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IV. — PROCÉDÉ JouLiE

Le procédé proposé par Joulie est certainement le plus séduisant des procédés de titrage de l'acidité urinaire en ce qu'il se propose de doser cette acidité sans adjonction d'aucun indicateur coloré dans le milieu naturel.

Il nécessite l'emploi d'une dissolution de sucrate de chaux décinormale renfermant :

Chaux caustique, . . . . ,. , . . 10 grammes: BUGS ANAL OS Ris rie AE EDIT Eau distillée . . . . . . . . q. s. pour un litre.

On laisse en contact pendant 24 heures en agitant fréquemment el on filtre. On dose cette solution au moyen de l’acide sulfurique décinormal en présence du tournesol de façon à ce qu’elle

sature exactement son volume décinormal soit 4 milligr. 9 d'acide sulfurique monohydraté par centimètre cube.

Dosage de l'acidité urinaire (44). — On prend 20 cm? d'urine que l'on met dans un vase à saturation et on titre avec la liqueur de sucrate, au moyen d'une burette graduée, jusqu’à ce qu'une dernière goutte détermine un trouble persistant après agitation. Ce trouble se saisit facilement si l’on opère sur une feuille de papier noir. La quantité de sucrate employée doit être au moins 9 cm afin que l'erreur qui ne peut être que d’une goutte ne dépasse pas le 1/100e de la quantité d'acide dosée. S'il en était autrement on ajouterait dans le verre 20 em° d'urine et on continuerait l'essai. Si nous appelons S la quantité de sucrate employée, V le volume d'urine sur lequel on a opéré et A lacidité du litre d'urine exprimée en acide monohydraté (SO#H) on a :

Pop S x Lee Q

Mais la proportion d’eau des urines est éminemment variable tandis que la masse des déchets organiques qui s’élimine par cette voie dans un temps donné est à peu près constante pour le même individu. Il en résulte que ce n’est pas l'acidité du litre d'urine qu'il importe de connaître mais bien la proportion d'acide contenue dans la matière sèche de l'urine, et comme cette matière sèche est elle-même proportionnelle à l'excès de densité de lPurine sur la densité de l’eau il suffit de multiplier l’acidité trouvée au litre par la fraction :

D— 1000 dans laquelle D est la densité de l'urine prise au moyen d’un den-

simètre très sensible à la température même où se trouve l'urine au moment de la prise d’essai pour le titrage acidimétrique.

Critique du procédé. — Lorsque nous ajoutons à l'urine la solution de sucrate de chaux, cette solution sature l’acidité (acides libres et phosphates acides alcalins) et la précipitation du phos-

hi et

phate de chaux tricalcique produit un trouble qui marque le terme du dosage.

« Cette solution de sucrate de chaux offre sur les alcalis caustiques, déclara Prunier en présentant le procédé Joulie à lAcadémie de Médecine, plusieurs avantages sérieux :

40 Elle ne peut se carbonater sous l'influence de l'air sans se troubler. Si donc son titre vient à changer on en est averti. Il suffit alors de la filtrer et de la retitrer pour pouvoir s’en servir sans aucune chance d'erreur ;

90 L’acidité de l'urine étant due en grande partie au moins à du phosphate acide de soude le titrage à la solution de sucrate de chaux n’exige l'emploi d'aucun réactif coloré. »

Cette méthode soulève malheureusement de nombreuses objections :

Ce qui fait que le procédé Joulie ne peut être un procédé exact au point de vue chimique, c’est qu'il ne donne pas la valeur intégrale de l'acidité urinaire, le phosphate de chaux commençant à précipiter dans un milieu encore acide ainsi qu'il résulte des travaux de Jégou (45) et de Girard et Vires (46).

Jégou le démontre par les expériences suivantes : il prépara une solution de phosphate monosodique exactement titrée, ne contenant pas d'acides libres, en mélangeant 10 cm? d’une soluon de phosphate disodique décinormale avec 10 em? d’une solution également décinormale d'acide chlorhydrique, la moitié de la soude du phosphate disodique se combinant à la totalité de l'acide chlorhydrique. L’acidité de cette solution fut évaluée :

10 À laide d’une liqueur décinormale alcaline (soude ou polasse) en présence :

a) de tournesol comme colorant indicateur ;

b) de phtaléine du phénol;

20 A l’aide de la solution de sucrate de chaux.

Voici les résultats obtenus :

L'acidité correspondit :

10 À 5 em° de solution N/10 alcaline en présence du tournesol ;

20 À 10 em° de solution N/10 alcaline en présence de la phtaléme du phénol ;

en DT

39 À 2 cm de la solution de sucrate de chaux.

On comprend, conclut Jegou, qu'avec sa méthode Joulie rencontre tant d’urines hypo-acides. Lépinois est du même avis (47). « La technique du procédé Joulie, dit-il, donne des chiffres inférieurs de 20 à 30 o/, à ceux trouvés en uroacidimétrie par les procédés habituels par ce fait que le « trouble indicateur » de la fin de Ja réacuon se produit beaucoup trop tôt. » Cette première critique est du reste acceptée par l’auteur(44). « Je ne veux retenir, déclaret-il, que l’objection capitale, celle qui accuse mon procédé d’inexactitude parce qu'il ne dose pas toute l'acidité de l'urine, le phosphate de chaux commençant à se précipiter dans un milieu encore acide. »

Girard et Vires (48) ont étudié eux aussi l’action du sucrate de chaux sur les phosphates monométalliques mais successivement cette fois sur les différents phosphates monométalliques (potassium, sodium, ammonium, elc.) et 1ls sont arrivés aux conclusions suivantes : que la liqueur de sucrate de chaux ne peut servir à déterminer l'acidité d’un phosphate monométallique, et par suite lacidité urinaire, car la réaction non seulement est incomplète mais encore elle varie avec la nature du métal pour une même quantité d'acide phosphorique. Ainsi lorsque l’on fait agir une solution de sucrate de chaux sur les phosphates acides des métaux alcalins, il se forme du phosphate bicalcique, un phosphate alcalin bimétallique et il reste intacte une certaine proportion de phosphate acide primiuf; et c’est précisément la proportion de ce phosphate acide primitif resté intact qui varie avec la nature du métal, la température et la concentration de la liqueur.

Parmi les autres objections qui sont opposées au procédé Joulie nous @«terons celles de Gautrelet (49) exposées dans sa « Contribution à la séméiologie des maladies par ralentissement de la nutrition. » L'auteur s'étonne que Joulie, condamnant l'usage du tournesol et de la phtaléine comme colorants acidimétriques, s’en serve précisément pour doser sa solution de sucrate de chaux (point de départ du dosage acidimétrique de l'urine) la chaux vive formant en présence du saccharose toute une série de composés : les saccharosides dicalciques, tétracalciques, hexacal-

es ÉÉ

ciques, se comportant comme les différents OH des phosphates monométalliques vis-à-vis les divers indicateurs colorés. De plus il prétend que ce dosage de l'acidité urinaire totale n’est pas constant puisque « la saturation de un ou deux équivalents d’acidité des phosphates acides dépend de la présence simultanée ou non d'acides libres ».

Enfin Winter (50) a formulé les critiques suivantes : le précipité limite n’est pas formé par du phosphate tricalcique mais par du phosphate bicalcique cristallisé, fait contesté par Le Barbier (42), (Ce n’est pas parce que le phosphate bicalcique apparait le premier au sein d’une solution de phosphate monocalcique dans laquelle on verse goutte à goutte la liqueur Joulie pour qu'il apparaisse forcément aussi dans l’urine milieu complexe) ce phosphate bicalcique offrant encore l'inconvénient de n'être pas complètement insoluble dans l’eau et dans les solutions de phosphates acides (*). Il se redissout donc et reste en solution quelques instants grâce à l'acidité vérifiée du milleu, ce qui produit naturellement un retard dans l'apparition du louche. En outre Joulie ne tient pas compte de l'acidité des phosphates terreux, et alors que l'acidité urinaire doit, à l’état normal, présenter des variations proportionnelles à la marche des phosphates, lorsqu'on la dose à l’aide de solutions alcalines et en présence de la phtaléine du phénol, il n’en est plus de même par son procédé.

« En ce qui concerne l'idée qu'a émise Joue de rapporter l'acidité non plus au litre mais à la densité, dit Le Barbier (49), nous ne persons pas que ce rapport corresponde exactement au véritable rapport de l'acidité à la totalité des éléments dissous. Halser et Christison ont montré que pour évaluer l'ensemble des matériaux dissous il ne suffisait pas de prendre les deux dernières décimales de la densité, mais qu'il fallait encore les multiplier par un coefficient constant évalué par ces urologistes à 2,33. Trapp a donné à ce sujet le coefficient 2 et Loebisch le nombre 2,2. Il en résulte que le rapport Joulie serait trop élevé ».

(") Schlæsing a démontré que le phosphate bicalcique était même soluble, quoique peu cependant, dans l'eau chargée d'acide carbonique.

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