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Sur la Nature et le rôle du système musical traditionnel

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Extrait de la Revue Musicale

DU

Système musical traditionnel

La science que les Grecs ont nommée « l’harmonique», c’est-à-dire la détermination et la classification des sons employés en musique, considérés uniquement par rapport à la hauteur, est bien vieille ; et pourtant les questions qu’elle traite n’ont jamais été résolues à la satisfaction générale. Aujourd’hui encore les sons musicaux, fixés par l’écriture, paraissent sur le papier parfaitement déterminés ; chacun a un nom, une notation écrite qui ne laisse aucune ambiguïté, comme les mots d’une langue écrite sont composés de lettres parfaitement fixées par les règles de l’orthographe. Cependant, soit qu’il s’agisse du langage parlé, soit qu’il s’agisse de la musique, la détermination des sons est loin d’étre aussi parfaite quand ce n’est plus l’œil qui est pris pour juge, mais l’oreille. Faites prononcer un même mot français, femme* par plusieurs Français : vous entendrez des sons variés à l’infini, intermédiaires entre fè-me et fd-me ; et en général faisons lire une page par plusieurs personnes instruites: les a, les o, les é, les e , seront inégalement ouverts; les ou se rapprocheront plus ou moins de o ou de eu , les u de i, les un de in ; en somme, autant de personnes, autant de prononciations. Il en est à peu près de même pour les sons musicaux. Que l’on prenne un fragment musical écrit, et qu’on le fasse exécuter successivement par des voix, par des instruments à vent, par des instruments à cordes, ce n'est pas seulement par le timbre que les exécutions différeront, c'est aussi par la hauteur des sons. Et il ne faudrait pas croire que cette diversité s’explique simplement par ce fait que, parmi les exécutants, les uns chantent ou jouent juste, les autres faux. La détermination de ce qui est juste et de ce qui est faux est précisément le grand problème de l’harmonique, et on peut bien dire que ce problème, tant de fois traité, et traité par les hommes de la plus haute valeur intellectuelle, un Pythagore, un Aristoxène, un Euclide, un Ptolémée, un Descartes, un Rameau, un Euler, un Helmholtz, sans parler des contemporains, n’est pas résolu définitivement.

Ce n’est pas ce problème dans toute son étendue que nous nous proposons d aborder en ce moment Nous chercherons seulement à exposer le plus clairement et le plus rationnellement possible l’une des méthodes qui ont été appliquées à la détermination et à la classification des sons « justes », et nous cherche-

rons à établir le rôle que cette méthode a joué dans la musique ancienne, ainsi que celui qu’elle peut jouer encore dans la musique moderne. Nous ferons nécessairement appel à l’histoire, mais l'étude historique de la question ne sera pas notre but ; nous lui demanderons seulement des matériaux qui nous permettent d’édifier une théorie rationnelle applicable à la musique réelle.

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