‹ Sur la genèse des ferments figurésChapitre 16 sur 18 · V. CONCLUSIONS PROVISOIRES SUR LA PORTÉE DE CES EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

V. CONCLUSIONS PROVISOIRES SUR LA PORTÉE DE CES EXPÉRIENCES

— Des essais qui précèdent, quelle conclusion tirer? Aucune, dans un sens rigoureux, si ce n’est une première preuve de l’impuissance delà chlorophylle à jouer le rôle direct de ferment alcoolique, et même lactique, si l’on peut attribuer quelque valeur à l’épreuve unique instituée dans le but d’obtenir du lactate de zinc (?).

Les deux expériences faites avec le parenchyme des champignons, si elles étaient contrôlées par de nouvelles et qu’elles donnassent le même résultat, tendraient, au contraire, à attribuer aux parenchymes

privés de matière verte une tendance à la faculté d’engendrer la fermentation alcoolique et, surtout, la fermentation lactique.

Malgré la confusion qui règne dans ces expériences et les causes d’erreurs qui leur sont inhérentes, — causes d’erreurs qui ne peuvent porter, cependant, sur le ferment alcoolique, ce proto-organisme ne se montrant ni ne fonctionnant nulle part, — un fait domine tous les autres ; c’est la formation constante d’une membrane mycodermique. Or, quels sont ici les germes des cellules composant cette membrane? quelle est leur nourriture et quel rôle leur est-il dévolu ?

A la première question, la seule qui soit encore énigmatique, je répondrai que tout me porte à croire que le primum movens de ces protophytes réside dans la cellule parenchymateuse proprement dite, et qu’ils ne sont autre chose que le développement épi-phénoménal, dans un milieu nouveau, des granulations variées, corps chlorophylliens ou matières proto-plasmiques azotées diverses, renfermées sous cette paroi de cellule.

Une particularité curieuse que je regrette de ne pouvoir étayer par un nombre d’observations suffisant et qui viendrait à l’appui de ma manière de voir, c’est la remarque que j’ai faite que, dlordinaire, les cellules mycodermiques observées gardaient la forme des corpuscules dominants renfermés dans les parenchymes qui ont paru les fournir. Si ces corpuscules sont ronds, la cellule mycodermique sera sphérique; s’ils sont allongés, elle sera, au contraire, plus ou moins ellipsoïde.

A l’encontre des deux mycodermes que tous les tnicrographes connaissent, le mycoderma vini et le myta-

derma meti, ceux que j’obtiens dans mes ballons se laissent mouiller on ne peut plus facilement, et la moindre secousse les fait retomber au fond des liqueurs qui leur servent de support ; ils se disloquent même le plus souvent de leur propre chef, et lorsqu’ils ont atteint les parois internes des vases où ils procréent, les cel- Iules de nouvelle formation semblent pousser en dehors les anciennes, et l’on voit choir mécaniquement celles-ci sous forme de nuages pulvérulents. Or, comme ni les moisissures submergées, ni les mucorinées flottantes qui sont susceptibles de se trouver mélangées à ces mycodermes ne les engendrent dans aucun cas, il faut bien supposer qu’ils viennent des parenchymes et non d’ailleurs. J’ai insisté maintes fois déjà sur la signification importante que je crois pouvoir donner à la genèse de ces organismes nouveaux, et comme ce sont à des corpuscules de même nature, — je ne dis pas de même fonction, celle-ci étant surtout corrélative de l’état des milieux, — que j’attribue la cause de la transmutation morphogénique des levûres constituées, on verra jusqu’à quel point il importe que la lumière soit faite à leur égard.

En réponse aux deux autres points d’interrogation que j’ai posés plus haut, les expériences parlent d’ellesmêmes. Les mycodermes observés, lorsqu’ils se développent dans les milieux sucrés à réaction acide, rentrent dans la classe des êtres appelés, à tort ou à raison, des organismes de combustion ; témoins la disparition du sucre et celle d’une quantité appréciable des- acides organiques qui sont à leur portée ; lorsqu’ils végètent, au; contraire, dans des milieux neutres, ils deviennent des: corps purement catalysants, et cette

propriété ne semble leur être bien acquise que lorsqu’ils ont quitté leur habitat aérien pour aller vivre au sein de la masse liquide. Dans le premier cas, on n’a pas plus affaire à des ferments que dans l’action physiologique normale de la fleur du vin ou du vinaigre ; dans le deuxième, on rentre dans la catégorie des ferments de second ordre, de ceux dont le ferment lactique est le type et qui, pour le dire en passant, nous sont fort mal connus dans leur intimité d’action.

Je n’insisterai pas sur la négativité des essais faits dans les tubes à expériences comparativement à ceux exécutés dans les ballons. Sans invoquer la cause supposée inhérente à la forme des vases, cause que je crois d’une futilité très-subtile, je ferai remarquer que ces épreuves ne prouvent qu’une chose, c’est que l’être qui évolue après une incubation plus ou moins forcée, comme celle qu’on remarque dans une multitude de fermentations factices, c’est, dis-je, que cet être, en quelque sorte fœtal, a tout d’abord besoin pour se constituer viable de l’oxygène libre; or, dans les ballons, il satisfait à ce besoin ; dans le tube à expérience, il n’y satisfait point.

Malgré le côté hypothétique des faits qui viennent d’être consignés, comme malgré leur imperfection première, j’ai cru sage, néanmoins, de ne pas les passer sous silence. J’estime que des expériences de cette nature, même lorsqu’elles sont négatives, peuvent éclairer certains points obscurs de la physiologie, et lorsque les critiques qu’elles soulèvent sont faites de bonne foi, la science ne peut qu’en profiler ; tant pis pour le vaincu.

Les expériences 3, 5 et 6 ont été faites au laboratoire des Hautes-Études de l’École de Pharmacie de Paris.

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