PAIR OU HOL
Deux hommes se rencontrent à une porte de la rue du Bac; l’un est venu à pied et s’essuie le front; l’autre de.scend de voiture. Il est sept heures; tous deux vont dîner dans la même maison, où l’on dîne à six heures et demie.
— Alil c'est vous? dit le premier en montant l'escalier.
— Oui, et bien en retard ; impossible de trouver une voiture.
— Il y avait quelque chose de pis : c’était de tomber sur le fiacre qui m’est échu.
— Nous allons être mal reçus.
— Les gens que l’on fait attendre pour dîner ne pensent qu’à nos défauts.
— Voulez-vous jouer votre droit à une mauvaise réception?
On est à un carré, on s’arrête pour souffler.
— Comment?
— Tenez... -pair ou »o»?
— Pair. ,
— C’est non.
— Eh bien ?
— Eh bien, j’ai gagné; je vais entrer trois minutes avant vous; je m’excuserai, on me dira : tVousn’ôtes pas le dernier, » et je me mettrai avec les autres à dire du mal des gens inexacts et de vous; de cette façon, il n’y en aura qu’un de nous deux mal reçu.
UHE COMPLAINTE.
A propos de ce que j’ai dit de la préférence que j’accorderais h la chasse aux bêtes féroces sur la chasse au cerf, on m’envoie une complainte qui raconte une de ces chasses. On m’assure que le fait est
liisloriqiie; j’en copie quelques couplets, en remerciant mon correspondant.
Air de FtjALDÉS,
Les loups faisaient grand ravage Dedans le département j Par chaque jour dévorant Vingt moutons et davantage;
En deuil dans tout le pays,
On voyait gens et brebis.
Faisant piteuse grimace Le bon préfet d’A...ac Leur dit : « Mes amis, il n’y a qu’ A leur donner bonne chasse.
Quand nous les aurons tous tués,
11 n’y en aura plus après. »
On ordonne une battue Où chaque coup de fusil.
Soit loup, soit renard subtil.
Soit sanglier, soit laie, tue.
Un gros loup seul s’est sauvé Dont la queue a demeuré.
Cet animal sanguinaire.
Privé de queue, s’est enfui ; Aussitôt on le poursuit
Si bien qu’il a par derrière Chiens, chevaux, fusils, épieux j Tout enfin, hormis sa queue.
Quand la bète s’est vue seule Avec monsieur le préfet.
Aussitôt s'est retournée Et lu^ a montré sa gueule.
C’était épouvantant, tant On voyait de dents dedans.
Le loup, bête carnassière Devant lui au même instant.
S’offre, écumant par devant.
Et saignant fort par derrière
le loup
A expiré tout à coup.
Tout ceci doit vous instruire Que, si dans quelques cantons Les loups mangent les moutons.
Il faut toujours les détruire;
Mais ceux qui les tondent, il faut Que l’on les laisse en repos.