‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 4 sur 19 · I, — INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I, — INTRODUCTION

C’est une habitude presque générale de médire de la statistique ; on a contesté l’ulilité de son emploi dans les sciences médicales ; et cependant tous les médecins font de la statistique, quelquefois comme M, Jourdain faisait de la prose, sans le savoir.

« Bannir le calcul de certaines questions d'anatomie et de physiologie est chose impossible. Ce n’est qu'avec cet instrument qu’on peut connaître le poids, la taille, La mortalité dans Pespèce humaine. » P. Rayer, sur la statistique médicale. En pathologie, les types des maladies ont été élablis après des observations répétées faites par une longue suite de eliniciens ; et ces séries d'observations ont permis de définir les caractères constants pour chaque entité morbide et d’écarter tous les caractères accidentels. C'est encore la statistique qui à permis et qui permet d'établir la valeur et l'application d’un médicament ou d'une méthode thérapeutique, que cette méthode soit médicale ou chirurgicale. Les nombreuses thèses- de doctorat ne sont le plus souvent que des statistiques portantsur un nombre plus ou moins grand d'observations et destinées à établir l'existence d’un type pathologique où d’un

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symptôme, la valeur, au point de vue de l'importance ou de la fréquence, d'un signe clinique, les indications, les conséquences d’une opération, la valeur comparative d'une méthode opératoire ou d’une médication, ete. Toutes celles qui traitent de questions d’obstétrique, d'hygiène, de médecine légale, de démographie, d'anthropologie, s'appuient ordinairement sur la méthodestatistique. Les idées, que les médecins se font sur le pronostic et la marche d'une maladie,ne sont que le résultat des observations qu'ils ont pu faire eux-mêmes sur des cas analogues.«Si vous invoquez le témoignage de tous les médecins,anciens et modernes, vous verrez que tous font honneur de leurs succès à leurs observations, aux inductions qu'ils en savent tirer, au compte exact ou approximatif qu'ils en ont fait... La véritable expérience, le tact médical, s’acquièrent et croissent par des travaux prolongés, soutenus, par la collection d'observations nombreuses, variées, justement appréciées, bien comparées entre elles, comptées avec exactitude. »

Gasté, du calcul appliqué à la médecine.

Mais cette expérience n’est souvent fondée que sur la mémoire ; un tel empirisme peut suffire et suffit en effet dans la pratique journalière ; il ne peut pas devenir le point de départ de recherches véritablement scientifiques. Pour cela il faut des faits exacts, soigneusement comptés et pesés ; ce n’est qu'une statistique bien faite qui peut les donner.

La statistique sert à donner des indications pour une investigation scientifique; elle ne peut pas ordinairement fournir l'explication complète d’un problème. C’est, pour avoir voulu tirer de la statistique plus qu’elle ne pouvait

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donner, que les statisticiens ont commis de nombreuses erreurs, qui ont entravé la marche de la statistique.

On à reproché à cette méthode d’être imparfaite, de ne pas servir beaucoup à l’extension de nos connaissances et d'autre part d’entrainer souvent dans l'erreur. Cela tient non à la méthode elle-même, mais à la complexité des sciences dans lesquelles elle est employée. Elle est parfois le seul moyen de faire avancer la science. Ce n’est cependant pas une raison pour l’employer inconsidérément. Il ne suffit pas de rassembler au hasard des faits sous une formé numérique et d'en tirer un pourcentage ou une moyenne pour avoir fait une statistique. Celle-ci doit être un relevé impartial de faits nombreux et bien observés. Il ne faut pas croire qu'elle est destinée à prouver ce que l’on veut dire, et l’on n’a pas le droit de présenter comme une statistique un recueil de faits choisis favorables à la thèse que l’on avance. Voici ce que dit Quételet à ce sujet :

« Tous les hommes raisonnables seront, je crois, d'accord sur ce point, qu'il faut s’éclairer par l'observation, recueillir des faits bien constatés, les rendre rigoureusement comparables avant de chercher à les discuter pour en déduire des rapports et procéder avec méthode à l'appréciation des causes. Au lieu de cela, que voit-on ? Des observations incomplètes, non comparables, suspectes, qui sont entassées pêle-mêle, présentées sans discernement ou arrangées de manière à faire croire au fait que l’on veut établir ; et, presque toujours, on néglige de rechercher si le nombre des observations est suffisant pour inspirer de

la confiance ».

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Une mauvaise statistique est d'autant plus dangereuse que sa forme numérique exerce sur certains esprits une sorte de fascination. Chez les esprits peu cultivés, 1l existe communément une espèce de fétichisme envers ce qui est imprimé ; pour eux, les caractères d'imprimerie ne peuvent représenter que des choses véridiques. De même, chez des gens un peu plus cultivés, il n’est pas rare de rencontrer ce fétichisme attaché aux chiffres et aux réprésentations numériques ; il semble que pour eux ces signes aient une valeur intrinsèque et indépendante des choses qu'ils représentent. Leur esprit reporte sur les chiffres le caractère de rigueur et de précision qui est l'apanage des sciences mathématiques. Comme le caractère de la statistique est d’être une méthode numérique, cela explique la facilité avec laquelle on a pu faire accepter des assertions de nulle valeur; c’est ce qui explique aussi la défiance avec laquelle la statistique est regardée par certaines personnes. « Quelques chiffres jetés avec assurance à travers une discussion ont quelquefois servi de rempart contre les plus solides raisonnements ; et quand on venait à les examiner de plus près, on en reconnaissait la faiblesse et la nullité. Ceux qui s'étaient laissé effrayer par de pareils fantômes, au lieu de s'en prendre à euxmêmes, aimaient mieux accuser la science que de confesser leur aveugle crédulité ou leur insuffisance pour combattre les armes perfides qu'on leur avait opposées ». Quételet, physique sociale.

Les staticiens n’ont pas échappé eux-mêmes au mirage du chiffre, et beaucoup d'erreurs commises proviennent non pas de la stalistique elle-même, mais des

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