LA MKRE DE WASHINGTON
— Seul, répondit la mère.
£t le commandant en chef des tronpcs américainos, le maréchal de France, le libérateur de sa pairie, le héros du siècle, se rendit à pied à la maison de celle qu'il regardait, selon son expression, « non-seulement comme l'auteur de ses jours, mais comme l'auteur de sa renommée. »
Mistriss Washington reçut son fils avec une tendresse expansive, mais ne lui parla point de la gloire qu'il venait d'acquérir. Ce qu'il avait fait lui semblait tout simple.
— Je lui ai enseigné la vertu, disait-elle, la gloire n'est qu'une conséquence 1
Elle lui parla de ses vieux amis en l'appelant par son petit nom d'enfance, et ne s'informa pas une seule fois des honneurs rendus partout au sauveur de l'Union. Cependant lorsqu'on vint l'inviter de se rendre le soir au bal donné par ses compatriotes en l'honneur des vainqueurs de Cornwallis, elle accepta.
— Les jours de danse sont un peu loin de moi, dit-
78 SUR LA PELOTJSE
elle, mais je serai heureuse de prendre part à la joie publique.
Les officiers français, qui faisaient partie de l'armôe libératrice, avaient une grande impatience de voir cette femme extraordinaire. Elle parut, vers le milieu du bal, vêiue du vieux costume des Virginiennes et, appuyée sur le bras de Washington, elle reçut les compliments de tout le monde avec bonté, fit quelques tours, puis se retira. Les Français restèrent confondus devant cette force et cette simplicité qui « la rendaient supérieure à sa propre grandeur. » En la regardant sortir avec Washington, l'un d'eux s'écria :
— De telles mères font comprendre de tels enfants.
Avant de se rendre en Europe, Lafayette se rendit à Frédéricksburg pour voir la mère de son général, « conduit par un des petits-fils de mistriss Washington, » dit un biographe américain. Ils approchaient de la maison lorsque le jeune homme s'écria : — Voici ma grand'maman 1 Le marquis de Lafayette aperçut alors