Sur la parthénogénèse arrhénotoque de la fourmi ouvrière
On appelle Parthénogenèse dzierzonienne ou arrhénotoque (de upp&vovoxoç, qui produit des mâles) le fait, maintenant à peu près universellement admis, que, conformément aux vues de Dzierzon sur les Abeilles,* les œufs de ces Insectes, ainsi que ceux des Fourmis et des Guêpes, pondus par une reine et non fécondés par un spermatozoïde, donnent exclusivement des mâles. Par contre, les femelles, c’est-à-dire les ouvrières et les reines, proviendraient probablement toujours d’œufs fécondés.
Il est, paraît-il, d’observation courante, parmi les apiculteurs qui contrôlent méthodiquement leurs élevages et leurs croisements, que les mères fécondées par un mâle d’une autre race ne donnent que des mâles de leur propre race; tandis que les mâles issus des filles de ces mères présentent des caractères d’hybridité. C’est ce que l’on peut traduire en disant que les mâles d’Abeilles ne sont fils que de leur mère, mais sont petits-fils à la fois d’une grand’mère et d’un grand-père, ou, en disant, plus simplement, que les mâles d’Abeilles ont un grand père mais n’ont pas de père. Cela est bien d’accord avec la théorie de Dzierzon.
Les ouvrières sont considérées comme ne pouvant pas être fécondées et, pour ce motif, comme ne pouvant produire que des mâles.
Pour les ouvrières des Fourmis, les expériences de plusieurs auteurs (Lespès, Forel, Dewitz, Lubbock, Janet, Fielde, etc.) ont, jusqu’ici, confirmé l’exactitude d’une telle parthénogénèse.
J’ai donc été très surpris de lire dans une note de Reichen-
bach, de Francfort-sur le Mein, l’observation suivante :*Au printemps de 1899, j’ai placé, dans un nid d’observation d’après Janet, onze ouvrières de Lasius niger L. Je les ai nourries avec du sucre inverti et des Vers de farine coupés en morceaux. Au bout de peu de jours je vis plusieurs petits tas d’œufs pondus par ces ouvrières .. A mon grand étonnement les larves [issues de ces œufs] donnèrent des ouvrières. . . Des ouvrières peuvent donc provenir, chez le Lasius niger , d’œufs non fécondés, pondus par les ouvrières. . . Bientôt les petits tas d’œufs augmentèrent. Vers la fin de juin, le nombre des ouvrières dépassait une centaine et un grand nombre (eine Menge) de larves et de cocons étaient activement soignés. L’appétit de la colonie était excellent; les mangeoires étaient, chaque matin, complètement vidées... Dans la dernière semaine de juillet, pour ainsi dire en même temps que l’on voyait les mâles et les reines ailés de Laèius niger , des essaims nuptiaux, courir dans les jardins et dans les rues de Francfort, il y eut, dans ma colonie, éclosion d’environ une douzaine de beaux mâles,... qui, après avoir acquis leur coloration définitive, passèrent dans la chambre éclairée du nid et y circulèrent activement. Si l’évasion avait été possible pour eux , ils auraient certainement pris part, en liberté, aux vols nuptiaux.
La colonie hiverna bien, et au printemps de 1900 il y eut, de nouveau, une rapide augmentation due aux œufs pondus par les ouvrières. Le 1er août le nid contenait environ 300 ou¬
vrières et deux 'ou trois douzaines de mâles. Cette année encore l’apparition des mâles coïncida avec l’époque des essaimages.
En 1901, les mêmes faits se reproduisirent, avec celte différence. cependant, que le nombre des individus était plus faible. Cette fois encore, il y eut quelques mâles vers la fin de juillet.
Au printemps de 1902, il y avait encore environ 20 ouvrières qui élevaient des larves, mais, par suite de causes demeurées inconnues, la colonie périt vers la fin d’avril. (H. Reichenbach, Ueber Parthenogenese bei A meisen und andere Beobachtungen an Ameisenkolonien in künstlichen Nestern. Biol. Centralbl. T. 22, p. 461 )