VII. — PROCÉDÉ SPINDLER
Ce procédé fut indiqué récemment par le docteur 0. V. Spindler sous le titre « Contributions à l’analyse de lurine. La titration de l’ammoniaque par la méthode au formol et la ütration de l'acidité urinaire. »
MAT qe
L'auteur s'occupe d’abord du dosage de l’'ammoniaque urinaire et il compare le procédé préconisé dans ce but par Ronchèse (59) au moyen du formol au procédé distillatoire généralement usité. Presque toujours le procédé Ronchèse, dit-il, donne des résultats inférieurs à la méthode par distillation bien qu'on ajoute au nombre de centimètres cubes de soude décinormale, versée après addition de formol, celui que nécessite la correction indiquée par Ronchèse et provenant de ce fait connu, qu’en présence de l’ammoniaque, on doit employer une certaine quantité de soude pour obtenir la coloration rose de la phtaléine, la réaction de l'indicateur subissant un retard qui s'explique par la dissociation prononcée des sels d’ammonium. Spindler cherche donc l'explication de ces écarts entre les deux méthodes de dosage de l’ammoniaque, et il étudie dans ce but l'influence d’une série de dissolutions d'un sel quelconque d’ammonium (il choisit le sulfate), dont la teneur va en augmentant dans un volume de 400 em d’eau distillée,sur différents indicateurs et en particulier sur la phtaléine du phénol (3 gouttes de solution alcoolique par exemple). Les dosages de l’ammoniaque qu'il en effectue par le procédé disullatoire lui donnent des résultats tantôt plus élevés et tantôt Inférieurs à ceux obtenus par le Ronchèse (selon la quantité d'ammonium renfermée dans les solutions) mais jamais parfaitement égaux entre eux. Or dans la pratique, se dit-il, il s’agit rarement de solutions ne contenant que des sels ammoniacaux sans addition de susbtances étrangères, la méthode Ronchèse étant employée au dosage de l’ammoniaque non seulement dans l'urine mais encore dans le sang, l’eau, le lait et les engrais chimiques. Il me faut donc constater l'influence des autres sels qui accompagnent l’ammonium sur le retard de la réaction de l'indicateur. Spindler ajoute dans ce but un sel neutre à ses dissolutions primitives de sulfate d’ammoniaque dont il redose l'ammonium par les deux méthodes en question, et les nouveaux chiffres obtenus concordent maintenant avec les corrections indiquées par Ronchèse,mais pour des quantités inférieures seulement à 2 grammes d'ammoniaque par litre ou 0 gr. 02 pour 10 cm°, conditions pratiquemment suffisantes pour lurine.
L'auteur revient au titrage de l’'ammoniaque du liquide urinaire par disullation et au moyen du formol, d’abord sans addition puis avec addition préalable d’un sel neutre. Les procédés donnent tous les deux des résultats inférieurs dans le premier cas, c'est-à-dire sans addition de sels neutres.
Ce qui le porte à conclure qu’on peut diminuer considérablement la très forte dissociation des sels d’ammonium, à en fixer en un mot le point de neutralisation, par l’addition d’un sel neutre (sulfate neutre ou chlorure de sodium) jusqu'à un maximum au delà duquel une addition ultérieure reste sans effet.
Ces considérations lamènent à l’étude du titrage de l'acidité urinaire. Généralement, dit-il, on considère les phosphates comme causes des résultats peu exacts qu'on obtient par le dosage direct de l'urine, mais nulle part, dans la littérature que j'ai à ma disposition, 1l n’est fait mention de l'influence des sels ammoniacaux. Or, d’après ce que nous venons de voir, le titrage de l’acidité urinaire est fortement influencé par la présence des sels d'ammonium contenus dans l'urine, à cause de leur grande dissociation qui fait subir un retard à la phtaléine du phénol, indicateur généralement employé. Quoique donnant des écarts moindres le tournesol, l’hélianthine, la lacmoïde et l'acide alizarinesulfonique se comportent comme la phénol phtaléine vis-à-vis des sels d’ammoniaque. L'auteur maintient donc l'emploi de la phtaléine du phénol comme terme indicateur dans le dosage de lPacidité urinaire, parce que toutes les solutions se titrent ordinairement avec celle-ci, et puisqu'il faut corriger, qu'importent les colorants pourvu que les corrections soient exactes. Mais il préconise l'addition de chlorure de sodium au liquide urinaire à titrer pour réduire au minimum la dissociation des sels ammoniacaux. De plus, comme dans un dosage rationnel de l'urine il faut d’abord éliminer les phosphates, la méthode Spindler devient la suivante :
Dosage de l'acidité urinawre. — Dans un ballon jaugé de 100 cm° on met :
20 cm? d'urine,
90 cm? d’une solution de soude décinormale,
410 em* d’une solution de chlorure de baryum à 40 1}.
On remplit à 400 cm? avee de l’eau distillée, on mélange et on filtre. 50 em° du filtrat correspondant à 10 emÿ d’urine sont additionnés de 10 em? d'acide sulfurique ou chlorhydrique N/10 et de trois gouttes de phtaléine. Ensuite on titre avec de la soude N/10 jusqu’au rose pâle en ayant soin d'ajouter 10 grammes de chlorure de sodium en substance avant la titration.
Si donc les deux facteurs acidité et ammoniaque s’influencent mutuellement dans l'urine on ne peut effectuer le dosage de l'un sans celui de l'autre. D'où titrage combiné des deux éléments : union du procédé Maly au procédé Ronchèse.
€ Dans le liquide qui a servi pour la titration de l'acidité, dit l’auteur, est contenue toute l’ammoniaque correspondant à 10 cm d'urine. La solution est exactement neutralisée. On n’a donc qu'à ajouter la solution neutralisée de formol et à continuer la Utration avec la soude N/10. Or, qu'est-ce donc que la correction que nous ajoutons au nombre de centimètres cubes de soude employés pour la titration de l’ammoniaque ? C’est la quantté que nous avons versée en plus de la vraie acidité pour obtenir le point de neutralisation de la phtaléine en présence des sels d’ammonmium. Donc pour avoir la vraie acidité 1l faut déduire cette même quantité du nombre de centimètres cubes de soude employés pour la neutralisation. Il ne reste à établir à cet effet qu'une table de correction. Théoriquement on devrait obtenir des valeurs rigoureusement exactes ; quelques essais m'ont prouvé qu'il y a dans l’urine encore un facteur inconnu qui demande pour l'acidité une correction supplémentaire » (*).
Nous ne disconvenons pas du retard que peuvent engendrer par leur grande dissociation les sels ammoniacaux contenus dans l'urine sur les diflérents indicateurs employés en uroacidimétrie eten particulier sur la phtaléine du phénol. Nous montrerons même qu'il en est ainsi el nous indiquerons à ce sujet une mé-
(‘) Nous verrons bientôt que cette seconde erreur doit être attribuée aux sels de chaux contenus dans l'urine.
2 Dit
thode simple permettant, comme le veut Spindler, de connaitre à la fois le taux de l’ammoniaque contenue dans une urine en expérimentation et la valeur de l'acidité de cette urine corrigée de l'erreur apportée par les sels ammoniacaux. Mais nous sommes obligés de reconnaître dès maintenant que le procédé Ronchèse ne peut être associé à celui de Maly-Denigès car ce dernier, comme nous allons le voir, présente dans la pratique des causes d'erreur assez sérieuses pour en modérer l’emploi (*).
(*) Des études viennent d’être entreprises également en Allemagne sur le dosage de l'acidité totale de l'urine et sur le dosage de l’ammoniaque par distillation dans le vide et par la m‘thode au formol. Il apparaît des résultats obtenus dans divers cas pathologiques et dans le diabète surtout que les cour-
bes de l'acidité et de l'ammoniaque montreraient un remarquable parallélisme (60).
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