‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 5 sur 19 · EL · texte numérisé non relu

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opérations effectuées sur celle-ci. Il est arrivé qu’oubliant qu’en statistique les chiffres n’ont pas de valeur par euxmêmes, certains statisticiens ont été entrainés à opérer sur eux comme sur des valeurs mathématiques.

Les abus des statisticiens ont amené des savants comme Claude Bernard à rejeter d’un coup la statistique ou du moins son emploi dans les sciences médicales. Reconnaissons qu'on a parfois fait un mauvais usage de la statistique, qu’on a essayé de tirer de cette méthode plus qu’elle ne pouvait donner, qu’on est tombé dans de nombreuses erreurs. Mais les abus et les erreurs des statisticiens ne prouvent rien contre la méthode statistique. Nous essayerons de montrer plus loin que cette méthode ne diffère pas des autres méthodes de recherche de l’esprit humain. De tout temps et avec toutes les méthodes on a commis des erreurs. De ce que des expérimentateurs se soient trompés, de ce qu'ils aient de leurs expériences tiré de fausses conclusions, est-on en droit pour cela de condamner la méthode expérimentale ? Il en est de même pour la statistique.

Par ce qu’une méthode a été quelquefois mal employée, parce qu'elle ne donne pas immédiatement la solution de tous les problèmes, il n'est pas permis de proclamer la banqueroute de cette méthode. C’est une conclusion qui ne saurait être celle d'un esprit scientifique. Un homme, véritablement imbu de cet esprit, ne se laissera pas rebuter par les tatonnements ni les déceptions, il n'aura jamais la prétention d'arriver nécessairement à une con-. clusion ; il se contentera de chercher. Il aura encore bien mérité de la science, s’il a su rassembler et coordonner des matériaux recueillis avec soin et avec méthode.

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Historique

L'histoire de la statistique, considérée comme méthode scientifique, ne remonte guère au-delà de 184 (1).Jusquelà il y avait bien eu de temps en temps des enquêtes et des recensements; mais toutes ces statistiques étaient purement administratives, nullement scientifiques. Une technique s’élablissait peu à peu dans les bureaux, technique qui devait servir plus tard pour formuler les règles de la nouvelle méthode scientifique. Mais on n'avait pas encore cherché, du moins d'une façon suivie et systéma-

(1) Il serait facile de trouver l’existence d’approximations statistiques aux époques lointaines de l’humanité.La statisti jue empirique a été employée de toutitemps; on pourrait retrouver de même des. traces de l'emploi des moyennes dans les œuvres des philosophes et

des savants de l'antiquité. Dès le xvi* siècle apparaissent quelques ouvrages sur la constitution des Etats Munster, Sansovini, Botero, dAvisy). C’est Achenwall, professeur à Gottingen, qui le premier donne une définition de la statistique. Sussmilch arrive à la conception de la régularité, divine selon lui, de certains phénomènes de la vie sociale. — D'autre part, ce sont les mathématiciens qui vont donner les moyens de se servir des chiffres fournis par les statistiques. Pascal est l'inventeur du calcul des probabilités ; après lui, ce calcul est l’objet des études de Leibnitz, des frères Bernoulli, d'Halley, de Bayes, de de Moivre, de d’Alembert, d'Euler, etc. La science des probabilités ne s’attache tout d’abord qu'aux intérêts purement mathématiques, et son application se borne à l’établissement de tables d'assurances qu’utilisèrent les sociétés qui furent créées dans le méme but.Viennent ensuite les travaux de Laplace (traité analytique des probabilités, 1812), de Gauss, de Chaptal, de Poisson (recherches sur la probabilité des jugements, 1837). On commence à appliquer le cal- ‘eul des probabilités aux recherches scientifiques.

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