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Sur la liberte de l'enseignement

La loi sur la liberté de Tenscignc nicnl, que le discours de la couronue nous avait annoncée » ne peu! « quoiqu^nn changement de Ministère en ait 'ajourne la présentation, tarder beaucoup à se produire. Cette grave qaestion, portée a la tribune nationale « y sera envisagée sons toutes ses faces « sondée dans toutes ses profondeurs. Les bommcs spéciaux que possèdent nos Chambres éclaireront la matière de tonte la lumière qn^elle comporte « et nous sommes fondés ^attendre de leur sagesse, non pas sans doute dans sou complet développement t mais à coup sur dans ses bases les plus

solides à la fois et les plus larges /un code qui nous manque , le code de renseignement public. Votre expérience , Monsieur , votre dêvoûmciil aas Téritables intérêts de rilniversité et de la France ne nous feront pas défaut en cette circonstance solennelle , et le passé nous répond de PaTenir, Oserai-je tous demander , avant que Paction ne s^engage , un moment d^audience P Je serais trop heureux , si ce Lruvail, dont je vous prie d^agréer Thommage , pouvait ajouter une pièce telle quelle au riche dossier qui est déjà entre vos mains !

J^ai rhonneur d'hêtre ,

Monsieur,

Votre très-humble et trèsreconmissant serviteur ,

' A.GHA111IA, ' ProSHietr «te PMdsopbie à U F«€al(é *

Gaea, ce 17 novemliie ISftO.

Messieurs «

Lorsqa on accepte la périlleuse mission de porter la parole devant une assemblée aussi imposante que celle qui (je n'y songe point sans etfroi) va me prêter m moment son atteutioo , c'est un devoir pour l'orateur , auquel le dioix de son sujet est remis^ile cbercber^afin s'y arrêter de préférence 9 dans font ce qui a pu être l'objet de sa pensée « ce qu'il aime le plus et ce qu'il sait le mieux. 1A, en effet» il trouvera» s'il lui est donné de le trouver quelque part , le secret d'Intéresser et de plaire. Aussi est-ce un usage plein de convenance à la Ibis et de modestie , que celui qui amène tour à tour le jurisconsulte à vous parler de sou droit, le savant de sa science, le littérateur de ses théories littéraires» le médecin de ses vues sur l'art de guérir.

Il m'eût été bien doux^ Messieurs» de suivre ces errements. Avec quel plaisir je vous aurais entretenus de ces

études qui me sont si chères ! Que j'aurais aimé à vous montrer» tel que Je le conçois, le rôle que notre philo-

^hle est appelée àprendre et prendraiptèlqae Jour dans )e drame de la vie sociale 1 Mon entbousiasme/ma fol

sincère et vive dans ces hautes destinées m auraiciu tenu lieu d'él()(iii( iH t -, et, marquées de ce cachet, mes exaj^érations elles-mêmes, comme celles du père et do 1 t'poux qui décrivent avec complaisance les vertus d'une fille chéiie> d'une épouse adorée > auraient trouvé grâce devant vous.

Ce bonheur ne m'est point permis. Avant de s'appartenir k lttl-m6me , chacun des membres d'une société appartient an système auquel il est lié ; et si la sécurité commune est troublée , si les intérêts généraux sont compromis , toutes les préoccupations personnelles s'effacent, ou du moins s'ajournent. Il est des instants où le corps enseignant ne connaît plus ni ciiimistes , ni géomètres, ni rbéteors^ ni philosophes ; où il ne compte plus que des professeursL

Nous sommes dans un de ces instants critiques. Plus que Jamais inquiète sur son avenir^ la patrie universitaire appelle , comme âMant de soldats dévoués h sa cause , ses

fonctionnaires de tout ordre et de tout grade autour du drapeau qu'elle déploie. Serrons nqs rangs, vous disait récemment encore l'illustre déléfjrué (*) que nagui^re M. le Ministre de l'instruction publique envoya dans nos murs: r heure du combat a sonné !

Un prlvlléjBie qui coniiait exclusivement à notre Univ^sité l'éducation nationale et que la loi du 28 Juin avait déjà èn partie déchiré dans nos mab» , va être mis en lambeaux. Ce que la sesMon de 1833 a fait pour PenselgnemeuL primaire , la session prochaine le fera pour l'en-

O V. le baron Tbéo&rd.

aelgiiement secondaire , et peut-être (car on ne s'arrêtera pas long-temps sur cette pente) pour renseignement supérieun La carrière Couvre de toutes paris à tous les procédés, à toutes les méthodes pédagogiques. On ne a^élèvera plus contre ce qu'on appelait le monopole unlTersltalre $ et notre corporation ne sera désormais qu nue association en c[uclquc sorte particuliùrc , k côté do laquelle s'établiront, pour lui disputer son inllueuce et son champ d'action, mille associations rivales. Nous auroos bientôt, sur tous les points et dans toute son étendue, la liberté de renseignement

■ Cette expérience que notre France tente à ses ilsqueft ' et périls, est , & coup sûr (on ne le remarque pas assez ^ , un des événements les plus graves que nos temps , à féconds en grandes choses, nous pouvaient donner en spectacle. Modilier cliez une nation l'esprit et les doctrines qui s'empnrent de riiomnic ;^ son berceau pour le suivre et le dominer dans tout le cours de rexistence , ce n'est rien moins, Messieurs, que clianger l'attitude morale d'an peuple.; et une mesure qui provoque des modiflcatloi» de cette nature ouvre nécessairement la porte , je ne dis pas à ces révolotions superficielles, extérieures, plus apparentes que réelles, qu'on nomme révolutions poUtfques, mais à ces révolutions profondes , pénétrantes , pliK réelles qu'apparentes, aux révolutions sociales^ aux véritables révolutions.

Lorsque de telles questions se délialltijat si près de nous, se discutent chez nous, en attendrons-nous avec une in* ififférence et une impassibilité qui ne sont ni dans nos mceurs , ni dans nos devoirs , la solution toute fotde? Ne jetterons^nous pas au contraire , autant qu'il sera «a nous, dans la balance oit nos destinées se pèsent, nos

libres réflexions? C'est pour nous , Messieurs, bien plus encore que pour nos pères , c'est pour l'expérience ei la force bien plus que pour la faiblesse et l'iDexpérieucc , qu'il a été dit : Aide-toi, le ciel l'aidera.

Je viens vous entretenir aujourd'hui de cette disposition législative qui intéresse à un si liaut degré ravenir de l'Université > et par suite Favenir de la France.

Poser devant vous, MesBlenrs , et tenter de résoudre toutes les questions partielles que comprend notre question générale , ce serait une tâche Immense , et qui , outre qu'elle serait peu en harmonie avec ma faiblesse , demanderait un temps que vous ne pouvez m'accorder. Je me bornerai donc à toucher quelques-uns des nom- * breux problèmes qu'elle soulève , choisissant » pour les agiter Ici, ceux qui se rapprochent le plus de mes haUtui^es Intellectuelles y et qui , d'ailleurs « me semblent se prêter h des considérations moins Indignes de vous. J'étudierai ^ ' sans prétendre épuiser mon sujet, la mesure qui émancipe chez nous l'enseignement public; en premier lieu , dans sa légitimité et dmis son opportunité ; en second lieu , dans ses conséquences probables , soit en bien , soit en mal; en troisième et dernier iieu> dans quelques-unes des obligations qu'elle crée » d'une part, pour le pouvoir qui la propose , de l'autre» pour l'Université qui Taccepte ou lasnblt

Et d'abord, la liberté de l'enseignement doit-elle un jonr ou un autre prendre place chez un peuple, dont la vie ne sera pas suspendue avant l'heure, entre ses institutions?

Pour établir avec quelque rigueur la réponse que je donne à cette questlon^jernevols condamné à partir d'un peu haut» et en apparence d'un peu loin; ne vous en effrayez pas. Le point de départ éclairé , toute la carrière

seralamlneuse. En abordant notre problème à ml-route pour arriver plus vite , nous rembarrasserions de mille incidents qui nous arrÔteraieiiL à chaque pas et dont jiar là je vous sauve. Allonger ainsi , c'est abréger. Si donrjo vous parais eo commençant me reporter à la création , ne vous hâtez pas trop, dans votre Intérêt bien-entendu ^ de n'appeler au déluge.

lé constate en mol , Messieurs , dans mon commerce continuel avec la nature extérieure , deux états snccessife ou simultanés qu'incessamment je me donne. Tantôt je me saisis, lorsque mon activité atteint et déplace les corps qui m'environnent , comme voulant purement et simplement écarter un obstacle qui me gêne ; je repousse ces objets qui m'importunent sans autre intention que celle d'en débarrasser mon chemin. Tantôt , au contraire , je veux forméUement, expressément , quand fébranle. le milieu dans lequel Je me meus » le plier à mes vues, le fiiire servir à mes desseins. Les réalités qui m'entourent se disposent entre mes mahis , à ma vofx > sous mon souffle , comme autant de moyens qui tendront de concert au but commun que je leur marque. Dans cette dernière situation où je viens de me surprendre , je me sais comme force intelligente et libre ; capable de prévision et de préméditation ; pouvant dans Toccaslon se pOser et atteindre» avec le concours de certains auxiliaires plus oa moins dociles k ses ordres , une fin déterminée ; comme cause finale , en un mot.

Ce que je sens en moi , Messieurs , vous le sentez en vous. L'individu sous ce rapport, c'est l'espèce ; Tbomme, c'est l'humanité.

L'humanité même en ceci n'est pas privilégiée ; ce que nous pouvons à ce titre, l'animalité tout entière le peuL

Nous reconnaissons autant de causes finales que nom comptons d'êtres vivants.

Le monde en est rempli. fAaS& aa-delà du monde ok nous voyons^ où nous entendons s'agiter cette innombrable armée de causes intentionnelles , ne trouvons-nous que le néant et son silence, que la nuit et ses ombres?

Il y a, Messieurs , enU'c vos àmcs et lu iiiioime , un abîme, un abîme sans fond. Je \oui> \ isitf cependant, et vous me visitez. Ccsi que \h où l'observation nous abandonne parce que la terre manque sous sou pied , d'autres puissances auxquelles il a été donnéde fendrerair, rinduGtion et la fol nous prennent sur leurs ailes; el par elles l'intervalle qui nous sépare est comblé. Cet homme qui se précipite et dispute a la mort l'enfant que déjà le fleuve avait enseveli dans ses ondes , ne vous laisse-t-il pas apercevoir en lui, au-delà des mouvements matériels qui aboutiront à la conservaliou d'une existence compromise, Ihitention formelle de la sauver ? L'araignée qui tend sa toile et la répare lorsqu'un accident l'endommage « ne songe-t-elle pas évidemment à la proie qui bienl6t tombera dans le piège , et dont elle vivra ?

Nous découvrons dans les êtres animés, avec lesquels nous sommes en rapport , l'énergie volontaire , iuten- ' tionnclle dont ils sont pourvus , à travers ces formes organiques, qui, tout eu nous la dérobant , ii( 1 1 révèlent Ce n'est pas tout L'agent interne et caclié ne se produit pas seulement dans cet instrument matériel qu'il porte partout avec lui et que nous appelons son corps ; il se projette sans cesse et rayonne hors de cette étroite enceinte. Le monde extérieur s'ouvre devant lui ; fl en prend possession ; il le parcourt comme son domaine ; et, lorsqu'il le quitte, ou peut encore y leuiarquer de toutes

ports les traces qu'y laissai passage. Que Pourrier op^rc près de moi, loin de moi, peu m'importe, si son œuvre me reste cl léraoigne en son nom. Dans l'effet présent, je vois la cause absente. Ce temple i iiintS dontune terre maintenant iiiliabitée offre au voyageur les débris épars , lui dénonce i'arcbttecle qui jadis l'a construit ; et si j'aperçois, en aborjdant uBe plage inconnue » une figure de géométrie dessinée sur le sable > Je m'écricra!^ sans hésiter , avec on ancien philosophe : Void des pas d'homme!

Qael est done ce symbole spécial qu'âne force Intentionnelle, une cause finale grave sur tout ce qu'elle touche et auquel nous la rcconnaissoDS toujours ? Ces mauvaises lierbes que le jardinier n'arrache que pour les détruire s'entassent pôle-mêle, s'accumulent confusément, en un mot se Juxtaposent Ces Idées que je destUie à traduire une pensée, à souteidr une thèse, s'ordonnent , se combinent , s'harmimisent , s'enchatnent par les liens nystârieià qui portent l'unité au sein de la variété, en un mot a^orgmifsent Au-delà d'une pure juxtaposition , H n'y a rien pour rintelligence humaine ; tel est le caractère d'une œuvre faite , comme nous disons, au hasard. Audelà d'une organisation quelconque ( t(^l est est en effet le caractère d'une œuvre disposée comme moyen pour atteindre une fin), la raison vadiercher et découvre un principe organisateur. .

L'univers, c'est , pour quiconque ne ferme pas les yeux h la lumière, ee temple trouvé par nous dans le désert ; c'est cette figure qu'à l'entrée du vaste emï^re dont le puissant monarque se dérobe actuenemenl a nos regards, nous voyons enq)reinte sur lcsal>U' du rivage. Laissonsnous donc aller ( la rosislnnce ici serait plus qu iiupie , elle serait absurde) à la droite et sainte pensée qui nous

montre dans le lointain , sous te voile dont il se coimc , le suprême architecte, le géomètre étemel !

Si vons ne m'accordez cette vérité , Messieurs, je les nie tontes. A quiconque me contestera la higitiinité de IVssoi i]iu m'élève h T^re des êtres, je couperai aui^sitôt , en m armant contre lui de son doute, le chemin qui le mène, non-seulement au monde extérieur» mais encore*» dans le monde interne^ à l'un des pliénomènes les mieux constatés par tout être vivant, à son identité personnelle; Je le condamnerai immédiatement à une solitude absolue; et, qui plus est, retranchant à son existence propre le passé et l'avenir que seule l'induction peut lui donuor, je ne lui laisserai que l'instant indivisible daus lequel le présent renferme. Non, Messieurs, il ne faut croire en rien, pas ikième en sa propre durée, ou il fout croire en Dieu.

L'univers est une œuvre divine; car l'univers est un ensemble organisé. Dans l'univers» l'homme est un des pro« duits les plus élevés de la cause suprême ; car lliomme est une des plus merveUlenses organisations que nous j puissions admirer.

L'univers a donc un but ; l'homme une destination. — Quel est le but de ce vaste ensemble au sein duquel nous sommes perdus ? C*est ce que jusqu'ici l'inspiration relifTieuse a pu seule se hasarder à nous dire. La science , sur ce point, garde encore le silence , et comme elle nous nous tairons. Mais si la prudence philosophique hésite à se prononcer sur le grand problème» sur le problème universel» il est plus d'une des questions particulières qui le décomposent sur lesquelleselleest en droit»dèsai4oard'hui, ' d'oser une conjecture, de proposer une solution. Nous croyons savoir, ou plutôt nous savons, ((ucllcesl la destination spéciale de tel ou tel ôtre, et cutr'autres de l'être

que, sous ce rapportait nous importe le plusdecoimaltre> c'est-à-dire de riioiiime«

Permettez-moi de tous expU^pier en denx mots comment cette science nous est venue $ comment, dans tous les cas analogaes , elle pent et doit nous venir. — Ponr obtenir la fin d'un ôlre, voici, selon moi, le procédé Infaillible qu'il lui faut appliquer. Prenez l'agent dont vous voulez déterminer la dcslinatiou. Constatez ce qu'il fait , ce qu'il fait partout et toujours ; puis rctrancliez à cette existence que l'observation vous donne telle qu'elle est, tout ce qui vous blesse, tout ee qui Vous répugne en elle; sobstitoex à ebacnne de ses Imperfections une perfection correspondante ; élevés le réel à son idéaL Vous aurez la in de cet être.

La fin de Phomme, Messieurs , c'est de bien faire ce que trop souveut, hélas! il fait si mal. Mais enfin que fait-il? qu'est-ce que la vie humaine ?— Notre attribut fondamental, essentiel, l'attril)ut qui constitue notre existence personnelle^ c'est la volonté. L'homme est avant tout un être q«i vent* Gomment la vie volontaire se déroule-t-elle partout et toqfours ? La voyei-vons au berceau soumise à la nature, esclave de l'autorité, soit domestique, soit sodade ; pins tard, s'efforçant de briser, pour se conduire par ses propres inspirations , et brisant ce frein salutaire; enlin, lorsqu'elle s'est constituée maîtresse d'elle-même, se livrant liliroment h un principe d'action auquel elle obéit? Ainsi se développe dans tous les temps , dans tous les lieux , au milieu des conditions les plus diverses , la volonté bumaine , passant tour k tour de l'esclavage à Plndépendance , de l'indépendance à la liberté.

Pelle est la vie. Nous ne la changerons point. Qu'elle suive donc son cours! Seulement qu'elle trouve partout

autour décile , au lieu de ces mille obstacles qui l'entravent et la gênent, toutes les conditions qui la peuvent seconder cl servir! L'autorité qui pôsc sur le premier âge est trop souvent une tyrannie; qu*ellc soit toqjours une tutelle l L'émancipation est aveugle et irréfléchie ; qu'elle soit circonspecte et clairvoyante 1 La liberté , alors, ne sera plus la licence; elle ne sera plus le dévergondage de la pensée et de l'aclion ; elle sera , ce qu'elle doit être , Tobéissance \ olontaire à noire véritable maître^ la soumission à la loi !

Je comprends» Messieurs, votre impatience » et j'arrive. En fixant avec vous la destination de l'individu »f ai dm même coup fixé la destination de l'e^ce. L'humanité » ainsi que l'homme , est tout entière dans la volonté ainsi que rhomme, rhumanité passe du régime de l'autorité qui dirige son enfance , au régime de rindépendance que demande sa jeunesse , pour arriver dans son âge mûr au régime suprême , au régime qui couronne la vie sociale comme la vie individuelle > à la liberté.

Ce qui est devait être. Un peuple enfant v^atune malD amie qui soutienne ses premiers pas et l'introduise doucement dans l'arène; autrement , il roulerait de chute en chute et se perdrait bientôt dans l'abîme. Et cependant, quekjue douce (iuc soil leur enfance , les nations grandibseuL ; elles devaient grandir. Qui de nous accepterait , en échange de cette existence provisoirement fatale, définitivement indépendante et libre qui nous a été départie, une existence éternellement soumise à la fatalité ? de nous , s^U en avait le pouvoir , arrêterait sa course à rftgc de la servitude par lequel il la commence? Itous no voudrions point de cette vie avortée. La fleur après la feuille ; le fruit après la lîeur ! Qu'elles soient de fer'ou

â*or , ces cliaines qtie portait notre entoce tomberont de

nos mains stlou le vau de noire raison comme scion le vœu de notre nature ; et nous estimons trop haut , pour nous le laisser jamais ravir , le magnifique privilège que seul entre toutes les créatures rtioame ki-has possède 9 d'eptrer ée nous-mêmes et de noua aasoctar dès cette yi^t par Tnsage glorieux de notre force Ubre, aux Tues du Créateur t

Dl âge Tient donc pour nousoii Tautoffité qui nouacon« duisait , après aTOir folt notre éducation , se retire et nous livre îi nos propres lumières ; où la citd , après avoir été gouvernée par une expérience étrangère, est mise en demeure de se gouverner elle-même. 0"^ ^oDt au fond, Messieurs , nos gouvernements représentatifs ? Ils succèdent partout, vous le voyez, au régime de Tautoitté^à la monarchie absolue. Us préparent douoemept ^ ment» rémancipation sodale; UsproToqnenl datMs leura moyens , et f éaliseut , là oft Us le peureut sana tnp de péril, le gouvernement du pays par le pays»

Ce n'est pas seulement, dans lello ou telle sphère do l'action sociale que cette sulistitution duréK'ime de l'indépendance au régime de l'autorité se produit et doit se produire ; c'est dans toutes. L'art s'émancipe comme l'industrie, la science comme la vertu* Que l'euseignemDt 9lt donc son tour 1 Four rweiguement» ainsi que pour le reste» aprdft le r^«l0 de rantortté le r^faoe de 11n4)é« pendance ; après le droit divin le droit eomlilottoMirti

L'enseignement devait être un jour émancipé, déclapê libre ; mais ce jour était-il venu ? La mesure qui l'affrancliit est assurément légiliiiie ; mais est-elle opportune? J'ose l'aflirmei;» en faisant mes réserves toutefois. Car je n'oublie pas que je sors ici du tenatoseliriedelistscieiiov

où la eerfltide peut s'aaBeoir^ poar entrer sor le sol vm^ bile de la politique la probabilité ne pénètre qvth grand'pcinefOù nos conjectures ne marcbent qu'en bron* ' chant. Voici , dans tous les cas , sur quelles obsenrattons

mou opinion se fonde.

Il est des indices à l'aide desquels le pilote , encore en pleine mer, pressent le voisinage du continent qu'il espère. Il est des signes qui révèleui à l'bomme d'État rapproche , la vernie de ces besoins 5odaax auxquels sa prudence se bâte d'oMr , pour ne se la pas Toir plus tard arracher par la yiolende , leur légitime satisfaction.

En général ^ si un principe , quel qu'il soit, est admis par une législation quelconque, si ce principe a pdnétri^ dans les mœurs de la nation , s'il s'est rangé au nombre de ces croyaiices dont la raison publique d'une époque n'est que la somme, soyez assures que toutes les vérités secondaires qui en dépendent lui seront successive-» ment amenées; ponr 7 rattacher tonr-à-tonr chacune d'elles^ la logique nationale n'attend qu'une chose; qu'elle soit avertie qn'tt y a devant elle un filet d'eau qui s'échappe de son fleure» un lac formé par l'une de ses mers.

Or , Messieurs , le citoyen que nos lois autorisent à élire, pour ses intérêts de toute sorte, ses représentants , ses mandataires . ses fondés de pouvoir , n'était-il pas illogiquement privé du droit de choisir ceux qui le doivent représenter dans une des cire(»istaBces les plus Importantes de sa vie; îcenx auxquels 11 veut confier ce qu'il a de ^Uiseb«r» rafeulr tout entier de sa jeune famille» l'éducation dé seseirfSats? Ce droit, en effet, quoiqu'il ait été plus ou moins expressément reconnu depuis 89 jusqu'en 1830 par les différents régimes qui out occupé ce

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demi-siècle, nous était réellement interdit Tout au plu^ nous était-il permb d'introduire à grands frais , au foyer domestique» un précepteur selon nos goûts ; l'éducation publique , l'éducation à ltf>n marché y la seule après tout

à laquelle le gros de la nation puisse prétendre, la seule d'ailkuis où la vie sociale s apprenne et se prépare, ne connaissait que l'enseignement universitaire , et l'Université était tout entière sons la dépendance de l'Élat. Ce qu'on nous accordait d'un côté , on nous le retirait de l'autre; notre droit périssait faute de se pouvoir exercer* La position n'était pas tenable. Ce mensonge ne vivait que' parce qu'au milieu de nos préoccupations de tout genre U passait tnàqperçu. Ia Restauration, Messieurs, à laque&e nousdevons peut-être quelque reconnaissance pour tout le bien qu'elle nous a fait réellement au lîeu du mal que, probablement sans le savoir , elle voulait nous faire, prit soin elle-m{^me de nous dessiller les yeux ; et par Ik elle contribua, autant qu'il était en elle, à notre émancipation véritable. L'éducation de l'enfance et de là jeunesse fut ostensiblement détournée , par ses mains Inintelligentes, du lit que les temps lu! avaient creusé ; et 11 ne tint pas à ces limatiqties adorateurs du passé que notre monde universitaire, tournant le dos à la bannière qu'il devait défendre , ne reprît , par un deploi a])le retour , les couleurs du moyen -âge, La France cependant voulait marclier devant elle; elle ne pouvait faire cause commune avec ces étranges conspirateurs qui avaient juré , dans leur aveugle colère , de supprimer an moins une des divisions de la durée , l'avenir. Elle s'émut, fronça le sourcil, leva le bras; toutes ces résistances factices aossltdt s'évanouirent; les'destiftées'reprlrent leurs cours ; et notre soleil , dissipakit le ' nuage dont .

ui' momeiit sa liée avail été obscnrcfe» d^cd Jeta que plus de feux. Le péril anqnel nous Tenioiis d'échapper

nous avertissait assez des précautions que nous devions preiitlre pour eu préserver notre marche ultérieure , et lîi Charte de 1830 s'engagea à fonder sérieuseoieut chez nous la liberté de renseignement.

Je vous le demande. Messieurs, le vcen national qui r^damail cette liberté ponvait-ii cboiar^ponr se prononcer» un moment plus convenable? N'est-ce pas surtout loTsqne ladontenr noos accable, qa'U noua est permis d'appeler lé banme qnl la ponrra calmer?

Notre loi est îi la fois légitime et opporlnne. A ce doubie titre elle sera nécessaire nteiit utilo; et je vois de toutes parts, grâce k son action salutaire ,1e bien succéder au maL Qu'il mesufiise de vous s^naler un desnombrena services qu'elle est destinée à nous rendre 1

Les quatorze siècles d'existence que compte le rojamne deFrance coi^tnentyMessienrSyi^ mon avfs, notre enfonce nationale. Ne murmurez pas trop contre ce jugement. Ne vous plaignez pas d'être jeunes. Tour moi, j'aime à voir s^ouvrir devant ma patrie, en dépit de tous ces prophètes de malheur qui déjà sonnent ses funérailles , un long , un • briUant avenir l Jusqu'ici donc ce peuple enfànt a dû vivre d'une vie emprunt » 9 f ^ obév à ufk mobile extérieur, n iui fiillait une tuteHe. Savez-vouaquel a été ce tuteur? CTeA, Hessieurs^un triple espuitqui s'est combiné potirpfé^ sider à notre éducation preudère , Tesprit Juif ou oriental, l'esprit romain et l'esprit grec. L'Orient nous a donné sa religion, Rome ses lois, la Grèce sa science. Religieuse, politique y scientifique , notre i-ducatioii a été ce qu'elle devait être ; nul peuple en Europe n'a marché mienx que noua.» p§ndaat ceUe longue p4£i^> dansJkIriple v^ie

où nos papes , nos empereurs et nos commentateurs d'Aristote nous^ont engagés et conduits. L'Université, ponr sa paît 9 a «Ugnement rempli sa t&che : il était diffidie d'exprimer de la sagesse andeone» avec plus dliaMieté et de déToûiemettt , la nourriture substantielle qu'elle était chargée d'en tirer. Aujourd'hui cette tutelle expfreî L'humanité sent frémir dans ses flancs un iih de l'esprit antique qui l'a puissamment fécondée; l'esprit nouveau est à son terme; il ne demande plus qu'à naître! Nos méthodes pédagogiques veulent donc être, pour se mettre en harmonie avec notre condition présente, développées sur quelques p(^ts, transformées sur d'autres, modifiées suftous (1). Ces modifications. Messieurs, ces transformations, ces développements, quelle mesure pouvait les provoquer plus énergiquement, les déterminer plus infaillible me ut que celle qui abaisse la barrière devant toutes les ambitions ; qui invite tous les systèmes îi se montrer , toutes les singularités à se produire; qui met enfin l'éducation publique au concours ? Ne voyes-vons pas défà, dans ce vaste creuset où tant d'idées vont descendre, le prindpe qui nous anline attirant à lui, par une affinité secrète, les éléments qu'il peut s'assimiler ; rèpoussant au eontrahre, par une antipatliie marquée, ceux qui ne feraient qu'encombrer et obstruer les canaux dans lesquels la vie coule et circule ; cherchant enfin et rencontrant la nourriture qu'il réclame non seulement pour s'accroître, mais encore pour s'affermir?

Voiià^ comme nous disons, le beaucùté de la médaille. Én yold le revers. Ne découvrez-vôus pas avec moi sur cette mer inexplorée , que nous allons maintenant courir, un double écueil contre lequel, si nous ne résistons avec énergie aux vents qui nous y portent , nous risquons fort de nous 1)1 iser?

L'Université est, dar.s mon opiaion, et dans la vôtre sans doute, un corps éiiiiiîiiiiimeut utile; c'est le noyau nécessaire d'une organisation qui ne demande qu'à s'étendre: c'est un centre autour duquel mille éléments épars ou entassés dans notre chaos social aspirent à. s'ordonner. La liberté qui nous est faite ne tend-elle pas à dissoudre , au lien de lui donner sa suite et son complément légitime , cette organisation commencée ? Voyez , Messieurs , et jui^ez. — Une antique corporation régnait sans partage sur l'cust ignement public. La loi parle ; et toutà-coiip mille associations rivales lèvent la tête et s'installent à sescôtés. Que fera la nation en cette circonstance? Ce qu'elle aurait à faire n'est pas dontenx. libre de dioisbr son guide , ne recoonattra-t-elle pas à des indices certaiDs* (entre ceux qui. se disputent sa confiance^ à qui elle la peut accorder sans inquiétude, à qui au contraire elle, la doit refuser ? Ici, elle trouvera un corps depu-s long-temps coa^litué ; des iiiclliodes sagement et patiemment éprouvées; des hommes, tels que nos .ToulTroy, nos Cousin, nos Vilk^nain, nos Guizot, nos Ihénard, nos Salvandjr, et tant d'autres que leur génie lui recommande autantque leur vertu: là, des institutions nées de la veille; des méthodes qui à toute force voudront étrenouveUes et qui le seront au moins en apparence, sinon en réalité; un personnel sans nom, aussi neuf, aussi inexpérimenté que lesprocédésau service desquels il viendra so mettre. Placée entre ces deux prétendants, la raison publique pourraitelle hésiter? Le père de iamiile, pour peu qu'il comprenne ses intérêts et ses devoirs , ne lancera pas h l'aventure, dans des routes impratiquées , impraticables peut-être, les enfants qu*ll aime plus que lol-mème; ce n'est pas sur des têtes sldières qu'U consentirait à tenter, comme sur

des choses sans valeur , une périlleuse expérience ; il s'adressera donc à aos vieilles écoles ; et nous le verrons rçmorqpier librement sa taniite pradcaite au navire uuivèrsltaire. C'est là, Blessieiirs, ce que la nation devrait faire; est-ce là ce qa'eUe fera ? Hélas t nous ne savons que trop combien la passion est aveugle^ Nous n'en sranmes plus à apprendre couiiucnt en plein jour et dans les questioiis los plus simples un peuple lout entier peut s'égarer et s'égare. Ne connaissons-nous pas assez cet esprit de réaction qui emporte si souvent un mouvement légitime à son point de départ , au-delà des limites où cette l^fllimlté expire? et les principes les pbis utiles « tant qu'ils restent dans la mesure» ne devieiment-lla pas sans cesse des sources intarissables demisères^parce qu'ils tombent dans l'excès? On ne passe point sans danger d'un extrême h. l'autre. Toute crise est natm'ellement salutaire, nous ne l'ignorons pas; mais l'art ^ en y portant la main , ne peut-il pas faire, et ne fait-il pas tous les jours de ce qui était une ressource pour la vie» un moyen de plus pour la mort?

Le péril que je vom signale ici tient à notre naturct Partout oit se produit l'bomroe^là se OKintrent l'exagérationetl'abus. C'est récueilbumain*— Un autre danger nous inquiète encore , plus passager sans doute, pbn local , mais aussi plus menaçant II naît des circonstances dont notre gouvernement marclie entouré. G est l'écueil politique. — Tout ce qu'il y a, iMessieurs, dans notre France d'esprits sages» éclairés» honnêtes» quelles que soient d'ailleurs les sympathies qui les unissent à telle ou telle forme gouvernementale» à telle ou telle dynastie, s'ac** cc^ent aujourd'hui à reconnaître que ce n'est pas par des tourmentes cootînue]Ies»par des révolutions de chaque

Jour , qu'une société avance. On avoue cnlin (ct> quoique tardif, cet aveu n'en est pas moins heureux) qu'il faut» pour édifier quoi que ce soit , avoir sous ses pieds une

base solide ; que l'avenir ne saurait Otre qah la condition de s'appuyer sur le présent et le passé; qu'en un mot, le premier devoir du c'.toyen envers la patrie, c'est de maintenir ce qui est L'esprit de conservation , lorsqu'il ne s'entête pas dans une immobilité qui « du reste , est im^ possible, c'est Tesprit de progrès. Le radicalisme (conjorons-le, Rtesslenis, de tous nos efTorts réunis) , le radicalisme qui ,pour tendre à son but , invoque la tempête, va nécessairement au naufrage. Au nom du ciel, jeunes gens , au nom de la patrie que vous aimez et qui vous aime, ne \ ons laissez pas prendre h ses vaincs promesses ; ne montez point sur son l)ord(2)l Que voulonsnous donc , Je vous le demande ? Kotre gouvernement B'est-il pas le gouvernement le plus généreux le plus Ubéfal,leplus intelligent des gouvernements de l'Europe? Vous n^édiangerles pas, j'imagine, le règne de la Charte pour celui du bon plaidr; et ce n'est pas l'absolutisme de la Russie , ni radiiiiiiistratlon paternellement despotique de la Prusse on de l'Autriche, qui vous pourraient sourire! L'Angleterre, ie gouvernement anglais veux-je dire en impose davantage à ceux qui ne le voient que de loin , et à travers les prestiges dorés dont il se voile. Regardez-y de plus près. Soulevez ce manteau de pourpre* N*apercevex-vou$ pas^ sous ces langes féodaux qu^ll n'a pas su dépouiBer quand llieure en était venue , des signes de décadence, des symptômes de dépérissement ? Son machiavélisme raffiné, son étroit égoïsme (encore un coup je ne parle que du gouvernement anglais , je ne parle pas de 1* Angleterre ) ne vous dénolent-ils point

oetle phase de la vie où la force qui s'en va intronise ta nue en ta place; où le sang appaml^ ne pouvant déaonnais écbaiifllsr tous les membres ^ se concentre et se resserre autour da cœnr ? Mettez donc en balance cette politique qui se replie sur elle-roéme, cette politiqae de vieillard, avec notre politique ouverte, expansive, désintéressée, clievaieresqiip ! Le mensonge, Dieu merci, n*est pas une des condiUoiis lUi notre existence sociale; ol nous pouvons, nous voulons vivre à la fois pour 1 Asie commepour l'Ëurope^pourlemonde comme poilârnoiis(3)! Que si nous allons desgouTemements aux souverains qui le» dirigent» je vous prierai de me montrer sur un trône qodeonque ( passes en revue toutes ces M;^^^ ) un Prince aussi éclairé , aussi habile, aussi dévoué que celui qui fonde en ce moment, avec tant de gloire et de bonheur, nos desiiiK'es lutures. (Yifsapylaudîsscmcnts. ) Nous le pouvons dii r. ^Irssieiirs, sans entliousiabine , sans flatterie; le gouvernement franrais est le premier gouvernement du monde ^ et notre Roi le premier des rois !^ Voilà ce que pensent y voOà ce que disent ( avec trop de timidité seulement. Je leur voudrais un peu plus de courage ) les bommes que la passion n'aveugle point, et auxquels de bonteuses frayeurs ne ferment pas tont-à-fait la boudie. Mais, il le faut bien reconnaître quoi qu'il nous en coûte, à fOté de celte majorité trop circonspecte, trop prudente, se dresse une minorité (je n'ai pas de haine pour elle ; on doit plaindre.el non haïr le maiticureux qui s'égare ) insolente , téméraire, iniprévoyante, marchant à son but par tous lescbemfais, et alarmant contre Tobstacle qui la géne de toutes les armes que sa mabi peut saisir (*). Cette

(*) Q\\ou n'aiïertc pns do !?*y mf^prcndre. rcfle minorité, dont nous parlons kï, ne se compose pour nous oi des légilimislef , ni des

minorité qui , comme les harpies du poète» souille toutes nos franchbes, et qol , si nous ne nous sentions pas la force ûe la surveiller sans cesse et de d^oiier on à un> avecl*akle de Dieu qnl évidenuneut nous protège , ses abominables complots, nous dégoûterait enfin de nos libertés par l'effroyable abos que nous lui en voyons feire , comment et dans quel cs])i it accueiilera-t-elle , exploitera-t-elle cette ioi d'émancipation ? II n'est que trop facile de lo, prévoir. La jeunesse sera séduite , corrompue. Ott infeciera Fair , qu*on lui laissera respirer , de pôncipes funestes. On lui fera bair ce qu'elle devrait aimer, aimer ce qu'elle devrait haïr. Puis, quand le moment sera venu, on lâchera surune société qu'Us^iuront prise en borreur , contre des uistitutions qu'iJs seront habitués à maudire, ces citoyens étranges qai n'entreront dans la cité que pour l'ébranler par la calomnie, jfisqd à ce qu'ils puissent; s'ils le pouvaient jamais,laruiiiei en allumant dans son sein le feu des guerres civiles, ou en versant, dans un accès de délire sauvage, le plus pur de son sang!

Eh quoi 1 parce qu'il y aura autour de nous quelques insensé qui abuseront de la liberté de parler et d'agir, fradrait-il que tontes les bouches fussent éternellement

KépabHeiiat prii eir masse et sans disliiicifoii. Tout en déplorant les dirarsencesd'ophiion qui morcelteot notre antté nationale, nous n*en leconnaissons pas moins dans tous les camps des hommes d*honnelir cl de conscience , que nous estimons , qne nous respectons • et que nom rappoeloas»aiad qoe mus l'avons dit plus haut, a cette m^yorilé que forment pour nous les honnêtes gens de tous partis. Xo5 paroles ne s'id rossent qu'aux partisans aveugles, fanatiques, d'uno théorie politique quolronquc, qui ne vctilcnl voir et ne voient que le suu'és de leur idf^c, ri lui, pour eu venir à leurs tins, ne rciulenl ^as iiithitc devanl un criait:. Le > nil rcui-lâ Séulcmcat que OOUS nOUS permettons de condamner et de plaïudrc.

blîUoûûées, tons les bras éternellement enchaînés? A ce compte, Messieurs, l'animal serait au-dessus de l'iionime, la plante au-dessus de ranimai. A ce compte, l'inmiobilité vaudrait mieux, que le mouvement» la mort que la vie» le néant que Têtre. U n'en est iien;et ce n'est pas d'alUetin pour nous une question à débattre. Nous voulons ?lYre, et vivre libres. Nous paierons donc» au prix irrévocablement fixé par la nature même des cboses» eiistence et cette libert(?.

Combattre, loujouis combattre , tel est en ce monde le partage de l'homme. Le génie du bien dispute pied à pied au génie du mal le terrain sur lequel il parvient à s'établir. Après avoir , par de longues et pénibles luttes^ conquis l'empire qui lui appartient , c'est par des luttes plus longues et plus pénibles encore qu'il maintient sa conquête* Vous donc , qui appelez de tous vos vœux le triomphe de Tordre sur le désordre , de la raison sur la passion, de la vertu sur le vice, citoyens généreux , magistrats dévoués , ne u)us rebutez point! Généraux et soldats , veillez sur la chose publique. Quf chacun soit à son poste 1 Qu'au jour du combat la patrie vous trouve sous les armes! Cependant combinons , avec toute la sagesse et la maturité dont nous sommes .capables , les moyens d'attaque et de défense que nous avons entre les mains ou que nous pouvons nous donner.

Ce n'est pas à moi, iVlessieurs, perdu, comme je le suis, dans la foule et caché au gros de l'armée , à vous tracer un plan de campagne. J'attends avec confianec les ordres qui me viendront de mes cbeDs , et je mettrai toute ma gloire à les bien comprendre et à les bien servir. Qu'il me soit permis toutefois de vous exposer quelques-unes des vues que la question actuélleme&t pendante a éveillées

en moi , et que probablement elle aura soulevées daiûi ph» d'une hitelligeDiie. C'est le denier qu'an des plus pauvres cttoyeus de la patrie universitaire vient , dans la détresse commune , olfrir liumblement au trésor;

Certes, Messieurs, la position nouvelle que TémanefpatioÀ de rcnseip^nrmont va nous faire îniposo h l'État de rigoureux devoirs. Oserai-je les comjifcrct les décrire?

Celte liberté ilont notre législation va ilolcr la France, déjc\ si riche en libertés de tout genre , elle n'est pas Illimitée sans doute. Quand on nous parle d'un enseignement libre, on ne prétend pas dire , à coup sûr, que des écoles pourront s'ouvrir où Tlmmorallté, rirréllgibn , Tanarchie étaleront Impudemment leurs dogmes destructeurs; où lai;iis(ja publique et la (onscicnce nationale seront journeîleiiient iiisuitécs , bafouées, foulées aux pieds; où toutes nos institutions serout ouvertement minées et sapées jusque dans leurs fondcmcnis. L'État fixera donc avec la plus grande précision le point oii notre droit commence, le point oh. il finit

Ces Umites entre lesquelles notre droit sera contenu , quelque large que soit le champ qu'elles nous laissent , plus d'une fois elles seront francldes. L'État se réservera au nom même de la liberté qu'il nous apporte , les moyens de réprimer la licence qui voudrait sous son nom s'installer en sa place. C'est une triste c!:ose assurémcrit que de voir chacun des bienfaits de la clviltsatlon s'entourer ainsi de châtiments , se hérisser de menaces , et ajouter à cette listé de peines que nous aûnerlons tant à réduire. l^Iais il faut bien se résigner , pour long-temps encore , à cette déplorable condition de nos progrès eu tout genre. Long-t< mps encore, nous n'aurons pas , pour apprécier la hauteur morale et sociale à laquelle une

nation te sera âevée» de mesnrepli» eucte et pins sl0niiicative que les développement» et le valunie de sonoode

pénal.

Le diûU ou plutôt le devoir de puuir va s'étendre. Avec lui s'éleudra d'autant le droit ou plutôt k' dcNoir de counaître et de poursuivre le d(?lit. De l'aveu et au uoiu uos lois, le pouvoir exécutif surveillera l'exercice et cousUtera Te^iploi de celte liberté que le pouvoir législatif nous assure^ Toute maison d'éducation est une maison puldique ; eom.me teUe , elle tondre fojus Tlnqtection 4e l'État Que , sons aucun prétexte, ses portes ne lui soient fermées. Qu'à toute heure , il puisse y suivre dans son jeu, y étudier dans ses produits chacun de ces mécanismes partiels dont se composera le vaste mécanisme de renseignement national.

Ainsi le pouv<^ maintiendra» autant qtf il sera en M, dans la ligne dn devoir » ces Instidutions qu'U va, en frappant dn pied la terre de Fïaace , en taire Jaillir de tontes parts. Ainsi- fl fondera , h eOté de rUniversité , un enseignement public qui pourra, dans un avenir plus ou moins éloigné, rivaliser sérieusement avec elle. — Cette concurrence, l'Université ne la craint pas; elle la désire an contraire et l'appelle. Son zèle , si par liasarà 11 se refroidissait, en serait réchauffé ; et d'ailleor& le pays ne saura bien tout ce qu'il lai doit que lorsqu'il aura vu de ses yeux ce qu'en Mon d'elle on peut faire. Mais puisqu'enfin l'État nous met aux prises avee des établlssemcDts rivaux, il ne nous refus^a pas assurément les conditions sans lesquelles nous ne saurions dignement soutenir le combat Ces conditions que nous attendons de la bienveillance et de l'équité de noa législateurs , quelles sont-elles?

— so —

C'est un mal ^ Messlears^im grand mal qne Ifnfîtabflité. Ponrsliarmonlser complètement avec le milieu social dans lequel on vient vivre, il faut du temps. Avec les ann(<es, un commerce sérieux s*établit ; les habitudes se forment et s'enracinent ; vous avez besoin de ce qui vous eotoure, ce qui vous entoure a besoin de vous. Tons acquérez bailleurs par un long usage cette expérience spéciale des dioses et des hommes avec et sur lesqueb vous devez agir; et chaque Jour vous apporte , pour hioi foire , une condition de plus. Dans notre état actuel, ce progrès est Impossible. A peine étes-vous posé sur' cette 'branche , qu'ansritôt , comme Polseau , vous la quittez pour une autre. Depuis dix ans que j'ai l'honneur d'appartenir à TAcadémie de Caen et h. votre ville, Messionrs, que vous me permettrez d'aimer autant que si elle était la mienne, )'ai vu^ pour ne citer qu'un exemple entr« mille^ dnq professeurs successlTement chargés de rense^nement philosophique du collège; et comme si la niobilité devait, en vertu d'une loi encore indéterminée, s'accroître dans une progression uniformément décroissante , le premier, je crois, quitta son enseignement après la ({uatiième année,le second après la troisième, le troisième après la seconde , le quatrième enfin après la première; le cinquième, qui nous arrive, si la progression continue, doit d^à, songer, au départ {U) ! ( Bxre wtàferseL )

Je viens de vous montrer le mal que Je vous signale par un triste cOté ; vous le montreral-]e par un cdté plus triste encore ? Ce n'est pas seulement le divorce continuel de l'agent et de son théâtre que nous avons à déplorer. Ou va plus loin. On sépare , avec une étomicuiie lacilité, le fonctionnaire de saiViiu tion. D'un régent d'Iiumaaités, par exemple > on fera, sans liésiter, dans l'occasion,.

un régent de pliflosopMe; d^ra prolesfleur , un adminbirateim Quoi 1 Messieurs , notre vie fireailère, ees longues

années que nous avons consacrées à renseignement , était*>ce donc un jeu ? C'est an moment où un fructueux exercice , une mûre expori riu e auront porté h son plus haut degré de perfecUonncnicnt FaptUudc particulière -que ma fonction exigeait 5 c'est à ce moment» difr-je , qne Je la qoltterat 1 Je œ veux pas- me demander comment» ^■nd nous sautons aussi brusquement d*une carrière tes rautre, nous aTons pu nous préparer, tout en remplissant les devoirs que nous Imposait notre ancienne charge, à ce qu exîçfcra de nous cette charge nouvelle. Je supposerai, sans dilliculté, que nous apportons tous eo naissant une aptitude universelle , et q^ie chacun de BOUS peut , le cas échéant , se faire tout h toute chose , sans le moindre inconvénient ! Que résulte-t^il cependant , pour notre eristence morale , de cette perspective de changement qui nous est constamment offerte? Uliomme» Messieiirs,' ne s^attadie qu*à ce qui dure. Je me garderai bien de semr trop étroitement les nœuds que déjà je songe à dénouer. Ma fonction n'est plus pour moi une fin; elle n'est qu'un moyen; et comme au milieu de tout ce mouvement une seule chose me reste fidèle, mon avantage matériel , ce sera là nécessairement la base de toutes mes constmctions , le point de mire de toutes mes «qpéffanoes. Tons me cosduises Inévitablement à l'égobme, à l'^poisnn.le ptm étroit et Ib plus grossier , à* Tégolsme sensible'; et répicni^sme, en flétrissant rindividu» cor« rompt nécessairement la famille , et par suite infecte la cité. — Rendez-nous, rendez-nous au plus vite les conditions d'une meilleure vie! Que la vertu ne soit plus , ce qu'elle est condamnée k être de nos jours, une lutte contre

Digrtizeij Ly <jOOgle

les (endaBeés générales du slède^ et par là on prindiiir d'isolement et de faiblesse! Qu'elle soit, ce qn3 la ferait notre destinée^ enfin nous entendions son appel, une eo»séquence naturelle de la v ie commune, et partant une cause d'union et de force! — Mais \ous enlevez à l'activité libre cet énergique ressort, cette source féconde de tant d'efforts utiles, de tant d'actions héroïques, l'espoir de l'avancement ! — Eh ! Messieurs , qui songe à briser ce puissai^ aiguillon ? Qui vous parle d'immobiliser» c'est-à-dire d'éteindre la vie? Que ce levier seulement soit plH&balitT lément saisi , plus heureusement manié 1 Pourquoi (s'il faut vous dire toute ma pensée ) le loactiomiaire s'aceroltrait-il pas , ne se développerait-il pas, comme s'accroit et se développe l'homme , sans sortir de lui* ni^mc, sans rompre avec ses antécédents, sans renier son passé ? Pourquoi notre organisation prolcssionnelic ne serait-elle pas, comme notre organisation matérielle « amenée à s'étendre sans se bouleverser, et> au cçmtrairey en s'affermissant et en se consolidant. Parlons sans métaphore. Les fonctions universitaires en parliculîeT , et en général (pour laisser âimon idée tonte sa compréhension et toute sa portée) les fonctions sociales, faiblement rétribuées et médiocrement honorées liaiis le loncLionnaire qui débute , ne pourrai en! . ne devraient-elles pas gagner da^iyiiée en année > jusqu'au point où il faut bien que la croissance s'arrête» en rétr^iutien et en honneur? Ainsi seraient conciliées tputes les données du pitdiltaie^ lapersévérance dans une même fonction, et h^mareiie asoen-t damte vers mi état meilleur. Ainsi se oomhlnevalent le» deux conditions en apparence opposées; de l'existence réguJiére, soit pour les individus , soit pour ks petites, je vciu dire la âiité et le progrès. Agitonsrnous^ Messieurs»

— armais 11 on à la manière de ces astres vagabonds qui s^^arent , dans l espace et y vivent solitaires; a^tons-nons,ccNnme s'agite le roi de notre système solaire ; comme s'agitent ces planètes qui se rangent autour de leur éclatant monarque, pour former avec lui un magniûqHQ ^stème, en nous enfermant dans Torbite oii la raison imbliqae nous aura une fois lancés, et .où nos aptitudes particidières» de plus en plus développées, nous voudionideplusen plus retenir!

L'union fait la force. Pour que les différents membres d*un même corps s luiisseut clans une même œuvre, il faut nécessairement qu'ils concourent chacun pour leur part à une ûn commuae(5). Que chacun d'eux ait donc ses attributions spéciales y sandre d'action nettemoit déterminée; jSi deux ordres d'institutions peuTent^fauie de cette détermination > se rencontrer sur la même ro.ute et s'y bemler» tout est perdu* Ltiarmonle est rmnpue ; la paix fait place à la guerre, et le but est manqué. Ainsi , Messieurs, c'était un geime de deboidie et de désorganisation jeté dans notre sein , que celte disposition réglementaire qui permettait à la jeunesse , d'opter , pour le complément de son instruction secondaire , entre les Collèges et les Facultés. Qu'on ne nous fiisse plus de ces positions équl» Toques! Nous Toulons voir dans nos coUèguesdesCoUé^ttl» oommenoscoUègues des CoU^s ▼entent voir en nons^ des amis et des frères 5 mids n<m des ennemis^ pas même des rivaux I

Je ne trûuve pas entre l'instruction secondaire et l'instruction supérieure, Lelies qu'elles sont constituées, ces sources d'harmonie qui devraient sans cesse couler de Tune à l'autre et combler la distance qui les sépâre» L'instruction 8opéKleure> pour m'en tenir à elle» vons paraUneile»

en ce qui conceroe sa constitution intérieure , beaucoup mieux partagée (6) ? Croyez-vous , par exemple , que vos Écoles de médecine et vos Facultés des sciences se réuniront dans un même esprit > se concerteront pour nne même fin , tant que voos permettrez aux unes de paralyser > sur tm point important ^ l'action légitime et rationnelle des autres? Laissons ^ Messieurs « la ddmle aux ehimistes ; et renseignement médical est assez riche pour se nourrir de sa propre su])stance et ne pas ?ivre d'em-^ prunts (7).

Nous sommes juxtaposés , nous ne sommes pas organisés* Les jtonctioiiu aires peuvent bien s'aimer , les fonctions ne aTaiment point Là est le mal Où sera le remède? Le trouver» id comme partout, c'est TaflCaire du temps. L^attendre avec patience > tout en le cherdiant arec ar«> ûnr, c^est le devoir de riiomme. Nous Toidons tptm grand monument s'élève ; que chacun de nous taille donc sa pierre et l'apporte. Ouc ne m'est-il permis. Messieurs, de po^rer la micmin dev int \mis (8) ! mais j'ai (îéjîi mis votre patience à une trop long^ épreuve , et je finis.

Empêcher que la lU>erté dans la sphère de l'enseignevent , ainsi ^e dans les autres » n'aboutisse à la licence ; é»nner au corps mdvenltaire , à mesure tpie le hesoln s'en fera soithr» les conditions é'ofganisafion (0) et de progrès sa misden réclame , tels seront les derofars de irÉtat ^eb seront cependant les nôtres ?

La tâche sera diflicile , la diargc pesante , la responsa* hilité accablante pour ceux qui coumiandent : notre destinée, à nous, sera plus douce et moins tourmentée; nous n'aurons guèrcs qu'à obéir» Kntrer avec intelligence et • dévouement dansle mouvement que nous imprimeront nos giMes, ouvrir avec amour noire vefle aux souffles qnT

nous viendront des hautes régions de notre atmosphè re sociale^ c'est 1^ d' abord ce que mus devroii» faire ^ et ce que nous ferons.

Cette ol)él$sancex Messieurs, ne sera serrile^ parce qu'elle ne sera pas ateagle. Si le pouvoir, parfois, nova paraît éevier 4a la lonte qu'il est ten» de suivre, uos scrupules et nos remootnuiGes oseront Ten avertir ; e\ eemme Fautorité universitaire n'a pas de pr^teniieii % VinCaifllibQilé , notre voh , toujours respectueuse et grave^ sera entendue ; nous reprendrons bientôt la ligue droite duiiL un moment d'erreur uous aura écartés.

Nous ferons plus, 1, 'initiative, renferiTK^e dans les limites du conseil, nous appartient encore. Ce serait manquer à i'un de nos plus importants devoirs, que de ne pas appeler Vattention du législateur sur des besoins et des souffirances que notre expérience propre nous aurait révélées , et qui pourraient échapper à son regard.

Quant aux relations que nous aurons à établir et à maintenir , non plus avec le pouvoir , mais entre nous , avec nous-mômes, un mot, Messirurs, les résume: Soyons unis. Plus de rivalités intérieures ! Plus de mésintelligences domestiques 1 £st-ce en nous déchirant les uns les autres, que nous nous préparerons utilement à rèpoussar l'ennemi commun? et qui s'entendra dans ce monde, si les citoyens d'une même patrie, si les membres d'une même lunille ne s'entendent pas entr'eux ?

Toutes les académies du royaume marcheront doue de concert et comme un seul liomme au terme où leurs destinées les appellent. Notre académie. Messieurs, ne restera pas en arrière : elle ne sera la dernière ni k comprendre ni ik £ûre ce que la situation lui demande ; rintell^;e&ce et le dévouement n'y ont jamais manqué;ilsn'y manqueront

Jamafe. Ce n'est pas anjourd'iiui surtout qu'elle pourrait tomber du haut rang quelle occupe: où trouverait-on plus d'élévation intellectuelle , plus de dignité morale que nous D'en trouvons dans les fonctioiinaires qui la reprélentent et dans lecbef qui la eondnltt

Mais Je m'arrête : ce n'est pas, je le sens, à deshonmies anssi éclairés, à des magistrats anssl déronés qntîi faut rappeler lem*s deTOirs. Dire ce que toos aves à làire, ce serait dire ce que vous faites; et là où sont les actes, à quoi hou les discours? f Vifs appiaudissenœnxs.)

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