnées. »
4. ILest vraisemblable que, dans ces cas, le tissu parathyrordien
avait lui-même conservé son intégrité.
2, H. Meige. L'Anthropologie, 1895, n° 35 et sec; Nouvelle Icon. de la Salpêtrière, 1895, n° 218. :
DE por
M. Hertoghe, frappé de l’identité de ce tableau avec celui que présentent certains myxædemataux frustes, n'a pas hésité à y voir les signes de l’insuffisance thyroïdienne atténuée et les résultats merveilleux de la médication thyroïdienne ont montré d’une façon éclatante qu’il avait vu juste.
Le type anangioplasique et le type dysthyroïdien ne s’excluent pas nécessairement, on peut les rencontrer associés comme dans le curieux exemple qu’en montre M. Brissaud (1). Bien plus, presque toutes les observations d’anangioplasiques signalent, elles aussi, l’exiguité de la thyroïde. Ces sujets, d'autre part, ont une température souvent plus basse que la normale et c’est le cœur qui décide de leur avenir : les voilà ramenés eux aussi, dans une certaine mesure, parmi les dysthyroïdiens.
Si on considère en outre qu’on peut trouver dans la même famille, des nains nettement myxœdémateux, des nains chondrodystrophiques et parfcis des enfants simplement obèses, on est amené comme Hertoghe (2) à penser que tous les processus dystrophiques supposent une action plus ou moins forte des influences morbifiques sur la glande thyroïde; et par suite à instituer comme lui la médication thyroïdienne dans tous les cas d'arrêt de développement, quelle qu’en soit l’origine. Le succès, moins marqué toutefois en dehors des myxœdèmes frustes, a
encore répondu à son attente.
1. Brissaud, L’infantilisme myxædémaleux. Nouv. Iconog. de la Salpêtrière, juillet, août 1897.