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Sur la peinture

Son père qui était coutelier, le destinait à l’état ecclésiastique. Denis fit ses études chez les Jésuites de sa ville natale, puis à Paris, au collège d’Harcourt. Ses classes finies, il refuse de se faire prêtre et entre dans le bureau d’un procureur pour étudier le droit. Il y passe deux ans, étudiant le latin, le grec, l’italien, l’anglais, les mathématiques, tout, excepté les lois. Enfin le procureur prévient le père de la façon bizarre dont son fils comprenait ses études. Alors le père lui enjoint de se décider promptement: Denis se fera médecin, procureur ou avocat. Denis préfère n’être «rien, mais rien du tout; j’aime l’étude; je suis fort heureux, fort content; je ne demande pas autre chose». Le père lui coupe les vivres, espérant que le fils prodigue reviendra au foyer paternel. Le jeune Diderot n’y songe pas; il prend un cabinet meublé et se livre à un travail acharné, à des études nourries et variées; il se bourre le cerveau d’innombrables connaissances de toutes sortes. Son pain, il le gagne comme il peut, en donnant des leçons, en faisant des traductions pour les libraires, en écrivant des sermons pour un missionnaire, en publiant ses premiers essais philosophiques. Toujours à court d’argent, souvent sans le sou, il connaît la misère. Certain jour, sans une voisine charitable, il mourait de faim. Doué d’une force de labeur que rien ne lasse, il n’a pas l’énergie de se soumettre à un travail régulier.

En 1743, il épouse, malgré sa famille, une pauvre fille, MHe Anne-Toinette Champion. Ce mariage d’amour l’arrache à sa vie de bohème. Pour nourrir sa femme et ses enfants, il lui faut un emploi. Le hasard lui en offre un qui est de son goût et qui, de plus, le fera célèbre.

L’éditeur parisien Le Breton lui propose de traduire et d’adapter au goût français Y Encyclopédie britannique de Cham-

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bers, ouvrage médiocre mais qui, en peu de temps, avait eu plusieurs éditions. Diderot accepte avec empressement. Surle-champ il pense à quelque chose de plus grand qu’une simple traduction; l’Encyclopédie britannique ne servira que de point de départ à V Encyclopédie française qui sera «le tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles». Peu connu du public, Diderot cherche un collaborateur de grande notoriété; il s’associe l’illustre mathématicien d’Alembert. En 1750, les deux directeurs publient, Diderot le Prospectus, d’Alembert la Préface de V Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Dès le premier moment, le succès de l’Encyclopédie est assuré; tout Paris y souscrit. Les écrivains les plus fameux, tels que Voltaire, Montesquieu, Rousseau, écrivent des articles pour l’Encyclopédie; des gens de toute condition y contribuent, des savants, des avocats, des militaires, des médecins, des industriels etc, chacun dissertant sur ce qu’il entend. A cette légion il faut ajouter quelques abbés, auxquels Diderot demande des articles sur la théologie, espérant déjouer ainsi la vigilance des jésuites et des théologiens orthodoxes. Car, l’Encyclopédie sera une arme terrible dans le combat des «philosophes» contre l’Eglise, elle servira à la vulgarisation et à la propagande des idées nouvelles. Ruse inutile; à peine le premier volume a-t-il paru, que le parti orthodoxe démontre, combien la nouvelle publication est dangereuse. Deux fois l’Encyclopédie est suspendue, Voltaire et d’Alembert se retirent désespérant de l’entreprise; Diderot seul ne perd pas courage, il a recours à des amis nobles et puissants qui savent intéresser le roi à la continuation de l’œuvre, il écrit les articles que les déserteurs pusillanimes n’envoient pas. Grâce à l’étendue de ses connaissances, grâce à sa facilité de parler, et de bien parler sur n’importe quelle matière, il fait de la bonne besogne. En 1772, l’œuvre est achevée, mais il a fallu le naturel enthousiaste et entêté de Diderot pour mener à bien l’entreprise. Pendant des années il a lutté avec les autorités, il a lutté contre des collaborateurs paresseux afin de leur extorquer des articles; il a bravé la haine de ses adversaires, il a risqué la prison pour un travail mal payé; il a souffert de voir Voltaire et d’Alembert abandonner le Dictionnaire, il a souffert cruellement d’apprendre la défection brusque de Rousseau qui passa à ses adversaires et attaqua violemment ses anciens amis; enfin il

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a éprouvé la déception la plus cruelle: Le Breton modifie en secret les articles de Diderot et coupe les passages qui lui paraissent trop hardis; quand Diderot découvre la fraude, il est trop tard pour y remédier! Alors seulement il a pensé à se retirer d’une œuvre à laquelle il avait consacré 25 années de sa vie.

L’Encyclopédie a eu des précurseurs, mais elle est originale par ses articles sur les arts mécaniques. Diderot les a rédigés lui-même. Il a fréquenté les ateliers des ouvriers pour apprendre les termes spéciaux des diverses professions, il a dessiné les instruments, les machines pour les planches de l’Encyclopédie. Fils d’artisan, il a réhabilité le travail manuel méprisé pendant des siècles. Convaincu de la toute-puissance de l’esprit humain, de la science, il a prévu le triomphe de l’homme sur la nature, il a deviné le développement de l’industrie moderne*. Enfin, en rendant à l’ouvrier le rang qui lui est dû à côté du guerrier, du savant et de l’artiste, Diderot a été le prophète de la démocratie, de l’émancipation des classes ouvrières.

f Le même esprit révolutionnaire se manifeste dans ses théories sur le théâtre. Il fut le premier à dire aux artistes: Allez à la nature. Il blâme la déclamation et le jeu maniérés des acteurs; l’observation leur devrait apprendre à marcher et à parler comme tout le monde. Puis il s’attaque au drame en vers; dans la vie ordinaire on ne parle pas en alexandrins, il faut donc des drames en prose, il faut renoncer à l’emphase et employer la langue de tous les jours. Enfin il ridiculise la haute tragédie à la mode, où il n’y a d’autres personnages que des rois, des nobles, des dieux et des héros. Ces sujets lui paraissent usés; comme Goethe il dit aux auteurs dramatiques: «Greift nur hinein ins voile Menschenleben!» Le poète n’a qu’à regarder autour de lui, à étudier et à représenter les passions qui ravagent les cœurs de ses contemporains, les aventures funestes qui leur arrivent. Point

* Il a aussi deviné le télégraphe électrique. «Qui sait si cet homme-là (le physicien Camus) n’étendra pas un jour la correspondance d’une ville à une autre, d’un endroit à quelques centaines de lieues de cet endroit? La jolie chose! il ne s’agirait plus que d’avoir chacun sa boîte; ces boîtes seraient comme deux petites imprimeries où tout ce qui s’imprimerait dans l’une subitement s’imprimerait dans l’autre.»

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n’est besoin de les déguiser en guerriers antiques; ils seront sur la scène ce qu’ils sont dans la vie réelle : juges, médecins, négociants, ils seront des hommes simplement. Dans Y Encyclopédie, Diderot a réhabilité l’artisan, sur la scène tragique il a introduit le bourgeois. Malheureusement il cherché à mettre ses théories en pratique. Ses «drames bourgeois» Le Père de Famille et Le Fils Naturel sont des pièces pitoyables. Si mauvaises qu’elles soient, elles ont frayé le chemin au drame moderne. Elles eurent un grand succès à Paris, en France et à l’étranger. On les traduisait, on les imitait. En Allemagne Lessing subit l’influence de Diderot. Il avoue que «sans les leçons et les exemples de Diderot, son goût aurait pris une autre direction» ; comme Diderot il a donné des «leçons», la Hamburger Dramaturgie , et des «exemples», ses drames bourgeois, tels que Emilia Galotti et Miss Sara Sc

Fataliste , le Neveu de Rameau. Ce sont des tableaux peu édifiants, mais réussis et «tous pris dans la réalité» selon les paroles de Goethe qui a traduit le Neveu de Rameau.

Les contemporains ont donné à Diderot le surnom de «philosophe ». Ses essais philosophiques, tels que les Pensées philosophiques, Y Interprétation de la Nature, le Rêve de d’Alem bert , etc., comprennent une partie ^considérable de son œuvre. Diderot commence par être déiste. Puis il «élargit Dieu», il se fait panthéiste; enfin il nie l’existence de Dieu et prêche l’athéisme, le matérialisme. Il lui a fallu une période de deux ans pour cette évolution rapide. Quoiqu’il nie Dieu et l’âme, quoique ses idées sur la morale soient parfois scandaleuses, par une contradiction bizarre, Diderot «la contradiction faite homme», pendant toute sa vie a été un brave homme. Charitable, toujours prêt à donner sa dernière pièce d’argent à un pauvre diable, à corriger et à refaire le livre d’un jeune auteur affamé, souvent payé d’ingratitude, il reste «bon et bête comme Dieu l’a fait». C’est que dans sa jeunesse il a connu la misère et appris l’indulgence.

Il a été bon ami, bon mari, bon père. Pour doter sa fille, il va faire le plus grand des sacrifices, il va vendre sa bibliothèque. L’impératrice Catherine II la lui achète pour 15000 frs. Afin de témoigner son estime au philosophe, elle la lui laisse jusqu’à sa mort et lui fait une pension de 1000 frs. pour en

romans: la Religieuse, Jacques le

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