‹ Sur la production de tumeurs épithéliales dans les nerfsChapitre 6 sur 7 · V. C0RN1L · texte numérisé non relu

V. C0RN1L

Si maintenant on compare cette structure à celle du premier fait dont nous avons donné la description, on sera frappé de leurs différences. Dans l’une se trouvent une grande quantité du liquide dit cancéreux, des cellules épithéliales volumineuses, prismatiques ou polyédriques, dont les couches externes se rapprochent de la forme cylindrique et sont perpendiculaires à la paroi. Elles sont contenues dans des cavités d’un demi à un et demi millimètre, sur la paroi desquelles végètent des papilles vasculaires. Dans l’autre on trouve très-peu de liquide cancéreux, des cellules arrondies très-petites, et plus souvent des noyaux, éléments renfermés dans des alvéoles qui mesurent dans leur plus grand diamètre moins de cinq centièmes de millimètre. C’est sur ces caractères microscopiques, aussi bien que sur les différences qu’on apercevait à l’œil nu, que nous nous sommes basé peur admettre deux variétés de structure dans les névromes de nature épithéliale que nous avons observés jusqu’à présent. Mais nous n’ignorons pas l’objection qu’on peut nous faire, que les caractères tirés du suc dit cancéreux et du diamètre des alvéoles peuvent varier avec

l’état de ramollissement et de régression dû à l’âge de la néoplasie. Ainsi nous avons observé le fait suivant, dont nous dondons le résumé succinct.

Deuxième fait. — Une femme de trente-sept ans présenta à l’autopsie une vaste ulcération à surface putrilagineuse, bourgeonnante, qui avait détruit le col utérin et intéressait le vagin. Le rectum et la vessie étaient perforés. Toute la partie droite de la cavité pelvienne était remplie par un tissu complètement transformé, qui présentait sur une coupe des cavités visibles à l'œil nu , d’où suintaient à la pression des gouttelettes d’un liquide épais, blanchâtre, caséeux. Les branches afférentes du nerf sciatique comprises dans ce tissu, montraient une altération analogue de leur névrilème. Dans la profondeur du foie, on trouva deux tumeurs arrondies, à surface de section blanche, semi-transparente, donnant un suc laiteux au raclage, et sur des coupes, ces tumeurs offraient des alvéoles pleines de cellules épithéliales ; les alvéoles mesuraient 0mm,075 dans leur plus grand diamètre.

On le voit, les parties de la tumeur les plus anciennes offrent,

dans ce cas, des cavités visibles à l’œil nu et un liquide caséeux, tandis que les tumeurs secondaires récentes du foie ont des alvéoles très-petites et un liquide moins épais; mais les cellules de ces deux liquides, abstraction faite de celles transformées en granulations graisseuses, avaient le môme type, tandis que les deux variétés de névromes épithéliaux que nous avons admises possèdent des cellules de type différent. En outre, nous donnerions une grande valeur à la petitesse des alvéoles alors même quelle ne serait qu’une expression positive de ce fait qu’un grand nombre de tumeurs secondaires de même âge ont envahi simultanément l’économie et ont amené la mort avant leur période de ramollissement et de régression.

Indépendamment des tumeurs primitives du sein et de l'utérus ayant amené des altérations secondaires des nerfs, nous avons observé ces dernières sur les nerfs crural et sciatique du côté droit chez une femme atteinte de cancer rétro-péritonéal des ganglions lombaires, pelviens et inguinaux (1). L’altération était surtout manifeste sur les racines afférentes du nerf sciatique ; chacune d’elles augmentait progressivement de volume jusqu’à atteindre la grosseur de la phalangette du petit doigt. La couleur de ces nerfs était blanche, et leur coupe donnait au raclage un suc laiteux. Sur la surface de section on voyait les faisceaux primitifs séparés par un tissu unissant très-épais. Ce tissu était composé d’alvéoles mesurant de 0mm,0â8 à 0,066 en longueur, sur 0,026 à 0,033 en largeur. Les cellules, à un ou plusieurs noyaux, arrondies ou polyédriques, mesuraient de 0mm,006 à 0,015.

Dans les observations précédentes, quelle que fût la nature de la lésion, lorsque le névrilème était transformé dans toute l’épaisseur du tronc nerveux, les tubes nerveux eux-mêmes avaient toujours subi plus ou moins la meme altération qu’on observe lorsqu'on les a coupés , la dégénèration granuleuse de la substance médullaire . Mais cette régression granulo-graisseuse, qui se manifestait dans quelques cas par des corpuscules granuleux de Gluge sur le trajet des tubes atrophiés, n’était jamais que partielle.

(1) Voyez Bulletin de la Société de biologie , séances de janvier 1863.

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