‹ Sur la branche [par] Pierre de Coulevain [pseud.]Chapitre 4 sur 7 · AIX-LES-BAINS · texte numérisé non relu

AIX-LES-BAINS

Aix-les-Bains, Palace Hôtel.

C'est toujours avec regret, que j'abandonne « la branche » confortable que j'occupe à Paris. L'hôtel de Castiglione n'a pas la banalité, la froideur, qui caractérisent généralement « la maison du voyageur » . Ceci est dû à son atmosphère franco-italienne. Le propriétaire est Italien, sa femme est Française. Inconsciemment, il apporte dans son métier les qualités de sa race. Il n'est pas seulement l'hôtelier, il est l'hôte. Toute question d'intérêt à part, il désire qu'on se trouve bien sous son toit, qu'on jouisse de la table et du logement. Dès l'entrée de l'hôtel, chez le concierge, chez les grooms bien stylés, au bureau, chez le directeur, on sent la volonté d'être agréable. Au restaurant, les garçons, italiens pour la plupart, ont dans leur service la courtoisie innée, la douceur qui distin-

guent les gens de leur pays. Les valets de chambre, les femmes de chambre, tous Français, aiment leurs clients et leur travail. Louis et Eugénie qui me servent, un gentil ménage, ne sont pas de simples machines à nettoyer et à balayer, ils ont du cœur, de la sensibilité et apprécient une bonne parole, autant qu'un pourboire. Celte extériorisation d'âmes latines répand dans l'air ambiant quelque chose que l'on ne rencontre jamais dans un hôtel anglais, allemand ou suisse et que reconnaissent bien les étrangers qui ont vécu en Italie, quelque chose d'insaisissable, un peu de chaleur sans doute, qui attache vite et qu'on regrette. Jamais je n'ai quitté avec autant de peine l'hôtel de Castiglione. Au dernier moment, j'ai repris l'ascenseur, sous le prétexte de voir si je n'avais rien oublié dans ma chambre, en réalité pour lui donner un autre petit adieu. Les murs semblaient vouloir me retenir. Est-ce que je ne devrais plus y rentrer, même pour mourir? La portière de l'omnibus qui m'emmenait a claqué sur moi d'une façon particulière, qui m'a curieusement impressionnée.

Le concierge rn'a accompagnée à la gare. L'année dernière, comme il m'embarquait pour l'Angleterre, je lui ai dit en souriant ;

— Henri, un jour viendra où vous me mettrez, non plus en wagon, mais en fourgon.

— Le plus tard possible, madame, m'a-t-il répondu, et ce jour-là, je ne serai pas aussi gai qu'aujourd'hui.

Un homme du monde n'aurait pas trouvé mieux.

La chaleur m'a obligée à voyager la nuit, mais aux premières lueurs de l'aube, j'ai regardé ces sites sauvages et doux de la Savoie qui ont pour moi un attrait

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si profond. L'homme dormait, on eût pu imaginer qu'il n'était pas encore. Cette impression est unique, le paysage paraît tellement plus grand sans lui. Le lac du Bourget m'a arraché une exclamation. Liimobile comme s'il était enchanté, d'un bleu extraordinaire qui le faisait ressembler à une nappe d'électricité, il m'a apporté, jusque dans mon compartiment, le frisson de l'ahîme. Je ne connais pas de lac plus changeant et plus étrange. Il a presque une physionomie, une physionomie passionnée et perfide. Sous son calme, on devine la violence, sous sa violence on sent le calme et jamais il ne lasse. J'ai éprouvé une grande émotion en revoyant Aix-les-Bains. Pendant les cinq dernières années de la vie de M. de Myères, nous y avions passé la moitié de juillet et tout le mois d'août. Je n'avais jamais pu prendre sur moi d'y revenir. Pourquoi cet endroit m'était-ii plus douloureux qu'un autre ? Je ne me l'explique pas.

D'après le conseil des de Lusson, je me suis logée au Palace Hôtel, un des meilleurs de la ville. La chambre qu'on m'avait réservée m'a fait une très bonne impression. Elle est pourvue de tout ce qui est nécessaire au confort. L'une des fenêtres donne sur la vallée et sur un beau lointain de sommets, l'autre sur la Villa des Fleurs. Ma première sortie a été un pèlerinage. J'ai voulu revoir la villa que AL de Myères et moi avions habitée, une villa sur la hauteur, à deux pas du Splendide, et qu'un ami nous louait chaque saison. J'ai gravi la colline avec une émotion douce et poignante. Quand je suis arrivée en face du chalet, je n'avais plus ni respiration ni jambes. Ma main s'est accrochée à la grille de la porte d'entrée, et je l'ai

regardé de toute mon âme. Les arbres sont devenus touHus alentour. La vigne vierge le couvre entièrement. Mes yeux sont allés tout droit à la véranda où Guy et moi... l'autre Guy, avions vécu, des soirées délicieuses, alors que la lune éclairait la vallée, la dent du Chat, et que la musique arrivait, comme un accompagnement lointain, à notre causerie. Ces soirées marquaient chez mon mari les repentirs du joueur, et les repentirs des joueurs sont tels, qu'ils font presque désirer les rechutes. Assurément, il n'y avait jilus rien de nous dans cette demeure et, cependant, grâce à un phénomène encore inexpliqué, entièrement subjectif, il me semblait qu'elle était entourée d'une atmosphère vibrante. Entre ses murs et moi, il y avait un courant magnétique qui me rendait quelque chose du bonheur d'autrefois. La science ne gâtera rien, lorsqu'elle nous révélera les divins mystères de notre vie. Je crois que l'amour est mille fois plus beau, plus grand que nous ne le voyons.

Je ne suis pas fâchée d'être seule ici pendant quelques jours. L'isolement me serait intolérable aujourd'hui, mais je ne pourrais renoncer ni à la solitude ni à l'indépendance.

Aix-les-Balns.

C'est amusant de voir, tout d'un coup, les changements qui ont été accomplis peu à peu. Aix n'a pas perdu son temps, depuis ma dernière visite, seize années juste. Sa netteté est le premier trait nouveau qui m'ait frappée. Le maire et le Conseil municipal

méritent un bon point, d'autant plus que la propreté n'est pas parmi les instincts de l'indigène. J'ai retrouvé debout ce fragment d'arc, tout ce qui reste de l'Aix des Romains. Il semble dire à l'Aix savoisienne : « Souviens-toi que tu dois mourir ». Les baigneurs sont plus nombreux, il y a davantage de froufrous élégants, d'amusements, et malgré tout cela, Aix a perdu quelque chose. Il a été délaissé par une certaine classe de gens, et il n'a plus cette empreinte aristocratique qui couvrait la multitude de ses iniquités. Ses iniquités 1 Dans toutes les villes d'eaux, la vie décrit une parabole, qui a sa raison d'être et qui n'a pas pour but unique de remplir les poches des habitants. Au mois de mars ou d'avril, l'arrivée des premiers baigneurs donne le mouvement initial ; ce mouvement va toujours en augmentant ; au mois d'août, il atteint son maximum, puis il commence à diminuer et, en octobre, il cesse complètement. A Aix, dans cette paisible vallée qui ressemble à une ruche renversée, et dont les parois sont de splendides montagnes, il y a, pendant quatre ou cinq semaines, un effrayant bouillonnement de passions, une joyeuse effervescence de vie produite par la beauté des femmes, les jolies toilettes, l'éclat des bijoux, par une infinité de choses que les honnêtes gens ne soupçonnent pas, mais dont ils jouissent inconsciemment. On aime à l'heure, à la journée, à la nuit; on se hait, on se jalouse, on joue avec frénésie, on s'enrichit, on se ruine. Les plaisirs succèdent aux plaisirs, dîners, soupers, théâtre, excursions, pique-niques ; musique, illuminations, feux d'artifice à la dynamite. Tout cela concourt à accroître la vitesse du tourbillon. C'est dans les salles de jeu du

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cercle et de la Villa des Fleurs qu'il est le plus violent. Les petits cartons couverts de figures, de signes rouges ou noirs, dont les combinaisons ne sont pas même laissées aux hommes, créent des tempêtes sous ces crânes humains en bordure des tapis verts. Les demimondaines y ajoutent l'éternelle tentation, l'atmosphère se charge de désirs, de convoitises, de cupidité. On entend des paroles, des marchés qui vous donnent un frisson de pitié, ah ! oui. de pitié, et au bout d'un moment, on a besoin d'aller respirer l'air plus pur du dehors. Les Folies- Aixoiscs se trouvent en face de mon hôtel. L'autre soir, le rythme sauvage de leur musique, les vociférations qui l'accompagnaient, me firent tout à coup tressaillir profondément, et je m'écriai à haute voix : a Mais c'est une bamboula ! » On aurait dit que quelque chose en moi l'avait reconnue, et cela ne m'a pas rendue fière. Est-ce que ce ne serait pas là un moyen que la nature a de surexciter la vie sur certains points, et chez nous, aussi bien que chez les nègres d'Afrique ? Est-ce que ce phénomène annuel et régulier que l'on appelle « la saison » , dans les capitales et dans les villes d'eaux, ne serait pas la bamboula des blancs?... J'en ai peur. A. vrai dire, nos bamboulas sont élégantes, raffinées, elles renferment les éléments supérieurs que nous avons acquis à travers les siècles, mais elles n'en gardent pas moins ce caractcre-là. Et si nous avons de belle musique classique, nous avons toujours le tam-tam des musichalls, qui rappelle la tribu et la paillote. Que produisent ces bamboulas? Nous serions peut-être émerveillés s'il nous était donné de le voir, et je répète avec Maeterlinck : « Le mal est le bien que nous ne pouvons

SUR LA RUANGHE 35l

pas comprendre », Aix-les-Bains, Trouville, Biarritz, Monte-Carlo ne sont peut-être que des accélérateurs.

Aix-les-Bains.

Les de Lusson sont ici depuis dix jours. Leur appartement est sur mon étage, et nous prenons nos repas ensemble au restaurant. Dans cette intimité, le caractère de Josée se révèle forcément, et il me charme de plus en plus. Je suis frappée du nombre de traits irlandais et anglais qui s'y trouvent, et que je ne rencontre pas chez sa mère. La race, comme la maladie, ne ressort souvent que dans la seconde ou la troisième génération. Mademoiselle de Lusson aime à se rendre utile, à faire quelque chose pour les autres. Son obligeance est prompte et spontanée. J'ai mon bain et ma douche à cinq heures et demie. Elle se lève à cinq heures, pour me préparer une. petite tasse de thé au citron, et me l'apporte gentiment. Avec son mince peignoir blanc, qui laisse deviner la jeunesse et l'harmonie de son corps, sa grosse natte dans le dos, ses cheveux ébouriffés au-dessus du front carré et pur qui a encore la moiteur du sommeil, elle est tout simplement adorable. Celui à qui elle est destinée aura de quoi remercier les dieux.

Josée traverse, comme une vraie jeune fille, cette fournaise où nous vivons. Elle a cependant bien quelque curiosité d'Eve. Les demi-mondaines, avec leur élégance, leurs bijoux, l'intriguent. Elle les appelle « les femmes aux yeux tristes ». Elle ne comprend pas leur rôle, elle cherche à le deviner. Quand elle

les regarde elle rapproche ses sourcils d'une façon comique, comme si elle devait résoudre un problème. Ceci n'est qu'en passant. Elle n'a pas le temps, heureusement, de s'appesantir là-dessus. Le matin, elle va nager à la piscine, puis elle fait une promenade à bicyclette. L'après-midi, le concert terminé, elle monte au tennis du Splendide. Elle est une très bonne raquette. J'espère que ce tennis providentiel créera, entre elle et Guy, cette camaraderie qui est si souvent la première manifestation de lamour. Le soir, on la conduit au théâtre, quand le spectacle est convenable. Pendant les entr'actes, elle vient converser avec moi sur la terrasse, ses impressions toutes fraîches me causent un plaisir extrême. Et dire qu'il faut être vieille pour sentir la jeunesse !

J'ai repris contact avec les braves gens de ce pays, pour lesquels j'ai toujours eu une très vive sympathie. Je les ai trouvés peu changés. Ils sont moins savoyards et plus savoisiens, mais pas encore français. Le Savoisien a une individualité très marquée. Il est âpre et doux comme ses montagnes ; son caractère est plutôt difficile, intéressé, fier, susceptible, obstiné, rebelle au progrès. C'est une broussaille épineuse qu'il faut soulever. En dessous, il y a une âme généreuse, idéaliste, intuitive, une nature affinée. On retrouve beaucoup de ces traits distinctifs dans le peuple, chez les baigneurs et les baigneuses surtout. Autrefois, ces dernières étaient de simples paysannes qui ignoraient le pouvoir de leurs doigts, et l'exerçaient d'instinct, par atavisme. Aujourd'hui, elles s'intitulent des professeurs et se croient supérieures à toute la Faculté. Ce massage, sous l'eau, qui constitue la douche

d'Aix, est vraiment unique. Je me rends compte, maintenant, de l'art qu'il y a dans ces pressions douces et profondes, qui assouplissent les muscles. J'éprouve de la reconnaissance envers la Providence, et du respect pour les mains de ces petits, qui ne sont ni plus ni moins que ses instruments, et qui me donnent un peu de leur force et de leur vie. Presque toutes les baigneuses ont des visages intelligents. Quelque intéressées qu'elles soient, le pourboire seul ne suffit pas à leur faire aimer leur clientes et, lorsqu'elles les aiment, elles mettent quelque chose de plus dans leur massage. Pendant les moments de repos, elles s'enveloppent, maintenant, dans un pittoresque manteau de gros drap noir à collet, qu'elles taillent elles-mêmes, et qui se trouve assez curieusement être à la dernière mode. L'établissement thermal est devenu grandiose. H y a toute une armée de surveillants, un concierge très chic et qui parle anglais! Je n'ai pu m'empêcher de sourire, en remarquant que les Aixois ont divisé leurs rues pour les multiplier, et être à même de donner plus de plaques. Tous les dix mètres, vous vous trouvez devant un nom différent. Il y a naturellement l'avenue Pierpont Morgan, la rue Georges-P"". Le milliardaire américain et le roi de Grèce sont très populaires, non pas seulement parce qu'ils laissent de l'argent dans le pays, mais parce qu'ils ont, de quelque manière occulte, gagné la faveur de la foule. Le Savoisien n'a pas été impunément piémontais et un tantinet italien. Il n'aime pas qui l'aime, ou qui lui fait du bien, il aime celui qui lui est sympathique.

Aix-les-Bains a naturellement des maisons de thé.

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Je viens d'en découvrir une nouvelle sur la place Carnot. Elle est tenue par deux demoiselles anglaises. Les tables recouvertes de porcelaine verte, les chaises de paille, nettes comme des Ghippendale, les services en terre brune, donnent à l'ensemble une touche d'originalité et de puritanisme britannique qui ne manque pas de charme. Des fleurs relèvent cette sévérité ; le thé est parfait et les gâteaux chauds et beurrés, des scones, sont délicieux. My boy les appréciera, My hoy ! Il m'arrive souvent d'appeler Guy ainsi, maintenant. Cette appellation qui veut dire littéralement « mon garçon », exprime entièrement le sentiment de maternité et de tendresse féminine que j'ai pour lui. Il me tarde de le revoir, dans quel esprit m'arrivera-t-il ? Je compte sur son automobile, pour aller prendre des bains d'air de montagne. L'air d'Aix, déchiré du matin au soir par la musique de la Villa des Fleurs, le tam-tam des Folies-Aixoises, par les sifflets du chemin de fer, que répète encore l'écho des montagnes environnantes, me fatigue horriblement. Hier, une gentille amie que j'ai retrouvée ici, m'a conduite à Chante-Merle, un village sur la hauteur. Le silence m'a causé un tel bienêtre, que je n'aurais plus voulu en redescendre. Evidemment, les bamboulas ne sont plus de mon âge.

Aix-Ies-Bains.

Guy est arrivé plus tôt que je ne l'attendais. Quand je lui en ai exprimé ma surprise, il a mis son bras autour de mon cou.

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— Je ne puis plus me passer de vous, marraine, a-t-il dit en me pressant contre lui.

Puis, s'éloignant pour mieux lire sur ma physionomie :

— Vous n'êtes pas fâchée de me revoir, hél*

— Je crois même que votre absence me durait, ai-je répondu, non sans émotion.

— A la bonne heure !

Son visage s'est couvert d'une tristesse soudaine.

— Les Rocheilles sont tellement froides maintenant. Plus de beaux yeux noirs, plus de sourires tendres, plus de jolis froufrous. Ça manque de mère, ça manque de femme, a-t-il ajouté, avec une petite pâleur. Je n'ai pas eu la force d'y rester davantage, et me voici.

Il est venu en deux jours, par le Jura et sans une panne, avec Louis, bien entendu. D'après mon conseil, il s'est logé au Splendide. La présence de Josée, au Palace Hôtel, rendait cet arrangement plus convenable.

Il est entré tout naturellement dans notre cercle. Cette vague ressemblance de madame de Lusson avec sa mère l'a frappé, comme moi, et a éveillé toute sa sympathie. La glace, entre lui et ma petite amie, a été brisée, dès le premier instant, par les paroles qui me sont venues aux lèvres, je ne sais comment :

— Voici quelqu'un qui vous en veut beaucoup, ai-je dit à cette dernière.

— Qui m'en veut !

Josée a ouvert tout grands ses yeux sur Guy.

— Oui, parce que vous êlcs devenue la propriétaire de Ghavigny. En sa qualité de filleul de M. de

Myères, de petit cousin par alliance, M. d'Hauterive croit y avoir plus de droits que vous, et il prétend que vous lui avez coupé l'herbe sous le pied.

— Je suis fâchée de ne pas pouvoir le regretter, a répondu mademoiselle de Lusson, malicieusement.

— Enfin, si un de ces jours vous étiez tentée de vous défaire de votre domaine, vous saurez où trouver un acquéreur, et vous lui donnerez au moins la préférence.

— M'en défaire ! oh ! jamais !

A ma secrète satisfaction, j'ai vu l'esprit de taquinerie allumer le coin de l'œil de my boy.

— Qui sait ! Je puis toujours espérer, a-t-il répliqué tranquillement.

— Quant à cela, je ne vous le défends pas.

— Vous êtes bien aimable.

Celte parole, prononcée d'un ton moqueur, a eu un effet de gaieté qui m'a paru de bon augure.

Je n'avais jamais vu mon filleul au milieu des étrangers, il n'est ni gauche ni timide. li paraît toujours en pleine possession de ses moyens, et ses manières sont parfaites. Beaucoup de son affinement est dû, j'en suis sûr, à l'influence de madame de Mauriones. On reconnaît, entre cent, l'homme qui a eu comme initiatrice une femme de race ou simplement une femme du monde. Guy paraît très gai, il s'efforce de me faire croire qu'il a complètement pris le dessus. Je ne suis pas dupe des apparences. Avant-hier, j'ai pu l'observer à son insu. Allongé dans un fauteuil, sur la terrasse du cercle, avec, sur les genoux, un journal qu'il ne lisait pas, la tête un peu en arrière, les yeux mi-clos sous le bord rabattu de son chapeau, il paraissait rêver ou sommeiller et, sur son visage.

il y avait une telle expression de tristesse, dans l'attitude de tout son être un tel découragement, que j'en ai été remuée jusqu'au fond du cœur. Par discrétion, je me suis éloignée sans m'approcher de lui. Il ne cherche pas les consolations banales. Je vois sans cesse quelques-unes des jolies femmes de la Villa des Fleurs rôder autour de lui, le provoquer même en ma présence. Gela le laisse visiblement froid. L'amour, offert dans une coupe grossière ne doit pas tenter les lèvres qui l'ont bu pour la première fois dans une coupe d'or. Cet état d'esprit où je le vois semble le rendre inaccessible. J'ai peur, maintenant, que Josée ne vienne à s'en éprendre, et que lui soit impuissant à l'aimer. Dieu me préserve de devenir l'instrument d'un tel chagrin pour ma petite amie, je ne m'en consolerais pas. Celte crainte me tient éveillée la moitié de la nuit. Verra-t-il ses cheveux si bien plantés, ses yeux irlandais, son corps élégant? Verrat-il? Tout est là.

Aix-Ics-Bains.

Quelle subtilité dans le travail de nos destinées ! Cet après-midi, la pluie, une véritable douche d'Aix, avait rendu le tennis impossible. Mon filleul et moi avions pris le thé sur la terrasse du cercle,

— Savez-vous, fis-je, en regardant les gens groupés à droite et à gauche, que je n'ai pas vu ici des Français avec un livre ou une revue entre les mains.

— Aix n'est pas précisément favorable à la lecture.

— D'accord, mais regardez tous ces Anglais pion-

gés dans leurs novels. Je crois, qu'après les Italiens et les Espagnols, nous sommes le peuple qui lit le moins. C'est un peu décourageant pour les écrivains. L'autre jour, cependant, j'ai eu une agréable surprise, j'ai vu tout près de moi un jeune homme qui lisait, devinez quoi ?

— Un des romans de Jean Noël?

— Mais non, silly boy! répondis-je en souriant. Il lisait Jocelyn, de Lamartine ! Jocelyn, sous les ombrages de la Villa des Fleurs, à quelques pas des tables de baccara et d'une foule de jolies femmes ! Je regardai aussitôt si le lecteur était bossu ou boiteux. Eh bien, non, c'était même un très beau garçon, seulement il avait un front de poète, des yeux pleins de rêve, des mains fines et longues. Il fumait lentement sa cigarette et, sur ses lèvres imberbes, je pouvais suivre le reflet des émotions que j'avais é[)rouvées moi-même. Je l'aurais volontiers embrassé.

Guy se redressa, l'œil brillant de moquerie.

— Marraine! Je vais l'acheter ce Jocelyn, dit-il.

— Ce n'est pas le tout de l'acheter, il faut être capable de le sentir.

— Alors, vous croyez que je n'ai pas les bosses voulues, ajouta-t-il en se découvrant, ni les mains assez fuselées.

— Peut-être que non, répondis-je en souriant.

— Eh bien, nous verrons ! fit-il, piqué au vif.

— Plaisanterie à part, je ne connais aucun livre qui donne une telle sensation d'amour vrai.

— Une sensation d'amour vrai ! répéta mon filleul avec une vibration d'ironie. Ah ! je veux me payer cela ! Où trouve-t-on ce précieux bouquin }

SUR LA BUANGHE SÔQ

— Chez le libraire Cariier, rue des Bains.

— J'y cours.

Et il partit, me laissant toute ahurie de l'effet de mes paroles.

Jocclyn ! Ah ! le divin accumulateur î C'est par lui que j'ai eu la sensation de l'amour, bien avant de le connaître. Chaque fois que je l'ai relu, l'année dernière encore, il m'a communiqué la même chaleur, la même émotion. A le toucher seulement, et comme s'il s'en dégageait un fluide particulier, mes doigts sont délicieusement affectés. La Providence n'auraitelle pas voulu employer cet agent pour rouvrir et sensibiliser le cœur de Guy ? Rien n'est trop petit pour sa grandeur.

Aix-les-^Bains.

E fatto il miracolo ! comme dit le prêtre, en montrant au peuple napolitain le sang liquéfié de saint Janvier. Le miracle est fait ! Guy, je crois, a vu et « les cheveux bien plantés, et les yeux irlandais, et le corps élégant » de ma petite amie. L'admiration d'un autre lui a ouvert les yeux. Le moyen est classique comme la nature même, mais elle y apporte toujours quelque variante. J'ai eu 1 heur de saisir le phénomène. Il m'a semblé bien joli.

Mon filleul, qui n'a pas de rhumatismes, ya de grand matin prendre son bain en plein lac, comme un jeune dieu, et vers dix heures, il arrive au Palace Hôtel avec son automobile et nous emmène, les de Lusson et moi, faire une promenade dans les envi-

rons. Josée, à qui madame de Lusson cède volontiers sa place, se passionne de plus en plus pour ce sport, qu'elle trouve more exciling que la bicyclette. Elle ne se fait pas faute d'exprimer tout son plaisir à notre automédon. Il se contente de sourire vaguement. Je me suis avisée que le chauffeur appartient trop à sa machine pour penser à autre chose. Il est, du reste, toujours plus ou moins ivre de vitesse et d'air. J'ai donc renoncé aux excursions de l'après-midi, et j'ai envoyé mes deux jeunes gens au tennis. Une vraie mère ne serait pas pire. Il y a en ce moment une brillante équipe féminine, et grâce à la présence de trois bons joueurs, la partie est moins fantaisiste que d'habitude. Hier, j'ai accompagné ma petite amie. Ce tennis, dont le treillis est recouvert de vigne vierge, fait un cadre charmant à toute cette jeunesse alerte et vêtue de blanc. Assise à l'ombre, j'ai suivi la partie avec intérêt. Comme la race et le caractère se révèlent dans le sport ! Que la Française attende la balle de coup droit, de revers, qu'elle la prenne quand elle est tombée à terre, qu'elle serve, même quand le service est dur, elle demeure dans ses lignes, et ne se disloque jamais comme l'Anglaise. Sa robe, savamment taillée, accompagne toujours le rythme de ses mouvements. Pendant les interruptions, elle est un poème vivant d'attitudes diverses et séduisantes. Ah I elle sait en tirer parti ! La Française est la femme des interruptions, dans la vie aussi bien qu'au tennis.

Mademoiselle de Lusson était l'adversaire de mon filleul. D'un côté et de l'autre, la partie fut habilement menée, mais la victoire resta au camp de ce dernier, Guy vint aussitôt à moi. Il était très beau in his

SUR LA URANCHE 3Gl

Jîannels, dans son costume de flanelle blanche, avec l'excitation du combat et le plaisir du triomphe sur le visage.

A quelques pas de nous, se trouvaient deux Britishers qui, l'air conscient de leur supériorité sportive, avaient suivi les dernières péripéties du jeu.

— Deiiced pretty girl over there, holding her racket behind her back. Plays a straight game too. English, I bet. H Une bien jolie fille, là-bas, celle qui tient sa raquette derrière son dos, dit l'un, une bonne joueuse ! anglaise, je parie! »

— Oh! she is French enoiigh! Where are yoiir eyes old boy ? Look at her dress, lier figure, Parisian make I shoidd say. « Oh ! elle est française, de reste. Où sont vos yeux? Regardez sa robe, sa tournure... faites à Paris même » j'imagine, répondit l'autre.

— Well if she is not English, she ought ta be... deuced prelty girl! « Eh bien, si elle n'est pas anglaise, elle devrait l'être. Diablement jolie ! »

Sur ce compliment répété, les deux Britishers s'éloignèrent. Ils avaient dit leur phrase, joué leur petit bout de rôle, sans doute. Sous la suggestion de leurs paroles, j'avais vu les yeux de Guy se diriger vers mademoiselle de Lusson, briller soudainement, comme s'ils eussent été touchés par une flamme intérieure. Cela n'avait été qu'un éclair, mais cet éclair s'était répercuté en moi.

— Vous avez entendu ? dis-je en souriant à mon compagnon. N'est-ce pas curieux, que ce jeune John Bull ait reconnu sa race chez mademoiselle de Lusson.

— A son attitude, sans doute. Elle met souvent

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les mains derrière son dos, comme les jeunes filles anglaises. Je l'avais pris pour une coquetterie un peu perverse de sa part, ce n'est peut-être que de l'atavisme.

— N'en doutez pas. Ainsi, ses yeux sont certainement irlandais.

— Vous croyez P

Josée, que j'avais appelée d'un signe, arriva vers nous. Guy la regarda avec une curiosité nouvelle,, comme pour voir ce qu'il y avait d'irlandais dans ses yeux.

— Partons, dis-je alors, il se fait tard, nous aurons à peine le temps de changer de robe.

Mon filleul nous accompagna sur la route pendant quelques mètres, puis s'arrètant pour prendre congé :

— Gloire aux vaincus 1 fit-il malicieusement, en levant son chapeau à ma petite amie.

— Les vainqueurs de demain ! répliqua-t-elle de bonne humeur.

Je levai les yeux, et je demeurai saisie. Nous nous trouvions juste en face delà maison que M. deMyères et moi avions habitée ; ces paroles de consolation et d'espérance tombant dans l'atmosphère même de son souvenir, me parurent fatidiques. Emue profondément, et émerveillée aussi, je redescendis la colline en me disant : E fatto il miracolo.

Aix-les-Bains.

Non, je ne me suis pas trompée. Tout est venu confirmer l'impression que j'ai reçue au tennis du

Splendide. J'ai l'intime conviction que l'œuvre, pour laquelle j'ai été envoyée ici, s'est accomplie. Mènerat-elle à l'union que je désire? Chi lo sa?... Comme elle est profonde et sage, cette parole italienne!

Guy a recherché visiblement la société de mademoiselle de Lusson. Il s'est amusé, to draw her ont, à la faire causer et, par des taquineries dont l'habileté ne m'a pas échappé, il l'a amenée à se révéler. La révélation l'a plutôt charmé, je crois. Il m'a exprimé sa surprise de découvrir en elle ce bel instinct d'altruisme qui élargit la pensée et la vie.

— Le mariage aura bientôt fait de la ramener au niveau commun, a-t-il ajouté. Au bout de deux ans d'existence conjugale, les jeunes femmes qui ont reçu une instruction supérieure ont tout oublié. Je ne suis pas le seul à l'avoir constaté.

— Ceci n'est pas la faute du mariage, mais du mari. Un Américain me disait sa surprise, en voyant que, chez nous, la femme avait si peu d'existence sociale et semblait être encore la propriété du mari, his chattel. Se n'ai pas pu le nier. J'espère que ma petite amie trouvera un compagnon assez intelligent pour cultiver son individualité, au lieu de la diminuer.

— Amen, marraine, m'a-t-il répondu avec un sourire énigmatique.

Mardi, il s'est passé quelque chose de curieux. Nous venions d'arriver à Annecy, en automobile, M. de Lusson, sa fille et moi. Nous nous promenions aux bords du lac, pendant qu'on préparait le déjeuner à l'Hôtel de Verdun et de Genève. Tout à coup, Guy allongea le pas, Josée sous une impulsion irrésistible, j'en suis sûre, l'imita, et pendant une centaine de

mètres, ils cheminèrent ainsi côte à côte, comme s'ils étaient partis pour un but lointain. Je vis M. de Lusson froncer les sourcils et les suivre d'un regard mécontent. A mon grand soulagement, la jeune fille s'arrêta court, se retourna vers nous, et nous attendit.

— Nous avons l'air de vouloir vous semer, dit-elle. avec une jolie confusion.

— Je crois que la vitesse est contagieuse, ajouta Guy, non sans embarras. Quand on descend d'automobile, il semble qu'on doive courir au lieu de marcher.

— Il n'a pas cet etTet sur nous, l'automobile, hein, madame de Myères ? fit mon compagnon d'un ton moqueur.

— Hélas ! non, répondis-je du fond de mes regrets. Ni l'un ni l'autre des deux jeunes gens ne s'est

rendu compte de cette force qui les a comme appareillés pendant un instant; je l'ai bien devinée, moi.

Jeudi, j'ai offert le thé dans la petite maison anglaise de la place Garnot, aux de Lusson, à d'autres amis et à mon filleul. J'ai prié Josée de le servir par pure curiosité psychologique. Elle l'a fait avec son aisance habituelle. J'ai remarqué qu'elle préparait celui de M. d'Hauterive beaucoup plus lentement, et que ses doigts s'attardaient à cette besogne, comme s'ils y eussent trouvé un plaisir secret. Lorsqu'elle lui a tendu sa tasse, il y a eu dans ses yeux un étonnement mêlé d'inquiétude et, au coin de ses lèvres, un sourire ému. Évidemment, elle ne s'expliquait pas le phénomène. Elle aura bien d'autres surprises, ma petite amie. En attendant, j'ai été fixée sur son état de cœur.

Quant à Guy, il m'a semblé que sa physionomie

s'était éclaircie, que la sève de la jeunesse, un moment arrêtée, était remontée en lui. Le temps anormal que nous avons m'ayant obligée à renoncer au voyage en Suisse, il a décidé d'aller seul en Dauphiné, Afin de l'attirer de nouveau dans ce cercle, où selon moi, il peut trouver le bonîieur, je lui ai demandé de venir à Tours, vers la fia d'octobre, pour me faire visiter les châteaux de la Loire et me ramener à Paris.

Sa figure s'est illuminée d'une joie juvénile, accompagnée d'une rougeur suspecte.

— Marraine, vous ctes un puits de bonnes idées ! s'est-il écrié. Je ne connais ni Loches, ni Chenonceaux, ni Amboise .

— Eh bien, nous les verrons ensemble, lui ai-je dit en souriant, et, afin qu'ils soient plus vivants, je vous conseille de relire leur époque, dans l'Histoire de France, d'Henri Martin.

— Je la lirai, je la lirai, a-t-il répondu avec enthousiasme. Savez-vous que c'est la lecture de \olreJocelyn, qui m'a donné l'envie de voir le Dauphiné. Je l'emporte avec moi. Si je trépasse en route, on sera bien surpris de trouver dans le porte-manteau d'un automobiliste, ce poème de Lamartine. Vous avez raison, ajouta-t-il d'une voix plus grave, il contient comme du vin d'amour.

— D'amour pur... Assurément, le breuvage serait dangereux pour une pensionnaire, mais je le crois bon pour un jeune homme.

— Et, bien que je n'aie pas un front de poète, des mains fines et longues, j'en ai apprécié la saveur.

— Tant mieux, mon cher enfant, ai-je répondu, en souriant de la rancune de sa vanité.

Oui, il est parti pouv les montagnes du Dauphiné, et la force intangible, invisible, qui lui a fait tourner la direction de sa machine de ce côté-là, est un rayon même de l'âme de Lamartine. Si ce n'est pas beau, la vie ! Nous sommes tous montés au Splendide, pour assister à son départ. Il en a paru très touché. Après de cordiales étreintes, il est monté brusquement sur sa machine trépidante; la main gauche sur la direction, il s'est retourné, nous a salués encore, et son dernier regard est allé tout droit, non plus à marraine, mais à Josée! La voilà passée au second plan, marraine ! Encore un petit tour et, comme les marionnettes de chère mémoire, elle s'en ira! Eh bien, c'est toujours beau, la vie !

Aix-les-Bains.

Aix a complètement changé d'aspect. Les jolis oiseaux de proie se sont envolés vers Biarritz, les mondaines ont regagné leurs châteaux ou leurs villas. Avec eux, les ondes brillantes ont disparu, le tableau est devenu terne, le mouvement s'est ralenti. Il y a encore du bruit, il n'y a plus de brio. Une Américaine me disait hier, avec ce franc parler qui fait mon amusement : Aix has become disgiistingly respectable. « Aix est devenu abominablement respectable. » C'est vrai, les gens sérieux manquent d'électricité, mais s'ils n'ont pas reffervescence joyeuse du vin de Champagne, ils possèdent la force tranquille du vin de Bourgogne. Quand les hommes de science sauront décomposer les éléments moraux qui nous constituent, ils auront de

jolies surprises. Je pars ce soir, non pas directement pour la Touraine, mais pour la Normandie, d'où m'est arrivée une gentille et pressante invitation. Le bruit, la chaleur, la tension d esprit m'ont causé une telle fatigue, que je sens un besoin iou de grande campagne et d'air tranquille. Les de Lusson insistaient pour revenir me chercher de ïhonon, où ils ont été faire une courte visite avant de rentrer chez eux. Je m'y suis formellement opposée.

Selon une vieille habitude, j'ai été prendre congé des sites et des choses qui m'ont donné quelque plaisir. J'ai dit un long adieu à la chère villa de la colline, je suis montée sur le boulevard des Côtes, sur celui de la Roche-du-Roy, pour revoir la petite vallée savoisienne, sentir encore une fois cet effet de lumière qui donne à ses montagnes, à son lac, une voix, une âme, un charme subtil et vivant que je n'ai jamais rencontré ailleurs. En redescendant, j'ai regardé pendant quelques instants, avec émerveillement et reconnaissance, certain groupe en bronze, signé Geoffroy, qui se trouve placé à l'entrée du parc. Il représente un lion allongé paresseusement ; sa lionne l'excite au jeu, en lui tendant le sommet de sa tête, qu'il lèche gravement, les yeux à demi fermés de bonheur. Ce baiser de fauve est-il bien zoologique? Je n'en sais rien, mais il s'en dégage un sentiment si profond, une telle force d'amour, que chaque matin, lorque je passais là en allant aux bains, il apportait à mon cœur de vieille femme un rayon de chaleur, une sensation de grande tendresse. N'ai-je pas raison de dire que toute oeuvre d'art est destinée à entretenir et à propager la vie sur la terre?

368 SLR LA BRANCHE

A ce soir, l'adieu au Palace Hôtel, aux quelques personnes avec lesquelles je suis entrée en rapport, à Françoise, ma gentille femme de chambre savoisienne. Que d'adieux j'ai donnés et reçus, pendant ces seize dernières années !

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