TOXICOLOGIE DE LA MORPHINE
Recherche de la murphine dans les cas d'empoisonnement.
En grand nombre de procédés ont été indiqués pour la recherche de la morphine dans les cas d’empoisonnement, mais tous présentent des causes d’erreur ou des imperfections plus ou moins grandes.
Celui de M. Christison sépare incomplètement la matière animale. Il se sert d’acétate de plomb, ce qui introduit un métal toxique dans les matières de l’empoisonnement.
Pour décolorer les dernières liqueurs sur lesquelles on doit essayer les réactions, il conseille l’emploi du charbon, ce qui présente de graves inconvénients ; car tous tes chimistes sont d’accord sur ce point « que le .1 charbon peut retenir une certaine quantité d’alcaloïde. »
M. Devergie précipite les matières animales en ajoutant du nitrate d’argent et faisant passer un courant d’acide sulfhydrique qui précipite l’argent.
Les mêmes reproches lui sont donc applicables. Le procédé de M. Lassaigne se rapproche davantage de celui de Stass, mais, comme il le dit lui-même, les liqueurs alcooliques sont souvent colorées, et il décolore par l’acétate de plomb.
M. Dublanc se sert de la solubilité du tannate de morphine dans l’alcool et précipite le tannin au moyen de la gélatine, tandis que la morphine reste en solution. Mais ces liqueurs doivent contenir des traces de gélatine qui gêneraient beaucoup lorsqu’il s’agirait d’employer les réactifs; d’ailleurs, d’après M. Dumas, une solution de gélatine précipite incomplètement le tannin de ses solutions et le liquide filtré colore fortement les sels de fer au maximum. Il faut, pour enlever tout le tannin, le mettre en con-
tact avec un morceau de peau dépilée par la chaux et telle qu’on l’introduit dans les fosses. M. Pelouze, qui a indiqué ce moyen, ajoute que quelques heures suffisent pour absorber le tannin et pour que les liqueurs ne se colorent plus en noir par les sels de fer au maximum.
J’ai employé avec succès le protoxyde de plomb récemment précipité, qui enlève tout le tannin et donne la morphine à l’état isolé.
Aucun de ces procédés ne vaut celui de Stass, qui m’a toujours réussi en prenant les précautions que j’indiquerai. Il présente le grand avantage de ne pas altérer les matières suspectes (avec lesquelles on pourra continuer d’autres recherches, si l’on ne trouve aucun alcaloïde), et de ne pas introduire de métal étranger.
11 est fondé sur ce que les sels acides d’alcaloïdes sont en même temps solubles dans l’eau et dans l’alcool, et sur ce que les alcaloïdes contenus dans un liquide et maintenus h l’état de liberté et de solution peuvent être enlevés par l’éther quand ce dernier est en quantité suffisante.
La première propriété sert à isoler la morphine à l’état de sel; on traite par de l’alcool pur et le plus concentré possible, acidulé par de l’acide tartrique, les substances dans lesquelles on veut rechercher la morphine ; on chauffe à 70 ou 75 degrés et l’on filtre ; mais là nous trouvons une difficulté ; souvent la filtration est lente, pour ne pas dire impossible, et c’est la partie du procédé opératoire qui m’a semblé la plus difficile. Il faut jeter les matières sur un linge, passer avec expression et, afin que les matières grasses ne s’opposent pas à la filtration, mouiller le filtre avant d’y jeter les liqueurs.
Quand on a traité successivement le produit d’évaporation des premières liqueurs alcooliques par l’eau et par l’alcool, on a une solution à peine colorée, et de laquelle on peut extraire la morphine.
Dans ces derniers temps, on a critiqué le procédé de Stass en affirmant que la morphine était insoluble dans l’éther. Les expériences que je vais rapporter prouveront que la morphine est en effet peu soluble dans l’éther, mais qu’elle l’est assez pour les essais toxicologiques. Toutes mes expériences ont été faites avec l’éther du commerce (marquant 59 ou 60 degrés au pèseéther), qui m’a donné d’excellents résultats. Mais pour répondre aux objections qu’on pourrait me faire, j’ai ensuite opéré avec de l’éther anhydre.
En faisant comme Stass l’indique, on sature d’abord les liqueurs acides par le bicarbonate de potasse ou de soude; l’acide carbonique, mis en liberté, maintient la morphine en solution, et c’est alors qu’elle se trouve dans les conditions voulues pour être facilement dissoute par l’éther.
Si l’on emploie la potasse ou l’ammoniaque, i! est indispensable de prendre certaines précautions.
Influence d'un excès de réactif.
Si l’on ajoute un excès de potasse, la morphine ne passe pas dans l’éther; elle est retenue par la potasse qui, comme on le sait, la dissout facilement.
L’ammoniaque présente le même inconvénient ; cependant il en faut une plus grande quantité, et dans le cas où il y aurait peu de morphine, on ne pourrait la retrouver.
En ajoutant, au contraire, de l’ammoniaque jusqu’à réaction légèrement alcaline, on obtient par l’évaporation de l’éther un résidu de morphine relativement abondant et avec lequel il est facile de rendre manifestes les réactions de cet alcaloïde.
Ces expériences, répétées un grand nombre de fois et toujours avec les mêmes résultats, permettent de conclure qu’un excès de potasse ou d’ammoniaque s’oppose à ce que l’éther enlève la morphine à l’eau qui la contient.
Le bicarbonate de potasse ne dissout pas la morphine, même quand il lest en grand excès, et ne s’oppose pas à sa solution dans l’éther.
Influence de la rapidité de la décantation.
En- prenant la précaution indiquée ci-dessus il faut encore décanter rapidement; si l’on attend, la morphine se précipite et l’éther évaporé ne donne plus de résidu.
J’ai opéré avec l’ammoniaque, la potasse, le bicarbonate de potasse, et en décantant rapidement j’ai eu un abondant résidu de morphine, tandis qu’en décantant au bout de quelques minutes l’évaporation ne donnait plus rien.
Si l’on ajoute de l’ammoniaque à une solution de morphine, il ne se produit d’abord aucun trouble; ce n’est qu’au bout d’un certain tençps que la liqueur devient de plus en plus opaque. L’agitation aide à la fqrmation de ce précipité qui, examiné au microscope avec un grossissement de 400 dia’inètres, est formé, même quand on a agité tout le temps, de prismes parfaitement réguliers terminés par des biseaux. Il faut donc, profiter du moment où les cristaux ne sont pas encore formés pour agiter avec l’éther, et l’on comprend que l’éther puisse difficilement dissoudre les cristaux.
Si, après avoir agité l’éther, on décante aussitôt, la morphine ne tarde guère à se déposer sous forme de cristaux peu réguliers, fendillés et recouverts d’aspérités.
Je croirais assez volontiers que c’est l’eau contenue dans l’éther qui détermine la précipitation de la morphine.
On peut donc aussi conclure qu’il est très-important de décanter immédiatement l’éther, car si l’on attend, la morphine est précipitée, et l’éther évaporé ne laisse plus de résidu.
En prenant ces deux précautions de décanter rapidement et de ne pas ajouter un excès d’alcali, on retrouve dans une liqueur des quantités excessivement faibles de morphine, et en faisant évaporer l’éther dans une petite capsule de porcelaine, on s’assure facilement au mojen des réactifs de la présence de l’alcaloïde.
J’ai voulu m’assurer de l’influence qu’avait l’alcool contenu dans l’éther du commerce sur la solubilité de la morphine dans ce véhicule.
J’ai préparé de l’éther anhydre (marquant 65“ au pèse-éther à la température de 18°) par le moyen suivant qui, s’il n’est pas économique, présente l’avantage de ne pas nécessiter de distillation, et certainement est trèscommode quand on a besoin d’une petite quantité d’éther anhydre.
J’ai agité, avec le tiers de son volume d’eau, de l’éther marquant 61“, afin de lui enlever l’alcool qu’il contenait; j’ai versé le tout dans qn entop-r noir, ce qui m’a permis de séparer l’éther de la liqueur aqueuse, ,J’ai mis ensuite l’éther en contact avec du chlorure de calcium fondu. J’ai agité ; l’eau a été absorbée par le chlorure ; l’éther, neutre au papièr de tournesol, marquait 65“ ; c’était donc de l’éther pur.
Un autre traitement semblable au précédent n’a pas fait changer dp den-
gité. J’ai évaporé une partie de cet éther et il n’a laissé aucun résidu.
Voici maintenant les expériences que j’ai faites pour vérifier si l’alcool contenu dans l’éther était la seule cause de la solubilité de la morphine,
r 30 grammes d’éther anhydre ont été mis en contact avec O",10 de morphine pure et pulvérisée. Au ’oout de quelques jours, j’ai pris 20 grammes de ce liquide et fait évaporer. J’ai eu 0®'' ,005 de morphine, quantité très-suffisante pour préparer des cristaux et faire les réactions.
Une autre expérience m’a donné, pour 20 grammes d’éther anhydre^ 0'’-,006 de morphine.
2» J’ai dissous O^’^IO de morphine dans l’acide acétique, ajouté un très-léger excès d’ammoniaque, de l’éther anhydre et décanté rapidement ; 20 grammes d’éther m’ont donné O®’ ,015 de morphine.
On voit donc que la morphine est soluble dans l’éther anhydre, mais qu’elle j’est bien plus au moment de sa précipitation.
Dans une autre expérience faite en dissolvant la morphine dans l’acide tartrique; 20 grammes d’éther anhydre m’ont fourni O'' ,020 de morphine.
3° J’ai ensuite fait un mélange de 60 grammes d’éther anhydre et 8 grammes d’alcool à 92°. J’ai dissous 0*''' ,10 cent, de morphine dans de l’acide acétique, saturé par l’ammoniaque et ajouté de l’éther alcoolique. 20 grammes de cet éther , évaporés, ont donné O®” ,030 de morphine.
Une seconde opération a donné des résultats parfaitement concordants.
A” J’ai agité 60 grammes d’éther anhydre avec un excès d’eau, et séparé l’éther.
Cet éther aqueux a été mis en contact avec 0®’-,10 de morphine pure et pulvérisée ; la morphine au lieu de rester h l’état pulvérulent comme dans l’éther anhydre ou alcoolique, s’est aussitôt réunie en flocons ; j’ai filtré après quelques jours, évaporé, et trouvé des traces de morphine à peine visibles, peut-être un demi ou nu quart de milligramme pour 30 grammes de liquide.
On pourrait m’objecter qu’en décantant rapidement j’enlève de l’eau chargée de morphine et mélangée momentanément à l’éther ; il est facile
-is¬
ole répondre qu’on ne s’expliquerait pas alors pourquoi l’on n’obtient pas de résidu en agitant l’éther avec un excès de potasse ou d’ammoniaque ou même avec de l’eau contenant seulement de l’acide tartrique. Il faut donc admettre qu’il y a solution momentanée et que la précipitation a lieu ensuite, peut-être par hydratation de la morphine.
Je terminerai par une observation : l’éther chargé de morphine et décanté immédiatement no la laisse déposer qu’au bout de quelque temps, tandis que si l’on agite le tube qui contient l’eau et l’éther chargé de morphine, on voit rapidement se rassembler un précipité floconneux qui occupe la surface de séparation des liquides, et l’éther décanté et évaporé ne donne plus de résidu de morphine.
De toutes ces expériences sur la solubilité de la morphine, je crois pouvoir conclure :
1” Que la potasse et l’ammoniaque en excès s’opposent à ce que l’éther enlève la morphine à la solution aqueuse qui la contient; 2“ qu’il faut décanter rapidement ; 3“ que l’éther anhydre dissout la morphine; 4“ que l’alcool ajouté à l’éther anhydre aide à la solution, et qu’il serait avantageux d’employer un semblable mélange dans les recherches toxicologiques; 5“ que la morphine est environ trois fois plus soluble dans l’éther anhydre quand elle vient d’être récemment précipitée; 6° que l’éther saturé d’eau dissout des traces de morphine à peine appréciables ; 7° qu’il serait possible d’extraire toute la morphine contenue dans un liquide en opérant d’abord comme nous l’avons indiqué, reprenant la liqueur aqueuse, acidulant très-légèrement par l’acide acétique, traitant par l’ammoniaque et l’éther, et recommençant le traitement jusqu’à ce que l’on n’obtienne plus de morphine.
Maintenant que nous avons vu comment on sépare la morphine, nous allons passer aux moyens de la caractériser, soit par ses propriétés physiques, soit par ses réactions.
Une donnée importante, c’est la cristallisation.
Celle de la morphine appartient au troisième système cristallographique, celui du prisme droit à base rectangle. On peut employer divers procédés pour l’obtenir cristallisée.
On met une goutte d’alcool concentré sur le résidu, on abandonne à l’é-
vaporation spontanée, on obtient ainsi des aiguilles et des prismes assez bien définis.
J’ai eu également de fort jolis cristaux en ajoutant quelques gouttes d’ammoniaque et en abandonnant à l’évaporation spontanée. La morphine se dissout assez facilement dans l’ammoniaque, et ce procédé, qui n’empêche pas d’essayer la cristallisation dans l’alcool quand l’ammoniaque est évaporée, présente l’avantage de donner une preuve de plus que l’alcaloïde examiné est de la morphine.
Si la quantité de morphine est suffisante et l’évaporation très-lente, on obtient quelquefois des octaèdres présentant, à la place des angles du sommet, une facette plus ou moins grande. J’ai obtenu aussi des résultats très-beaux en acidulant la liqueur et en saturant par le bicarbonate de potasse. Sur une plaque de verre, l’évaporation est rapide et l’on a des prismes tronqués.
En opérant sur des quantités suffisantes dans un verre à expérience, ou mieux encore dans un tube fermé à une de ses extrémités, l’évaporation est moins rapide, et les cristaux sont encore mieux définis.
On voit au microscope des octaèdres de toute forme, quelques hexagones, des prismes droits rectangulaires parfaitement réguliers ; la hauteur des prismes varie beaucoup de manière à former, tantôt des prismes trèsélevés, tantôt des prismes se rapprochant de la forme cubique ; j’en ai vu qui étaient des cubes parfaits, d’autres formaient des lamelles rectangulaires très-larges et peu épaisses. -
Réactions.
Les réactions sont tellement délicates, quand il s’agit des alcaloïdes, qu’on ne saurait entrer dans trop de détails, et lorsque l’on veut répéter les expériences, les livres classiques sont généralement insuffisants.
Prenons pour exemple la réaction de l’eau chlorée, du cyanoferrure de potassium et de l’ammoniaque sur la quinine. J’ai eu beaucoup de difficultés pour arriver à être sûr de cette réaction.
En opérant comme je le fais, les personnes les plus inexpérimentées sont sûres de déceler la présence de la quinine dans une liqueur contenant O»'' ,10
de sulfate de quinine par 100 gr. d’eau, et la réaction est encore parfaistement évidente avec 0,05 centigr. par 100 gr. Comme il me faut seule-' ment une goutte et même moins pour faire la réaction, et qu’il est très-facile de concentrer les liqueurs, on voit qu’elle est très-sensible. Je prends une goutte de liqueur quinique, j’ajoute une goutte d’acide sulfurique au 1/10, une goutte de chlorure de chaux des pharmacies, j’étends le tout.en couche assez mince sur l’assiette où je fais la réaction, et au milieu je mets une goutte de solution concentrée de cyanoforrure de potassium, de sorte que le milieu seulement contienne du cyanoferrure; puis sur le bord du liquide ainsi préparé une goutte d’ammoniaque. Dès que l’ammoniaque est en contact avec la liqueur quinique qui contient seulement du chlore, elle lui communique une belle coloration verte, et quand elle arrive à la partie qui contient du cyanoferrure elle donne lieu à une coloration rouge ou rose.
Ces deux couleurs verte et rose juxtaposées ne peuvent laisser aucun doute sur la présence de la quinine dans la liqueur examinée. Du reste, je n’ai pas vu que la réaction avec le cyanoferrure de potassium fût beaucoup plus sensible que la réaction avec le chlore et l’ammoniaque.
De même, avec la morphine, on s’exposerait à de singuliers mécomptes en ajoutant de l’acide nitrique ou du perchlorure de fer à une solution plus ou moins étendue de morphine.
U est très-important, dans une recherche toxicologique, d’être sûr de ses réactions ; car, si l’on n’a pas une grande habitude, lorsque le poison isolé est en faible quantité, il suffit d’une réaction manquée pour faire perdre le fruit d’une opération bien conduite jusqu’alors.
Si à une solution de morphine on ajoute de l’acide azotique, on obtient une ,coloration jaune qui n’a rien de caractéristique.
Si à une solution de morphine on ajoute du perchlorure de fer, la couleur bleue apparaîtra seulement si les deux liquides sont convenablement concentrés.
Quant à la réaction de l’acide iodique sur la morphine* elle est plus caractéristique que les autres dans le cas où cet alcaloïde est en solution, mais elle est encore plus appréciable 4 un certain degré de concentration,
he procédé de Stass donne la morphine à l’état de pureté, et il faut la dessécher complètement afin d’évaporer les dernières parcelles d’ammoniaque qui précipiteraient du sesquioxyde de fer.
C’est sous cet état que toutes tes réactions se feront avec le plus de facilité et de certitude.
Acide nitrique.
En mettant une goutte d’acide nitrique concentré en contact avec un cristal de morphine, on le voit prendre une coloration rouge de sang et disparaître dans l’acide nitrique. Un résidu de morphine amorphe prend également une coloration rouge de sang, et une solution même concentrée donne seulement une teinte jaune rougeâtre plus ou moins foncée. Cette couleur rouge de sang passe au jaune par le protochlorure d’étain, tandis que la brucine et la strychnine impure, contenant de la brucine, qui se colorent également en rouge de sang par l’acide nitrique, passent au violet par le protochlorure d’étain.
Béaction du perchlorure de fer.
Le perchlorure de fer, ajouté à une solution de morphine, donne trèsdifficilement la coloration bleue, mais la réaction a toujours lieu quand la morphine est desséchée ou cristallisée. On trouve dans toutes les pharmacies une solution de perchlorure de fer à 30°. Si l’on ajoutait cette solution à de la morphine amorphe ou cristallisée, on obtiendrait une coloration verte provenant du mélange de la couleur jaune du perchlorure de fer et de la couleur bleue produite; de petites quantités de morphine pourraient échapper ; c’est la raison pour laquelle il faut employer une solution plus étendue. Celle qui m’a donné la plus belle couleur est
préparée avec :
Perchlorure de fer à 30». 1 gr.
Eau distillée.. lâ gr.
La teinte est encore plus nette avec un sel neutre de morphine qu’avec la morphine elle-même, car cet alcaloïde détermine la précipitation d’une petite quantité de sesquioxyde de fer.
Pour constater la présence de la morphine au moyen du perchlorüre de fer, on fera donc évaporer à siccité la solution éthérée, puis on ajoutera une ou plusieurs gouttes d’acide chlorhydrique au dixième et l’on évaporera de nouveau jusqu’à siccité : c’est sur le chlorhydrate qu’on ajoutera une goutte de la solution étendue de perchlorüre de fer.
11 est généralement inutile de prendre cette précaution, car la couleur bleue, pour être moins nette avec la morphine, ne s’en produit pas moins.
Cette réaction est précieuse et elle permet de constater la présence d’une très-faible quantité de morphine.
liéactîon de l'acide iodique,
Sérullas, auquel on doit cette réaction, avait constaté qu’une liqueur contenant de la morphine et à laquelle on ajoutait de l’acide iodique se colorait en rouge en môme temps que l’iode était mis en liberté.
On avait trouvé que plusieurs matières animales se comportaient comme l’acide iodique ; cette réaction était donc considérée comme peu concluante. Mais dans ces derniers temps, M. Lefort a fait les observations suivantes:
« Lorsque les matières organiques décomposent l’acide iodique, l’iode « est mis à nu, et si l’on ajoute de l’ammoniaque, le mélange se décolore « complètement:.
« Au contraire, la morphine qui se décompose par l’acide iodique en se « colorant en rouge ou en brun, acquiert une intensité de coloration beauT c coup plus grande si l’on ajoute de l’ammonique caustique. »
On savait auparavant que l’iode était mis en liberté, et l’addition d’arar moniaque paraissait devoir décolorer les liqueurs.
J’ai répété l’expérience de M. Lefort et obtenu les rnême^ résultats; mais je crois devoir ajouter une explication que je n’ai pas vue dans son mémoire :
1“ J’ai pris une goutte de solution étendue de morphine et j’ai ajouté une goutte de solution étendue d’acide iodique.
2“ Une goutte de la même solution de morphine et un cristal d’acide iodique. La coloration a été la même dans les deux cas, et après très-peu
de temps les liqueurs ne contenaient plus d’iode libre, puisqu’elles ne bleuissaient pas au contact de l’amidon.
J’ai pris ensuite une goutte de solution de morphine, à laquelle j’ai ajouté de l’empois d’amidon, puis une goutte de solution étendue d’acide indique; aussitôt la liqueur a été colorée en bleu très-foncé.
A une solution de morphine, j’ajoute de l’acide indique et je touche aussitôt avec le bout d’une baguette trempée dans le mélange un peu d’empois d’amidon.
Je vois se manifester une coloration bleue très-marquée; on recommence, et l’on voit très-rapidement la coloration diminuer jusqu’à ce que le liquide n’ait plus d’action sur l’empois d’amidon.
Si l’on prend une solution concentrée de morphine et une solution étendue d’acide iodique, les mêmes phénomènes se produisent et bientôt les liqueurs ne contiennent plus d’iode libre.
En résumé, quelle que soit la quantité d’acide iodique et de morphine en solution, il se forme toujours une quantité de la nouvelle substance suffisante pour absorber l’iode momentanément mis en liberté, de sorte qu’après quelques secondes les liqueurs ne contiennent plus d’iode libre.