‹ Sur La Coloration En Vert Du Bois MortChapitre 2 sur 5 · SÉANCE DU 11 MAI · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 11 MAI

Si l’on examine avec attention la surface des morceaux de bois verdis, on y rencontre très-fréquemment un grand nombre de très-petites masses irrégulièrement globuleuses d’un vert bronze très-foncé, tantôt en lignes, tantôt en groupes, tantôt isolées. Ces petites masses, qui n’ont guère plus d’un demi-millimètre de diamètre, sont inégales et rugueuses à l’extérieur ; à l’intérieur, elles sont creusées de plusieurs logetles séparées par des cloisons sinueuses qui sont tapissées de filaments très-déliés perpendiculaires à la paroi (stérigmates) et qui portent à leur sommet de trèsfines sporules que l’on nomme des spermaties. Ces fructifications ou spermogonies sont grisâtres, presque incolores à l’intérieur; à l’extérieur, elles sont d’un vert foncé.

Outre ces spermogonies, on trouve encore parfois, mais moins fréquemment, d’autres fructifications d’un ordre plus élevé qui sont de véritables fruits de Pezize.

Quand ils sont très-jeunes, ils ont la forme de petites masses globuleuses, puis ils s’ouvrent au sommet, s’allongent et se dilatent en une cupule concave un peu flexueuse, d’un beau vert, portée par un pédicule de même couleur. Elles ne dépassent guère un millimètre et demi de diamètre. Ces fruits de Pezize portent des thèques allongées entremêlées de paraphyses.

Ce petit Champignon, nommé par Haller Peziza viridissima, et par Persoon Peziza œruginosa , a été étudié et figuré par M. Tulasne dans sa magnifique Carpologie des Champignons (t. 111, p. 187, pl. xx,fig. 15-10), sous le nom de C/ilorosplenium œruginosum.

La matière verte qui colore le Chlorosplenium œruginosum et qui infiltre profondément les bois sur lesquels il se développe a été l’objet de quelques recherches chimiques.

M. Fordos a publié en 1803, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (t. LVII, p. 50), une note sur la coloration en vert du bois mort, dans laquelle il a étudié les propriétés de la matière colorante verte qu’il a isolée en l’extrayant du bois verdi â l’aide du chloroforme. 11 a reconnu qu’elle diffère notablement de la chlorophylle au point de vue chimique; il ajoute cependant qu’il ne serait pas impossible que ces deux matières colorantes eussent la même origine ; il pense que la substance verte du bois a été apportée par les sucs propres de l’arbre et admet que les éléments qui donnent naissance à la chlorophylle dans les feuilles ont produit la matière verte du bois qu’il désigne sous le nom iVacide xylochloré igue.

M. Fordos conteste absolument que des Champignons jouent un rôle dans le verdissement du bois, et en cela il est appuyé par l’autorité de M. Mussat, qui avait fait, à sa demande, l’examen anatomique du bois verdi, et qui affirme qu’il ne contient aucune formation cryptogamique. Cette opinion repose évidemment sur une observation incomplète.

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