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CHAPITRE IX

RÉSUMÉ .— CE qu’il faut entendre par la mutabilité DES GERMES MICROSCOPIQUES.— « l’iNTRAGENÈSE, » MOYEN - TERME ENTRE LA PANSPERMIE ET L’HÉTÉROGÉNIE. — AVENIR DE LA . QUESTION.

Eu dehors de tout esprit de doctrine, il est juste de reconnaître, ce me semble, que les faits consignés dans ce Mémoire sont la confirmation de mes idées premières sur l’origine des ferments organisés.

Convaincu de l’impuissance des panspermistes aussi bien que de leurs adversaires pour expliquer l’apparition première de ces organismes dans tous les phénomènes où la Nature les met en jeu, je disais en 1869 (1) :

« Un grave desideratum réside à cet endroit difficile de nos recherches.

(1) J. Duval. — Thèse inaugnr., p. 25.

» De l’avis des micrographes les plus expérimentés, il est impossible, à première vue, d’assigner une origine exacte aux corpuscules organisés de l’atmosphère. Les mycodermes divers que l'on observe se développant sur les liquides fermentescibles sont cependant bien connus. Leur forme, leur diamètre, leur contenu, rien n’échappe à l’observation attentive. Pourquoi donc avec des données aussi exactes, des incertitudes aussi vastes? Les germes aériens, par le seul fait de leur déplacement rapide à travers l’espace, se seraient-ils modifiés au point de devenir méconnaissables? Une opinion comme celle-là serait plus que contestable, et l’on ne peut raisonnablement, ce nous semble, saisir la clef de l’énigme qu’en attribuant aux sêminules en question des propriétés multiples, des facultés changeantes toutes particulières. Autant qu’il nous a été permis de l’apprécier, la prédisposition polymorphique des germes des êtres inférieurs, le besoin fatal de leur mutabilité, n’ont été émis par personne d’une manière non équivoque. Et, cependant, n’est-ce pas là que paraît résider tout le nœud de la question? Payer, pourtant, semble avoir Saisi cette grande vérité quand il dit : « Les spores des cryptogames peuvent donner naissance à des individus assez différents de ceux qui les ont produits. Cette polymorphie dans î’aspëct et dans le port de ces plantes iniriférieiires est Une conséquence de leur infériorité même [!).'» Qu’est une cellule, en effet? Qu’est, en, particulier, la cellule reproductrice de l’ultime organisme

(1) J. Payer. — Botanique cryplogamique. — 2 e édit, annotée par H. Bâillon. — Paris, 1868. — p. 5.

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dont la simplicité nous dérobe tant de mystères ? Un peu de plasma organique, c’est-à-dire un rien de carbone, d’oxygène, d’hydrogène, d’azote et de matière minérale, condensés dans un tout petit sphéroïde dont la paroi souvent se montre à peine distincte de son contenu. Atome dont la vie latente n’aspire qu’après une perle humide pour réapparaître et se manifester, toujours elle circule, partout elle marque sa présence, et dans quelque condition qu’elle se trouve, elle veut vivre, et à tout prix elle vit. C’est la simplicité même, c’est l’organisme dans sa première ébauche ; c’est, pour ainsi dire, la vie à l’état impalpable, la vie pulvérisée jusqu’à son extrême limite.

» Les attributions de cet être indivisible sont énormes, elles sont incontestables. Pourquoi donc se refuser à admettre sa transmutation, alors que c’est pour lui une condition nécessaire? Il faudrait à cette transmutation, sans doute, tracer des bornes, et l'investigation, si prudente qu’elle fût, est, en pareille matière, ehose des plus délicates (I). »

Très-vagues, sans doute, étaient ces idées intuitives, et, pour leur donner une consécration scientifique, il était nécessaire de descendre du champ purement théorique dans le domaine des faits ; c’est à ce quoi j’ai travaillé depuis.

Les faits consignés dans ma Thèse de 1869 m’avaient amené à conclure : « I Q que, malgré que l’air soit la

(1) Cette citation n’est elle-même que le développement d’une idée intuitive émise par moi, dans mon manuscrit inédit de 1864, intitulé : Causerie sur une expérience de micrographie aérienne à propos des générations dites spontanées.

source la plus commune des ferments, ce disséminaleur universel n’était pas toujours indispensable à leur formation originelle ; '2° que la panspermie pure et simple, abstraction faite de la mutabilité des germes, était impuissante à expliquer leur origine dans tous les cas ; 3° enfin, que du moment où les reproducteurs des ferments ne se trouvaient pas en nature dans les liquides normaux retirés de l’organisation vivante, les granulations renfermées dans les cellules non brisées qu’on rencontre forcément dans ceux-ci, étaient susceptibles de s’accroître et de devenir, après modification, des ferments actifs, aptes à se reproduire, et possédant en tous points le caractère des ferments proprement dits (1). »

Les expériences que j’ai répétées depuis 1869, en suivant mon nouveau travail, peuvent, à leur lour.se résumer ainsi : 1° Il n’y a pas de germes de ferments tout faits dans l’air, et si cette assertion peut être encore douteuse pour les levùres bactériques et vibrioniennes, il n’y a pas le moindre équivoque pour les diverses levùres alcooliques ; la présence accidentelle de la levùre, entraînée mécaniquement avec d’autres corps pulvérulents, n’est pas à mettre en cause ; 2° l’état purement physique des levùres s’oppose à leur dissémination, et si l’on rencontre à la surface des fruits et des autres organes de plantes des cellules ayant beaucoup de ressemblance avec les levùres adultes, c’est que les protoorganismes d’où elles dérivent ont déjà subi là un travail d’organisation préparatoire qui les rend aptes à fonctionner plus ou moins médiatement comme levùres ;

(t) J. Duval. — Thèse inaug. — Chap. III., p. 37.

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3" l’état de sporulation des levùres n’a pas été observé dans les conditions ordinaires de leur existence, et aucun fait direct ne prouve, jusqu’à présent, que les levûrns pourraient provenir de la dissémination normale de sporules engendrées au sein des cellules ayant déjà fonctionné comme ferment ; 4° les fermentations intracellulaires dans lesquelles on ne retrouve aucun ferment indépendant prouvent surabondamment que la cellule végétale, et particulièrement la cellule microscopique, doit avoir une tendance toute naturelle à servir elle-même de ferment ; 5° la transmutation des levûres, si elle peut être contestée, ne saurait être rejetée, néanmoins, tant que l’on n’aura pas étudié la possibilité de cette transmutation dans les divers milieux modificateurs agissant plus ou moins sur le proto-plasma des levûres ; 6° les algues unicellulaires qui se prêtent à la genèse des ferments alcooliques sont également favorables à la production des ferments lactiques ; 7° la chlorophylle, étudiée au point de vue de la génération des ferments, ne parait pas pouvoir servir d’intermédiaire à cette procréation secondaire ; elle serait favorable, cependant, à l’évolution d’organismes non ferments rentrant dans la classe des mycodermes comburants ; 8° enfin, les parenchymes végétaux, privés de matière verte, auraient une tendance à pouvoir générer des ferments, principalement dans les milieux neutres, et ils deviendraient alors des agents indirects de la production des bactéries lactiques ; les faits sur lesquels s’appuient les deux dernières conclusions ayant besoin d’être révisés, les propositions qui en découlent ne sauraient, toutefois, être entièrement définitives.

— Confirmation de mes expériences premières sur le rôle indifférent et passif des microphytes cellulaires, incertitude, aujourd’hui comme autrefois, sur la transformation levùrienne des matières protoplasmiques propres aux parenchymes, possibilité de la transmutation des levûres les unes dans les autres, tels sont, on le voit, les trois termes ultimes auxquels mes études viennent toutes aboutir.

L’analyse et l’interprétation de mes expériences, en ce qu’elles ont d’affirmatif, à l’heure présente, pourraient, malgré tout, manquer de fondement, si; elles n’étaient appuyées par des faits de même nature trouvés depuis par d’autres que par moi. Or, parmi les savants dont les recherches patientes me donnent pleinement raison, je n’en citerai qu’un seul, et son témoignage ne sera point mis en doute; je veux parler de M. Pasteur lui-même.

Après avoir cherché partout les corpuscules générateurs des levûres alcooliques, M. Pasteur est arrivé à se convaincre que les « cellules-germes » qui devaient procréer ces ferments étaient quoi, des cellules semblables à leurs mères? Non pas. M. Pasteur, pour les raisons que j’ai développées, ne pouvait pas trouver ce moule originel tel qu’il le croyait être. « Les levûres, dit M. Pasteur, résumant un chapitre avec planches ayant trait à celte question (1), sortent de certaines cellulesgermes, répandues sous forme de petits corps sphériques, de couleur jaune ou brune, isolés ou réunis sur la surface extérieure de l’épiderme de la plante pi fait allusion

(1) L. Pasteur. — Etudes sur la Bière, p. 176.

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à la vigne) et doués d'un bourgeonnement extraordinairement rapide et facile dans les liquides fermentescibles »

Développant sa thèse, et commençant à donner un nom à ce qu’il avait d’abord appelé vaguement « cellules-germes, » M. Pasteur en arrive à conclure que ces organes générateurs ne sont autre chose que dès-cellules de dematium apportées par l’air, et principalement celles auxquelles de de Bary, botaniste allemand', a' réservé l’épithète significative de dematium pullulcms (1). Or, pour peu que l’on se donné la peine d’étudièr, bobotaniquement parlant, la généalogie des plantes du genre dematium, on n’en fera pas plus des sources directes de levùre qu’on no fera des levûrès adultes des germes directs de dematium.

Sans rien retirer à l’originalité de la découverte de M. Pasteur, cette perle fine étant une conséquence forcée de la loi de mutabilité qui régit certains germes microscopiques, je lui prédis à l’avance, néanmoins, que sa trouvaille n’en restera pas là, et qüe ce qu’il a trouvé vrai pour les cellules de dematium, il lë rencontrera, chemin faisant, pour d’autres cellules simples d’origine fungique où de source algogénique.

Depuis longtemps, les micrographes qui se sont occupés de l’étude des levûres s’étaient arrêtés à la pensée que celles-ci n’étaient qu’une des formes transitoires de certains champignons microscopiques, et s’ils n’avaient pu pénétrer très-avant dans l’essence du phénomène de la fermentation proprement dite, ils avaient, du moins, donné la marche à suivre pour remonter rationnellement de l’effet à la cause. Il est heureux pour la

(t) L. Pasteur. — Loc. cit. et C.-R . de l'Ac. des Sc., 1876.

science que JW. Pasteur qui, à notre époque, a fait de l’étude des fermentations une question presque la sienne, se rallie aujourd’hui aux découvertes de ses. devanciers, et si c’est à lui que revient l’honneur d'avoir envisagé les fermentations, en général, comme des actes rentrant dans le cadre ordinaire de la biologie, c’est aux botanistes qu’il appartient d’avoir démontré les premiers la nature des agents qui les provoquent ; il ne pouvait pas rentrer dans le plan des botanistes, d’ailleurs, de définir autre chose.

Au nombre des micrographes qui se sont surtout occupés, à l’origine, de la nature végétale des levùres, il faut surtout citer Leuwenhoek (I), Desmazières (2), Cagniard de Latour (3), F. Kützing (4), Schwann (5) et Turpin (6). Cette trouvaille n’est donc pas chose nouvelle, et si M Pasteur, dont la passion pour l’examen de la cause des fermentations est légitime en soi , si M. Pasteur, dis-je, avait été moins intransigeant pour ses adversaires, s’il avait mis dans ses réfutations un esprit de conciliation plus en rapport avec lé véritable esprit académique, il est probable que la vérité se serait fait jour beaucoup plus tôt.

(1) Leuwenhoek. — De (ermento cerevisiæ. — Arcana natures detecta, édit. nov. 1723.

(2) Desmazières. — Sub mycoderma cerevisiæ, etc. — Ann. des Sc. Nat. — 1825.

, (3) Cagniard de Latour, — JUém. de l'Inst. — 1836.

(4) Frédéric Kutzing. — Joum.für praktische chemie. — Berlin, 1836.

(5) Schwann. — Ann. der Chemie und Phijsik, von Poggendorff. —

(6) Turpin. — Sur la fermentation alcoolique et acéteuse. — Mêm. Ac. d. Sc., — 1838.

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L’étude de la genèse des ferments est entrée de plein pied aujourd’hui dans une nouvelle phase, et la solution entière de cette question sera faite le jour où botanistes et chimistes se seront entièrement mis d’accord. L’origine polymorphique des levùres est la seule voie dans laquelle il faudra désormais rester et, petit à petit, la vérité s’affirmant, le calme se fera dans l’esprit des sa vants.

A l’appui de ma doctrine personnelle sur la mutabilité, je citerai quelques-uns des passages d’une réponse faite tout dernièrement par un de nos grands botanistes de l’Institut à M. Pasteur, réfutant les opinions de son collègue sur la polymorphie des êtres microscopiques (1).

« Quoi qu’il en soit de l’opinion de M. Pasteur, on voit par ce que je viens de dire combien son avis s’est transformé, puisqu’il admet aujourd’hui une levùre de Mucor (p. 126 et suiv. de ses Études sur la Bière), et une levùre de Dematium (p. 177). S’il refuse au Pénicillium la faculté d’en produire aussi, c’est que M . Pasteur est en retard <V ce sujet, comme il l’a été longtemps pour le Mucor. » Voici un passage qui montre à quel degré est changée la manière de voir de notre confrère, qui maintenant accepte et définit ai nsi la polymorphie (p. 84):

« Des organes détachés d’organismes plus élevés, des êtres à une certaine phase de leur vie, peuvent se régénérer sous une forme déterminée avec des propriétés

(1) A. Trécul. — Réfutations des critiques que M. Pasteur a faites de mon opinion sur l’origine des levûres alcooliques et de la levùre lactique. — G.-R. de l'Ac. de Sc„ t. lxxxvi. — 1878.

spéciales dans des milieux ou dans d<\s conditions qui ne sauraient faire apparaître la plante ou l’animal avec ses autres formes ou modes habituels de reproduction.»

Les exemples de ces faits abondent aujourd’hui dans la science. Certaines levùres alcooliques nous offriront des faits analogues.

« Voilà donc enfin la polymorphie admise par M. Pasteur, qui l’a niée dans sa Note de 1861 et depuis.

» Estril bien fondé, désormais» à traiter d 'imaginaire (p,. 95) la transition que j’ai observée de bactéries à la levûre lactique, de celle-ci à la levùre de bière et de cette dernière au mycoderma et au pénicillium ? Le pénicillium est par excellence uu de ces êtres dont parle M. Pasteur, qui peuvent se régénérer sous des formes et avec des propriétés spéciales dans des milieux et dans des conditions qui ne sauraient faire apparaître la plante avec ses autres formes ou modes de reproduction habituels.

« M. Pasteur, qui a nié l’observation que j’ai faite de la transformation de la levùre lactique en levùre de bière, es! amené par la puissance des faits à reconnaître la possibilité de tels changements. Il écrit à la page 269 (/oc. ci/.) :

« Quand on dit (il devrait dire : quand je dis) que chaque fermentation a un ferment qui lui est propre, il faut entendre qu’il s’agit d’une fermentation considérée dans l’ensemble de tous ses produits ; celle assertion ne peut signifier que le ferment dont il s’agit ne sera pas capable d’agir sur une autre substance fermentescible, et de donner lieu à une fermentation très-différente, »

» Or, nous avons vu qu’à présent M. Pasteur recon-

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nait que le milieu influe sur la forme des êtres, des levùres en particulier ; il est donc naturel que la levûre lactique puisse devenir levùre de bière dans un milieu favorable.

» On voit par ce qui précède que M. Pasteur, qui refuse encore d’admettre la transformation du pénicillium, est amené graduellement vers la manière de voir de MM. Turpin, Berkeley, Hoffmann, Hallier, Pouchet, Robin, Frémy etTrécul, qu’il combat inconsidérément, tout en admettant avec eux la transformation de champignons filamenteux en levùres. Je ferai observer, en terminant, que les êtres étant modifiés avec les milieux dans lesquels ils vivent, et que les circonstances ayant changé beaucoup depuis que notre globe n’est plus incandescent, les êtres ont nécessairement modifié leurs formes pour s’adapter aux circonstances et aux milieux. Par conséquent, c'est l’idée de l’immutabilité des êtres qui est une hypothèse. »

Si j’admets avec M. Trécul et les autres botanistes transformistes la transmutation polymorphique de certains êtres microscopiques les uns dans les autres sous l’influence prédisposante des milieux, je ne suis pas d’accord, cependant, avec ceux qui font dériver les ferments de la transformation de la matière organique ambiante, sans le concours d’une cellule génératrice quelconque. Celte dernière hypothèse suppose, en effet, un travail de genèse spontanée en dehors de l’organisme, et je ne crois pas qu’on puisse affirmer la formation possible d’une cellule, si microscopique qu’elle soit, s’il n’y a pas tout d’abord préexistence d’un blastème vivant. La mutabilité des germes microscopiques a,

d’ailleurs, des limites qu’il reste à la science à chercher, et son champ d’action ne lient point de l’arbitraire, comme on serait tenter de le supposer de prime-abord. Je me suis assez peu occupé du polymorphisme des champignons microscopiques pour en donner des preuves par moi-môme, et je ne puis me borner qu’à l’admettre en principe. Autre chose est, d’ailleurs , d’examiner l’évolution normale des êtres dans les milieux naturels ou dans les milieux artificiels. Au nombre de ces derniers, je vais jusqu’à ranger les sucs végétaux qu’on a simplement fait bouillir, car, au point de vue de l’influence biogénique, il y a les différences les plus grandes à établir entre ces sucs nature filtrés froids, jusqu’à limpidité parfaite, et les mêmes liquides filtrés après l’ébullition. J’ai commencé à ce sujet quelques recherches dont je rendrai compte plus tard, mais le cadre de mes travaux n’ayant porté jusqu’à présent que sur les liquides bouillis et emprisonnés dans une atmosphère plus ou moins confinée, je ne saurais revenir sur ce que j’ai déjà dit (1).

(1) M. Léon Marchand. — Voy. D r L. Marchand. De la reproduction des animaux infusoires. F. Savy, éd. Paris 1869, p. 72 et suiv .,— après avoir assimilé avec juste raison le protoplasma des utricules végétales à la yelée sarcodique des. cellules animales, qu’il s’agisse des animalcules microscopiques ou des animaux supérieurs, en arrive à se demander si cette matière vivante, d’où qu’elle vienne, ne serait pas capable de donner naissance par elle-même, en dehors de son milieu de production cellulaire, à des éléments réellement figurés. Dans des conditions physiologiques normales, alors que l’élément sarcodique ou protoplasmique n’a point été modifié par les divers agents physico-chimiques qui sont à notre disposition, cela n’est pas impossible, et l’on ne saurait, ces restrictions faites, aller à l’encontre de l’hypothèse de M. Marchand et des

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Si, pour ce qui regarde la mutabilité des êtres cellulaires de la famille des algues, transformables en ferments, je puis être plus affirmatif que pour les êtres fungiques, il n’en est pas moins vrai que je ne l’ai pas observée dans tous les cas. Il m’a été impossible, notamment, de faire fermenter des sucs acides en les ensemençant avec le nostoc commune, et je n’ai pas été plus heureux avec les cellules vertes des coccochloris. A quoi cela tient-il ? Je l’ignore entièrement. Le nostoc a engendré, dans les ballons où je l’avais ensemencé, une membrafce mycodermique analogue à celle produite par les cellules à chlorophylle dont je me suis entretenu au chapitre précédent, et les ulricules du mycoderme étaient représentées là par des articles bourgeonnants ayant le diamètre et la configuration des hormogonies enveloppées dans la gangue gélatineuse du nostoc pris dans son état de nature.

En 1873, ayant soumis à la fermentation spontanée du suc de groseilles et ayant examiné, un soir, la nature du ferment alcoolique qui s’était développé dans la masse fermentante, je ne fus pas peu surpris de voir que j’avais affaire à un ferment en tout semblable au

autres savants autorisés qui ont pensé comme lui. Si l’on considère que les plasmodies, les prolistes (d’Hœckel) et d’autres êtres amiboïdes lorment un groupe imposant d’organismes anacellulaires, c’est-à-dire dans lesquels on ne peut distinguer le contenant du contenu, on ne saurait effectivement refuser, dans quelques circonstances, à la matière protoplasmique seule, le pouvoir de créer des cellules. Je répéterai encore, toutefois, que, n’ayant expérimenté que dans des milieux où la matière organique a été plus ou moins profondément dénaturée par l’ébullition, je ne saurais ni affirmer, ni infirmer ce qui peut se passer dans l’hypothèse présente ; la déclarer vraisemblable est tout ce que je puis faire jusqu’alors.

saccharomyces ordinaire de la fermentation alcoolique, mais présentant cette particularité qu’il était devenu mobile et traversait le champ du microscope à la manière des infusoires. Il n’y avait, d’ailleurs, autour de chaque globule mouvant aucun cil vibratil, et je m’assurai que j’avais affaire à un être végétal en le traitant par l’ammoniaque qui n’amenait en aucune façon la dissolution des éléments de la cellule. Le jour de mon observation, il avait fait un temps très-orageux, la fermentation était devenue très-tumultueuse, et, fait non moins curieux, le môme suc, observé le lendemain, ne présentait plus que du ferment immobile. J’ignore si ce phénomène a été noté par d’autres que par moi, et si je consigne le fait, c’est par simple curiosité , la question de mobilité ou d’immobilité du ferment alcoolique observée n’étant, sans doute, qu’une des nombreuses variantes de la mutabilité fonctionnelle des cellules végétales.

M. Trécul, que j’ai eu l’honneur de rencontrer à la Bibliothèque du Muséum, à Paris, m’ayant demandé une fois comment j’expliquais la transformation génésique delà cellule de levûre de bière en levûre lactique, je lui répondis que, pour le cas qu’il me citait, je ne pouvais admettre qu’une création endosporique de la nouvelle levûre au sein de l’enveloppe cellulaire de la levûre alcoolique devenue cellule-mère (1).

(1) M. Trécul, lui, en observant la transmutation de la levûre lactique en levûre alcoolique, a pu voir les globules de la première passer directement à la seconde par un phénomène d’accroissement graduel, la levûre alcoolique nouvellement générée n’étant alors, en quelque sorte, que l’état turgide de la levûre lactique, normalement beaucoup plus petite.

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Quelque précaution que j’aie prise, il m’a été impossible, dans mes expériences antérieures, d’assister de visu à la genèse de cette levùre lactique de nouvelle formation, et je ne puis rapprocher le fait que des phénomènes moins équivoques que j’ai pu observer sur les cellules des algues.

Une question de philosophie naturelle d’un ordre très-élevé se rattache, néanmoins, à ces phénomènes de genèse intrazymique, et du moment où j’obtiens sous l’enveloppe cellulosique d’une algue, par exemple, des organismes qui sont autres apparemment que les corpuscules reproducteurs normaux de cette petite plante, il semble que, tout en donnant la main à la doctrine panspermiste comme question de procréation cellulaire, je la donne également à l’hétérogénie par le fait de la descendance d’un être différent, au sein de cette cellule, de celui qu’elle semblait avoir mission de reproduire.

C’est en cela, précisément, que ces phénomènes, qu’on pourrait caractériser du mot d'inlragenèse, pris dans un sens général, me semblent l’expression de la vérité. La panspermie et l’hétérogéhie, à part l’esprit systématique qui s’y rattache, ne sont, au fond, que des hypothèses, et la mutabilité inlragénésique, telle que je l’admets et telle que l’expérience me parait la confirmer, présente cet immense avantage qu’elle est un moyen terme entre les deux doctrines contraires et que, sagement interprétée, elle peut combler l’abime immense qui les sépare. Elle a pour elle l’appui des faits de génération alternante dont le cadre s ? élargit tous les jours, et, comme telle, elle confirme l’axiôme : Omne v'ivum ex vivo .

Les pansperraistes purs se sont émus, dans ces temps derniers, du fait de l’apparition de bactéries mobiles au sein de cavités animales (1), entièrement closes et où, partant, l’on ne pouvait invoquer l’intromission de germes étrangers (2). Je ne sais, en vérité, jusqu’à quel point il y avait à s’émouvoir, car, à mon sens, l’idée que l’on a mise en avant de la génération spontanée ne pouvait sagement être mise en cause dans cette circonstance. Que l’on combatte l’hétérogénie lorsqu’elle présuppose la naissance fortuite d’un être quelconque en dehors de l’organisme, cela me parait logique, et l’expérience est là qui semble condamner jusqu’ici ce mode de création. Mais, jeter l’anathème sur ceux qui pensent et assistent de leurs yeux à la genèse de proto-organismes au milieu de la trame cellulaire vivante, dans des circonstances pathologiques ou non, c’est là, ce me semble, vouloir en imposer à la nature. — La naissance des bactéries dans les cavités que limitent certains abcès ne me parait pas plus du ressort de l’hétérogénie que ne semble l’être la formation accidentelle des amylobacter dans les cellules closes de certains végétaux (3) ; je ne vois là qu’une simple transformation mutabilitaire, et peu m’importe la doctrine à laquelle, de parti pris, l’on veut rattacher le phénomène,

(1) Cons. Bulletin de l'Académie de Médecine, Discussion sur les fermentations, à propos d’une communication de MM. A. Robin et Gosselin sur la présence des bactéries dans le pus des abcès froids, —1877.

(2) M. Pasteur a dit lui-méme : « Le corps humain, hormis le canal ntestinal et le poumon, est fermé à l’introduction des germes étrangers. »

.-B. t. lx xin, p. 1461.

(3) A. Trécul. — Cité par M. Ch. Robin, dans son Traité du Microscope, p. 932, Paris, 1871.

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C’esl abuser de la science que de sortir du rigorisme des faits en transportant leur interprétation dans le domaine abstrait de la métaphysique, et les savants, à mon avis, s’égarent lorsqu’ils tendent à assimiler leurs discussions aux luttes passionnées de la scolastique.

En assignant à la genèse des levûres le vaste champ de la mutabilité, je n’ai, pour mon compte, d’autre prétention que celle que peut revendiquer la physiologie expérimentale, et si ce mode de création peut paraître s’écarter parfois des faits normaux de polymorphisme actuellement consacrés par la science, ce n’est là, je le crois, qu’une anomalie purement apparente.

Une illusion seule plane sur tout mon édifice, c’est la confusion que j’aurais pu faire en attribuant aux êtres ou parties d’êtres dont je me suis servi des propriétés génésiques qu’il faudrait reporter aux granulations microbactériennes libres qui se rencontrent partout et qui, à mon insu, auraient pu se substituer, comme activité plastique et fonctionnelle, à mes organismes témoins.

> S’il est bien vrai, comme la science tend à l’admettre, que les bactéries, les bactéridies, les vibrions, voire même les spores-conidies de quelques mucédinées, — qu’ils fonctionnent ou non comme ferments, — ne sont qu’une des formes évolutives des leptothrix et des micrococcus, je ne pourrais affirmer d’une manière radicale qu’un ou plusieurs de ces organites infimes ne se soient point introduits dans les appareils que je me suis chargé de féconder.

Je me hâte d’ajouter, toutefois, que, si cette cause d’erreur existe pour moi, elle est également présente dans les expériences de tous les physiologistes, à

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quelque école qu’ils appartiennent, et si mes épreuves étaient à refaire, les leurs le seraient au même titre.

Lorsque la science aura pu définir nettement la filiation qui existe entre le point granulaire vivant ou le dernier étal de la matière organisée apercevable au microscope et les autres états des îevûres dont la reproduction, est définitivement connue, l’histoire des ferments pourra rentrer dans une nouvelle phase ; il faut, en attendant, qu’elle reste ce qu’elle est, sauf à perdre de sa valeur.

Je me suis arrêté, pour ma part, à la limite extrême où la science expérimentale me permettait d’aller ; puissé-je avoir touché la vérité!

Vu :

Vu et permis d’imprimer :

Le Directeur,

Le Vice-Recteur de ï 1 Académie

Ad. Chatin.

de Paris,

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