LA MÈRE DE WASHINGTON
la mère de son honorable ami qui travaillait à son jardin.
Le marquis parla des heureux effets de la révolution, du glorieux avenir qui s'offrait à IWmérique régônérôe, et paya son tribut damilié et d'admiration pour Washington ; mais à tous les éloges qu'il fit de celui-ci, sa mère répondit simplement qu'elle « n'était point surprise de ce que Georges avait fait, parce qu'elle l'avait toujours connu vraiment bon! » Ainsi cette âme naïve avait compris que toute grande action venait du cœur.
Lafayette ne quitta mistriss Washington qu'après lui avoir demandé et avoir reçu sa bénédiction, comme s'il se fût agi de sa propre mère.
Lorsque Washington eut été nommé président de la nouvelle république, il vint voir sa mère.
— Le peuple, lui dit-il, m'a choisi pour premier magistrat des États-Unis, et je viens vous faire mes adieux ; dès que le temps de mes fonctions sera achevé, vous me reverrez dans la Virginie.
— Tu ne m'y trouveras plus ! répondit sa mère ; mais va, mon cher Georges, accomplis ta destinée, et que la grâce du Ciel ne t'abandonne pas.
A ces mots, elle lui ouvrit ses bras : le président demeura longtemps la tête appuyée sur l'épaule de la vieille malade, dont les mains affaiblies caressaient sa tête. Il versait d'abondantes larmes, et ne pouvait s'arracher à ce suprême embrassement ; ce fut l'héroïque mère qui reprit la première son calme et qui le congédia doucement.
Mais ses pressentiments ne l'avaient point trompée ; elle mourut peu après à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. « Dans ses derniers jours, dit le biographe américain, mistriss Washington parla souvent de son bon Georges^ jamais de l'illustre général. Elle rendit le dernier soupir en recommandant à Dieu son fils et sa patrie. »
La fermeté stoïque de cette femme remarquable avait toujours été tempérée par la piété ; elle trouvait dans sa croyance une source inépuisable de consolations, et ce tendre courage qui en avait fait une chrétienne de