‹ Sur la coexistence d'une angine pseudo-membraneuse atypique et d'un microbe nouveauChapitre 12 sur 19 · EN OS · texte numérisé non relu

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intra-péritonéale, nous n'avons pas encore pu en reproduire sur les muqueuses. Cependant ce n’est là qu’une objection relative, car son abondance dans les fausses membranes de la gorge du malade lui-même, la cons-tance de sa présence, etc., ont bien une valeur réelle. Bien d’autres microbes d’ailleurs, streptocoques, pneumocoques, etc., sont considérés comme capables de donner des fausses membranes, avec qui on n’a jamais pu en reproduire expérimentalement.

Du reste, nous l’avons dit, des expériences sont encore en cours et mieux conduites donneront peut-être des résultats plus probants.

I. Différenciation de ce bacille d'avec les autres agenis connus.

Ce bacille est un agent nouveau, non encore décrit. Bien que l’étude que nous en avons faite soit encore incomplête, nous croyons avoir mis en relief un certain nombre de caractères suffisamment précis pour qu'on ne puisse pas le confondre avec l’un quelconque des microbes pathogènes ou saprophytes trouvés jusqu’à ce jour à la surface de la muqueuse bucco-pharyngée. Nous irons même plus loin en ajoutant qu’il est distinct de tous les bacilles qui ont été l’objet d’une description complète.

Sa taille, sa décoloration par la méthode de Gram, la présence d’une capsule, les caractères de ses cultures, leur aspect filant, mucilagineux, le défaut de liquéfaction de la gélatine, l'impossibilité de la faire développer et végéter à 44 degrés, ‘enfin ses effets pathogènes sont

MN) les faits essentiels qui serviront à le différencier de tous les autres représentants du genre bacillus.

Nous le distinguerons successivement des agents trouvés dans les angines à fausses membranes, puis des agents divers pathogènes ou saprophytes trouvés dans les bouches par divers auteurs, enfin des agents extérieurs avec lesquels il pourrait présenter quelque analogie. C’est: croyons nous, la seule façon de mettre un peu d’ordre dans une question aussi complexe.

Mais auparavant, qu’il nous soit permis d’insister sur ce fait que la découverte de ce bacille dans la gorge ne peut être considérée comme l’effet d’un pur hasard, comme le

résultat de la présence momentanée sur la muqueuse d’un microbe de passage, car c’est dans cinq ou six examens, pratiqués à des mois d'intervalle, que nous l’avons retrouvé toujours identique à lui-même.

1° Microbes trouvés dans les angines à fausses membr'anes pures ou à associations microbiennes.— Nous ne signalerons que pour mémoire les divers cocci, staphylocoque, streptocoque, pneumocoque de Talamon Frœnkel, coccus de Brisou, etc., trouvés par certains auteurs, Cornil et Babès, Netter, Martin et Chaillon, Jaccoud, Bourges et Wurtz, etc., dans les fausses membranes de la gorge, aucune ne n étant one avec notre microbe.

La distinction d'avec les agents du genre oies pour mériter d’être étudiée de plus près, n’offre cependant aucune difficulté. | |

Le bacille de Lôffier vrai et le faux, qui d’ailleurs d’après Roux et Yersin ne constitueraient qu’un seul agent

à virulence modifiée, se distingueront suffisamment par leur dimension, leur imprégnation par le Gram ; de plus, leurs cultures en bouillon ou sur milieux solides divers ne rappellent en rien les colonies volumineuses, épaisses, luisantes, filantes de notre bacille.

Lermoyez, Helme et Barbier ont trouvé le bacillus coli communis dans des points blancs à l’entrée des eryptes amygdaliennes, sous de véritables fausses membranes il est vrai. Quoiqu'il en soit, ses dimensions, sa végétation à 44 degrés, les caractères de ses cultures ne permettent aucune assimilation.

Ce n’est pas davantage avec le champignon du muguet,

ni avec le leptothrix buccalis que Voûte a trouvé dans un cas d’angine pseudo-membraneuse diphtérique prolongée après la disparition du bacille de Lüftler ; la forme en levure des premiers sur les milieux solides, et même en bouillon lorsque celui-ci est suffisamment riche ; sa longueur beaucoup plus grande dans ces bouillons pauvres ou ces solutions de dextrine; la liqnéfaction de la gélatine par le second, l'aspect desséché et jaunâtre de ses culturés sur gélose ne peuvent laisser place à aucune confusion.

Nauwelaers a observé récemment un bacille gros et court dans des angines ayant les allures de la diphtérie bénigne et dont la durée serait souvent prolongée. Malheureusement, n'ayant pu nous procurer l’article original, nous ne pouvons donner d’appréciations précises sur ce Cas.

MM. Martin et Chaillon ont trouvé dans deux cas d’angine à fausses membranes un bacille coliforme, mais qui

liquéfie la gélatine.

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Enfin on a trouvé quelquefois associé aux autres agents, le bacille pyocyanique. Ses caractères sont suffisamment tranchés pour que nous n’insistions pas.

2 Microbes de la bouche. — N'ayant pas été signalé parmi les agents des fausses membranes de la gorge, ce bacille pourrait-il être un hôte de la bouche, propagé sur l’isthme du gosier et des amygdales, grâce à une angine catarrhale puisque le malade y était sujet ?

David, dans un ouvrage relativement récent: Les Microbes de la bouche (1890), fait une revue assez complète de tous les microbes trouvés dans la bouche. Il résume les travaux de Vignal et Galippe, de Biondi, de Miller, de Netter, etc., et classe ces microorganismes en trois catégories.

Nous le suivrons rapidement dans sa classification et nous verrons qu'aucun des agents décrits ne présente d’analogies vraies avec le nôtre.

a) Microbes non pathogènes. — Le B. subtilis a été isolé de la cavité buccale par Vignal, mais ses dimensions, ses filaments, l’aspect desséché et ridé de ses cultures, la liquéfaction de la gélatine, etc., ne permettent aucune comparaison.

Le Bacterium tenus est en forme d’haltère, il liquéfie la gélatine et le sérum. Trouvé dans la bouche par Leuvenhoeck, il à une couleur jaune verdâtre et une odeur caractéristique.

Le Bacillus amylobacter est anaérobie exclusif, Le Vibris rugula (de Colin) ou lineola (Ehrenberg) a êté trouvé dans les mucosités dentaires par Rappin, mais il constitue des chaïînettes de bâtonnets mobiles, animés

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de mouvements serpentiformes, d’ailleurs il est anaérobie et liquéfie la gélatine.

Nous éliminerons le Bacillus mesentericus qui sous ses trois formes vulgatus, fuscus, ruber, liquéfie la gélatine et présente sur pomme de terre un aspect absolument spécial de cultures ridées et mamelonnées; le Spirochætes denticola de Cohn; le Bacillus tremulus trouvé par Rappin dans la bouche, maïs qui est très mobile et sporulé.

Nous ne reviendrons pas sur le Leptothriæ buccalis.

Nous ne signalerons que pour mémoire les microbes décrits par Biondi, qui sont tous des cocci, dont l’un B. salivarius septicus rappelle le pneumocoque et prend le Gram. | :

Nous ne décrirons pas en détail les microbes trouvés par Vignal dans la bouche et qu’il désigne par les dix premières lettres de l’alphabet : deux, le coccus a et le microbe 7, sont des cocci, les autres tous bacilles diffèrent par des caractères extrêmement nets du nôtre.

b) Microbes pathogènes qui peuvent se rencontrer dans la salive de l’homme sain. — Nous n’insisterons pas sur le pneumocoque, microbe de la septicémie salivaire de Pasteur.

= De même, le streptocoque pyogène, les staphylocoques pyogènes blanc et doré s’éliminent d'eux-mêmes.

Resterait le bacille de Friedlander trouvé par Netter dans la salive {Soc. biol., 24 déc. 87). Ses dimensions, son aspect, les caractères de ses cultures, l’éloignent absolument de l'esprit.

c) Microbes pathogènes des affections buccales et dentaires. — Nous ne parlerons pas des parasites inconpus ou mal étudiés d’affections buccales diverses, telles

Ps TRES que la stomatite aphteuse, la stomatite ulcéro-membraneuse, les glossites épithéliales, la gangrène de la bouche, la langue noire où Vignal a trouvé un coccus, la perlèche où Lemaistre a décrit le séreptococcus plicatilis, etc. Aucun n’a le moindre ressemblance avec le bacille trouvé par nous. |

Nous ne ferons que signaler les microbes décrits dans certaines angines et parotidites infectieuses : streptocoque (Frankel), bactéries courtes et minces trouvées par Bouchard dans un cas d’amygdalite phlegmoneuse, le streptocoque observé par Chantemesse et Widal dans un cas d’angine de Ludwig.

Nous éliminerons facilement le bacille de Koch, l’actinomycose, le tétragène, le bacille de linfluenza, etc.

Enfin, parmi les agents étudiés par Gallipe et Vignal, par Miller, etc., dans la carie dentaire, aucun ne peut être rapproché du nôtre.

d) Microbes pathogènes ou saprophytes normalement étrangers à la cavité buccale. — On pourrait enfin supposer qu’un microbe parasite venu du milieu extérieur s’était implanté dans la gorge du malade et y avait proliférè en y trouvant des conditions favorables à son développement. Mais en parcourant les traités spéciaux, même en dehors des agents pathogènes à caractères bien spécifiques, tels que le bacullus anthracis, le bacille de Nicolaier, celui de la lèpre, le bacillus septicus gangrenæ, le bacillus Chauvar, etc., nous n’avons trouvé aucun bacille dont la description rappelât celui que nous avons étudié.

En résumé, nous pouvons conclure de cette étude, que nous avons isolé des fausses membranes du malade où

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il se trouvait en grande abondance un gros bacille, bien caractérisé, absolument nouveau, qui est pathogène pour le cobaye et le lapin, dont il peut déterminer la mort à doses relativement faibles, mais avec lequel nous n’avons pu reproduire jusqu’à présent de fausses membranes que dans le péritoine du cobaye et non sur les muqueuses du lapin ou du chien. Ce bacille n’a encore jamais été trouvé nisur l’homme, à l’état pathogène ou saprophyte, ni dans le milieu extérieur.

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