‹ Sur la morphine et les préparations d'opiumChapitre 5 sur 13 · DOSAGE DE EA MORPUTNE · texte numérisé non relu

DOSAGE DE EA MORPUTNE

Le dosage de ia morphine est une question d’une grande iiDportance; il est nécessaire, en effet, que les médecins puissent compter sur l’énergie des médicaments qu’ils emploient, et l’on sait que l’opium de Smyrne, le seul qui doive être employé pour les préparations pharmaceutiques, contient depuis 2 à 3 pour 100 de morphine jusqu’à 17 et 18 pour 100.

Je n’insisterai pas sur ces différences qui proviennent de l’eau qu’il renferme, de la manière dont il a été préparé, du lieu et du moment de la récolte ; mais après s’en être préoccupé, on a cherché le remède et on a cru le trouver, en disant de n’employer que de l’opium contenant une quantité déterminée de morphine.

Dans la dernière partie de cette thèse, j’exposerai les raisons qui me font préférer une mesure plus radicale : l’emploi de la morphine pure ou à l’état de sel.

On pourrait encore se servir seulement, pour les préparations, de l’opium renfermant de 7 à 11 pour 100 de morphine par exemple. Les médecins prévenus sauraient dans quelles limites varient ces médicaments, ce qui écarterait une partie des inconvénienis; mais je trouve qu’un médecin, ayant l’habitude de donner à un malade une dose de laudanum préparé avec de l’opium à 7 pour 100 et qui, sans transition, continuera cette dose, quand le laudanum sera renouvelé avec de l’opium à 11 pour 100, s’exposera à des accidents fâcheux.

Quant à ajouter de la morphine aux opiums qui n’en contiennent pas assez, c’est tourner la question, et si l’opium contient d’autres principes actifs que la morphine et la codéine, il serait déplorable de consacrer l’usage d’opiums de qualité inférieure.

D’ailleurs les propriétés physiques de ce médicament mettent le pharmacien à l’abri de la fraude, et s’il était permis de te manipuler, il n’y aurait plus de contrôle.

La mesure fixant les deux limites de la quantité de morphine que devraient contenir les opiums employés en pharmacie serait encore ce qu’il y aurait de mieux, tant que l’on emploierait pour les préparations pharmaceutiqucs l’opium en nature.

Le pharmacien consciencieux doit donc doser les opiums qu’il reçoit.

Le procédé de dosage, le plus généralement adopté, est celui de Guillermond, qui permet d’obtenir la morphine à l’état cristallin.

On traite 15 grammes d’opium par 60 grammes d’alcool à, 71 ; on passe à travers un linge; on triture le résidu avec 40 autres grammes du même alcool ; on passe et l’on exprime. Ses liqueurs, filtrées si cela est nécessaire, sont versées dans un flacon, à large ouverture, contenant k grammes d’ammoniaque.

Le lendemain, le vase renferme des cristaux gros et colorés en jaune ; c’est de la morphine; des cristaux petits et blancs, c’est de la narcotine; une certaine quantité de résine salit le mélange.

On enlève, par décantation, la narcotine qui est plus légère, ainsi que la résine, et la morphine est recueillie sur un filtre, séchée et pesée.

Comme l’a déjà prouvé M. Reveil, la proportion d’alcool à 71 employée est trop faible et je m’en suis assuré à plusieurs reprises; je traitais cinq fois : la première, avec 40 grammes d’alcool à 71°; les quatre dernières, avec 20 grammes, et le cinquième traitement, mis à part, donnait une quantité de morphine qui ne pouvait être négligée.

L’opium contient de la résine qui est immédiatement précipitée lorsque l’on ajoute de l’ammoniaque dans une solution aqueuse ; cette résine détermine la précipitation rapide de la morphine.

Dans le procédé de Guillermond, au contraire, elle est maintenue en solution dans l’alcool à 71, et la morphine se déposant lentement, cristallise. Avec une solution aqueuse d’opium, qui renferme moins de résine, on arrive au même but en ajoutant moins d’alcool.

Lorsque les cristaux de morphine sont gros, la décantation est possible, et cependant, après plusieurs lavages, les cristaux de morphine, examinés au microscope, présentent sur leurs faces une assez grande quantité de cristaux de narcotine, mais lorsque les cristaux de morphine ne sont pas beau-

coup plus gros que ceux de narcotine, la décantation enlève de la morphine et il est indispensable d’avoir recours à un autre moyen de séparation.

Le procédé par l’éther est coûteux, difficile, présente de graves inconvénients, si l’on fait chauffer l’éther, et exige des traitements très-nombreux ; il faut employer de l’éther ne contenant pas d’alcool ; l’éther saturé d’eau pourrait servir, puisqu’il ne dissout pas de morphine.

On emploie généralement une solution de potasse au vingtième, mais la potasse dissout, en même temps que la morphine, la résine qui a été précipitée, C’est une cause d’erreur facile à écarter; en effet, si la séparation de la narcotine présente quelques difficultés, celle de la résine n’en présente aucune; elle est très-légère et reste facilement en suspension. La morphine et la narcotine sont ensuite recueillies sur un filtre, séchées et pesées.

On prend la moitié ou les trois quarts des cristaux pulvérisés et l’on traite par la potasse au vingtième; la narcotine est reçue sur un filtre, lavée, séchée et pesée, et par différence on a la quantité de morphine.

Je préfère employer l’ammoniaque qui permet d’obtenir par évaporation la morphine cristallisée et de faire un dosage direct, ce qui est toujours préférable.

12 grammes d’ammoniaque du commerce suffisent pour dissoudre 0*’'''-,10 de morphine. La solution de la morphine est immédiate, l’ammoniaque ne dissout pas de narcotine, et, par évaporation, donne de très-beaux cristaux.

Le procédé de Guillermond ne m’a pas donné des résultats comparables en opérant sur le même opium. J’attribue cette différence aux causes d’erreurs qu’il comporte :

1" Une solution ammoniacale, exposée à l’air, retient fortement les dernières parties d’ammoniaque qui maintiennent de la morphine en solution ;

2° 11 y a une perte assez considérable par le linge et le filtre et les lavages sont impossibles à cause de la petite quantité de liquide.

3“ J’ai examiné avec soin la solubilité de la morphine dans l’alcool à 71".

30 grammes d’alcool à 71° dissolvent 0®''-,10 de morphine; par conséquent, il reste dans les eaux mères, du traitement de Guillermond, environ

08''-,â0 de morphine, ce qui est une erreur considérable. J’ai examiné si l’ammoniaque était une cause de précipitation. C’était peu probable, puisque l’ammoniaque elle-même dissolvait la morphine; le résultat a répondu à mon attente. Qb^IO de morphine ont été dissous dans 35 grammes d’alcool à 71° acidulés par l’acide acétique : on a saturé par l’ammoniaque, et, après trois jours, il n’y avait pas de précipité formé; j’ai ensuite ajouté un excès d’ammoniaque et il ne s’est pas déposé de cristaux.

Il serait donc utile d’abaisser, s’il est possible, le degré alcoolique du dissolvant où se fait la précipitation. Je crois qu’en épuisant par l’eau, il n’y a plus lieu d’employer autant d’alcool, et, en effet, en ajoutant à des liqueurs aqueuses concentrées leur poids d’alcool à 94°, la précipitation se fait très-bien; il n’y a plus de résine, et, en général, pas ou peu de narcotine qui est retenue par la résine. On obtient ainsi, de prime abord, des cristaux blancs. On traite par l’ammoniaque, et par évaporation on a la morphine très-blanche et parfaitement cristallisée.

Pour éviter les pertes par le linge et par le filtre, j’emploie le procédé suivant :

Je délaye parfaitement 10 grammes d’opium dans 50 grammes d’eau, de manière à amener le mélange à faire une pâte claire, sans grumeaux, ce qui est toujours possible avec un peu d’attention ; le tout, réuni dans une capsule, doit peser 60 grammes.

On ramène à ce poids, s’il y a eu évaporation, en ajoutant de l’eau, et, au bout d’un quart d’heure de contact, on filtre. Des liqueurs claires, on prend 30 centimètres cubes, par exemple, et comme le volume total du liquide était de 50 centimètres cubes, on aura la proportion :

50 morpliine totale 30 “ morphine obtenue'

C’est à ces 30 gr. que l’on ajoute 30 gr. d’alcool à 94°. La liqueur est saturée par l’ammoniaque, et le lendemain on a des cristaux qui se dissolvent presque totalement dans l’ammoniaque. On évapore et l’on obtient la morphine cristallisée.

Un des inconvénients de la méthode de Guillermond, c’est le temps nécessaire pour une opération. Il faut au moins deux jours; j’ai essayé di-

vers moyens de dosage plus expéditifs, et je crois utile de rapporter ici le résultat de mes expériences.

Dans tous ces essais, j’ai suivi la marche indiquée précédemment; c’està-dire délayer complètement l’opium dans l’eau, filtrer et prendre les deux tiers, par exemple, du volume total.

On précipite par l’ammoniaque, on agite fortement, et, au bout d’une heure, on filtre.

Le précipité, recueilli sur le filtre, séché et pesé, contient à peu près toute la morphine. Il est indispensable d’agiter, autrement toute la morphine n’est pas précipitée; et les liqueurs filtrées, abandonnées jusqu’au lendemain, laissent déposer des cristaux de cet alcaloïde.

On prend une quantité donnée du précipité; on la traite par l’ammoniaque; la solution est évaporée, et lorsque les liqueurs sont réduites au quart, on reçoit sur un filtre les cristaux formés et qui sont salis par de la matière colorante, On les traite par l’alcool bouillant qui, par évaporation, donne des cristaux presque blancs.

Je me suis également bien trouvé du moyen suivant : avant de dissoudre la morphine par l’ammoniaque, je traite par du chloroforme (environ 15 gr. pour 0®’'',50 de précipité), qui dissout très-peu de znorphine et n’en dissout môme pas, d’après M. Lepage, de Gisors, On reçoit sur un filtre ; la partie insoluble dans le chloroforme se dissout entièrement dans l’ammoniaque qui, par évaporation, donne des cristaux que l’on dissout dans l’alcool bouillant.

En évaporant l’alcool, on obtient la morphine presque blanche. Quelques heures suffisent pour faire ces traitements qui sont d’une application générale. J’ai souvent opéré avec 2 gr. d’opium, et mes résultats étaient supérieurs à ceux que me donnait la méthode de Guillermond.

J’ai fait encore disparaître la cause d’erreur provenant de la solubilité de la morphine dans l’ammoniaque, en précipitant par le bicarbonate de potasse au lieu de précipiter par l’ammoniaque. Çe genre de traitement présente encore l’avantage de donner des liqueurs moins colorées, ce qui est toujours préférable lorsqu’il s’agit d’obtenir des cristaux. Pour empêcher que l’acide carbonique ne retienne de la morphine en solution, on évapore aux deux tiers au bain marie la liqueur où la précipitation a été

faite. Il n’y a plus alors qu’à tenir compte de la solubilité de la morphine dans l’eau; les essais que j’ai faits m’ont prouvé que 100 gr. d’eau distillée bouillante dissolvent environ 11 ou 12 centigr. de morphine, et que 100 gr. d’eau distillée à 20° en dissolvent 3 centigr.

On sait que la morphine n’est pas précipitée dé ses solutions acides par le bicarbonate de potasse, tandis que la narcotine l’est immédiatement.

J’ai fait, sur ce procédé de dosage, quelciues essais satisfaisants que je me propose de continuer.

J’acidulais les solutions aqueuses d’opium, et j’ajoutais du bicarbonate de potasse en excès. Les liqueurs, immédiatement filtrées, laissaient déposer, par évaporation au bain-marie, des cristaux de morphine.

Ce qui me faisait chercher un nouveau dosage de la morphine, c’est qu’en essayant des dosages directs dans les laudanum, par la méthode de Guillerraond, j’étais arrivé à de mauvais résultats.

30 grammes laudanum de Sydenham fait avec de l’opium à 10 pour 100, évaporés en consistance d’extrait, ont été repris par de l’alcool à 70 degrés et précipités par l’ammoniaque. Au lieu de /|00 milligrammes de morphine, j’ai obtenu seulement 47 milligrammes de cristaux fins, aiguillés, qui étaient de la narcotine pure.

30 grammes laudanum de Rousseau, traités de la même manière, n’ont rien laissé déposer le premier et le deuxième jour. Au bout de q uelques jours, j’ai pu recueillir 295 milligrammes au lieu de 850 que contenaient mes 30 grammes de laudanum.

Dans un autre traitement, j’ai évaporé 30 grammes de laudanum de Rousseau et 30 grammes de laudanum de Sydenham ; repris par des quantités d’alcool à 70 degrés, proportionnelles aux quantités d’opium, afin de de me mettre dans des conditions du procédé de Guillermond.

Le résultat a été le même que la première fois pour le laudanum de Sydenham, et le traitement du laudanum de Rousseau n’avait pas laissé déposer de cristaux après quatre jours. J’ai étendu les liqueurs, et les cristaux se sont formés rapidement.

Il était donc probable que c’était la densité du liquide qui s’opposait à la précipitation. J’ai pris 10 grammes laudanum de Rousseau et étendu avec

-sais grammes alcool à 71 degrés; j’ai obtenu ainsi des quantités presque théoriques de morphine.

Le laudanum de Sydenham a donné les mêmes résultats : ce qui prouve qu’il est nécessaire d’agir sur des liqueurs moins concentrées, si l’on veut que ces dosages réussissent.

.Te voulais rechercher s’il y avait de la morphine détruite dans la préparation du laudanum de Rousseau, et je crois que l’on arriverait à le savoir en opérant comme je l’indique; ou bien, en précipitant par le bicarbonate de potasse, recueillant le précipité sur un filtre et traitant par l’ammoniaque qui dissout la morphine et l’abandonne lorsqu’on évapore les liqueurs. Le dosage des autres préparations d’opium, s’exécutant beaucoup plus facilement que celui du laudanum, je crois inutile de m’y arrêter.

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