PREMIÈRE EXPÉRIENCE, AVEC DOSAGE DE L’ACIDE SULFHYDRIQUE
Douze gram. d’amidon ont été cuits dans 250 gram. d’eau, puis mélangés avec 5 gram. de carbonate de calcium pur et 5 gram. de fleur de soufre.
La masse a été placée dans un ballon de telle grandeur que le liquide n’arrivât qu’un peu au-dessous du col.
Le ballon, bouché imparfaitement, a été chauffé pendant quatre jours à 40°. — Dans toutes nos expériences, il n’y à eu de chauffage effectif à 40° que quatorze heures par jour complet.
Le cinquième jour, nous remplaçons le bouchon plein par un bouchon percé de deux trous: dans l’un passe un tube plongeant jusqu’au fond du ballon; dans l’autre est un tube coudé se reliant par un caoutchouc avec un système de deux tubes en U. Le caoutchouc est garni de coton, pour arrêter les gouttelettes de liquide qui pourraient être entraînées. Le dernier tube est en rapport avec un vase de Mariotte de deux litres faisant fonction d’aspirateur. À l’aide d’un caoutchouc et d’un robinet inférieur, on utilise tout le volume du flacon. L'eau qui s’écoule est reçue dans un ballon jaugé, pour mesurer exactement le volume d’air qui traverse tout le système.
On verse dans les tubes en U une solution fortement ammoniacale d’azotate d'argent. L'appareil étant monté, comme l’indique la Planche [, on fait fonctionner doucement l'aspirateur. L’air descend par le tube ouvert à l'extérieur, jusqu’au fond du ballon, puis remonte en traversant la masse d’amidon, la brasse et entraîne avec lui une partie de l’acide sulfhydrique. Une pince à vis placée sur le caoutchouc garni de coton sert à intercepter la communication entre le ballon et les tubes en U, quand l’aspi-
rateur ne fonctionne pas. Au contact de la solution ammoniacale d’azotate d'argent, l'hydrogène sulfuré forme du sulfure d'argent noir, lourd, insoluble. Il ne se forme généralement de précipité que dans le premier tube.
Dans cette expérience, nous faisons passer 6 litres d'air bulle à bulle pendant deux heures; puis on démonte lappareil et on laisse reposer le précipité de sulfure d'argent. Nous le recueillons sur un filtre pesé d'avance. Après un lavage parfait, le filtre et le précipité sont séchés à 100° et pesés dans un tube bouché à l’émeri, apres refroidissement complet.
Nous avons trouvé un poids de 05,036 de sulfure d’argent, Ag°S, ce qui correspond à 0%,0045 de soufre.
Le mélange amidonné est laissé au repos pendant quatre jours dans le ballon bouché, à la température ambiante de 13°, et on fait de nouveau passer 6 litres d’air. |
Le nouveau poids de sulfure d'argent obtenu est de 0#",088, soit 08, 0113 de soufre.
Nous laissons de nouveau le tout au repos à la température ordinaire pendant quatre jours, et nous balayons de nouveau le mélange avec 6 litres d’eau.
Le sulfure d’argent formé pesait 08,095, soit 08,012? de soufre.
En additionnant les quantités de soufre obtenues dans les trois expériences, on trouve 0#",0281. Ce nombre montre clairement, sans avoir besoin d’aller plus loin, qu'une partie du soufre ajouté s’est transformée en hydrogène sulfuré. En effet, si tout l’hydrogène sulfuré dosé provenait du soufre contenu dans le gluten, il aurait fallu que l’amidon en contint une quantité énorme. Le gluten ne renfermant pas plus de 1 °/, de soufre, l’amidon employé aurait dû contenir plus de 2,8 de gluten, soit, pour 1? gram. d’amidon, une proportion de plus de 23 °/. Or, les farines des céréales les plus riches en gluten n’en contiennent - pas plus de 11 °/, et les farines de riz 7 °/..
Afin d’être parfaitement fixé, nous avons soumis à l'analyse un échantillon de l’amidon dont nous nous sommes servi pour nos expériences. Ne pouvant faire cette opération avec notre outillage, nous l’avons confiée à MM. Maret et Delattre, chimistes compétents de Paris.
L’amidon pur ne renfermant pas d'azote, il a suffi de rechercher la proportion de ce corps contenu dans le produit employé pour calculer facilement le poids de gluten mélangé à l’amidon. On obtient en effet le poids d'une matière albuminoïde à l’état sec en multipliant par 68,5 le poids d'azote qu’elle contient.
L’échantillon contenant 06,094 pour °/, d'azote, 100 gram. d’amidon renfermaient donc 0%,611 de gluten.
D’après cela, les 12 gram. d’amidon employés dans notre expérience contenaient 08r,0733 de gluten et 0%,00073 de soufre, c'est-à-dire une quantité presque négligeable, à côté du poids de soufre fluidifié dans les trois expériences.
Après quatre jours de repos (la masse maintenue quatorze heures sur vingt-quatre à la température de 40°), nous faisons passer 6 litres d’eau dans tout le système.
Ce 4° dosage donne un poids de 0#,105 de soufre d'argent, correspondant à 0£",0135 de soufre.
Le mélange est de nouveau mis au repos pendant quatre jours à la température de 40°. Nous constatons, à l’aide d’un tube abducteur plongeant dans l’eau, qu’il se produit une petite quantité de gaz non absorbables par l’eau. Le liquide est ensuite purgé de composé sulfuré par 6 litres d’eau : nous obtenons un précipite de 0£",138 de sulfure d’argent contenant 08',0178 de soufre. Après une période de vingt jours, dans cinq dosages, on constate donc qu'il s’est fluidifié 0",059. Ce poids de soufre correspond à :
08,063 d'hydrogène sulfuré, représentant :
41 centim. cubes (1 litre d'hydrogène sulfuré pése 1,53),
Les dosages des gaz sulfurés produits ont été continués en
= 30e opérant comme précédemment, jusqu’au quarante-sixième jour d'expérience.
À partir du 5° dosage, la formation des produits sulfurés diminue progressivement.
Ainsi, le 6° dosage au vingt-quatrième jour fournit 08r,092 de sulfure d’argent, correspondant à 0",0119 de soufre.
Le 7e dosage au vingt-huitième jour donne un précipité de 07,078, soit 0,100 de soufre.
Le 8° dosage, six jours après le précédent, au trente-quatrième jour, ne fournit qu’un précipité de 0f*,071 de sulfure d'argent, correspondant à 04,0091 de soufre.
Le 9° dosage a été fait le quarante-deuxième jour, après un repos de huit jours, à la température ordinaire ; le sulfure d’argent pesait 08,041, soit 0#,0052 de soufre. Ce dosage nous montre que l’activité du mélange diminue beaucoup dès que la température n’est pas maintenue à 40°.
Le 10° dosage a été fait quatre jours après, au quarante-sixième jour d'expérience, la masse ayant été maintenue à 40° ; le précipité de sulfure d’argent pesait 04,069, soit 08#f,0089 de soufre.
Nos expériences montrent qu'il s’est fluidifié en quarante-six jours un poids de 0%",1041 de soufre, représentant 08',1100 d'hydrogène sulfuré, c’est-à-dire 72 centim. cubes de ce gaz.
Ce chiffre ne doit être considéré que comme un minimum de l'hydrogène sulfuré formé, car il faut tenir compte des pertes et de la quantité de ce gaz qui s’est détruite en se combinant à l’oxygène dissous dans le liquide du mélange.
Le liquide, qui était neutre au commencement de l'expérience, devint très légèrement alcalin à la fin.
Après le 10° dosage, nous avons examiné le mélange au microscope, avec le concours de notre excellent ami M. Bidaud, professeur de chimie à l’École Vétérinaire de Toulouse.
En employant un fort grossissement, on apercevait quelques grains d’amidon et les autres éléments du mélange, soufre et
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carbonate de calcium. Entre ces substances, qui étaient immobiles, se trouvaient : 10 des ferments lactiques constitués par de petits articles étranglés sur le milieu et doués de mouvements de translation, ce ferment était assez abondant ; 2° quelques petits orga nismes en forme de baguettes cylindriques, isolées ou associées. Le corps de ces êtres s’ondulait quelquefois pendant qu’ilsavancaienten glissant. C'était donc du ferment butyrique de M. Pasteur.
Le mélange a été soumis à une analyse qualitative sommaire.
La partie solide, séparée du liquide par filtration, s’est colorée en violet sous l'influence de l’iodure de potassium ioduré, ce qui indiquait la présence d’amidon non encore attaqué. Le liquide porté à l'ébullition n’a donné aucun précipité ; mais en l’additionnant de carbonate de sodium, il se formait un précipité de carbonate de calcium.
La liqueur de Fehling a décelé la présence d’une quantité notable de glucose ; enfin, le liquide soumis à la distillation, après avoir été acidifié par de l'acide phosphorique étendu, a fourni une petite quantité d'acide acétique et d'acide butyrique.
Comme expérience de contrôle, nous avons chauffé pendant huit jours, à 40°, un mélange de 12 gram. d'amidon avec 5 gram. de carbonate de calcium dans 250 gram. d’eau. Il ne s'est dégagé pendant toute la durée de l’expérience que des traces d'hydrogène sulfuré.
Si, au lieu d'amidon, on prend 1? gram. de mie de pain un peu rassis, avec 5 gram. de carbonate de calcium, on constate un petit dégagement d'hydrogène sulfuré dès le troisième jour. Ce résultat était facile à prévoir, car les farines renferment en moyenne de 9 à 10 °/, de gluten, qui dégage de l’acide sulfhydrique.
Nous avons aussi constaté qu’un mélange de 12 gram. de mie de pain, de 5 gram. de soufre et de 5 gram. de carbonate de
calcium, dégageait de fortes quantités d'hydrogène sulfuré, au bout de trois jours de chauffage à 400.