CHAPITRE VIL
NOUVEAUX FAITS DE FERMENTATIONS OBTENUES SANS LE CONCOURS DES FERMENTS CONSTITUÉS.
FERMENTATIONS LACTIQUES.
§ I. LES POUSSIÈRES BRUTES, RECUEILLIES DANS L’ATMOSPHÈRE, PEUVENT A ELLES SEULES ENGENDRER LA FERMENTATION LACTIQUE.
1° Constatation directe de l’apparition du ferment lactique sous des lamelles de verre préparées à cet effet.
L’étude de la cellule, appliquée à l’examen de la cause initiale des fermentations, ne peut avoir une portée sérieuse qu’autant qu’on peut l’envisager sous un point de vue d’ensemble. Sans donner à l’intuition une part trop prépondérante dans la prescience des faits, il faut, néan-
FERM- NOUV. AVEC DES CELL. NON FERM. 99 moins, reconnaître qu’elle est parfois un guide nécessaire, et, sous l’impulsion des phénomènes que je venais d’observer par rapport à l’action des algues uniccllulaires comme ferments alcooliques, il était infiniment probable que je ne me tromperais pas en étendant leurs rôles à d’autres phénomènes de môme nature. Non-seulement, en effet, ces êtres microscopiques ont pu devenir entre mes mains 'les ferments producteurs d’acool, mais, l’occasion aidant, je les ai vus se prêter avec une égale indifférence au mécanisme de la catalyse lactique.
Je puis me tromper, et, sans le vouloir, être le jouet d’illusions que je ne puis définir ; je pense, cependant, être arrivé à une assimilation suffisamment positive pour que les faits que je vais signaler restent acquis à la science.
Mes premières recherches sur ce point datent de quatre années, et, depuis 1874, je pourrais citer au moins douze cas de fermentations franchement lactiques obtenues soit avec le protococcus pliwialis ou hœmatococcus, soit avec le protococcus viridis.
J’aurais pu étendre ces observations à d’autres microphytes; je me suis borné à ces deux types, néanmoins, pensant qu’ils suffiraient pour établir, une fois de plus, la mobilité fonctionnelle de l’ulricule végétale lorsqu’on la place dans un milieu forcé (I).
(1) Dès 1869, — J. Duval — Thèse inaug., p. 30 et 37 —ayant remarqué que les poussières vertes de pénicillium qui poussent sur les citrons ou les oranges gètés, introduites dans des milieux sucrés artificiels, étaient aptes à provoquer la fermentation alcoolique lorsqu’on forçait leur mycélium à rester plongé dans la masse liquide, j’ai obtenu
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Procédant dans celte élude comme je l’avais fait pour sonder la cause première’de la fermentation alcoolique, j’ai voulu m’assurer tout d’abord de l’activité génésique des poussières brutes de l’atmosphère, en tant que corps capables de provoquer à eux seuls la fermentation lac tique.
A cet effet, j’ai recueilli dans différents endroits sur des ballons remplis de glace une certaine quantité de poussières flottantes, et je les ais introduites telles quelles dans des appareils maintenus à l’étuve à la température moyenne de 25 à 30° centigrades. Les appareils dont je me suis servi dans toutes ces expériences sont ceux que j’ai décrits antérieurement (1), et quoique, pour faire l’étude physiologique des poussières de l’air, je n’aie pas à craindre les causes d’erreurs exclusivements inhérentes à leur présence, j’ai cru sage de ne changer en aucune façon mon disposif ordinaire. Le liquide nourricier
un résultat également positif avec les mômes poussières semées dans un milieu propre à fournir de l’acide lactique.
— Dans ma réponse écrite faite à M. Pasteur, en février 1875, à l’Académie de Médecine, je m’exprimais ainsi à propos de la polygénie du ferment lactique : « J’ai obtenu dans ces derniers temps une fermentation lactique des mieux caractérisées en me servant, non d’une levùre toute faite, mais en ensemençant à sa place quelques cellules de protococcus pluvialis. C'est là un nouveau fait que je recommande aux méditations de M. Pasteur, et je l’engage sincèrement à soumettre au critérium de l’expérience les algues unicellulaires qu’il est facile d’obtenir pures et qu’on ne saurait confondre avec les ferments proprement dits. »
(1) Voyez les planches avec notes explicatives sur ce sujet, dans le Journ. de l’Anat. et de la Physiol., 1874, et le Journ. de Pliarm. et de Ohm., 1875.
auquel j’ai donné la préférence a toujours été le petit-lait filtré à limpidité parfaite (I), additionné d’une certaine quantité de carbonate de chaux précipité, avec traces de tartrate ou de phosphate d’ammoniaque ; aucune matière albuminoïde, dont on aurait pu supposer la transformation en levùre, n’a été ajoutée aux liquides en expérience.
Je me suis toujours assuré,d’ailleurs, que les liqueurs sur lesquelles j’opérais et qui, toutes, avaient été, pendant dix minutes au moins, soumises à l’ébullition dans mes ballons munis de leurs tubes, n’avaient donné lieu à la production d’aucun gaz ou d’aucune matière organisée. Cet essai à blanc a toujours été fait à la température à laquelle les liquides devaient rester ultérieurement, et je l’ai laissé se prolonger à volonté plusieurs jours aussi bien que plusieurs semaines.
(1) Ayant remarqué, depuis mes premières épreuves, qu’en prenant certaines précautions, on pouvait obtenir la coagulation du caséum du lait (caséine et matière grasse réunies), aussi bien à froid qu’à chaud, en additionnant le lait nature d’un deux centièmes environ d'acide tartrique ou citrique, je donne actuellement la préférence à cette méthode à froid. Ceci me permet de conserver dans son état d’intégrité la lactoprotéine du lait jusqu’au moment où je fais bouillir celui-ci dans les ballons, en pré sence de la craie et, soit que la neutralité du milieu conserve à la matière albumineuse la plupart de ses propriétés, soit que cette matière soit facilement assimilée par les ferments, môme après qu’elle a subi une coction prolongée, j’ai pu ainsi supprimer l’addition'des sels ammoniacaux, et la fermentation, qui n’en est que plus franche, met ordinairement moins de temps à se déclarer.
Il m’est avis, au reste, qu’on ne saurait user impunément de milieux trop artificiels, et j’ai éprouvé bien des fois des insuccès pour cette seule raison.
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Pour compléter, autant que possible , ces recherches intéressantes, j’ai essayé également de suivre des yeux ce qui dans l’air pouvait paraître présider le plus efficacement à la génération du ferment lactique, et, à cet effet, j’ai déposé sur des lamelles porte-objet, dans une goutte de liquide approprié, une parcelle du sédiment solide formé dans la rosée de condensation que j’avais recueillie sur mes ballons refroidies.
A mon grand regret, force a été pour moi de changer ici la nature du liquide nutritif, et, à la place de la craie, j’ai été obligé de substituer soit le bicarbonate de potasse, soit le sel correspondant à base de soude ou d’ammoniaque. La levùre lactique étant ordinairement d’une petitesse excessive et pouvant être confondue assez souvent avec les granulations moléculaires qu’on rencontre partout, on comprendra qu’il m’eût été difficile de saisir le moment précis de son apparition dans une gouttelette liquide chargée elle-même d’un sédiment amorphe ayant apparemment le même diamètre, et c’est pour cela que j’ai été contraint d’employer d’autres bases saturalrices. Or, ainsi que je l’ai dit au chapitre précédent, un soupçon d’acidité convient à l’évolution normale de la levùre en question, et je ne saurais même m’expliquer pourquoi elle semble préférer le carbonate de chaux, et après lui le carbonate de magnésie, pour revêtir une forme que je nommerai typique, par opposition aux formes variées qui la différencient dans tous les autres cas (1).
(1) A la place du sérum neutralisé, j’ai souvent employé, pour cultiver les poussières aériennes, soit la décoction de croûtes de pain légèrement sucrée,soit celle de racines de guimauve ou de turions d’asperges, mais
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, je dois avouer que l’éude simplement optique de la genèse de la levûre lactique est loin d’être une recherche uniforme, et je ne pourrais, quant à présent, me défendre de certaines réserves vis-à-vis de la descendance exacte de cet être que je crois très-polymorphe. N’était la stérilité des liquides non ensemencés, un esprit non prévenu serait tenté d’assigner au ferment lactique une source purement hétérogène.
Dans la plupart des cas, les petits chapelets dégranulés bourgeonnants qui constituent ce ferment apparaissent, en effet, aux yeux de l’observateur, comme une graine qui se serait développée de toutes pièces, proprio molu, dans le liquide le plus limpide ; seules, quelques granulations mobiles et isolées ont précédé son développement.
Dans d’autres circonstances, l’apparition des corpuscules moniliformes ci-dessus désignés est devancée par la formation, également spontanée en apparence, de cellules sphériques dont les bourgeons semblent rayonner autour d’un centre commun, et ce n’est que lorsque leur cycle de développement est arrêté que la levûre lactique parait entrer en scène. Celte dernière provient-elle de la transformation mulabilitaire des cellules plus
c'est encore l’eau provenant de la cuisson des semences de légumineuses qui m’a paru donner les meilleurs résultats.
J’aurais peut-être pu, avec plus d’avantage, me servir du lait caillé par de la présure ou par d’autres pepsines neutres, voire même des macérations des plantes qui jouissent de la propriété de coaguler le caséum, mais je n’ai pas dirigé mes essais dans ce sens.
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grosses observées à l’origine, — cellules qui, entre parenthèses, ressemblent à s’y méprendre au saccharomyccs minor d’Engel, —ou bien est-elle une création consécutive et toute indépendante? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que, dans les milieux lactiques, les globules plus volumineux dont je viens de parler se sont entièrement effacés lorsqu’apparaissentles granules bourgeonnants plus petits, et, à ce moment-là, tout le champ du microscope est couvert de légions de bactéries et de bactéridies qui ne permettent de suivre en aucune façon la filiation des générations diverses qui ont paru se succéder.
Comme on le voit, l’étude des séminules aériennes appliquée directement à la genèse du ferment lactique est encore très-obscure, et si je puis, pour ma part, affirmer une seule chose, c’est qu’il existe dans l’air un je ne sais quoi de substantiel,—probablement de simples granulations plasmatiques ou bactériennes — qui empêchent de croire à la génération d’emblée de ce ferment à l’aide de la matière simplement organique.
Quelqu’entourée de mystère qu’elle puisse paraître, j’ai tenu, néanmoins, à rendre compte de ce que cette recherche délicate avait pu me dévoiler.
2° Phénomènes observés dans les ballons à milieux lactiques ensemencés avec les poussières.
Pour en revenir à l’action des poussières de l’air dans les liquides sucrés propres à subir la transformation
lactique, voici ce qui se passe le plus ordinairement dans les ballons d’essai.
Le premier jour de l'ensemencement, on n’observe aucun phénomène apparent, mais, dès le lendemain ou le surlendemain, la liqueur ambrée limpide qui surmonte le dépôt de craie commence à se troubler dans toute son étendue. Il ne se produit encore aucun dégagement gazeux, et si l’on a fait plonger l’extrémité du tube sinueux conducteur des gaz dans le mercure ou dans l’eau, on remarque, au contraire, un léger phénomène d’absorption reconnaissable à ce que la colonne aqueuse ou mercurielle remonte sensiblement en arrière. — Au début de toutes les fermentations lactiques, j’ai observé ce même phénomène. —Bientôt, le trouble primitif s’accentue de plus en plus, et l’on a alors affaire à une liqueur semi - lactescente que les rayons visuels ne peuvent plus traverser que sur les bords de !a zône superficielle ou au contact du dépôt solide
Entre ces deux premiers temps, l’on voit apparaître assez souvent dans la masse liquide de fins filaments byssoïdes provenant d’un essai de développement des spores de mucédinées semées avec tout le reste, mais, dans tous les cas, si l’on a eu soin d’imprimer au liquide un mouvement giratoire suffisant pour bien noyer tous les corpuscules au moment de l’etisemencement, il ne se forme à la surface aucun mycélium, ni aucune fructification. Je ne puis rien préjuger quant à l’action ultérieure de ces tubes mycéliaux, si lant est qu’ils jouent ici un rôle quelconque.
Lorsque la liqueur est devenue uniformément trouble,
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il n’est pas rare de voir apparaître à sa surface une ou deux taches mycodermiques, et môme davantage, mais ces pellicules demi-transparentes ne restent là qu’un temps très-éphémère, et elles retombent bientôt au fond du ballon. Dans d’autres circonstances, il ne se forme aucune production de celle nature.
Quoi qu’il en soit, l’ébranlement fermentescible est désormais devenu manifeste : de grosses bulles viennent crever au sommet du liquide, et l’on peut recueillir le gaz qui s’en échappe ; c’est de l’acide carbonique toujours mélangé d’air et présentant l’odeur du petit-lait frais
Au bout du cinquième ou du sixième jour, le dégagement est à son maximum d’intensité, et le liquide, légè rement agité, se montre plus ou moins visqueux.
Lorsque cet état filant du milieu a progressé, le dégamenl diminue et le gaz a pris alors une odeur désagréable. C’est le commencement de fermentations concomitantes, mannitique, butyrique, propionique et peut-être d’autres encore, et il est temps de mettre fin à la réaction, si l’on veut examiner la nature du ferment qui s’est développé.
Lorsqu’on laisse les choses dans l’état où je viens de l’indiquer, c’est-à-dire lorsqu’on a eu soin de ne pas secouer les liqueurs ou de ne les agiter que fort peu, on remarque au niveau du dépôt calcaire, qui n’a jamais entièrement disparu, une couronne gris-jaunâtre, rnuciforme; c’est là qu’il convient d’aller chercher le ferment, quoique, à la rigueur, on pourrait en faire une prise un peu partout dans le magma fermentant.
A.u microscope, le dépôt observé offre toujours plusieurs formes distinctes, et, de même que sous les lamelles de verre-contrôle, il y a là des organismes différents d’allures ; ce sont toujours, néanmoins, des corpuscules très-petits. La plupart sont constitués par des cellules ovoïdes, assez allongées, d’un itiamètre moyen de 0 mm ,0018 marquées de deux et rarement trois nucléolules brillants ; ces cellules vivent isolées ou sont rapprochées par groupes de deux ou trois. Â côté d’elles, on rencontre aussi des articles plus gros, sphériques, à contenu protoplasmique granuleux, ce qui leur donne parfois un aspect framboisé. Enfin, au milieu de cet ensemble, on aperçoit des granulations diaphanes, sphériformes, isolées ou accolées deux à deux en forme de petits 8 renflés, ainsi que des bâtonnets linéaires, les uns mobiles, les autres immobiles ; je n’ai pas parlé du dépôt calcaire amorphe, pas plus que des longues aiguilles cristallines de lactate qui accompagnent ordirement le tout.
Le sédiment levùrien observé dans cette circonstance ne saurait constituer une levûre lactique homogène, et je n’insisterai pas plus sur sa valeur physiologique que sur sa forme. Cette expérience, n’en est-il pas moins vrai, prouve l’activité réelle des poussières aériennes dans les fermentations lactiques, et c’est tout ce que je recherchais (I).
(1) Le ferment engendré une première fois peut se régénérer de nouveau, même après dessication, dans un milieu favorable, et l’on peut retirer de la liqueur une quantité de lactate de chaux qui n’a de limite que dans la quantité relative des masses que l'on a assujetties à la réac-
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3° Fermentations mixtes alcoolo-lactiques.
Au moment où jai commencé mes essais sur l’action des poussières de l’air dans les milieux lactiques, je n’avais nullement songé à la production possible de l’alcool , lorsqu’un jour, ayant eu l’idée de préparer mon sérum en additionnant le lait d’une certaine quantité de jus de raisin très-acide, je crus remarquer une odeur spirilueuse au liquide du ballon qui avait reçu ce petitlait. Malgré que l’odeur qui attira mes soupçons fut masquée par celle de l’éther butyrique qui semblait également s’être formé, je ne fus pas surpris de rencontrer l’alcool parmi les produits de la distillation de la liqueur mise en expérience, et, fait beaucoup plus curieux, je constatai que la quantité d’alcool formée, trois pour cent, était certainement bien supérieure à celle qu’aurait pu normalement donner le glucose renfermé dans le suc naturel que j’avais ajouté primitivement au lait. Les poussières de l’air, en cette occurence, avaient donc également évolué en ferment alcoolique , et la quantité d’alcool était telle, que la lactine elle-même, malgré la neutralité du milieu, avait dü subir partiellement la fermentation alcoolique.
J’ai répété mon expérience dernièrement ù l’école de Pharmacie en ensemençant dans un milieu lactique additionné d’une très-faible quantité de suc de coings l’eau de lavage de sarments de vigne que j’avais fait yenir des environs d’Alais, dans le Gard, au milieu du mois de mars, et, après un mois de contact à l’étuve, je con
slatais dans les liqueurs, en plus du lactate et du bulyrate de chaux, trois centièmes également d’alcool absolu.
11 reste donc avéré que, dans les milieux lactiques avec traces de glucose, il y a formation d’une quantité d’alcool relativement très-grande, et ce phénomène, qui concorde entièrement avec ce que j’ai remarqué dans les fermentations lactiques provoquées par la levùre alcoolique en présence de liqueurs glycoso-laeliques, tend à prouver la priorité d’action de cette dernière, ce dont ' on peut s’assurer, au reste, en distillant les liquides dès le troisième jour de l’expérience. — Dans l’épreuve à poussières de sarments de vignes que j’ai citée en dernier lieu, le dépôt organisé, au moment du débouchage du ballon , n’était plus constitué exclusivement que par des corps baclériformes doués du mouvement brownien.
— Quelque précaution que j’ai prise, il m’a été im possible, en faisant usage des poussières comme corps catalysant, d’obtenir une fermentation exclusivement lactique et, en opérant avec le glucose en place du sucre de lait, les résultats ont été encore plus embrouillés. En employant ici le mot exclusivement, je n’entends pas, d’ailleurs, qu’il soit pris à la lettre, mais simplement dans le sens le plus relatif possible. Tous les chimistes qui se sont occupés de la fermentation des sucres propres à fournir la molécule d’acide lactique savent combien il est difficile d’arriver à des résultats tranchés, et je ne saurais avoir la prétention dans celte étude qui touche simplement à la cause initiale du phénomène d’expli-
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quer le pourquoi des réactions connexes qui l’accompagnent.
La fermentation alcoolique, malgré quelle puisse être représentée par une équation plus rigoureuse, n’est pas elle-même une réaction chimique simple, et l’on sait aujourd’hui qu’en dehors de l’acide succinique, trouvé par MM. Schmidt et Schunck, et de la glycérine signalée complémentairement par M. Pasteur, il se forme, en outre, dans cet acte physiologique, une certaine quantité de matière gommeuse et, qui plus est, des traces toujours appréciables d’alcools d’un poids atomique différent de l’alcool éthylique.
C’est le propre des phénomènes chimiques qui sont tributaires de réactions vitales de donner lieu aux productions les plus complexes, et si, dans la fermentation dont je m’occupe présentement, les produits de la désassimilation paraissent l’emporter de beaucoup en qualité sur ceux qui sont assimilés, cela ne veut pas dire qu’il faille pour cela autant de ferments qu’il y a de réactions observées. Je pense, au contraire, qu’en présence du milieu instable qui lui est fait, le môme ferment peut devenir apte à réassimiler plusieurs fois le produit de son excrétion première, d’où la succession des phénomènes multiples mis à l’avoir du ferment primitif. Ceci dit, je passe aux fermentations lactiques provoquées par d’autres organismes que les cellules-ferments.
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§ II. — FERMENTATIONS LACTIQUES PROVOQUÉES PAR LES CELLULES DU PROTOCOCCUS VIRID1S ET PAR CELLES DE l’hŒMATOCOCCUS.
— Je prends au hasard dans mes notes trois expériences faites, la première en novembre 1874, les deux autres simultanément dans le mois de mai 1876.
A la première date, 13 novembre, je soumets à l’ébullition dans un ballon de 1,500 c. cubes de capacité le mélange suivant :
Petit-lait tartrique limpide, préparé à chaud (t). . 1,000 c. c.
Sucre de lait pulvérisé. 50 gr.
Carbonate de chaux précipité (2). .... . 50 »
Asparagine cristallisée. 2 »
Je laisse l’ébullition se prolonger pendant plusieurs minutes, en ayant soin de ne fermer avec la pince de Mohr le caoutchouc qui surmonte mon tube ensemenceur que lorsque la vapeur en sort brûlante, puis j’abandonne le tout dans l’étuve, à la température moyenne de 26’, jusqu’au 20 novembre.
Ce jour-là, mon ballon étant resté indemne, et la li-
(1) Le lait dont je me suis servi, essayé au réactif cupro-potassique, titrait 51,57 de lactine par litre.
(2) Autant que possible, je donne la préférence au carbonate récemment précipité, lavé et simplement égoutté, dont je prends la quantité voulue, rapportée à celle qu’il donnerait s’il était bien sec. — Ce carbonate hydraté évite les soubresauts produits pendant l'ébullition du mélange introduit dans le ballon, et j’ai ainsi beaucoup moins à craindre les ennuis que provoquent toujours les expériences qu’il faut recommencer.
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queur surnageant le dépôt blanc aya nt conservé une limpidité irréprochable, je procède à l’ensemencement de quelques cellules rouges de proiococcus pluvialis. Ce proto-organisme présente l’avantage; à cause de sa grande densité (1), de pouvoir être lavé par décantation à l’instar d’un précipité chimique, et, pour la môme raison, il tombe de lui-même sans agitation aucune au fond des liqueurs sur lesquelles on veut le faire agir.
L’ensemencement a été fait cà la date indiquée, à onze heures du soir. Le lendemain, à midi, on n’aperçoit aucun changement dans l’état de la liqueur; dans la soirée du môme jour, légère apparence de trouble.
Le 22 novembre, tendance à la lactescence ; pas d’émission de gaz.
Le 23, quelques taches mycodermiques recouvrent la surface du liquide. Le dégagement commence, et l’on peut compter trois bulles gazeuses par minute.
Le 24, voile mycodermique plus développé ; sept bulles de gaz par minute.
Du 25 au 29, le dégagement continue régulièrement,
(I) J’ai pu me procurer en assez grande quantité ce protococcus eii le ramassant en hiver à même des glaçons formés sur les dalles de plomb des bassins du parc de Versailles. — Est-ce au plomb qu’il renferme qu’il doit son poids élevé’ Je ne sais; toujours est-il que j’y ai constaté la présence de ce métal avec la plus grande facilité. — Tel que je l’ai employé dans l’expérience ci-dessus, il était desséché depuis un an, et celui dont l'ai (ait usage en 1876 provenait de la môme récolte. — Au mois d’août 1877, je m’en suis servi à nouveau, et je l’ai trouvé aussi actif que le premier jour. — Avis aux chercheurs qui s’occupent de la résistance vitale des êtres mycroscopiques.
cl le gaz qui n’était -primitivement qu’un mélange d’air et d’acide carbonique est devenu alors entièrement absorbable par la potasse. Le mycoderme se dissocie et tombe.
Du 29 novembre au 2 du mois suivant, le dégagement diminue d’intensité, et il semble môme, à certains moments, s’arrêter brusquement. Les bulles qui viennent crever au niveau supérieur du liquide sont très-grosses, d’apparence mousseuse, et le gaz essayé dans le tube où on le recueille renferme alors un peu d’hydrogène; ce mélange gazeux est devenu odorant.
Le 3 décembre, la liqueur a pris un aspect muqueux : on arrête l’expérience.
Le lactale de chaux, recueilli après la première cristallisation de la liqueur qu’on a filtrée, bouillante, pèse 37 grammes. — Sur le filtre, il est resté un mélange de butyrate etde carbonate de chaux insolubles; ce mélange, après dissolution dans l’acide chlorhydrique étendu , laisse un faible résidu de matières qui, lavées et recueillies sur un petit filtre, dégagent des vapeurs ammoniacales lorsqu’on les chauffe au contact de la chaux sodéece ne sont donc que des matières protéiques ou des matières organisées mortes.
A l’examen microscopique, j’ai trouvé à même des taches grises de consistance glaireuse qui s’étaient développées sur le niveau du dépôt crayeux deux sortes d’organismes, Les premiers étaient formés de cellules en massue, à contenu granuleux, d’un diamètre double au moins de celui des globules de levùre de bière normale ; les seconds, beaucoup plus petits, réfractant fortement la
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lumière, et ressemblant comme allure au ferment acétique. Les grosses cellules étaient isolées ; les plus ténues, au contraire, étaient rassemblées en amas diffus. J’ai observé, chemin faisant, une cellule de protococcus qui n’avait pas paru subir d’autre modification qu’une décoloration complète de son contenu ; elle avait conservé sa double paroi, et l’on aurait dit un petit cerceau transparent en travers duquel on aurait tendu une gaze invisible.
— Les deux ballons que j’ai préparés, le 2 mai 1876, renfermaient chacun :
Petit-lait tartrique, fait à froid. 1,000 c. c.
Sucre de lait pulvérisé.. 50 gr.
Suc de raisins blancs. 50 »
Carbonate de chaux précipité. .. 50 »
Après les manipulations d’usage, j’ai laissé ces mélanges à l’étuve jusqu’au 18 mai. A cette époque, le tout est parfaitement intact ; une couronne de petits cristaux transparents (de lactine ou de tartrates) s’est simplement développée sur les parois des ballons ; la limpidité des liqueurs est absolue. — Je sème alors, — dix heures et demie du matin , — dans l’un des ballons une trace d 'hœmatococcus délayée dans l’eau ordinaire bouillie, et dans l’autre quelques cellules de protococcus.viridis (minor), préalablement imbibées d’eau sucrée, bouillie et refroidie.
Voici, en résumé, les résultats observés de visu dans chacun des ballons mis en expérience ; je les mets en parallèle, afin d’en faire mieux saisir la concordance :