CHAPÎTRE II
Symptomatologie.
Nous n’avons pu trouver aucune observation d’angine pseudo-membraneuse prolongée, ressemblant au cas dont nous venons de donner l'observation aussi complète que possible. La symptomatologie de l'affection dont nous nous occupons sera donc basée sur l’observation d’un seul cas. Nous pourrons diviser son évolution en trois phases ou périodes : période de début ou d’angine aigué, période de chronicité des fausses membranes et période de terminaison.
I. Période de début ou d’angine aiguë. — Le début ressemble beaucoup à celui d’une angine catarrhale aiguë. Nous avons fait d’ailleurs remarquer dans l'observation que nous étions très sujet à ces angines catarrhales légères et que, dans le cas actuel, les symptômes du début avaient été identiques aux symptômes des diverses attein-
tes précédentes, La seule différence que nous avons remarquée consiste dans la prolongation de l’affection, dans ce cas, et la constatation de fausses membranes sur les amygdales dès le cinquième jour des accidents.
Le début s’annonce donc par quelques symptômes généraux, un peu de fièvre, courbature légère, inappétence; puis, apparait l’angine avec sécheresse, sensation de cuisson à la gorge ; la déglutition, surtout celle de la salive, réveille de vives douleurs. Ce n’est que cinq jours après le début qu’on a constaté la présence de fausses membranes sur la gorge, mais nous ne pouvons dire le moment exact de leur apparition, car aucun examen antérieur n'avait été fait. Les symptômes généraux sont de peu de durée, ils s’éteignent au bout de quelques jours, seules la dysphagie et les fausses membranes persistent. Mais la maladie n’arrive réellement à la période d’état, dans notre cas, qu'après l'apparition d’une nouvelle pous sée aiguë présentant des symptômes d’une bien plus grande intensité : sensation de chaleur et de fièvre (la température n’a pas été prise à ce moment), dysphagie, anorexie complète, lassitude, dépression générale, dyspnée probablement par simple gêne mécanique.
II. Période de chronicité des fausses membranes. — Quinze jours environ après l’apparition des premiers symptômes, le tableau clinique se modifie profondément. Les accidents généraux sont à peu près nuls; seuls, les phénomènes locaux, physiques ou fonctionnels, persistent avec une intensité plus ou moins grande. Nous les étudierons successivement.
1° Symptômes physiques. — En examinant le pharynx,
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on constate que les amygdales, les piliers et le voile du palais sont d’une vive rougeur. Les amygdales sont tuméfées, augmentées de volume et arrivent presque au contast au début. Puis, le gonflement inflammatoire se rend tantôt plus accusé à droite, tantôt plus marqué à gauche, et ce n’est qu'après une quinzaine de jours que la gorge a à peu près repris ses dimensions normales.
On constate, dès le cinquième jour, que quelques fausses membranes se montrent sur les amygdales, ces fausses membranes, d’abord très minces et petites, ne recouvrant que quelques portions de la muqueuse, augmentent de dimension, finissent par se réunir pour envahir en une quinzaine de jours tout l’isthme du gosier. Leur couleur est nacrée, plus blanches et plus épaisses le matin au réveil, modifiées dans la journée, probablement par le passage des aliments qui les entraîne en partie. L’adhérence de la fausse membrane à la muqueuse est assez grande, on ne peut la détacher au pinceau ; au-dessous, la muqueuse est rouge, non ulcérée et ne saigne pas après l’ablation d’un fragment d’exsudat. Le passage des aliments enlève constamment des portions de fausses membranes, si bien qu'après les repas, les amygdales paraissent comme déchiquetées. Ces fausses membranes ont une certaine consistance, ne se désagrègent pas dans l’eau, ne se laissent pas écraser et présentent une légère élasticité. Elles sont formées de fibrine au sein de laquelle on trouve des cellules épithéliales desquamées, des leucocytes en assez grand nombre et des microbes divers staphylocoques, streptocoques, mais avec une prédominance particulière le gros bacille que nous avons étudié. Un des principaux caractères de ces fausses membranes est leur persistance, elles
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ont eu une durée de près de sept mois. Elles forment au début de petites plaques blanchâtres apparaissant sur les amygdales, isolées par des parties de muqueuse saine. Après une période aiguë intense, qui peut être considérée comme le véritable début de la maladie, leur confluence va en augmentant, si bien qu’elles finissent par recouvrir les amygdales en entier. Elles s’avancent ensuite sur les piliers du voile du palais, les recouvrent peu à peu complètement, ainsi que le voile du palais et la portion de la voûte palatine avoisinante. Lorsqu'on les enlève, leur re. production est assez rapide.
En même temps que les accidents du côté de la gorge, surviennent les inflammations des ganglions. Les ganglions sous-maxillaires d’abord, puis les ganglions cervicaux se tuméfent. L’adénopathie sous-maxillaire forme au-desous du rebord du maxillaire inférieur une légère saillie. Les ganglions cervicaux ne forment pas de saillie appréciable à la vue, mais, à la palpation, on les sent nettement le long du bord antérieur du muscle sterno-mastoïdien. Ce sont des ganglions peu volumineux au début, séparés les uns des autres, durs et roulant sous le doigt; ‘plus tard. Ces ganglions cervicaux forment au-devant du muscle sterno-mastoïdien une masse allongée et dure. Ces ganglions, qui dès l’abord étaient assez douloureux, deviennent indolents en diminuant de volume.
20 Symptômes fonctionnels. — Dès le début la dysphagie est vive, les substances solides ne peuvent être avalées qu'avec beaucoup de difficulté, les liquides ne pénètrent qu’en provoquant une vive douleur. Ge sont les mouvements de déglutition pour avaler la salive qui sont les plus douloureux. Après cinq ou six jours ces phéno-
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mènes s’amendent peu à peu et après quinze jours la déglutition des solides eux-mêmes devient indolore. La dyspnée n’a été constatée qu’une nuit, elle a cessé com plètement et ne s’est plus renouvelée.
3 Symptômes généraux.— L'état général, la période aiguë passée, est assez bon, pas de céphalées, pas d’amaigrissement marqué. L’anorexie complète au début disparaît peu à peu, mais l’appétit ne revient à son état normal qu'avec la disparition complète des membranes. La maladie dans toute cette période ne présente en somme aucun symptôme important et consiste tout entière dans la présence de fausses membranes et d’engorgement ganglionnaire.
La température prise au moment de la période aiguë n’a jamais dépassé 3709 ; la fièvre, que nous avons notée comme ayant apparu au début des symptômes, ne nous à pas été donnée par le thermomètre, mais n’a été signalée que d’après une impression personnelle. |
III. Période de terminaison. — C'est au bout de sept mois seulement que les membranes commencent à disparaître. Les parties les dernières envahies sont les premières dépouillées de leurs fausses membranes, peu à peu le voile du palais, les piliers, les amygdales se détergent et huit jours après la muqueuse apparaît complètement nue, mais encore très rouge, cette teinte ne disparaît que très lentement, en même temps que se résorbe l’engorgement ganglionnaire.