‹ Sur la question des chambres d'allaitementChapitre 11 sur 23 · LAB · texte numérisé non relu

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chambres d'allaitement : celle dé la faïencerie Bou-

lenger, ouverte en 1868, où jamais on n’a vu une mère obligée de sevrer son bébé pour raison de santé. Û

Mme Mulon fournit quelques chiffres sur le très faible pourcentage de travailleuses fatiguées ou at-

teintes de maladie à la suite de l'allaitement. C’est:

ainsi que, dans les usines Lorraine Dietrich, sur 198 mères, 4, soit3,1 %, ont dû suspendre l’allaitement pour cause de fatigue. Dans les usines Bessonneau, le D' Souvestre, qui, depuis 1902, y a conduit le développement de la protection maternelle et in fantile, a toujours trouvé normale la santé des mères à la fin dela lactation. Dans les usines Blin et Blin,

sur 55 mères, une a dû cesser allaitement pour tu-

berculose, soit 1,8 % (une autre pour manque de

lait, 3 pour une nouvelle grossesse, après huit,neuf

et dix mois de nourriture). Sans être malades, les

mères ont étéun peu fatiguéesau moment du sevrage: mais les mères appartenantàtoutes les classes sociales ne le sont-elles pas ? Dans les usines Michelin, sur

89 mères, 3 ont été assez fatiguées pour sevrer, soit

3,3%. Les autres étaient en bonétat.

__ Toutes les expériences sont concluantes dans ce sens que les femmes peuvent, sauf très rares éxceptions sans dommage pour elles, concilier leur devoir

de mère et leurs obligations professionnelles. En raison des objections d'ordre médical,on demandera

seulement une stricte surveillance, afin de prévenir,

en temps utile, l’éclosion exceptionnelle d’une mala-

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die, susceptible de profiter du fléchissement de l'ora ganisme.

Le médecin, rassuré sur le sort de là mère, pourra garder quelqués inquiétudes au sujet de l’énfant. . Nous touchons ici un point où il faudra parler de la résistance du côté de la mère qui craint de faire du mal à son enfant pendant le transport, Il est vrai que les bébés de moins de un an sont amenés de fort loin dansla plupart des chambres d'allaitement, Les employées du Louvre, des Galeries Lafayette, ete., : ont de longs trajets en métro, en autobus, ets, des ouvrières arrivent à pied, dès 5 h. 45 parfois, en hiver comme en été. Mais la morbidité infime et la mortalité faible de ces enfants répondentassez victos rieusement à l’'objection pour qu’on ne s’y arrêté pas.

Du point de vue de la santé de l'enfant, il n’ÿ a aucun doute que lé transport ne soit largement éompensé par l’allaitement maternel, pratiqué dans une bonne chambre d'allaitement, et ne diminue pas sa supériorité, non seulement sur la nourrice, mais sur la gardeuse, sur la crècheet même sur l'élevage dans un domicile peu hygiénique. |

Malgré les avañtages incontestables de la chambre d'allaitement, elle ne réunira pas les suffrages de l’ouvrière ignorante, M. Decherf cite la léttre d’un industriel contenant des détails intéressants, « Mal: : gré l'installation commode et attrayante, écrit le patron en question, nous n'avons jamais eu plus de

quatre bébés à la fois : cependant, nous OCcupons près de 300 femmes dont un tiers susceptibles d'être mères. Nous estimons à une vingtaine, le nombre annuel des naissances parmi nos ouvrières, et nous attribuons aux préjugés très répandus dans notre classe ouvrière le peu de succès obtenu jusqu’à ce jour. Les ouvrières-mères préfèrent se débarraser

de leur bébé en le mettant en nourrice, ou en pré-

textant que ces installations sont faites pour les

pauvres. Nous estimons cependant que le temps.

aura raison de ces préjugés et que la satisfaction éprouvée par les mères qui en ont usé donnera peu à peu à notre œuvre le résuitat désiré. ».

Une propagande énergique sera nécessaire pour briser les résistances de l’ouvrière-nourrice qui agit contre ses propres intérêts. Avant de placer la femme dans la chambre d'allaitement, il faudra l’éduquer. La besogne à accomplir neïsera pas — on est tenté de le croire — trop difficile puisque la mère ,guidée par l'amour pourson enfant, n’opposera pas, pendantlongtemps,une fin de non-recevoir aux

objurgations de ses bienfaiteurs.

Après l’analyse critique des objections qui se sont fait valoir en France, il paraît utile de se rendre compte de la situation à l'étranger, 11 nous a semblé

particulièrementsuggestifde prendre l'exemple d’un

pays où les chambres d’allaitement sont pour ainsi dire inexistantes et où, à leur création, une résistance

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nette se dessine depuis toujours. Notre choix est tombé sur l’Allemagne où, en 1910, une discussion eut lieu,sur le sujet quinousintéresse,entre la chambre de commerce d'Aix-la-Chapelle et la Commission de la ville pour la protection des nourrissons. 'A cette époque, le P° Wesener adressa aux industriels, au nom de la Commission mentionnée, la proposition d'organiser, dans toutes les usines, des chambres d'allaitement. L'espace demandé était de 20 mètres carrés par 4-5 nourrissons qui auraient à leur disposition les berceaux nécessaires. Les industriels devaient accorder aux ouvrières le droit de quitter, pour quelques minutes, trois fois par jour, leur travail. La surveillance pendant le reste du temps serait à confier à une personne àgée, de préférence, une ancienne ouvrière, etc.

Les détails de la demande montrent que l’initiative ne se distinguait point par une exigence luxueuse. Malgré la modestie, qui devait assurer un succès à l'intervention, celle-ci était accueillie sans faveur. La chambre de commerce se prononça contre les chambres d'allaitement après avoir invoqué toute une série de motifs, au nombre de sept, que nous voulons analyser et, autant que possible, réfuter.

L'intérêt du nourrisson lui-mêmea été, en premier lieu, mis en relief pour expliquer le refus. Le transport du domicile à l'usine, surtout en hiver et les jours de pluie. pourraient compromettregravement Ja santé de l'enfant, qui profiterait de la chambre

d'allaitement, mais qui risquerait à la longue, de subir les suites fâcheuses d’ une fatigue journalière répétée.

L'argument cité n’est pas a dédaigner et il faut admettre qu’un grand éloignement du logement de l'usine etles mauvais moyens de transport, peuvent faire perdre à l'enfant l’ avantage, pourtant incontestable, de l'allaitement au sein. Le nourrisson, obligé à faire chaque jour avec sa mère un long parcours, dans de mauvaises conditions, est exposé aux divers dangers, etil sera peut-être préférable de renoncer à l'installation d’une chambre d’allaitement dans une usine qui se trouve à une distance par trop appréciable des lieux d'habitation.

La deuxième objection a pour but de mettre en garde contre les contaminations éventuelles, Îréquentes partout où des enfants sont groupés sans Surveillance médicale striete. Les infections menacantes auxquelles On pensera ne sont pas, ont veut le croire, à redouter dans notre ère de prophylaxie efficace, Par-ci, par-là, on laissera, il est vrai, la porte ouverte à une explosion épidémique, mais on en deviendra rapidement maître gràce aux mesures prises, L'éducation hyg iénique de la mère et le COn+ trôle médical sévère finiront par mettre une barrière entre la chambre d'allaitement et les germes contagieux dont la présence sera dépistée en temps utile.

La troisième objection ne s "oceupe pas de considé, rations sanitaires ei fait valoir la grave perte du temps

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entraînée par l'allaitement. La mère, obligée de se laver chaque fois et de changer au besoin son habit, consacrerait à l'allaitement un laps de temps capable de troubler la bonne marche du travail. Pour résoudre la difficulté et ne pas nuire à l’industrie, on aurait à choisir entre les devoirs de la mère et les obligations de l'ouvrière. Heureusement, le conflit surgi se laisse aplanir. Il suffit, sile patron ne veut pas tenir compte de l'avenir de la race, ce qui est peu probable, de demanderàäla mère de pro: longer sa journée, afin de compenser les minutes perdues pendant les courtes interruptions. L'instinct maternel dictera à l’ouvrière sa vraie ligne de conduite et satisfaction sera donnée aux industriels, plus inquiets de leur rendement que de l'estime pour la tâche sacrée de la procréation.

Dans la quatrième objection, nous sommes en, face de l'affirmation, complètement justifiée d’ailleurs, qui n'admet pas l'installation d'une chambre d'allaitement dans une usine qui ne peut lui offrir un local calme et sain. On sera, dans ces conditions, d'accord pour renoncer à la chambre d’allaitement, car il faut avant tout placer les nourrissons dans un endroit hygiénique. Une pièce quelconqueé, au milieu d'un vacarme indescriptible, malodorante et mauvaise à beaucoup de points de vue, baptisée chambre d’aillaitement, au nom de principes qui ne sont pas applicables sans discernement, fera un tort immense et irréparable à l'idéeheureuse. Il y a usine et usine ét point toutes

ie

sont dignes d’avoir une chambre d'allaitement. ie s à Pour mériter cet honneur, l'industriel est tenu de

faire un effort spécial et de mettre au service des

ouvrières-mères une installation appropriée.

Avec la cinquième objection, nous passons dans le domaine financier pur. Nous y apprenons que la surveillance de Ja chambre d'allaitement nécessite l'entrée en fonctions d’une personne compétente, dont la rétribution sera une charge trop lourde pour le budget. Le raisonnement paraît logique Pour un établissement à un nombre très restreint d’ouvrières, mais il s'impose moins dans une usine

plus où moins grande dont les dépenses pour le

personnel, aïgmenté d’une unité, si utile, sSupporte- }

teront pour ainsi dire vaillamment l'accroissement

indispensable.

Dans la sixième objection, c'est au nom de Ja santé de la mère que l’on se Prononce contre les chambres d'allaitement. I] serait, de l'avis des détracteurs de la réforme proposée injuste d'imposer à l’ouvrière la fatigue Supplémentaire de l’allaitement et des soins qui en résultent (changement d’habit, nettoyage, etc.), Le dommage encouru par l'organisme de la mère n'a pas besoin d’être démontré si l'usine ne laisse aucun répit à la mère mise en demeure de réduire la pause à un minimum incompatible avec sa santé. Mais si la bienveillance et la

clairvoyance réunies président à l'élaboration des.

règlements pour le séjour de la mère dans les

‘chambres d’allaitement on n’aura certainement rien à craindre

- La question de l'interruption du travail au point de vue du rendement fait l'objet du septième et décuier argument. Perte de temps, perturbation dans le service, raccourcissement notable de la journée de travail et tant d'autres conséquences sont énumérées pour servir à la démonstration décisive contre les chambres d'allaitement qui empêcheraient à l’ordre parfait de régner et à l’organisation accomplie de jouir de tous ses droits. La situation. serait particulièrement pénible dans les usines où tout arrêt de machine deviendrait une source de

complications incalculables.

, dans une usine, le travail exige la présence continuelle, si le fait de quitter le poste, même pour peu de temps, signifie un grave préjudice pour l’industrie, celle-ci renoncera aux chambres d’allaitement ainsi qu’à l’embauchage des femmes. Si donc il est à retenir que plusieurs branches industrielles ne peuvent s s'adapter aux nécessités impérieuses de l'ouvrière-mère, cela ne plaide pas, d’une façon absolue, contre les chambres d'allaitement. L'objection, valable dans les cas exceptionnels, ne permet pas d’ériger une théorie rigoureuse. L'utilité d’une ins-

titution ne peut être combattue en raison de situa-.

tions extraordinaires.

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