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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Comme nous l’avons déjà dit, l’enlèvement de l’épithélium en grands lambeaux est extrêmement facile et ce manque d’adhérence au tissu propre est pathognomonique de l’affection, d’après Szili, qui a tenté la même expérience sur de nombreux yeux destinés à l’énucléation et qui n’a obtenu des fragments infimes qu’au prix de grandes dificultés.

La facilité d'obtenir des lambeaux de grande taille, par arrachement à la pince, montre aussi que l'épithélium malade n’est pas devenu plus friable et qu'il possède même une certaine élasticité, caractère très important, dont nous aurons à re-

parler au chapitre de la pathogénie.

L'examen microscopique de la paroi des vésicules n'avait rien montré de caractéristique à Biber qui signalait seulement quelques cellules polygonales anormalement grandes et Szili, après ses premières recherches, avait été vivement critiqué par certains auteurs qui prétendaient que les lésions décrites étaient dues, soit à des artifices de préparation, soit à l’instillation préalable de cocaïne et que d’ailleurs, une brève immersion de la cornée dans l’eau suffisait à rétracter les noyaux et à faire

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apparaître des vacuoles. Aussi, dans ses expériences ultérieures, prit-il toutes les précautions pour se mettre à l'abri des causes d'erreur : les fragments observés, longs de 5 à 7 millimètres, ont été arrachés sans anesthésie et examinés les uns aussitôt, directement à plat, les-autres après fixation et coloration On ne peut donc critiquer sa méthode (au point de vue scientifique tout au moins)et d’ailleurs ses constatations ont été vérifiées à plusieurs reprises et tout récemment par Besso.

L’épithélium décollé contient toutes les couches habituelles. Les lésions sont surtout accentuées dans les couches profondes ; les plus caractéristiques (qui sont aussi les plus fréquentes) consistent en :

19 Rétraction des noyaux ;

20 Et en vacuoles périnucléaires.

Mais on trouve aussi d’autres anomalies, et en particulier :

30 Abondance de cellules basales qui en certains endroits sont tellement serrées qu’elles donnent l'impression de petites baguettes ; |

49 Vacuoles intercellulaires ;

90 Séries de grandes lacunes circulaires ou ovales dont les bords sont tapissés de cellules aplaties un peu arquées.

6° Accumulation de noyaux tassés les uns contre les autres ;

7° Figures de divisions cellulaires amitotiques (rares).

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Toutes ces particularités se trouvent par foyers et peuvent manquer sur de grands espaces d’un même lambeau ce qui prouve que la maladie ne reste pas localisée au point traumatisé mais qu'elle se répartit en foyers isolés sur toute la surface épithéliale.

La régénération des surfaces abrasées est particulièrement rapide, Szili qui en avait été frappé chercha si l’épithélium néoformé ne présentait pas des lésions expliquant les récidives et il put dans des cas où il avait lui-même arraché et examiné l’épithélium une première fois, l’enlever à nouveau, 5 fois, 24 heures après la régénération, une fois 2 jours après, une fois 4 jours après. Il constata chaque fois la même facilité d’obtenir de grands lambeaux et les mêmes lésions histologiques. De plus, dans l’épithélium d'un jour, les cellules basales sont plus aplaties et les couches moins nombreuses que normalement ; il y a peu de noyaux et peu de divisions cellulaires. Cependant après plusieurs arrachements successifs la diminution des anomalies était très nette.

De ces constatations on peut déjà conclure que les crises douloureuses ne sont pas déterminées uniquement par la disjonction épithéliale, puisque les lésions histologiques sont les mêmes avant, pendant et après. Dans les formes graves, sans traumatisme initial, Salus dit avoir trouvé, outre les lésions déjà citées, une accumulation de liquide sous et. intra-épithélial et une dégénérescence de cette membrane par endroit nécrotique et œdémateuse.

FRÉQUENCE ET ÉTIOLOGIE

La kératalgie traumatique est une affection assez rare : |

La statistique de Jensen (1898) portant sur 50.000 malades compte 37 kératalgies, soit environ 1 sur 1.300, celle que nous publions n’en montre que 28 sur 50.000, soit environ 1 sur 1800.

L’affection semble un peu plus fréquente au Danemark et dans le nord de l'Allemagne, qu’en Angleterre, en France et en Autriche.

Elle frappe beaucoup plus souvent les femmes que les hommes ; dans les 28 cas que nous avons relevés il y a 21 femmes et 7 hommes, soit les 3/4 et la différence est encore plus grande dans les

37 cas de Jensen : 31 femmes et 6 hommes, soit

un peu plus des 5/6.

Il est indubitable que l’âge intervient également comme cause favorisante; le maximum de fréquence se trouve entre 25 et 40 ans, où nous trouvons 20 cas, alors qu'il n’y en a que 4 au-dessus de 40 ans et 2 au-dessous de 25, dont, croyons-nous,le cas unique jusqu à présent d’un enfant de 4 ans (dans la littérature nous n'avons pas vu de malades

âgés de moins de 17 ans).

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Nous avons noté un assez grand nombre de mères allaitant leur enfant.

Pendant longtemps on à pensé que le traumatisme était la cause unique des crises kératalgiques ; mais, si nous inclinons maintenant à lui attribuer seulement une action accélératrice et aggravante sur un processus morbide indépendant, et déjà en évolution, il n'en reste pas moins que dans la presque totalité des cas, on le trouve dans les antécédents et que son rôle décisif n’est pas douteux. Mais il est nécessaire de procéder à un interrogatoire minutieux, les malades n’ayant souvent pas prêté attention à un choc insignifiant ou qui leur semble trop ancien pour avoir un rapport avec la douleur actuelle.

Généralement la lésion initiale est une érosion de l'épithéliurn. Cependant la lecture de très nombreuses observations ne nous a pas convaincu de la nécessité d’une perte de substance et dans certains cas, un simple froissement épithélial par un objet peu résistant, frôlant la cornée tangentiellement, doit suffire. Par contre, nous n'avons trouvé aucun cas de kératalgie après une blessure entamant nettement le parenchyme cornéen, et il est remarquable à ce sujet comme le notait déjà Hansen Grut, que les mécaniciens, serruriers et forge rons, si souvent blessés à la cornée ne présentent pas cette affection (du moins pas à la suite d’un accident professionnel). Les corps étrangers cor-

néens, non plus, n’y prédisposent pas.

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Le choc le plus souvent signalé est le coup d’ongle d'enfant, puis viennent les traumats par feuille de plante d'appartement et bord de feuille de papier, c’est-à-dire par des objets relativement tranchants, mais que leur faible résistance et leur force vive minime rendent peu aptes à pénétrer dansle parenchyme

‘cornéen. Pour peu qu'ils frappent l'œil avec une certaine obliquité ils froissent ou décollent l’épithélium dans les cas où le clivage est facilité par la grande différence de résistance entre le tissu propre normal et son épithélium malade et par leur adhérence très diminuée.

Aucune maladie générale ni locale ne semble favoriser l'apparition de la kératalgie qui au contraire ne se déclare qu'exceptionnellement sur des yeux atteints antérieurement de kératites superficielles ou profondes.

Pour expliquer le petit nombre de kératalgies par rapport à l'énorme quantité d’érosions épithéliales on a dit que cette affection survenait surtout quand la cicatrisation s'était effectuée dans de mauvaises conditions et sans surveillance, mais nous avons trouvé tant d'observations où la lésion primitive avait été constatée et soignée que nous ne sommes pas sûr qu'on ait moins de chances d’avoir une kératalgie après une érosion convenablement traitée qu'après une érosion laissée à elle-même, peut-être du fait qu’une légère infection favorise une meilleure adhérence par ses réactions inflammatoires.

De nombreux auteurs ont incriminé l’arthritisme,

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d’autres l'extrême nervosité (en effet fréquente) sans fournir à l’appui, de preuves convaincantes et en définitive, la cause de la dégénérescence épithéliale qui permet à un faible traumatisme de déclen-

cher la kératalgie nous demeure inconnue.

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