‹ Sur la plageChapitre 16 sur 32 · ÜHB NOUVELLE MODE VENUE DE LIMA · texte numérisé non relu

ÜHB NOUVELLE MODE VENUE DE LIMA

On se demande avec raison par quel ridicule sera remplacé le ridicule de la crinoline ?

En voici un qui commence à poindre à l’horizon et qui me paraît digne de l’héritage.

On sait que beaucoup de femmes n’ont pas accepté

ce prétendu axiome, que le contenant doit être pkis grand que le contenu; en effet, on fait tous les jours entrer douloureusement des tailles épaisses dans des corsets étroits et de grands pieds dans de petits souliers.

C’est à ce propos qu’un de mes correspondants me transmet la nouvelle suivante :

Les femmes de Lima sont renommées pour la gentillesse de leurs petits pieds.

Aussi sont-elles toujours chaussées de souliers de satin blanc, de Paris, — dont, assure-t-on, la plus importante fabrique est à Bruxelles, — depuis la grande dame jusqu’à la tille du peuple, qui souvent n’a pas de bas dans ses jolis souliers.

Un consul anglais ayant eu occasion de voir une de ses servantes courir nu-pieds, fut fort surpris de ne lui voir que quatre doigts à chaque pied, et il lui demanda ce qu’elle avait fait du cinquième.

— Tajado, senor.

Et, supposant qu’il voulait faire tailler les siens, dont il se plaignait quelquefois, ella alla chercher le tajador.

Celui-ci lui apj^rit qu’en général les habitants de Lima faisaient enlever le petit doigt du pied à leurs filles dès leur naissance; de sorte qu’elles ne se souviennent pas de l’opération, et croient qu’il n’y a que les hommes qui possèdent ce petit doigt. Il ajouta que beaucoup d’adultes, pour se débarrasser de leurs cors, se soumettent à cette désarticulation fort peu douloureuse autrefois, et qui ne l’est plus du tout depuis l’invention du chloroforme.

On prétend même — sans que le chirurgien puisse l’atrinner, n’ayant pas eu occasion de l’observer luimôme — que, de l’union pendant trois générations de deux personnes ainsi amputées, il résulte un défaut congénial qui se transmet à leurs enfants, lesquels naissent sans petits doigts aux pieds.

Le consul Murphy a persuadé à ce chimrgien, très • considéré à Lima, et cependant peu favorisé des dons de la fortune, de se transporter en Europe pour y exercer son art.

Le senor Perez y Bajalos vient, en effet, de débarquer à Londres; mais, sagement conseillé, il n’y fera qu’un coin t séjour et arrivera tout droit à Pa-

ris. Paris est comme on sait la résidence de ON. Si ON, de Paris, décide que l’on se fera amputer le petit doigt de chaque pied, il faudra que tous les petits doigts féminins des pays civilisés et de ceux qui prétendent l’être y passent à leur tour.

Le senor Perez promet le secret le plus absolu aux dames qui désirent se signaler par l’étroitesse de leur pied.

Il ne leur demandera que de. garder la chambre pendant huit jours.

On conçoit que l’absence du petit orteil, qui n’est bon à rien pour les peuples chaussés — puisqu’on a . l’habitude de le replier douloureusement sous ses voisins — permettra aux femmes qui souffrent de si cruelles tortures pour renfermer leurs pieds dans des souliers dont la mode et ON, son ministre, ont fixé la dimension, de s’y trouver désormais à l’aise. Cette môme ablation du petit doigt permettra aux femmes qui ont déjà de très-petits pieds d’arriver, si elles veulent héroïquement continuer à souffrir un peu dans leurs chaussures, h n’avoir que très-peu de pied dans presque pas de soulier,

Ce n’est certes pas la crainte de la douleur de l'opération qui arrêtera nos femmes à la mode. Il faut moins de courage pour se faire une fois couper le petit doigt — et, au besoin, sans douleur, grâce au chloroforme — que pour conserver toute sa vie les pieds comprimés par cette torture renouvelée des supplices anciens, « la question des brodequins, » de même qu’on se fait arracher une dent gâtée et douloureuse.

• A propos de cette « question des brodequins, » il est à remarquer que, si l’ancienne justice, au moyen de cette torture horrible qui consistait à serrer progressivement les pieds des patients, leur faisait avouer des crimes épouvantables qui les amenaient à être pendus, quelquefois môme quand ils ne les avaient pas commis, — elle aurait échoué contre les femmes, s’il avait été question de leur beauté. — En effet, la moitié au moins des femmes passent leur vie dans des brodequins trop étroits, sans que les souffrances de la torture les amène à confesser qu’elles ont le pied de deux lignes plus large que madame telle ou [elle.

su» LA PLAGE.

Aussi, cjuand je vois certains pieds qui ne devraient appartenir qu'à des anges, à cause de la né- . cessité d’avoir des ailes quand on a si peu de pieds, ce n’est pas la petitesse dès pieds que j’admire chez les femmes qui les ont, mais bien la grandeur de leur courage.

UN METS HOUVEAU.

On connaît le fameux plat enseigné par Hrillal- Savarin : dans un dindon, un faisan ; dans le faisan, un perdreau; dans le perdreau, un ortolan; dans l’ortolan, une mauviette; dans la mauviette une olive.

On fait rôtir, et on ne mange que l’olive.

J’ai connu un boucher; il avait été autrefois, à l’âge de six ans, chargé du rôle de l’Amour dans la mascarade du bœuf gras; le bœuf était entré en fureur; l’enfant avait été blessé, et la caisse de la bou-

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SUR LA PLAÜE.

clierie lui faisait une pension. Il ne mangeait qu’une seule côtelette d’un seul des deux côtés du mouton.

Varron parle des bons morceaux que les Romains faisaient venir de loin.

Le paon, de Samos; le chevreau, de l’Épire; la lamproie, à’ Espagne; le cabillaud, de quelque endroit de la Plirygie ; les huîtres, de Tarente ; le pétoncle, de Cliio; un autre coquillage nommé élops, de Rhodes; les noisettes, d’une île de la mer Égée.

On sait par quels artifices cruels on fait grossir le foie des canards.

On sait de quelles férocités la gourmandise se rend' coupable; d’où cet aphorisme de la Cuisinière bourgeoise — que j’ai découvert, mis en lumière et appliqué à la politique il y a longtemps; — depuis, il est tombé dans le domaine public :

« Le lapin aime à être écorché vif; le lièvre préfère attendre. » '

Eh bien, tout cela est dépassé par un mets recherché dont je trouve la recette dans un livre très-intéressant sur le somnambulisme, du docteur Macario.

« En Dalmatie, dit-il, les sorcières aiment à se re-

paître du cœur des jeunes gens qui commencent à aimer; elles le font simplement rôtir sur la braise. » Remarquez « qui commencent à aimer; * il est alors tendre; plus tard, il est amolli.

UH PAUVRE HOMME.

— Monsieur, je viens vous 'présenter une liste de souscription pour ces braves et pauvres gens..., vous savez...

— Oui, oui, j’ai lu l’histoire.

— J’ai pensé que je ferais injure à un des hommes les plus riches...

— Riche! riche! si je donnais à tous ceux qui me demandent, il y a longtemps que je ne le serais plus. Certes, je suis d’avis qu’on doit répandre ses bienfaiUs avec discernement, et c’est faire doublement le bien que de le faire h propos et à ceux qui le méritent; mais, dans celte circonstance... je ne puis

réellement rien donner; j’ai acheté, ces jours passés, une maison qui m’a coûté fort cher.

— Mais cette maison va encore vous enrichir; votre habileté connue dans les affaires ne permet pas de supposer que vous ayez agi légèrement.

— Cet imbécile de... l’avait refusée pour soixante mille francs; j’en ai donné cent mille, moi, et je ne la vendrais pas aujourd’hui pour cent cinquante mille.

— C’est une occasion à ne pas laisser échapper; vous avez trouvé une bonne affaire, il faut faire la part des pauvres, comme pour le gâteau des rois.

— Et encore, j’ai dû faire des réparations à ma maison de la colline.

— Celle qui est louée à ce riche Anglais?

— Oui, j’y ai ajouté une écurie et des remi-ses.

— Dont il vous paye le loyer?

— Parbleu 1 On a sans ce.ssc la truelle à la main. N’ai-je pas ajouté un étage à celle qui est là-bas, sous les oliviers?

— Alors donnez à mes pauvres; ce sera le bouquet qu’on met aux bâtisses terminées.

— Toujours (le l’argent! croyez-vous que l’on m’ait donné pour rien cette vigne que j*ai achetée le mois dernier dans le Bellay.

— Cela attirera les bénédictions du ciel sur votre vigne.

— Et tout est si cher aujourd’hui! savez-vous ce ((ue me coûtent mes chevaux? Les yeux de la tête! Quand on tient à avoir de bon fourrage, on sait ce qu’il faut y mettre. Et hier, pour un dîner que j’ai donné, savez-vous ce que m’a coûté une mauvaise botte d’asperges de primeur? Cinquante francs. Donnez aux pauvres ensuite...

— Mais ce sont eux qui souffrent le plus de la (’herté.

— Mais non; qu’est-ce que ça leur fait, eux qui n’achètent presque rien? Mais ceux qui achètent beaucoup... voilà ceux 5 qui la cherté e.st ruineuse!

Sans compter qu’il m’a fallu renouveler les meubles du salon; tenez, venez les voir. Ces tapissiers sont réellement peu consciencieux ; j’en ai eu pour plus de quinze cents francs. Il est vrai que c’est quelque chose de bien... Entrez... Cela vient de Paris...

(les modèles nouveaux ; que dites-vous de ce boudoir tendu en soie cramoisie ? Je crois que c’est d’un certain goût. Et ce tableau — un flamand! sous prétexte que le peintre est mort, on m’en a demandé un prix fou. J’ai trop de besoins, je n’ai plus le sou.

— • Mais je ne vous demande que dix francs pour cette souscription.

— Dix fois dix francs font cent francs; dix fois cent francs font mille francs; cent fois mille francs... c’est ce que j’ai donné pour ma nouvelle maison. Et puis — j’oubliais — ma femme veut donner une livrée à ses gens. Aujourd’hui que je vous ai montré à nu mes nécessités et mes misères, il serait indiscret d’insister; vous savez maintenant aussi bien que moi que je ne puis absolument rien donner.

LA DUVÉÎIHE.

11 y a longtemps (juc je ne me suis occupé de li façon dont s’alTublent les femmes; voyons un peu ce

qu’en disent mesdames Constance Aubert, la vicomtesse de Renneville, etc.

AhI parbleu I voici du nouveau : le cerclage en fer va disparaître; on préconise les jupes duvétines, les jupes en édredon.

Très-bien, cela aura unè heureuse influence: après

les cercles en fer, qui isolaient une femme nue au

milieu et à une grande distance de sa robe, ce qui devait la tenir en chair de poule habituelle, voici qu’elle va être entourée d’édredons qui la maintiendront dans un état de douce et inexorable transpiration. Si le cercle de fer et le bain d’air qui en était la conséquence rendaient la peau dure et rèchc, 1a duvétine va nécessairement la rendre flasque et morbide.

Grâce aux formes auxquelles s’habituaient les regards, il n’était pas de femmes qui, aux yeux du statuaire et dépouillée de son attirail, ne dût paraître grêle.

Ce n’était qu’une illusion désagréable, mais c’était une illusion; grâce à la mode nouvelle, cela deviendra une réalité, les formes féminines se fondront

SOUS le duvet; bientôt une femme ne se composerà plus que de jupes.

Continuez.

Comme, dans la parure des femmes d’aujourd’hui, il s’agit, non pas de s’embellir, mais d’étaler le plus possible d’étoffes chères, on a augmenté l’ampleur, les plis, la longueur; on a ajouté les volants, les doubles jupes, les triples jupes.

Tout cela n’arrive guère qu’à seize ou dix-huit mètres.

A cinquante francs le mètre, ça ne permet pas à une robe de dépasser le prix de neuf cents ou mille francs.

C’est humiliant !

Les femmes constatent leur beauté par les folies qu’elles font faire aux hommes; les jupes chères sont les sacrifices, les hécatombes faites et offertes aux dieux.

Qu’est -ce qu’on pourrait encore montrer de cher?

Les chapeaux, les bijoux; bien; mais tout cela a un terme, et, d’ailleurs, on en a. — Ahl si on mon-

trait des jupons chers! — Vite, on relève la robe sur les côtés, et on montre des jupons chers.

Bientôt on trouvera mo^en de montrer des chemises chères, et des bas chers, et des jarretières chères.

Encore un peu de courage.

LUCIOLES

Sur un Voyageur.

11 se repose enfin; car il vient de mourir.

N’ayant jamais rien fait — qu’arriver et partir.

Sur une Femme sage.

Cette femme aux regards d’un bleu pâle et profond Rêve éternellement ce que les autres font.

En général, on ne croit un homme savant que s’il est plat et ennuyeux; une femme raisonnable, que si elle est hypocrite, et une fille naturelle, que si elle est bruyante et évaporée.

Il y a trois sortes d’amour, qui s’expriment k peu près de la même façon, et que les femmes ne discernent que trop tard, quand elles les discernent.

t Je veux être heureux par Zoé. »

€ Je veux être heureux avec Zoé. >

« Je veux que Zoé soit heureuse par moi. »

Capi ice, amour, dévouement.

On a assez comparé les belles femmes à la rose, et les laides à la violette.

J’entendais, l’autre soir, comparer une grosse femme, assez jolie et trop vaniteuse, à un de ces gros beaux œillets qui crèvent et déchirent leur calice.

— Dites-moi, Cliloé, si vous pouviez vous changer, connaissez-vous une femme dont vous envieriez la beauté? — Quel degré de beauté demanderiezvous si vous aviez une fée pour marraine ?

— La beauté que vous croyez avoir, Doris.

Dans le roman de l’amour, l’homme se hâte vers le but, qui est aus.û la fin, en poussant doucement

devant lui la femme, qui marche à reculons, les yeux fixés sur le commencement et le point de départ.

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