PREMIÈRE PARTIE
De la nature de la pelade. — De sa transmissibilité. — Dk quelques difficultés de son diagnostic.
§ I•^ — De la nature de la pelade.
II y a aujourd'hui trente-cinq ans(l) que l'illustre Bazin, ayant constaté le grand fait clinique de la transmissibilité de certaines alopécies de l'ordre de celles que Celse (2) a peut-être voulu décrire dans le court chapitre intitulé : « De Areis » sous les noms d'a>,wit£x{a et d'ocptactç, mais qui correspondent certainement à Varea de Jonston (3), à Valopecia areata de Sauvages (4), au Porrigo decalvans de Willan-Bateman, au vitiligo de Cazenave (5),
(1) Rech.sur la nat. et le trait, des teignes. Paris, în-8, 1853.
(2) C'est en toute raison que Hebra critique les auteurs qui ont attribué à Celse le terme à'area, et surtout à'alopecia areata . Le très court chapitre auquel on fait allusion a pour titre : « De areis » au sens générique, comme nous dirions aujourd'hui « Des alopécies », et il faut beaucoup de bonne volonté pour reconnaître notre pelade actuelle dans les descriptions de Celse. 11 est probable que la pelade est comprise dans les alopécies qu'il a vues et qu'il a cru décrire, mais on ne peut aller plus loin; et, sauf le titre de areis au pluriel, le mot area n'est pas prononcé.
(3) C'est dans la description, d'ailleurs très écourtée de J. Jonstoh, que l'on trouve, pour la première fois, le terme d'area et la description reconnaissable sûrement de notre pelade. Voy. Joii. Jonstoni idea universx medicinx praticx. Libris XII. — Absoluta. Lugduni, 1665, in-8. Bibliothèque nationale. T. d. 30-100.— Titulus III. — Ue capillorum vitiis; caput I, De capillorum casu.
(4) Sauvages décrit très exactement la pelade commune, et il la dénomme 0 area de Jonston », ou alopecia areata; c'est à lui qu'appartient donc la dénomination d'alopécie en aires, qui est encore aujourd'hui en usage dans le monde entier, la France exceptée.
(8) On a eu raison de reprocher à Cazbnave d'avoir voulu identifier le vitiligo et le porrigo decalvans ; mais on n'a pas assez remarqué les réelles analogies qui existent entre les deux processus, tous deux nettement névrosiques, et pouvant reconnaître des conditions pathogéniques multiples très analogues ; dans quelques cas de vitiligo, il n'y a pas seulement dyschromie, calvitie, mais encore alopécie incomplète, et môme exceptionnellement complète; j'ai observé un cas avec alopécie absolument complète
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etc., et que, ayant cru reconnaître chez les sujets atteints, le microphyte signalé, dix ans auparavant (1), par M. Gruby, comme étant la cause du Porrigo decalvans, il proclama que ces alopécies étaient des « teignes », c'est-à-dire des affections microphytiques du système pilaire, transmissibles du malade à l'homme sain.
Après avoir d'abord désigné ces alopécies sous les noms de teigne achromateuse et de teigne décalvante, il en étendit ensuite considérahlement le domaine, et réunit une grande partie de celles qui n'appartenaient ni au favus ni au trichophyton sous le nom générique et commun de Pelade.
Ainsi annexées aux teignes proprement dites, les alopécies peladiques se confondaient niiturellement avec elles en tout ce qui concerne la prophylaxie générale, et il était simplement logique, pour tous les médecins qui adoptèrent la doctrine de Bazin, de prendre, à l'égard des sujets atteints de pelade, les mesures qu'ils appliquaient aux faviques et aux trichophyliques. Aujourd'hui encore, ce sont ces mesures qui ont à peu près force de loi en France, plusieurs fois rééditées à l'occasion des épidémies d'area constatées dans les écoles ou dans les lycées, jamais abrogées (2).
Cependant, Messieurs, depuis l'avènement des doctrines de Bazin jusqu'au moment actuel, en dépit de tous les règlements et de tous les arrêtés, quels qu'aient été les efforts du maître, de ses élèves ou de ses partisans, la généralité des médecins n'assimila jamais complètement la pelade aux teignes traditionnelles, ni ne consentit à appeler les peladiques des teigneux. Dans la discussion qui suivit la lecture du deuxième mémoire de M. Ollivier, mon savant collègue, M. Bucquoy, vous a dit de quelle manière large
au niveau des aires achromiques, et à moins de supposer la superposition exacte de la pelade et du vitiligo, il était impossible de faire un autre diagnostic que vitiligo avec alopécie.
(1) Recherches sur la nature, le siège et le développement du Porrigo dtcalvans ou Phyto-alopécie. Comptes rendus de l'Académie des sciences. Paris, 1843, t. XVII, p. 301.
(2) Gillette. Gazette médicale, 1839. — Voy. Hahdy. Discussion sur la contagion de la pelade, Académie de médecine, 20 décembre 1887, Bulletin, p. 861. — M. Lailler, à l'expérience consommée, non moins qu'àPextri'me libéralité duquel chacun rend hommage, a émis récemment encore l'avis qu'il était prudent d'exclure des écoles les enfants atteints de pelade; Voy. Laili.eh, Instructions concernant les maladies contagieuses du cuir chevelu chez les enfants, à l'usage des parents, des instituteurs, institutrices et directrices d'écoles. Société de Médecine publique; in Revue d'Hygiène et de Police sanitaire, année 1885, p. o75 et suiv.
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et libérale il dirigeait, depuis furt longtemps, les peladiques dans les établissements d'instruction dont il a la charge médicale, et, depuis fort longtemps aussi, et bien avant que M. Oluvieh ait commencé à écrire sur la pelade, je faisais introduire ou maintenir des peladiques dans les écoles ou dans les lycées sous certaines conditions déterminées. M. Henri Feulard, dans sa très belle dissertation inaugurale (1), a bien voulu témoigner de mon peu de sévérité générale à l'égard de ces malades.
A cela, deux raisons considérables : la première, c'est que, pour tout observateur attentif, la contagion directe de la pelade ne s'exerce que dans des conditions assez faciles à éviter, et que la contagion indirecte, dans les endx-oits où le peladique est signalé et connu, est aisée à conjurer à l'aide de quelques précautions fort peu onéreuses; la seconde, c'est que jamais la nature microphytique de la pelade n'a pu être sérieusement établie.
Dès les premières heures, la doctrine de Bazin eut à subir les attaques et l'opposition très énergiques de plusieurs de ses collègues de l'hôpital Saint-Louis, et de quelques savants étrangers, au premier rang desquels l'illustre Erasmus Wilson. Encore que ces opposants fussent manifestement systématiques et passionnés, ennemis jurés des doctrines parasitaires naissantes, ils ne manquaient pas d'apporter des arguments difficiles à réfuter.
Mais c'est surtout aussitôt que les progrès de la phytologie permirent une vérification véritable, et aussitôt que des observateurs nouveaux, affranchis de la tutelle un peu comminatoire du maître de Saint-Louis, purent entrer en scène, que les contestations surgirent, nombreuses et énergiques, et que ceux qui avaient d'abord accepté sur parole, ou sans contrôle suffisant, se hâtèrent de nier, et de renier.
Tels d'abord, Robin et Hebra, qui, après avoir plus ou moins adopté le microsporon de Gruby et les premières descriptions de Bazin — lequel devait, d'ailleurs, dans la suite, se contredire luimême à plusieurs reprises (2), — rejetèrent absolument le para-
(1) Teignes et Teigneux — Histoire médicale — Hygiène publique, grand in-8. Paris, 1886, p. 214. Travail très remarquable. Bibliograpliie complète et autlientique.
(2) Tout en reconnaissant, 1862, que a la plus grande partie du mémoire de M. Gruby n'était qu'un roman », Bazin avait gardé le microphyte d'Audouin pour son usage personnel, et il en avait fait deux variétés, l'une propre à la teigne achromateuse, l'autre propre à la teigne décalvante.
site et contestèrent les descriptions, entraînant dans leur négation la plus grande partie des dermatologistes des deux mondes (1).
A Lyon, dès 1859, Uollet déclarait qu'il avait en vain cherché sur les cheveux peladiques le parasite annoncé à Paris, et la même année, cà Bordeaux, Gintrac écrivait que la pelade est très probablement une affection contagieuse, que vraisemblablement elle doit avoir un parasite, mais que ce parasite reste indéterminé {%).
En 1865, dans sa très belle Etude sur la géographie et sur la prophijlaxip des teignes, notre éminent secrétaire perpétuel M. Bergeron, trois ans après la publication de la seconde édition des Leçons théoriques et cliniques sur les affections parasitaires, de Bazin, ne mentionne pas la pelade, à la fois parce que les documents dont il disposait ne spécifient pas Varea, et parce qu'il n'admettait pas comme démontrée sa nature parasitaire.
En Allemagne Rindfleisch, 1869, Purdon à Londres, 1870, Duo- BiNG en Amérique, la même année, arrivent à de pareilles conclusions négatives (3).
A la Société médicale des hôpitaux de Paris en 1874 (4), personne ne défend plus la nature parasitaire de la pelade. M. Vidal, M. Lailler, m. Bergeron, déclarent qu'ils ont en vain cherché sur un nombre considérable de cas le parasite affirmé par Bazin; et à
1853-1858; en 1862, il réunissait ces deux formes cliniques et microphytiques en une seule sous le nom commun de pelade ; et enfin en 1873, dans l'article MiCROSPORON du Dictionnaire encyclopi'dique , il les séparait de nouveau, limitant le microsporon à la pelade achromateuse, et créant, pour la pelade décalvante, le trichophyton decalvans.
(1) Ch. Robin — Thèse de doctorat ès sciences. Des végétaux qui croissent sur l'homme et sur les animaux vivants, in-8. Paris, 1847; 1853, Histoire naturelle des végétaux parasites, etc. ,— reconnaissait avoir vérifié une partie des faits annoncés par M. Grudy. — Sa négalion du microsporon d'Audouin date de la onzième édition du dictionnaire de Nysten. — En 1858, pl. VU (A) de la seconde édition de son Atlas, Hebra admettait l'existence, dans l'alopécie en aires, du parasite do Audouin, mais il le rejeta peu après, pour adopter la théorie de l'atrophie simple par action nerveuse.
(2} R0L1.ET. Annuaire syph. et eut., 1859, p. 342, cit. Horand. — Gintrac, 1859, Cours de clinique et de pathologie internes, t. V.
(3) RmDFi.Eiscii, Area Celsi, Hist. stud., in Arch. f. Denn. und Syph. À Heft, 1869, p. 403 et pl. IV.
— PvRno^, Journ. cf. eut. and dise, of the sitin, 1870.
— DuiiniNO. Amer. .Journ. of med. se, 1870.
(4) Bulletins et mémoires de ta Société médicale des hôpitaux de Paris, année 187t,p. 54, 55, 56.
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Lyon, M. Horand, alors chirurgien en chef désigné de l'Antiquaille, dans un mémoire très remarquable (1) sur lequel nous aurons à revenir, nie absolument le parasite de la pelade, déclare avoir en vain tenté d'inoculer celte affection, et rejette sa contagiosité.
L'année suivante, dans un travail un peu humoristique, mais contenant des observations précises et originales, Nystrom, de Stockholm, conclut d'études faites à l'hôpital Saint- Louis de Paris que les auteurs qui ont nié les parasites de Gruby et de Bazin ont mal observé ; que ces parasites existent bien réellement, mais qu'ils n'entrent pas en conflit avec le poil; que leur siège exclusif réside dans les squames épidermiques toutes superficielles; qu'ils sont absolument accidentels, banals, et qu'ils paraissent provenir surtout du duvet de coton des linges de toilette, de pansement ou de coiffure (2).
Enfin, Messieurs, depuis plus de quinze ans, dans l'hôpital Saint-Louis, on a surabondamment montré et démontré que tous les parasites, sans exception, successivement en France et à l'étranger considérés comme propres à la pelade, les parasites de Malassez et CouRRÈGEs, de Thin, de Sehlen, de Robinson, etc., sont banals et non pathogènes.
A la vérité, depuis peu, on a émis l'idée que, tout vulgaires qu'ils étaient, ces divers microphytes pouvaient être des agents de transport de l'élément contagieux, ou bien devenir directement pathogènes par leur siège, leur abondance, leur localisation dans le follicule, ou vulgairement nocifs à la faveur de certaines conditions de moindre résistance, de lieu, et de sujet; mais, est-il besoin de le dire, tout cela ne repose sur aucune base ferme, et même ne saurait être admis au point de vue de la microphytie générale du système pilaire.
S'il n'est directement pilivore, alors même qu'il est extrêmement abondant et très riche botaniquement, le microphyte n'altère en rien le poil qu'il entoure de toutes parts pendant un temps aussi long qu'on le voudra. Tels le parasite d'EiscnTEor, microphyte du pityriasis versicolore, le microsporon minutissimum de Burkhardt, parasite de l'érylhrasma, et les parasites de la sueur
(1) Considérations sur la nature et le traitement de la pelade, in Ann. de Dermat. el de Syph., 1"> série, l. VI, 1874-73, p. 408, et t. Vil, 1875-76, p. 5.
(2) Ant. Nystuom. Note sur lu nature de la pelade, etc., iu Ann. de Dermat. et de Syph., 1" série, l. VII, 1872-76, p. 441.
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rouge, etc. A peine — M. Balzer l'a montré dans mon laboratoire de clinique — le microsporon minutissimum végète-t-il dans les fissures ou cassures du poil accidentelles, mais il ne détruit, ni ne dévore, ni même n'irrite en rien le poil, s'il n'envahit ses gaines, ou ne fait effraction de ses tuniques.
Si ces éléments figurés, ou d'autres inconnus, ou quelque substance nuisible au poil sécrétée par eux, peuvent être incriminés, ils ne le sauraient être à la manière dont les éléments des teignes véritables agissent sur le poil. Comme je vais le dire tout à l'heure le poil peladique montre des troubles de nutrition pure, il est sidéré, cadavérisé, atrophié, mais il ne présente, ni dans ses gaines, ni dans ses tuniques, les traces de destruction directe que l'on observe dans la trichophytis, où le parasite est réellement pilivore, ni les altérations complexes, à la fois irritatives et microphytiques, qui appartiennent au poil favique.
Il serait loin d'être inutile de poursuivre, avec les détails techniques nécessaires, la démonstration des faits que j'indique seulement en quelques traits rapides, mais je ne saurais oublier que l'Académie nous a demandé seulement de fixer sa jurisprudence en matière de prophylaxie peladique. Pour cet objet, j'ai surabondamment, je pense, établi que, non seulement on n'a pas reconnu dans le poil peladique de parasite vrai, mais encore que les altérations histologiques de ce poil, pas plus que les phénomènes de sa mue, ne semblent être de l'ordre parasitaire direct, ce qui va, en outre, être montré plus explicitement dans les paragraphes suivants (1).
(1) Sur les ynicrophyles du poil peladique, comparez Malassez, note sur le champignon de la pelade, in Arch. de Physiol. norm. et Palh., 1874, p. 203. — CouiuiÈOES. Etude delà pelade, Thcise de doctorat. Paris, 1874. — C. Lailler. Leçons cliniques sur les teignes faites à l'hôpital Saint-Louis, recueillies et publiées par L. Landouzy, in-8. Paris, 1878.
— Leturc. Sur la nat. et le trait, de la pelade. Thèse de Paris^ 1878. EicMHORsr. Beobacht. u. alop. ar., Wiiiciiovv's Archiv., 1879, trad. franç. par DoYO.v, in Ann. de Dermat. et de Syph., 2» série, t. I, 1880.
QuiiSQUAUD. Comptes rendus de La Soc. de Biologie, 1879, P. MKnKLBiN. De la Pelade, Ann. de Derm., etc., 1880, p. 260. — E. Vidal. Des pelades, in Gazcttt des Hôpitaux., 1879. — Fouuniek, ibidem, Leçons sur les alopécies, 1879. — Tiun. On bactei-iiim decalvans, an organism associated with the destruction of the huir in alnpecia areala, iu Procedings of the Royal Society, ISHi, et Britisli med. Journ., 1882. Majoccui. Congrès de Modùnc, 1882, cit. Feulard.
— Cei.so PKLi.izAnr, 3 uiicroflti dell' epidcrmide normale in j"ipporto coU area Cclsi, in DoUelino délia Soc. ira i cuil. di Scienze medichc in Siena.
Ainsi donc, toutes ces recherches, tous ces efforts combinés, ces travaux considérables dont nous' n'avons donné qu'un bien faible aperçu, demeurent pour le moment comme s'ils n'avaient pas été, et, après eux comme avant eux, l'alopécie peladique est incompréhensible et inexplicable par la théorie parasitaire. II reste, à présent, à examiner si l'on peut obtenir un peu plus de lumière de l'étude clinique de la maladie, des caractères histologiques du poil altéré, ou de l'état anatomique de la peau dans ses divers éléments différenciés.
Cliniquement, l'histoire de la maladie est fort courte, tout est négatif; ses traits essentiels ont été tracés par Bateman (1) en quelques lignes que voici :
« Cette singulière maladie est caractérisée par des taches plu.s ou moins circulaires qui rendent chauve la partie sur laquelle elles ont leur siège, et sur lesquelles on ne remarque aucun cheveu, tandis qu'elles sont environnées d'un aussi grand nombre de cheveux qu'à l'état naturel. La surface du cuir chevelu est, au centre des taches, unie, brillante, et d'une blancheur remarquable. »
Assurément nos descriptions contemporaines ont besoin d'être surchargées de plus de détails, mais celui qui aura lu, même une
1884, Anal, franc., par. A. SinEOEY, in Ann. de Der mat. et de Syph.,2' série, t. V, 1884, p. 586.
— BizzozEno, S. microf. d. épid. norm. Gaz. di O.tp., 1884.
— Balzer et DuBREuiLH, Observations et reclierches sur l'érythrasma et sur les parasites de la peau à l'état normal, lu Ann. de Dermat. et de St/ph., 2« série, t. V, 1884, p. 597 et 661.
— Von Sehlen, Zur œtiol. der alop. areata, Wirchow's Arckiv, 1885 et Congrès méd. de Strasbourg, anal, franc., par Doyon, in Ann, de Dermat. et de Sijpli., 2° série, 1886, t. VIII.
— Thin, Alop. areata und Bact. decalv. mit besonderer BerQcks d. Untersuch. von Von Sehlen, in Monat. f. prakt. Dermat., 1885.
E. Chambard, article Pelade du Dictionnaire encyclopédique, 1886. — A.-R. RoBiNsoN. Congrès de Washington. Pathologie und Thérapie der Alopecià areata. Monatshefte fur prakt. Dermat., 1888, n" 9 et sq.
(1) Abrégé pratique des maladies de la peau, trad. de Bertrand, Paris, in-8, 1820, p. 220.
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seule fois, cette courte description, saura reconnaître, à la distance de sa vision, le premier peladique qui lui apparaîtra.
C'est tout à fait exceptionnellement que ces aires décalvées auront été, préalablement, le siège d'un traumatisme, d'une lésion pathologique ; c'est aussi exceptionnellement qu'on y pourra relever quelque trouble de la sensibilité, avec quelque minutie qu'on en décompose les diverses espèces. Un peu de prurit, rarement intense, très souvent tout à fait nul ; quelquefois, mais bien peu souvent, une manifestation névralgique, d'ailleurs très variable de nature et de siège; et voilà terminée la série subjective des phénomènes préalopéciques. Pendant ce même temps, quelquefois, des observateurs prévenus, et en éveil, peuvent relever que les cheveux perdent leur poli et leur souplesse, qu'ils deviennent ternes, poussiéreux (1), en même temps que la peau, qui va être dénudée, desquame insensiblement, devient un peu achromique, quelquefois empâtée, comme œdémateuse vaguement (2). Mais, je le répète, tous ces caractères sans exception, le plus ordinairement, restent très frustes, ou manquent absolument, et en tout cas, demeurent le plus souvent inaperçus ; quatre-vingt-quinze peladiques sur cent apprennent par un tiers, ou découvrent tout à fait par hasard, la première plaque chauve qu'ils ont dans le cuir chevelu ou à la face, et c'est toujours quand la tonsure se fait, ou est faite, que le médecin en peut relever les caractères ; c'est seulement sur les sujets en observation journalière que l'on a pu noter les minuties cliniques que nous avons indiquées, et qui servent à prévoir le point nouveau qui va, à son tour, devenir chauve.
Sur des sujets différents, ou chez le même individu en des points séparés, l'évolution peladique est variable ; quelquefois galopante, et rasant en quelques jours une surface de plusieurs centimètres de diamètre, d'autres fois à ce point lente que la nature de la dénudalion peut rester très ambiguë pendant plusieurs semaines et plusieurs mois. Tantôt l'alopécie localisée est presque immédiatement complète, et le champ peladique, éburné d'emblée ; le
(1) « Un peu poudreux », Laim.eii, toc. sup. cit., p. 76.
(2) A tort contesté par Bazin, ce fait, noté par Devergie, est très ordinaire, sinon constant, il peut persister pendant toute la durée de la maladie, prendre quelquefois les proportions particulières d'un empâtement manifeste, surtout dans certaines pelades chroniques hyperidrosiques et séborrhéiques ; d'autres fois, il n'est que momentané et est remplacé par un affaissement léger du niveau de la partie alopécique.
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plus ordinairement, après la chute ou la fracture des poils, il se fait plusieurs générations successives de cheveux avortés, qu'il ne faut pas confondre avec les follets de guérison ou de repousse; puis, ou bien des poils colorés et solides reparaissent progressivement, ou bien la génération des poils avortés cesse complètement, l'état glabre s'établit; la peau, achrornique ou non, devient lisse, éburnée, s'affaisse un peu ; la pelade est complète.
Dans quelques cas qui sont loin d'être rares, la plaque que je viens de décrire, au lieu d'être toute glabre, ou plantée de poils avortés et achromiques, est^ au contraire, irrégulièrement, en quelques points ou à sa périphérie, parsemée de cheveux noirs, cassés à ras ou à une pellle distance de la peau. Ces' cheveux, si on peut les saisir à la pince, viennent sans effort ; ils ont perdu toute adhérence ; quelques-uns sont normaux objectivement, d'autres présentent l'atrophie radiculaire en aiguille, tous sont cassés dans la lige, cadavérisés, et peuvent rester indéfiniment en place dans le même état. Cela s'observe dans les variétés que j'ai désignées sous le nom de pelades à cheveux fragiles, à cheveux cadavérisés d'emblée, que Bazin, se méprenant sur leur nature, avait dénommées « fausses pelades », rapportées au trichophyton, et que mon savant collègue M. IjAILLer, avec son sens clinique droit et juste, a restituées à la pelade sous l'étiquette de « pelades pseudotondantes », « tondantes » voulant dire, pour lui, « trichophytiques. »
S'il est resté sur la plaque alopécique récente quelques poils, ou si l'on examine les poils delà périphérie, voici ce qu'on constate : Soit avec les doigts, soit avec la pince, on arrache aisément un poil, ou un bouquet de poils, dont les caractères sont les suivants : ils sont rigides, ont perdu leur souplesse, et n'amènent qu'exceptionnellement avec eux une gaine vitreuse; le plus ordinairement, l'examen à l'œil nu, ou mieux à la loupe, permet de constater que leur extrémité radiculaire est atrophiée, poussiéreuse, filiforme, terminée en pointe d'aiguille extrêmement fine, souvent coudée, très souvent dépigmentée. Ces poils, avant de tomber spontanément, cassent d'ordinaire à quelques centimètres sur la tige; mais ils peuvent aussi casser plus loin ou plus près ; dans la pelade à cheveux fragiles, la cassure se fait au niveau ou à une petite distance de la peau, ou même dans le canal pilaire ; on pourrait croire que ces cheveux ne tombent pas et sont toujours cassés à niveau, c'est une erreur, une partie est comme dans toutes les variétés de pelade, avulsée d'une façon précoce
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par toutes les tractions, tous les tiraillements directs ou indirects auxquels tous les poils sont exposés et soumis.
A l'examen histologique, dans la pelade commune, les poils présentent des caractères très importants, encore qu'ils ne soient ni absolus ni exclusifs ; tous les observateurs, alors même qu'ils ne seraient pas très versés dans l'usage du microscope, les peuvent aisément constater : On relève d'abord les phénomènes principaux déjà indiqués à l'œil nu, c'est-à-dire la déformation et l'effilement de la racine, puis un ou plusieurs renflements au niveau desquels le poil semble éclaté en roseau, enfln l'extrémité libre, brisée au niveau d'un renflement, ou sans renflement, est disposée en pinceau, épiée.
Tous ces caractères n'indiquent rien autre chose que l'athrepsie du poil, son atrophie radiculaire; et tous les autres que l'on peut encore retrouver : pointillé brun ou noir le long du canal médullaire, disparition de la moelle, infiltrations de bulles d'air, etc. etc., sont du même ordre, vitaux, nécrobiotiques, et sans aucun élément microphytique , bien que beaucoup d'observateurs se soient laissé prendre à ces apparences, et aiènt cru y voir des végétations sporulaires.
Dans les variétés à cheveux fragiles, où la nécrobiose a été subite, le poil toujours fragmenté en courts tronçons est plutôt hyperpigmenté, et semble plus volumineux ; il n'y a ni bulles d'air, ni destruction de la moelle ; le poil n'a pas de renflements, et son extrémité de cassure n'est pas pénicillée. Il conserve toute sa consistance, et ne s'écrase ni entre les mors de la pince^ ni sous la lamelle couvre-objet, caractères pratiques faciles à constater, et que j'ai montrés être suffisants pour distinguer aisément, avec sûreté, et immédiatement, le poil peladique pigmenté du gros poil noir trichophytique infiltré de spores, avec lequel il a été très souvent confondu en raison de sa couleur, de son volume, et de sa brisure à peu de distance de la peau.
Ces deux espèces de lésions du cheveu ne sont ni difi"érenles par la nature, ni successives dans le cycle ; ce sont simplement des variétés d'un même processus nécrosique et athrepsique ; elles coexistent souvent sur une même plaque, ou coïncident sur un même sujet.
De tous ces caractères, Messieurs, dont j'ai donné seulement ce qui esta la portée de tous, et facilement utilisable en clinique extemporanée, aucun n'est absolu, pathognomonique à lui seul, mais je puis affirmer que leur réunion, leur constatation correctement
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faite, est d'un grand secours, laisse peu de place à l'erreur, et que leur réunion est loin d'être sans valeur pour rinterprétation de la nature de la maladie (<).
Si l'on poursuit l'examen par l'étude histologique de fragments de peau pris sur le vivant au niveau d'une plaque de pelade, oa constate les mêmes phénomènes d'athrepsie, d'atrophie du poil, de suspension plutôt que de suppression de la fonction pilaire. Mon savant ami et collègue dans les hôpitaux, M. Bauer a fait, à cet égard, une constatation de la plus grande importance non seulement pour l'interprétation exacte du processus peladique, mais encore sous le rapport pronostique de l'alopécie peladique en général.
Voici la note que M. Balzer a bien voulu me remettre sur ce sujet :
« Un jeune homme entré dans le service de M. Fournier présentait une pelade absolument généralisée, complète ; le D' Barthélémy lui incisa un petit fragment de la peau du pubis également tout à fait sans poils apparents . — Or, l'examen histologique montra que cette
(1) Voici quelques détails complémentaires communiqués par mes collègues et amis MM. Balzer et Juhel-Rénoy, qui tous les deux, pendant im grand nombre d'années, ont bien voulu m'assister dans mon laboratoire de clinique dermatologique à l'hôpital Saint-Louis.
M. Balzrr : « Les examens histologiques de poils que j'ai eu l'occasion de faire dans votre service ou dans celui de M. Fournier, ne m'ont rien appris qui ne se trouve dans les auteurs, c'est-à-dire Vatrophie du poil ou du cheveu. Très souvent il perd ses caractères distinctifs : le poil à bulbe creux et à cavité médullaire revêt une apparence qui le rapproche du poil à bulbe plein. Il n'y a plus toutefois de renflement à son implantation et cette extrémité est plutôt amincie, déformée. Le poil follet a perdu sa coloration, il paraît sec et ses lames sont dissociées. On trouve habituellement des microbes en grains sur la signification desquels je ne voudrais pas me prononcer.
En somme, le caractère fondamental me paraît être l'arrêt de développement, le trouhle profond apporté dans la nutrition du poil. »
M. Johel-Rèsoy : « Il existe un ensemble de lésions anatomiques du cheveu peladique qui, lorsqu'elles sont réunies, peuvent être regardées comme caractéristiques, mais aucune prise isolément n'a une valeur pathognomouique.
A. Pelade commune : Outre les caractères extérieurs du cheveu : décoloration, gracilité, facilité avec laquelle on l'extrait, sécheresse, courbure en crosse de la racine, les lésions anatomiques se peuvent résumer d'un mot, c'est une atrophie de tous les éléments du cheveu.
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alopécie n'était pas complète en réalité. Les follicules pileux étaient atrophiés et leurs gaines épilhéliales externes étaient revenues sur ellesmêmes, festonnées et plissées comme des bourses vides. Mais, au centre de chaque follicule pileux on trouvait encore un poil mal développé, mince, fendillé, sans bulbe, sans cavité médullaire, mais enfin un poil. Les glandes sébacées et les autres parties de la peau étaient normales en apparence. Le poil n'atteignait pas l'orifice du follicule pileux.
En somme, il n'y avait pas arrêt total du développement des poils, mais seulement un trouble profond dans leur évolution. L'alopécie n'était complète qu'en apparence. Dans tous les follicules pileux on constatait les traces de cet effort dans la rénovation du poil. »
A la fin de sa note, M. Balzer fait remarquer que, dans le cas dont il s'agit, l'alopécie était déjà complète depuis six mois au moment de l'examen et il ajoute : « Combien de temps dure cet effort de rénovation, c'est ce que je ne pourrais dire, mais il doit vraisemblablement se reproduire pendant longtemps. »
Le cheveu va se rétrécissant, Jusqu'à prendre l'apparence d'un fil, à mesure qu'on approche de la racine, la gaine externe étant rarement extraite à la pince.
L'extrémité libre est brisée en pinceau. Entre les deux extrémités existent une série de renQements, au niveau desquels le cheveu est assez souvent brisé. Quant aux points noirs qui existent à l'intérieur du cheveu, et que quelques auteurs ont pris pour des spores, ce sont des fragments de la moelle du cheveu écrasée lors des manipulations histologiques, leur réfringence, la sélection avec laquelle ils fixent l'acide osmique le prouvent.
Enfin, il y a lieu de signaler expressément, quoique je n'aie trouvé relaté dans aucun auteur cette lésion, la disparition plus ou moins totale de la moelle du cheveu, et la présence de bulles d'air. Ce dernier fait appartient a Beiikknd (Soc. ined. de Berlin, 1886). Celle absence de moelle dans le canal médullaire du poil me paraît être très importante, la fréquence de cette lésion est considérable, de règle sur les cheveux peladiques anciens, elle se montre dès le début de la maladie; cette affirmation est basée sur l'examen de plusieurs centaines, presque un millier de pelades.
Au résumé. Atrophie énorme de la racine du poil. Disparition de la moelle, apparition de bulles d'air dans Je canal médullaire, fragmentation de ladite moelle, éclatement et brisures nombreuses de l'extrémité libre du cheveu, telles sont les altérations anatomiques du poil peladique.
La disparition de la moelle du cheveu explique-t-elle la chute du poil, sa sécheresse, son défaut de vitalité, bref, toutes les phases de l'atrophie progressive qui atteint le cheveu? Je le pense, bien que ce ne soit qu'une induction.
Aucun parasite constant; presque toujours, à la surface du poil, spores banales.
B. Pelade à cheveux fragiles : Les cheveux sont de volume égal aussi gros
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Celte supposition de M. Balzer est absolument conlirmée par l'observation clinique ; je puis affirmer que la vie latente du poil peut persister pendant toute une série d'années ; chez un malade complètement alopécique à la suite de la maladie de Basedow, j'ai vu la totalité des poils reparaître après un sommeil absolu de cinq années. C'est donc un sommeil, une léthargie, mais non la mort; et chacun comprendra combien ces constatations précises et positives sont de nature à entretenir l'activité du médecin, à soutenir et à consoler le patient.
Mais aussitôt que, voulant pénétrer plus avant le mécanisme intime de ces faits vraiment incompréhensibles, on recherche dans l'état anatomique du système nerveux des parties atteintes, leur cause, leur raison d'être ou leur explication, on ne trouve plus rien, rien qui ait une valeur réelle. Dans sa communication si importante du mois de juin de cette année, M. Leloir vous l'a dit; ayant pu examiner à loisir l'état de la peau au niveau des plaques de pelade sur deux sujets morts d'une affection intercurrente ; dans un cas les nerfs cutanés présentaient tous les signes de la névrite dégénérative atrophique {névrite dite parenchymateuse), en voie d'évolution ; mais dans l'autre cas, les nerfs cutanés étaient absolument sains (1). Ces deux résultats s'annulent l'un l'autre, et la question ne reçoit aucune lumière de leur étude.
Aussi, après avoir déclaré qu'on ne connaissait pas le parasite de la pelade, nous pouvons seulement ajouter que les altérations hislologiques du poil n'indiquent qu'une dyslrophie simple ; — que la fonction pilaire demeure plus ou moins longtemps suspendue plutôt qu'abolie; — enfin que, dans le cas où ces lésions seraient gouvernées par des altérations nerveuses périphériques, celles-ci demeurent totalement ignorées.
Si des faits nombreux, certains, irrécusables, n'attestaient pas que la maladie étrange dont nous poursuivons laborieusement
à la racine qu'à l'extrémité libre ; ils atteignent de préférence les individus bruns; on les trouve bourrés d'éléments médullaires arrondis, chargés de pigment, mais il est impossible d'y voir les bulles d'air, la fragmentation du canal médullaire ; enfin les réactifs colorants (éosine) n'agissent que très imparfaitement sur ces fragments de poil. » (1) Bulletin de l'Acad., 1888, p. 940.
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l'élude, peut se transmettre de l'individu malade au sujet sain, nous pourrions en rester là, et accepter sans en comprendre le mécanisme, ni le mode instrumental, la théorie de la pelade nerveuse ou trophonévrotique. Cela nous serait d'autant plus aisé que cette théorie a, en outre, à son actif des expériences de physiologie expérimentale. Dans l'année 1886, Max Joseph (1) et l'année suivante Mibelli ont produit l'alopécie en aires chez de petits animaux en sectionnant la branche postérieure du deuxième nerf cervical immédiatement après le ganglion. Mais il faudrait être bien peu au courant, à la fois des difficultés de la question de la pelade, et delà valeur utilisable des vivisections sur les petits animaux, pour croire que ces expériences sont de nature à trancher le différend. Les mutilations complexes qui sont nécessaires pour réaliser ces sections nerveuses, et leurs détails physiopathologiques ont besoin d'être étudiés, contrôlés, avant de recevoir une application légitime ; elles n'apprennent rien autre que ce fait déjà connu, à savoir, que certaines alopécies peuvent être produites soit par choc traumatique, soit par lésion nerveuse ; mais elles n'impliquent en aucune façon, ni que toutes les lésions nerveuses provoquent l'alopécie, ni que toutes les alopécies ne procèdent que d'un seul et unique mode pathogénique, d'une cause invariablement la même.
A la manière de toutes les dystrophies, les lésions atrophiques et athrepsiques qui rendent le poil caduc peuvent avoir une anatomie essentiellement complexe ; leur origine peut être dans les centres, sur les troncs, ou à la périphérie ; et, dans chacune de ces localisations, la source peut être matérielle, ou la nature fonctionnelle, la cause directe ou indirecte, immédiate, voisine, ou éloignée, transmise de points très divers et quelquefois très distants, réûexe ou réfléchie.
(1) Voyez Experimcnt. untersuch. uber die ^tiologie der Alopecia areata — Monats/iefte fûrprakt. Dermatologie, 1886. Analyse française par Doyon, in Annales de dermatologie et de syphiligraphie. — Mibelli : Rieerchc speri-
mentali suU' etiologia dell' alopecia areata (Communicazione preventiva).
Bollelino délia Societa tra i cultori discienze mediche diSiena, 1887, n° 2.
Voyez, en outre, sur la question entière de la pelade : H. Feulard, thèse citée; — E. Ciiambard, article Pelade, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales; — P. Merklen, De la Pelade, A7in. de dcrmat., 1880, p. 260 ; — Bbocq, iôidem ; — G. Tiiibibuoe, Sur la question de la contagion de la pelade, iôzci., 1887, p. 503. Ces travaux, remarquables et excellents à tous égards, donnent un exposé absolument impartial de l'état actuel de la science.
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Une commotion morale, un choc physique, une lésion trauraalique ou pathologique, une altération générale de la nutrition comme dans toutes les maladies graves, divers états pathologiques du système nerveux, tabès, où je l'ai vue coïncider avec des lésions unguéales (1), maladie de Basedow, etc., diverses diathèses comme la syphilis, des lésions dystrophiques pures comme celles de la morphée ; peut-être enfin des irritations directes ou rétlexes de la papille papillaire par des parasites inconnus comme dans la pelade, ou par des parasites connus comme dans certaines teignes parasitaires ; tout cela, par des voies et des moyens extrêmement variés, peut réaliser un même phénomène, à savoir, la sidération de la papille nerveuse, l'altération, la suspension ou la destruction de sa fonction.
C'est toujours là où il faut en venir, et, loin de contester la nature nerveuse, ou névrotrophique de ces alopécies, je proclame au contraire qu'il serait absolument impossible de les comprendre sans l'intervention du système nerveux. Dans chacune d'elles, en effet, et dans la pelade en particulier, il n'y a pas d'autres lésions que des lésions trophopathiques (pour me^servir du 4erme créé par Alibert), et non des lésions de parasite, telles ,qu'on les trouve dans la trichophytie où le poil est éclaté littéralement, et vraisemblablement sous le seul effort mécanique du parasite qui le bourre ; et dans le poil favique, dont les gaines vitreii-es et visqueuses, infiltrées par l'achorion, présentent des signes d'irritation accusés par la présence fréquente de globules de pus, témoins irrécusables de cette irritation (2).
Alors même que l'agent spécifique qui produit l'alopécie peladique serait découvert, on ne pourrait comprendre les altérations du poil qu'en en reportant l'action sur la papille pilaire ellemême, sur la partie vivante. Dans les formes les plus certainement contagieuses, on observe cette rapidité du processus nécrobiotique
(1) Voj'cz AiiNOZAN. — Chute spontanée des ongles aux uiaius et aux pieds. " — Pelade de la- barbe et des phalangines. — Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux, séance du 6 juillet 1888, Journal de mddecine de Bordeaux, \r 501, 22 juillet 1888, p. 508.
(2) Le chevea fïN'iquc s'arrache entier, pourvu de gaines vitreuses succulentes, souvent par pinceaux réunis à la base par la viscosité des gaines. ■J'ai, depuis longtemps, insisté sur la valeur pratique de ces caractères. M. JoiiEL-RftNOY pense que cette viscosité est due à l'irritation que détermine l'achorion dans les couches voisines des parties profondes de l'épiderme et, peut-être, à une sécrétion, ptomaïne, alcaloïdes, émanée du favus.
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qui sidère le poil et amène en quelques jours sa chute et la suspension secondaire de la fonction pilaire, et, enfin, le phénomène si extraordinaire de la continuation indéfinie de cette suspension, ce qu'on n'observe dans aucune des maladies où le microphyte s'attaque au poil directement. Quelle que soit la durée delà végétation du trichophyton, bien qu'il détruise radicalement le : poil aux dépens duquel il se nourrit, jamais la papille nerveuse > n'est troublée dans sa fonction, et, le parasite éteint ou détruit, le . poil se reproduit immédiatement, sain, vigoureux. Dans le favùs, il faut des mois et des années pour que la papille pilaire cesse de produire le poil, et c'est seulement quand le follicule entier a. été détruit sous l'action d'une incurie également indéfinie, que l'on ne voit plus le poil se régénérer. Les auteurs qui cherchent le parasite de la pelade dans le poil, ou alentour, n'ont pas réfléchi à cette particularité, et n'ont pas vu qu'il faut rechercher ailleurs la raison de cette paralysie ou de cette parésie fonctionnelle de la papille pilaire qui survit si longtemps à la disparition absolue et complète du poil.
Il faut donc en prendre son parti ; cela est, pour nos connaissances actuelles, incompréhensible ; nous devons, comme pour , tant d'autres affections, nous contenter de la pure constatation . des phénomènes, sans pouvoir en pénétrer la source ni la raison.
A côté de ces caractères névrotrophiques du processus des alopécies peladiques, il faut placer un fait d'observation clinique signalé depuis longtemps, que M. Lailler a indiqué particulièrement, et que chacun peut aisément vérifier aujourd'hui, tant la pelade pullule en ce moment, c'est que l'on trouve assez souvent une nervosité particulière chez les sujets qui en sont atteints. Cela, joint au relevé attentif des nombreux incidents de la vie auxquels chacun est sujet, a surtout mené mon savant . collègue M. Ollivier, après toute TÉcole allemande, à considérer la pelade comme une trophoiiévrose pure.
Or, si l'on peut admettre, de la part des sujets nerveux une prédisposition aux alopécies peladiques, c'est dépasser la simple observation des faits que d'aller au delà et de conclure toujours d'une émotion morale préexistante à la certitude que l'alopécie
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en résulte directement. L'observation, facile à multiplier, montre au contraire que, dans la pelade vulgaire, la plus commune, cette condition nerveuse propre au sujet, ou accidentelle, n'est ni nécessaire, ni constante comme elle le devrait être si elle était univoque. L'enquête attentive que je poursuis publiquement depuis un grand nombre d'années sur toutes les catégories de pelades, celle que j'ai reprise plus étroitement depuis la discussion du mois de décembre 1887, établissent que, dans la grande majorité des cas, la nervosité du sujet mise [à part, aucun choc physique ou moral de valeur réelle n'est observé, el que la même étiologie banale pourrait être recueillie dans les séries les plus diverses d'affections morbides (1).
Si l'on considère, enfin, que les affections douloureuses ou né- VTOsiques si variées qui frappent les parties pilaires de la tête, même les plus intenses; que les maladies mentales et nerveuses, qui envahissent aujourd'hui la pathologie par tous les côtés à la fois, existent dans l'immense majorité des cas sans léser le système pilotrophique ; que la pelade n'est, en fait^ qu'une très rare exception au milieu des traumatismes sans nombre qui attaquent le cuir chevelu, on comprendra combien il est peu absolu de conclure, ipso facto, de la préexistence ou de la coexistence de lésions physiques ou de commotions morales, à la production de toutes pièces des affections peladiques communes que l'on rencontre à chaque pas.
Dans l'épidémie récente de pelade qui a sévi sur le régiment de sapeurs-pompiers de Paris, mes savants collègues de l'armée el moi-même avous pu constater que, chez les hommes atteintg, aucun incident professionnel grave ne reliait la pelade à une condition nerveuse, et c'était bien là le terrain cependant sur lequel ces conditions auraient; dû. être relevées si elles existaient. Chacun a le souvenir des terribles incidents de l'incendie de l'Opéra- Gomique, qui datent aujourd'hui de quinze mois ; aucun cas de pelade se rattachant à cette violente commotion n'a été relaté, et deux seulement des peladiques du régiment de pompiers avaient assisté à ce tragique événement. Sans cesse, d'ailleurs, ces hommes sont témoins de drames effrayants; chaque jour, leur courage les expose à la mort, et, comme a bien voulu me le
(1) Mômes observations pour le surmenage, la fatigue physique, etc., leur rôle est tout accessoire. Dans le mémoire remarquable cité plus loin, le Dr CousTAN a établi ce point avec des faits hors de contestation.
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faire remarquer notre très distingué confrère le D"" Millet, médecin-major de ce régiment, la présente épidémie de pelade est la première qui frappe ce corps, et cette affection n'y est pas ordinairement plus commune que dans les autres armes.
Non, Messieurs, si certaines alopécies peladiques procèdent d'une origine trophonévrotique pure, si tous les nerveux sont prédisposés à la pelade, si enfin le processus éliminateur du poil est névrotique, cela n'implique en aucune manière que la forme commune soit une trophonévrose pure, et n'exclut en aucune façon la possibilité ni la vraisemblance de l'action d'un agent provocateur extrinsèque, que nous ignorons aussi profondément que nous ignorons celui de la rage ou de la syphilis, mais dont la notion est inséparable du fait de la transmissibilité qui appartient à la pelade vulgaire.
Pour les alopécies que l'on déclare, avec tant d'assurance, être nerveuses pures par cela seulement qu'elles ont été constatées immédiatement après un choc nerveux, on a oublié de remarquer que, si le poil avait été réellement séparé subitement de la papille, il serait comme un poil arraché, et ne devrait pas présenter les lésions athrepsiques que nous avons décrites, lesquelles, bien qu'à marche aiguë, ne peuvent cependant pas être instantanées. Nous récusons d'avance toute observation de pelade nerveuse instantanée, ou très rapide, dans laquelle on n'aura pas déterminé l'état histologique du poil, et établi correctement la réalité des choses.
En fait, la contradiction, au premier abord si flagrante, qui existe entre ceux qui ne voient dans la pelade que la cause nerveuse et ceux qui y joignent la condition d'un agent extrinsèque de contagion est plus apparente que réelle, et la croyance à un certain rôle du système nerveux n'exclut pas plus l'action d'un agent transmissible qu'elle ne le fait dans la rage, par exemple, où la nervosité accidentelle ou habituelle du sujet a une importance égale, sinon supérieure. D'ailleurs, les faits cliniques sont là pour montrer, en acte, l'association de ces divers éléments, et, parmi ceux-là, je rappellerai le plus récemment publié, celui que notre très distingué confrère, M. Lereboullet, a relaté dans le numéro du 29 juin 1888 de la Gazette hebdomadaire : pelade contractée par contagion et récidivée par choc nerveux.
Voilà trouvé, je me plais à l'espérer, un terrain de conciliation sur lequel pourront se rencontrer les deux théories opposées,
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et s'accorder des observateurs qui, également désireux de la vérité, ainsi que M. Ollivier et moi-même, semblaient naguère être irréconciliables.
J'ai exposé, Messieurs, dans les paragraphes précédents, les étrangetés de la pelade qui, comprise à la manière dont on le peut faire aujourd'hui, est une atrophie pilaire de condition névrotique, mais dont l'agent provocateur inconnu, s'il est parasitaire, n'est pas un parasite du poil proprement dit, toutes conditions qui semblent mettre cette affection bien loin des teignes proprement dites. Cependant, tout ce qui me reste à dire montre au contraire que la pelade, considérée dans ses caractères généraux, est bien plus voisine des teignes que des trophonévroses vraies.
C'est, en effet, à l'âge des teignes, et dans les conditions précises où on les rencontre, qu'on trouve surtout la pelade. La fréquence de la maladie, ses variations selon les temps et les lieux, les foyers qu'elle forme dans un même point ou dans des agglomérations d'un même ordre, la facilité avec laquelle on supprime ces foyers par des mesures de prophylaxie propres à toutes les teignes, la certitude de sa transmissibilité sous conditions, et enfin l'inégalité de sa répartition géographique, concourent à montrer que la doctrine de la trophonévrose pure n'est applicable qu'à certaines pelades, et non à la pelade vulgaire.
L'inégalité de répartition géographique, caractère de toutes les maladies à contage, est très accentué dans [les teignes; M. Bergeron, dans le très remarquable mémoire cité plus haut, en a fourni des preuves multipliées, et a montré que, si la trichophytie est la teigne des villes, le favus est la teigne des campagnes, ou de quelques régions particulières. A Paris, le favus n'arrive à peu près exclusivement que développé déjà depuis longtemps, et il est tout à fait exceptionnel soit qu'il naisse à Paris, soit qu'il s'y montre contagieux en réalité, puisqu'il ne s'y reproduit ni ne s'y entretient à l'état de foyer. A Londres, à Hambourg, etc., le favus est si rare que deux de mes savants confrères de ces villes voulant cultiver ce mycoderme, M. Malcolm-Morris et M. Unna ont dû me prier de leur en envoyer, ce que je suis
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malheureusement toujours en état de faire avec les sujets que nous fournissent les départements, ou même la zone suburbaine.
A Berlin jusqu'à ces trois ou quatre dernières années, la teigne tonsurante ne se montrait que d'une manière tout à fait isolée (1).
En Algérie, d'après le rapport de notre savant collègue, M. le médecin inspecteur Widal, le favus est fréquent dans la population arabe, mais la pelade y est très rare. En 1887 et 4888, l'hôpital maritime du Dey n'a reçu que 3 malades atteints de pelade, et il n'y a pas eu d'autres cas signalés pour les autres hôpitaux de la division.
A Lille, sur 5.000 malades atteints d'affections cutanées et vénériennes qu'il a soignés depuis l'année 1884, M. Leloir relève 149 peladiques, c'est-à-dire à peu près trois pour cent, et c'est à très peu de chose près mon chiffre personnel pour Paris; tandis qu'à Hambourg, M. Unna, sur 1.500 malades du même ordre, traités annuellement par lui, ne compte que 6 à 7 pelades, c'est-à-dire un demi pour cent.
A Lyon, pendant l'année 1887, sur 2.765 malades, toujours de la catégorie spéciale dont nous nous occupons, traités à l'AntiquaUle, on n'a compté que 17 pelades, soit 0,6 pour cent, à peu près comme à Hambourg.
A V Ambulatorium de la clinique dermatologique de Vienne, la proportion se rélève un peu sans atteindre encore un pour cent. — Le professeur Kaposi a bien voulu, en effet, nous apprendre que, sur 5,000 cas de maladies cutanées on compte 40 cas d'a/opecia areata. Il ajoute que, dans la clientèle de la ville, la proportion s'élève environ à un et demi pour cent parce que les classes aisées consultent plus fréquemment le médecin que les autres.
Pour la même ville, le D'' Hebra, directeur de la policlinique dermatologique, nous a fait l'honneur de nous transmettre le relevé des cas d'alopecia areata inscrits depuis l'année 1873, relevé extrêmement important en ce qu'il montre que la maladie est devenue plus fréquente pendant les dernières années, mais que son pourcentage reste inférieur k celai de Lille et de Paris.
(1) Voyez : Policlinique du professeur Koebner : Eine langdaaernde Epidémie von Dermalouiycosis tonsurans iu Berlin. — D' Saalfeld, Berlin. Klin. Wochens, 1886, n» 39.
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Alop. areata. Maladies cutanées.